Concours #19 : Les Votes
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Concours #19 : Les Votes
Fic 1 :
La nuit s’était invitée à montrer le bout de son nez alors qu’il n’était qu’à peine six heures de l’après-midi. Cela pouvait paraître quelque peu déconcertant surtout qu’ils étaient en plein mois de septembre et donc que l’été n’avait pas encore donné son dernier mot. Sauf qu’en ce jour, le mauvais temps et le brouillard, qui avait refusé de se disperser, en étaient sortis en grand vainqueur. Et ces deux éléments avaient jeté un sort sur les gens qui furent exécrables durant toute la journée. Des râleurs à des personnes pressées qui ne faisaient attention à rien d’autre qu’à leur petite personne, il avait vu tout ce qui était possible de voir en un seul jour. Vivement qu’il rentre bien au chaud chez lui afin d’en apprécier le repos.
Il jeta un bref coup d’œil à sa montre et décida qu’il pouvait terminer son boulot une heure en avance. Après tout, plus aucun client ne se pointait à l’horizon, il rangea rapidement tous ses dossiers dans les tiroirs et quitta son bureau. Il prit les escaliers, optant pour faire un peu d’exercice avant de s’étaler dans son lit dès qu’il serait de retour chez lui. Les quatre étages furent donc dévalés en à peine cinq minutes et, il se retrouva dans les sous-sols du bâtiment et plus précisément dans le parking. Vu l’absence de toute vie dans les locaux, cela ne l’étonna guère de ne voir aucune voiture stationnant sur les différentes places vacantes à part la sienne. C’était un vendredi soir et les gens n’avaient qu’une seule idée en tête : filer dans des boites de nuit ou dans n’importe quelle fête, juste pour pouvoir s’éclater et profiter de la vie.
Alors qu’il était à cinq mètres de son véhicule, il fouilla dans la poche de son jean à la recherche de ses clés. Quelques secondes plus tard, il les saisit enfin lorsque les néons qui l’éclairaient sur cette même distance s’éteignirent d’un coup. Un juron s’échappa de sa bouche tandis qu’il essayait de se diriger tant bien que mal vers sa Ford. Il ne prêta plus attention au monde extérieur. Tout ce qu’il désirait c’était de rentrer une bonne fois pour toute chez lui. Arrivé devant la portière conductrice, l’homme introduisit la clé dans la serrure mais un crissement de pneu le fit tellement sursauter qu’il en laissa échapper son trousseau, qui atterrit sur le bitume. Il pesta de nouveau, n’arrivant pas à croire qu’il venait d’avoir peur pour une chose aussi débile. Tout en se relevant, ses clés en mains, il ne remarqua même pas qu’une ombre l’avait suivie depuis son arrivée dans le parking et se rapprochait dangereusement de lui, un long couteau pendant le long de son corps.
L’inconnu leva son arme, bien haut dans les airs et l’abattit froidement sur l’homme qui poussa un cri de douleur. La lame traversa le cou de la victime et du sang en gicla pour s’écraser sur la vitre. L’homme s’échoua sur le sol devenu rouge, un regard horrifié peint sur son visage, tandis que son bourreau s’acharnait sur lui, abattant sa lame sur son corps, d’où s’échappaient des litres de sang.
Personne aux alentours ne se doutait à cet instant qu’un horrible meurtre se déroulait.
*****
Il faisait tapoter son crayon sur le papier alors que ses yeux faisaient défiler les dizaines de lignes qui l’encombraient un peu trop, à son goût. Jetant de brefs coups d’œil autour de lui, il nota qu’il était pratiquement le seul à faire un temps soit peu ce que le patron leur avait demandé. Il devait admettre que cela paraissait quelque peu déconcertant. Tous les employés devaient au moins une fois par mois, et quand l’actualité ressemblait à un long fleuve tranquille, lire tous les quotidiens rivaux. Le boss prétextait qu’il était toujours bien d’avoir un œil sur ses adversaires. Il se croyait dans un règlement de compte niveau maternel mais bon, il était payé pour alors à quoi bon rechigner pour une rivalité aussi stupide ? À rien.
Un éclat de rire provenant de sa droite le tira de sa lecture. Il releva la tête pour voir de quoi il en retournait. Le jeune homme fut dépité par la scène qui se déroulait sous ses yeux. Le Don Juan de ces dames avait encore frappé et elles buvaient ces paroles comme s’il était leur sauveur, les ayant arrachées des griffes de leur quotidien monotone. Un sourire naquit malgré lui sur ses lèvres en se demandant comment ces trois filles pouvaient continuer à se côtoyer sans se crêper le chignon alors que chacune avait couché avec lui tout ça en à peine une semaine. Cela frôlait juste l’inimaginable! Mais après tout, s’ils y trouvaient leur compte, grand bien leur fasse.
Le jeune homme retourna donc à sa lecture, même s’il sentait l’ennui se poindre car toutes ces pages à se farcir ne l’amusaient guère. Et comme pour répondre à son appel, une fine silhouette lui arracha des mains la revue qu’il lisait.
- Tu es déjà sur ce torchon ? fit la jeune femme en tenant le journal du bout des doigts qu’il lui reprit aussitôt.
- Oui et toi, je suppose que tu en es qu’au premier.
- Sam, tu me vois lire ces tissus d’absurdité ?
- Ces tissus d’absurdités comme tu dis font d’excellents scores niveau vente, répliqua le jeune homme en pliant le fameux torchon qui alla s’échouer sur la petite pile sur le bureau.
- Les gens ne savent pas ce qu’ils perdent.
- Tracy, si tu me disais ce que tu veux ?
La concernée s’appuya sur le bureau puis, tout en nouant ses cheveux bruns en une queue de cheval, posa ses yeux noisette sur Sam qui attendait patiemment la raison de sa visite. Elle le détailla rapidement comme elle le faisait tous les matins sachant pertinemment qu’il serait gêné par cette attention. Son ami et collègue âgé de vingt-deux ans, avait un regard azur à en faire tressaillir plus d’une, des cheveux bruns mi-long dont la mèche lui retombait sur le front. Pour combler le tout sous son mètre quatre-vingt treize, il possédait un corps sexy digne d’un athlète dissimulé sous cette chemise.
Un raclement de gorge provenant de son compagnon la fit sortir de sa nouvelle observation. Un sourire malicieux sur le coin des lèvres, elle ouvrit la bouche et lâcha avec toute la simplicité du monde.
- Je t’invite à déjeuner.
- Ecoute, c’est gentil à toi mais j’ai pas très faim et puis, j’ai encore deux quotidiens à lire…
- Non. Laisse ces horreurs là où elles sont, le coupa-t-elle en prenant les papiers pour les jeter dans la poubelle sous les yeux éberlués de son ami.
- Tu peux me dire pourquoi tu as fait ça ?
- J’en avais envie. De toute façon, tu n’as aucunement besoin de lire tous ces ragots car tu es un super journaliste.
- Merci mais, ça ne change rien le fait que je n’ai pas envie de manger.
- Je te laisse pas le choix, McCoy !
En moins de deux, la jeune femme saisit le bras droit de Sam et l’extirpa de sa chaise, l’obligeant à la suivre. Sam voulut se sauver mais, le regard noir qu’elle lui lança, lui fit perde cette irrésistible envie. Heureuse d’avoir réussi son coup, Tracy sourit de plus belle non sans jeter un air exaspéré sur le Don Juan de l’équipe qui était en train d’embobiner une nouvelle proie, sous la mine amusée de Sam.
******
Dire qu’il adorait ce genre de journée était un euphémisme, il en était complètement dingue. Pourquoi exactement ? Tout simplement parce qu’il pouvait faire ce dont il avait envie vu que le patron ne lui disait rien s’il ne faisait pas cette fameuse inspection chez les quotidiens rivaux. Cette lecture quasi-obligée était barbante, une vraie plaie pour lui qui n’aimait pas vraiment se coltiner des pavés aussi nuls les uns que les autres. Il connaissait déjà les erreurs possibles qu’il aurait pu commettre et honnêtement il n’avait pas besoin de ça pour s’en rendre compte. De plus, il avait pu dénicher un pauvre crétin pour lui faire un résumé pour chaque journal.
Alors la journée s’annonçait excellente surtout lorsqu’il aperçut du coin de l’œil trois jeunes femmes qui lui avaient accordé de joyeux moments ces dernières nuits. Il devait avouer qu’il avait une chance d’enfer de débusquer trois filles qui ne se crêpaient pas le chignon en apprenant qu’elles avaient toutes couché avec lui et qui, en plus, revenaient au galop pour une nouvelle nuit de folie. Il n’était pas si moche que ça, un regard émeraude, des cheveux courts virant au blond foncé du haut de son mètre quatre-vingt. Il possédait à vingt-six ans le corps parfait.
Dean vit Tracy Joy, une collègue, le dépasser non sans lui avoir décoché un regard exacerbé en ayant aperçu ses nouvelles conquêtes se diriger vers lui. Il lui accorda quand même un bref sourire aguicheur. Il pouvait bien tenter sa chance avec elle. Elle n’était pas une vilaine fille, bien au contraire. Elle était plutôt sexy alors il souhaitait tenter sa chance même si de ce côté-là, c’était plutôt râpé vu qu’elle se trouvait toujours avec McCoy. En parlant de lui, il distingua le concerné attablé à son bureau, le nez plongé dans les revues rivales. Toujours à penser au boulot celui-là. Il ne le connaissait pas très bien voire même pas du tout, un mot ou deux mots échangé par semaine mais, il savait une chose. Ce mec était un accro au boulot, il l’avait bien remarqué et ça pas besoin de connaître les gens.
Dean s’arrêta là dans ses remarques puis, reporta toute son attention sur les trois charmantes jeunes filles qui commencèrent à le flatter sur ses compétences. La conversation prit son envol et il usait de tout son charme et de sa belle parole pour les endormir et les faire tomber à ses pieds. On aurait dit des groupies devant leur idole et il n’était pas vraiment contre ce petit plaisir. Tout en prêtant une oreille quelque peu attentive à ce que l’une d’elles disait, il entrevit McCoy et Joy, bras-dessus bras-dessous, quoique c’était plutôt la jeune femme qui poussait son ami hors du bâtiment. Un coup d’œil à sa montre biologique lui fit comprendre que c’était l’heure du déjeuner. Il proposa alors à ses charmantes demoiselles si elles désiraient déjeuner avec lui et comme il s’y attendait, elles répondirent toutes par des gloussements. C’était un bon signe.
Le jeune homme s’apprêtait à partir en très bonne compagnie lorsque la voix de son patron résonna à ses tympans.
- Sheppard, dans mon bureau ! s’exclama l’homme qui retourna dans son bureau en claquant la porte.
Le jeune reporter souffla d’un air agacé, il savait très bien qu’il ne pourrait pas y échapper. Alors, après s’être excusé auprès des trois jeunes femmes, il rejoignit son patron. Il poussa la porte et la referma d’un geste las de la main. Il commençait à ouvrir la bouche quand son interlocuteur le coupa aussitôt se fichant pas mal d’être impoli.
- Tu t’assoies et tu te tais, dit-il sous le regard ahuri de son vis-à-vis qui ne comprenait pas du tout pourquoi il venait d’être convoqué.
Mais, il s’exécuta comme le lui avait ordonné son patron. Il n’attendit pas longtemps avant d’avoir le fin mot de toute cette histoire.
- Je vais te filer une affaire de meurtre et j’aimerais finir avant que tu me poses des questions, fit-il en ayant aperçu cette lueur perplexe dans son regard. L’une de mes sources vient de m’appeler pour me signaler qu’il y avait eu un meurtre, hier soir et si cela ne s’est pas ébruité, c’est que les autorités refusent de créer la panique dans la population. Seulement, tu me connais, je suis prêt à tout pour garder ce journal au top.
- Donc, je suis dispensé de lire les ragots.
- Oui mais, à une seule condition.
- Laquelle ? rétorqua Dean, surpris.
- Pour cette affaire, tu devras faire équipe avec quelqu’un…
- Mais…
- Et c’est non négociable, Sheppard, ajouta Donovan d’un ton ferme.
- Très bien. Qui vais-je devoir me coltiner durant plusieurs jours ? osa-t-il demander.
- À toi de voir qui serait assez dingue pour te supporter.
******
Après un déjeuner qui, il devait l’avouer, lui avait changé les idées notamment grâce à Tracy, Sam était de nouveau à son bureau, penché sur l’avant-dernier journal qu’il devait se coltiner. Il fut tiré de sa passionnante lecture par la sonnerie de son téléphone, qu’il décrocha aussitôt en découvrant le nom de son père sur l’écran. Il avait complètement omis de l’appeler la veille comme il le lui avait promis. Son paternel était tellement mère poule que cela frisait l’ahurissement par moment. Ils discutaient depuis une bonne dizaine de minutes sur tout et rien à la fois, quand Sam distingua une forme se poster à quelques centimètres de lui. Il mit fin à la conversation, assurant à son père qu’il le recontacterait bientôt et se tourna vers l’élément perturbateur. L’étonnement se dessina sur les traits de son visage en découvrant son identité.
- Je crois que tu t’es trompé de bureau, Sheppard. Lily se trouve derrière toi, nota le jeune homme en posant son regard sur l’une des trois groupies de la matinée.
- Non. J’ai besoin de te parler.
- Qu’est-ce que tu veux ? questionna le concerné quelque peu troublé de cette venue.
- Le patron vient de me filer une affaire qui n’a pas encore été ébruitée.
- Et alors, je ne vois pas pourquoi tu viens me voir.
- Il m’a demandé de faire équipe avec quelqu’un… et surtout de le choisir.
- Bon courage à celui qui va devoir te supporter, lança Sam avec une pointe d’amusement en pensant au pauvre type qui allait devoir se le coltiner plusieurs jours.
- En fait, c’est toi.
Sam releva d’un coup la tête vers lui, une lueur d’incompréhension dans les yeux face à ce qu’il venait d’entendre de la part de son vis-à-vis. Il n’avait pas rêvé, il l’avait choisi pour faire équipe avec lui sur cette affaire. Non, il ne comprenait pas pourquoi il avait opté pour lui alors qu’il aurait pu prendre n’importe qui d’autre.
Comme s’il avait deviné le nombre incalculable de questions qui filaient à une vitesse folle dans sa tête, Dean sourit avant de reprendre la parole pour soulager son nouveau coéquipier d’une migraine imminente.
- Tu es le meilleur journaliste, après moi, bien sûr, expliqua-t-il d’une voix joyeuse s’attirant un regard exaspéré de la part de Sam mais, redevint sérieux la minute qui suivit. Et je me suis dit qu’on pourrait faire une sacrée équipe. Enfin, si tu étais d’accord, bien sûr.
- Un p’tit briefing n’est pas de refus, répondit simplement le jeune homme sous la mine soulagée de Dean.
******
Après lui avoir fait un bref topo de la situation, ils s’étaient tous les deux mis d’accord pour aller interroger les autorités qui leur apporteraient sûrement de nouvelles infos pour leur enquête. Sous l’étonnement de Dean, Sam avait emmené avec lui sa sacoche d’ordinateur, expliquant qu’il serait plus pratique de chercher de nouvelles informations que de repasser au bureau. Le plus vieux n’y avait vu aucune objection, trouvant qu’effectivement ils gagneraient un temps précieux et surtout qu’il consommerait moins d’essence.
Ils mirent moins de dix minutes pour atteindre le commissariat et se dirigèrent vers le bâtiment, non sans avoir opté une tactique pour aborder l’affaire avec les officiers. Enfin, Dean l’avait proposé à Sam qui n’avait émis aucune protestation à l’instant où ils pénétraient à l’intérieur des lieux. Le plus Casanova des deux chercha du regard la personne qu’il désirait voir parmi les dizaines présentes. Un sourire franc naquit sur ses lèvres et il franchit les derniers mètres qui lui restaient pour se planter devant un bureau.
Le propriétaire de ce petit espace releva la tête avec un air stupéfait sur le visage en découvrant le jeune homme posté en face de lui.
- Salut, Barney.
- Dean, qu’est-ce que tu fais ici ? s’exclama l’homme qui jetait des regards en biais dans la pièce.
- Calme-toi, mon grand. Je suis venu te voir à propos du meurtre de cette nuit.
- Tu rigoles. Il n’y a eu aucun problème cette nuit, beugla l’agent qui remarqua que sa réponse ne plut pas vraiment aux deux hommes.
- Ecoute, Barney, on sait très bien qu’un meurtre a été commis hier, en début de soirée …
- Co… comment tu…
- Eh, je sais faire mon métier, se vanta-t-il alors que Sam levait les yeux au ciel face à cette pique si puérile.
- Si je te dis ce qu’on sait, tu déguerpiras d’ici ?
- Tu as ma parole enfin jusqu’à la prochaine fois.
- Ok, souffla-t-il. Ce type du nom de Mark Grant a été retrouvé mort à côté de sa voiture, ce matin aux alentours de six heures, par l’un de ses collègues.
- Et le nom de ce collègue ?
- Dean.
- Barney.
- Holly Garrett et voila l’adresse, ajouta l’officier en devinant la prochaine question du reporter alors qu’il lui tendait un bout de papier.
- Et qu’est-ce qui a causé la mort ?
- Arme blanche, sûrement un couteau.
- Merci, Barney.
L’interpelé leur fit un bref signe de la tête puis, les deux journalistes quittèrent rapidement les lieux, direction la résidence du seul témoin.
Le trajet n’avait duré qu’une quinzaine de minutes, l’Impala se stoppant devant l’emplacement d’une petite maison de banlieue. Les deux jeunes hommes sortirent du véhicule et se dirigèrent vers le perron où Sam appuya sur la sonnerie d’où un petit tintement résonna plusieurs secondes. Une voix se fit entendre de l’autre côté puis, la porte s’ouvrit sans un bruit pour laisser place à une femme d’une vingtaine d’années. Celle-ci scruta avec une certaine crainte les deux inconnus qui lui faisaient face. Elle avait eu son lot d’évènements pour le reste de son existence seulement, en croisant leurs regards et surtout celui du plus grand, elle sut qu’elle devrait leur accorder du temps pour qu’ils la laissent tranquille pour de bon.
- Que puis-je faire pour vous ?
- Nous sommes du Blue Earth Times, répondit Dean en sortant sa carte de presse, imité par Sam qui en fit de même.
- Ecoutez, je ne me sens pas très bien alors si vous pouviez repasser plus tard…
- Vos réponses pourront nous éclairer et de ce fait, nous serons plus à même pour ne pas effrayer la population, réfuta Sam, d’une voix posée.
La jeune femme resta un instant dubitative, pesant le pour et le contre de ces mots, et finalement, elle s’écarta pour les inviter à entrer. Les deux reporters la suivirent jusque dans le salon où elle leur indiqua les places sur le canapé. Tous les deux s’installèrent tandis qu’Holly faisait de même dans le fauteuil. Elle leur proposa des boissons mais après avoir croisé le regard sans équivoque de son collègue, Dean déclina l’offre.
- Donc, vous avez découvert le corps de Grant, ce matin ? commença Sam qui aperçut avec exaspération du coin de l’œil son partenaire déshabiller la jeune femme du regard.
- Oui, vers six heures. Son corps gisait près de sa voiture… Il y avait du sang partout sur lui et autour.
- Etiez-vous seule sur les lieux ?
- Oui, le parking était désert, répondit-elle en fixant le jeune homme prendre quelques notes.
- Et avez-vous remarqué quelque chose d’autre ?
- Eh bien, sa cage thoracique avait été arrachée…
- Pardon ? s’exclamèrent les deux reporters en même temps avant que Sam ne reprenne. Vous en êtes sûre ?
- Pas besoin de faire médecine pour comprendre une chose pareille.
Après avoir échangé un regard, tous les deux prirent congés de leur hôte tout en la remerciant de leur avoir accordé un peu de son temps. Arrivés à hauteur de la Chevy, Dean ouvrit la portière conductrice mais se stoppa dans son geste en voyant Sam s’appuyer sur le toit de son bébé, un air soucieux sur le visage.
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Cette histoire est plus louche qu’il n’y parait.
- Parce que cette fille vient de nous balancer que ce pauvre gars n’avait plus de cage thoracique ?
- Oui, exactement. Ca ne te parait pas étrange, à toi ?
- Non, pas vraiment. Il y a tellement de tarés sur le globe, qu’ils veulent sûrement devenir unique en leur genre.
- Tu crois vraiment ce que tu dis ?
- Absolument. En tout cas, cela ne m’empêchera pas de dormir.
- Alors pourquoi ton pote, Barney, ne nous a rien dit concernant ce point, ajouta Sam qui avait réussi à faire flancher son partenaire qui resta la bouche légèrement entrouverte, incapable de lui clouer le bec.
- Bon, ok, cette affaire s’annonce plus compliqué que prévu. T’es content ?
Pour toute réponse, Sam lui envoya un grand sourire avant de grimper dans le véhicule alors que Dean roula des yeux.
******
- Je le savais ! s’écria Sam faisant sursauter Dean qui était plongé dans une lecture plus que subtile.
- Que tu avais un don pour foutre mes plans de ce soir en l’air ? Oui, je l’avoue.
- Quoi ? Encore un plan à trois. Tu crois pas que tu as mieux à faire que ça, lança-t-il, ses yeux se posant sur l’écran de son ordinateur.
- Bon, tu vas me dire ce qu’il t’a pris d’hurler comme ça ? J’ai un article à écrire…
- Tu ?
- On. Alors crache le morceau, bougonna le jeune homme en croisant les bras sur sa poitrine.
- Ton copain, Barney, nous a menti. Ce pauvre Grant n’a pas eu que la cage thoracique d’arrachée.
- Comment ça ? rétorqua Dean qui venait de se placer derrière son ami pour voir ce qu’il avait bien pu dénicher et écarquilla les yeux en découvrant ce qu’il y avait sur l’écran. Tu as réussi à choper le rapport du légiste ?
- C’est pas si compliqué mais, passons. Il est dit qu’en plus de la cage thoracique, il manque le foie, le cœur et même un peu d’intestin.
Dean répugna une grimace en écoutant la liste des organes manquants. Ils avaient vraiment un souci sur les bras. Ils n’imaginaient pas qui pouvait bien être aussi dérangé pour pouvoir voler autant d’organes que ça. Qu’est-ce qu’il pouvait bien faire de tout ça ? Avaient-ils un nouveau serial killer sur le dos ? Peut-être. En tout cas, cette affaire allait leur donner un article d’enfer même s’ils allaient devoir encore creuser pour dénicher une nouvelle piste qui les aiderait à avancer.
- Bon, il nous reste plus qu’à fouiller la vie de ce Grant, peut-être qu’il avait causé du tord à quelqu’un qui a voulu se venger.
- Eh bien, pendant que monsieur se morfondait pour sa soirée, j’ai fait toutes les recherches possibles et inimaginables concernant ce type et il n’y a rien.
- Tu plaisantes ?
- Dean, si tu veux, tu n’as qu’à faire les recherches toi-même.
- Non, j’te crois. Seulement, on repart à zéro et je refuse que l’un de ces gugusses, qui nous pondent de ces débilités en se disant meilleurs que nous, nous vole notre affaire.
- Ce ne sera pas une tragédie. Et puis de toute façon, il se fait tard et on ne servira à rien si on ne se repose pas un peu.
- T’as raison. Tu veux que je te dépose ?
- Non, merci, je préfère marcher. Je n’habite pas si loin que ça.
Dean opina d’un signe de la tête puis salua le jeune homme qui disparut dans le couloir le menant à l’ascenseur. Il fit le tour des lieux, vérifiant qu’il n’avait rien oublié et se dirigea à son tour vers la sortie, les clés de son Impala en main.
******
La nuit commençait à tomber sur la ville. Les lampadaires, s’allumant les uns après les autres, éloignaient de ce fait l’obscurité qui se voulait devenir la reine des environs. Le vent frais de ce début de soirée vint lui fouetter le visage tant et si bien que Sam referma vite la fermeture éclair de son blouson jusqu’à son cou. Les mains dans les poches, il arpenta les rues quasi désertes, comme si les gens s’étaient tous donnés le mot pour ne plus se trouver dehors. Sam marchait d’un rapide, souhaitant se retrouver le plus vite possible sous la couette et dormir car la journée avait été plus fatigante qu’il ne se l’était imaginé. Mais, surtout étonnante, puisqu’il ne s’était jamais attendu à devoir faire équipe avec Dean. Il n’avait jamais pensé que ce dernier viendrait lui dire, suite à une entrevue avec le patron, qu’il désirait travailler avec lui et aucun autre. Ou peut-être jouait-il simplement le rôle du parfait partenaire pour ensuite mieux récolter les lauriers ? Non. Dean pouvait être tout à la fois mais sûrement pas un profiteur. Il avait eu l’occasion de l’observer durant toute la journée et avait pu constater qu’il ne ressemblait pas à ce genre de type.
Un bruit glauque tira Sam de ses pensées, qui revint sur ses pas. Piqué par sa curiosité, il s’engouffra dans la petite ruelle. Il s’avança prudemment, ses yeux scrutant l’endroit sous toutes les coutures ou tout du moins ce que pouvaient lui offrir les quelques ampoules qui faisaient office de lampadaires. Plus il avançait, plus il distinguait une forme penchée sur une autre. Depuis l’endroit où il se trouvait, il ignorait s’il s’agissait juste d’un pauvre mec bourré aidé de son pote ou autre chose. Sam s’apprêtait à les interpeller pour être sûr que tout allait bien quand la silhouette qui était debout, se retourna d’un coup, créant un hoquet de peur chez le jeune homme.
Automatiquement, Sam recula d’un pas. Ses yeux ne quittaient plus cet homme qui n’en avait plus vraiment l’air, rien qu’à voir sa bouche ruisselant de sang où l’une de ses mains tenait fermement un long couteau et l’autre quelque chose qui ressemblait à un… Le jeune homme écarquilla grand les yeux d’effroi, son regard allant du corps ouvert au niveau de la poitrine au type qui lui faisait face. Ce cinglé tenait dans son membre un morceau de muscle qu’il venait sûrement d’en déguster une partie avant qu’il ne vienne le déranger.
Un éclair traversa l’esprit de Sam qui comprit aussitôt en jetant un énième coup d’œil au corps et à cet homme, qu’il avait affaire à ce tueur dégénéré. Il se trouvait vraiment dans une belle galère, ce malade se situait à peine deux mètres de lui. De plus, il ne possédait aucune arme sur lui alors que l’autre resserrait le manche du couteau, dont la lame dégoulinait de sang, entre ses doigts.
Sam n’eut pas le temps de penser à un plan pour déguerpir de là que l’homme bondit à une vitesse folle sur lui, engloutissant les quelques mètres qui les séparaient. La lame brandie, l’assaillant la planta avec violence dans le bras droit du reporter qui s’était protégé le visage avec. La victime laissa échapper un cri, la douleur pulsant dans son membre alors que le tueur retirait son arme avec hargne. Le jeune homme plaqua sa main sur sa blessure pour compresser la plaie qui saignait abondamment, réfléchissant à une vitesse folle tout en reculant doucement. Son pied buta alors sur un objet métallique. Il baissa furtivement la tête pour voir qu’il s’agissait d’une longue tige. D’un geste rapide, il la saisit fermement dans sa main valide pour transpercer la jambe de ce fumier. Ce dernier poussa un cri glauque, reculant d’un coup, ses mains s’accrochant sur la tige pour la retirer d’un coup sec.
Ce petit contretemps permit à Sam de s’échapper de cette ruelle où il avait failli y rester définitivement.
******
La portière claqua dans un grincement. Le tintement des clés ne le dérangea guère et il introduisit la plus imposante dans la serrure avant de mettre le contact. Le moteur ronronna, provoquant un sourire jovial chez son conducteur qui enclencha la première. L’impala s’engagea sur la route principale sous un air d’AC/DC que chantonnait à tue tête Dean qui accompagnait sa démo en tapant sur son volant. La journée s’était bien déroulée et sa collaboration avec Sam avait été plus que concluante. Lui qui était d’ordinaire solitaire, à ne lier aucun amitié avec quiconque, à jouer les Casanova, devait avouer qu’il ne serait pas contre de faire équipe plus souvent avec le jeune homme.
Un regard sur le siège passager lui occasionna un soupir las alors que la Chevy faisait un demi-tour sur la route. Cette tête en l’air avait oublié de récupérer son ordinateur, enfermé dans sa sacoche, qui trônait au pied du siège passager. Heureusement, il savait où Sam résidait, comme ça il allait pouvoir lui rendre son bien dont il aurait sûrement besoin.
L’Impala arriva à destination une dizaine de minutes plus tard. Dean stoppa son bébé juste devant le petit immeuble et s’extirpa hors de l’habitacle, la sacoche en main. Une fois entré dans le hall, il prit les escaliers qu’il grimpa quatre à quatre pour se stopper au troisième étage. Il longea le couloir, cherchant le bon numéro qu’il dénicha facilement puisqu’il n’y avait quatre appartements par étage. De sa main de libre, Dean toqua deux fois. N’obtenant aucune réponse, il réitéra son geste et fut satisfait en entendant la voix de son collègue le prévenant qu’il arrivait. La porte s’ouvrit d’un coup, laissant Sam apparaitre à moitié dissimulé derrière. Ce dernier scruta longuement le trouble faite, ne comprenant vraiment pas la raison qui avait amené son ami ici.
- Pourquoi t’es là ? On avait dit qu’on reprenait le boulot demain, lança-t-il, ne désirant qu’une chose, qu’il s’en aille rapidement pour qu’il puisse soigner sa blessure.
- Oui mais, je me suis rendu compte que tu avais oublié ton ordinateur, expliqua son visiteur en montrant le sac sous la mine neutre du propriétaire. Et je me suis dit que t’en aurais besoin pour fouiner avant d’aller te coucher.
- T’étais pas obligé. Ça aurait pu attendre demain.
Dean lui tendit la sacoche mais s’arrêta net en découvrant la main ensanglantée de Sam qu’il saisit fermement. Étonné, Sam voulut retirer sa main pour éviter de subir un interrogatoire et perdre du temps. Cependant, ce n’était pas dans les intentions de Dean qui ne lâchait pas prise.
- Ta main est pleine de sang mais, tu n’as aucune plaie…
- J’viens de casser une bouteille de ketchup et j’ai pas eu le temps de me nettoyer.
- Arrête, je sais très bien faire la différence et là, dit-il en pointant du doigt le liquide rougeâtre, c’est du sang.
Sentant qu’il allait perdre patience, Sam s’apprêtait à reprendre son bien mais, cela ne fut pas au goût de son collègue qui lui attrapa à nouveau le bras. Le plus jeune voulut se dégager de la poigne, en vain, car Dean, tout en le maintenant fermement, le repoussa en arrière. Son visage se crispa en découvrant la partie du corps que son collègue dissimulait derrière la porte. Il donna un coup de pied dans la porte pour la refermer, déposa l’ordinateur sur la table près d’une trousse de soins.
- Qu’est-ce que tu t’es fait ? demanda Dean en se rapprochant pour mieux voir la blessure seulement, Sam reposa sa main dessus pour la comprimer à nouveau.
- Rien qui te concerne…
- Sam…
- Je veux que tu rentres chez toi et que tu m’oublies un peu jusqu’à demain. En fait, occupe-toi comme d’habitude. Va draguer les filles et préoccupe-toi de ta p’tite personne, le coupa le jeune homme, espérant qu’il avait été assez clair pour qu’il lui fiche la paix. C’était mal le connaître, il était tenace.
- Désolé de te contredire mais j’vais pas partir comme ça, tant que je ne me serais pas assuré que tu ailles bien, fit-il d’un ton sérieux ce qui agaça au plus haut point Sam.
- T’es pas mon père et encore moins mon frère…
- T’en as pas dit-il sous le regard stupéfait du jeune homme. Eh oui, je sais, je suis plein de surprise. Donc, on va nettoyer ça pendant que tu me raconteras ce qu’il t’est vraiment arrivé.
Bizarrement, Sam s’installa sur la chaise la plus proche pendant que Dean préparait les compresses, bandes et désinfectant avant de prendre place juste en face de lui. Il commença alors à nettoyer la blessure tout en écoutant son ami qui lui racontait les faits. Au fur et à mesure du récit, Dean se rendit compte qu’il avait eu de la chance de pouvoir s’échapper des griffes de ce détraqué.
Le bandage fini, il désira lui donner des comprimés pour la douleur mais, ce dernier lui fit comprendre d’un simple signe de la tête qu’il n’en voulait pas. Le plus vieux n’insista pas car cette tête de mule ne l’écouterait pas de toute façon. Il partit jeter toutes les compresses sales dans la poubelle et se stoppa en plein milieu de la pièce quand il aperçut son partenaire, qui n’avait pas bougé d’un iota, allumer son ordinateur.
- Tu peux me dire ce que tu fais ? répliqua-t-il alors qu’il le voyait relever la tête.
- J’ai besoin de faire quelques recherches et…
- Tu as surtout besoin de repos après avoir été blessé.
- C’n’est qu’une égratignure. J’te remercie de m’avoir soigné…
- Les amis ça sert à ça. Bon écoute, j’vais aller appeler Barney pour qu’il envoie une équipe pour le corps et j’espère que ton canapé est confortable.
- Tu comptes pas rester dormir ici ? tiqua Sam.
- Il est préférable que je reste avec toi. Ce fumier a pu te suivre jusqu’ici, répondit simplement Dean avant de quitter l’appartement.
Sam regarda la porte se refermer, la bouche légèrement entrouverte, soufflé par sa réaction. Il se reprit rapidement, mettant de côté sa surprise pour se replonger dans cette affaire qui s’annonçait plus compliquée que prévu à résoudre. Le visage de son assaillant tournait en boucle dans sa tête et il était persuadé de l’avoir déjà vu quelque part seulement il ignorait où.
******
Il jeta une nouvelle fois un coup d’œil à sa montre qui indiquait pratiquement dix heures du matin. Depuis qu’il était débout, c’était-à-dire dans les alentours de sept heures, il n’avait pas vu une seule fois Sam. Il l’avait quitté la vieille en allant passé ce coup de fil à Barney et à son retour, il l’avait vu s’enfermer dans sa chambre en lui souhaitant un bref « bonne nuit ». Il n’arrivait toujours pas à croire que son partenaire avait une chance folle d’échapper à une mort certaine.
Son copain Barney l’avait appelé, il y avait de ça une heure, pour l’informer que la victime du nom de Ronald Ballard avait eu le même sort que ce Grant. De plus, il n’avait aucun indice pour relier ces deux victimes puisqu’ils n’avaient aucun point commun, ne bossaient absolument pas dans le même domaine. L’un avait réussi sa vie et l’autre l’avait totalement gâchée. En bref, cela ne collait pas avec le profil d’un tueur. Ils allaient devoir, lui et Sam, se creuser la tête pour venir à bout de cette histoire.
En parlant du loup, la porte de la chambre s’ouvrit pour laisser passer son ami qui partit directement dans la petite cuisine sans lui jeter le moindre regard. La mine soucieuse qu’il arborait ne lui présageait rien de bon pour la suite. Dean attendit qu’il revienne dans le salon pour lui en toucher un mot et il n’attendit même pas deux minutes pour que Sam refasse surface. Le jeune homme munit de son ordinateur, s’assit sur une chaise en posant son bien sur la table. Sam ne savait pas du tout comment aborder le sujet face à sa découverte. Devait-il en parler à Dean ? Le prendrait-il pour un cinglé ? Tant de questions se chamboulaient dans sa tête qu’il sursauta en sentant une main se poser sur son épaule intacte.
- Mais ça va pas ! maugréa-t-il en se pinçant les lèvres car ce léger bond avait réveillé sa blessure. Préviens, la prochaine fois.
- Je l’ai fait mais, tu semblais ailleurs alors dis-moi ce que t’as. C’est ta blessure ? demanda-t-il en remarquant qu’il se massait légèrement.
- Ça tire un peu c’est tout. Cela concerne l’affaire…
- Oui, et ?
- Et j’ai trouvé quel était le point commun entre les deux victimes.
- Mais, comment as-tu pu connaître l’identité de la seconde victime vu que tu n’étais pas dans la pièce quand je l’ai eu ?
- Tu es très bruyant. Et pour en revenir à ces meurtres, nos deux gars ont fréquenté le même camp de vacances…
- Sam, je veux pas paraître désobligeant mais, on va dans ce genre d’endroit quand on est gosse. Et, sauf cas contraire, nos gugusses étaient loin d’y ressembler.
- Je le sais, abruti. Mais, ils se sont réunis, il y a à peine deux mois, sans oublier de faire un petit souvenir, expliqua le plus jeune en tournant l’écran vers son collègue pour qu’il puisse voir la photo sur l’écran.
- Bon eh bien, notre tueur est un pauvre taré qui veut zigouiller les anciens d’un club de vacances. Ça va faire un super article, jubila Dean qui perdit très vite son sourire en découvrant le visage sombre de Sam. Quoi ?
- Je sais aussi qui est le tueur.
- Tu, quoi ?
Le jeune homme pointa du doigt sur l’écran un homme d’une quarantaine d’années qui se trouvait à l’extrémité du groupe juste derrière Grant et Ballard.
- Tu es sûr de toi ? s’assura Dean alors que son ami opina d’un signe de la tête. Alors, on a plus qu’à appeler les flics.
- On peut pas…
- Comment ça ? Tu viens de me montrer l’enfoiré qui a tué ces mecs et qui a failli te tuer aussi.
- Parce que Neil Fox est décédé, il y a deux semaines.
- Attends. Tu veux dire que l’homme, qui était à deux doigts de te tuer, se trouve être un macchabé ? Tu es sûr de ne pas avoir reçu un coup sur la tête ?
- Dean, je sais ce que j’ai vu ! Si je ne l’avais pas été, je ne t’aurais jamais avoué mes recherches.
- Ok, Sam, je te crois, rétorqua Dean qui avait senti la déception dans la voix du jeune homme. Seulement, il doit bien y avoir une explication logique cachée derrière tout ça.
- Oui, il y en a une.
- J’t’écoute.
- On a affaire à un zombie.
*****
Il se serait cru dans la quatrième dimension et il n’arrivait toujours pas à croire ce qu’il était en train de faire. Il planta encore une fois la pelle dans le sol pour retirer une bonne poignée de terre qu’il balança sur le petit tas qui se formait à sa droite. Un énième coup d’œil aux alentours puis, à Sam qui l’éclairait grâce à une lampe torche et, il repartit dans sa tâche.
Quand son partenaire lui avait annoncé sans détour à quoi ils avaient affaire, il était resté pantois, n’arrivant pas à articuler un seul mot. Sam avait alors enchaîné dans ses explications sans qu’il ne l’interrompt une seule fois. Non pas qu’il croyait à tout ce folklore autour du surnaturel seulement, plus le jeune homme apportait ses preuves et plus tout cela lui semblait plausible. Dean aurait dû s’abstenir de poser la question fatale, à savoir comment pouvaient-ils être sûrs qu’ils étaient confrontés à un zombie et non à un cinglé. Sam avait alors enchaîné en lui montrant les registres médicaux ainsi que des photos du cadavre après son autopsie. Et pour être sûr d’eux, son ami l’avait informé qu’ils devaient vérifier si le corps se trouvait bien dans le cercueil.
Ils avaient attendu que la nuit tombe afin de ne pas se faire prendre et avaient dû piquer une pelle dans le local du gardien des lieux qui était aux abonnés absents. Et, les voila, enfin surtout lui, car il avait refusé que Sam creuse à cause de sa blessure, à profaner une tombe dans le seul but de s’assurer que la théorie quelque peu loufoque du plus jeune soit fondée.
Le bout de la pelle cogna sur du dur, Dean échangea un rapide regard avec Sam qui s’était rapproché puis, descendit dans le trou. Il retira la terre sur la partie haute du cercueil et l’ouvrit d’un coup, détournant aussitôt la tête afin de ne pas voir le corps en décomposition. Il reporta son regard dans la boite et constata avec stupéfaction qu’elle était vide.
- Ça me fait mal de le reconnaître mais, t’avais raison, Sammy. Je crois qu’on a effectivement un zombie sur les bras, avoua le plus vieux qui venait de remonter du trou et s’afférait à le reboucher.
- C’est Sam, pas Sammy, bougonna le plus jeune.
- Fais pas la tête. C’est pas méchant. Trouve-nous plutôt un moyen de localiser ce monstre et un autre pour le zigouiller.
- Comment ça ?
- On t’a jamais dit que tu posais trop de questions ? souffla-t-il en tassant correctement la terre sur la sépulture.
- Mon père.
- Ça doit être un chouette gars. Bon, si tu me disais ce qui te tracasse avant qu’on en finisse avec cette affaire.
- Eh bien, j’aurais pensé que tu me traiterais de cinglé depuis le début… enfin que tu me croirais pas…
- Et pourquoi je ne t’aurais pas cru ? T’es mon partenaire, je te retrouve blessé chez toi, tu as échappé de peu à la mort et tu as apporté les preuves qu’il faut pour prouver qui est le meurtrier qui est…
- Un zombie.
- Ouais. Cela peut paraitre dingue, c’est vrai, mais pas impossible. Donc, on va retourner à la voiture, on va chercher tout ce dont on aura besoin pour le désintégrer et on bouclera notre article.
- Tu crois vraiment qu’on pourra le faire ?
- Batman et Robin ont bien dû débuter quelque part donc on y arrivera, ajouta Dean avec simplicité ce qui fit sourire le plus jeune.
******
Les deux reporters étaient de retour chez Sam, plongés dans leurs recherches, l’un sur son ordinateur et l’autre sur les diverses photocopies qu’ils avaient en leur possession après avoir fait un tour à la bibliothèque. La mythologie sur les zombies était si diverse et complètement aberrante qu’ils en perdaient leur latin. Dean avait vite abandonné. Lire toute cette paperasse l’avait rendu grognon, soufflant à tout bout de champ. Ce n’était pas son rayon de fouiner comme ça. En plus, la taille des paragraphes ressemblait à des pates de mouche que ça lui en avait donné la migraine. Il était donc parti se préparer un café tout en observant Sam qui bossait déjà depuis des heures pour trouver une solution. Comme si ce dernier avait lu dans ses pensées, il l’appela, ayant déniché plusieurs pistes.
- Alors qu’as-tu trouvé ? demanda Dean qui venait de se placer derrière lui.
- Eh bien, comme tu as pu le constater, il existe un nombre incalculable de récits racontant l’origine des zombies, de leur création qui peut être liée à du vaudou ou un virus mortel même si certains cas restent encore inexpliqués. Pour les anéantir, beaucoup de références disent qu’il faut leur trancher la tête, d’autres de balles en argent en pleine tête et d’autres encore, d’un pieu en argent car il se peut qu’une balle en pleine tête ne suffise pas.
- Super, trente six milles solutions pour venir à bout de ce monstre. On fait comment pour savoir laquelle est la meilleure, quoique lui couper sa jolie tête n’a pas besoin d’être vérifiée.
- On va déjà s’équiper et ensuite, on ira à sa rencontre…
- Car en plus, tu sais où il veut se rendre notre asticot ? rétorqua Dean qui saisit un dossier que son ami avait aussi photocopié à la bibliothèque.
- C’est le rapport de l’accident dont a été victime Neil Fox. Il est décédé dans une voiture et ce n’était pas lui qui se trouvait au volant mais, Grant.
- Et laisse-moi deviner Ballard aussi en a réchappé ?
- Tous les deux, ainsi qu’un dénommé Julian Monrow, se disputaient pour une broutille et ils n’ont pas fait attention qu’un véhicule arrivait droit sur eux.
- Donc, tu penses que Fox veut se venger…
- Ça me semble logique.
- Allons faire griller un zombie !
******
Les deux reporters avaient donc vérifié l’emploi du temps de ce Monrow qui, cela les arrangeait, pratiquait du basket seul dans un gymnase. Ils allaient pouvoir agir sans trop éveiller les soupçons. Ils attendaient dans la Chevy, leurs armes en main, que ce Monrow pointe le bout de son nez.
Sam jeta un énième coup d’œil à l’extérieur. Il ignorait vraiment si ce qu’ils s’apprêtaient à faire était une bonne idée. Après tout, lui et Dean n’y connaissaient rien en chasseur de zombie. Ils pouvaient même y laisser leur peau. Comme s’il avait senti la crainte le submerger, Dean lui lança un regard rassurant car lui aussi n’était pas si réconforté à l’idée d’aller affronter ce genre de créature. Cependant, ils n’avaient d’autre choix que de le faire. S’ils avaient été tout raconter aux autorités, ils les auraient probablement enfermés dans un asile de fou et la créature aurait pu continuer tranquillement son carnage.
Dean fut tiré de ses pensées par le bruit familier d’un moteur. Il tourna la tête sur la gauche pour apercevoir le véhicule de Monrow se garer juste devant l’entrée du bâtiment. Il l’observa rentrer à l’intérieur du bâtiment puis, après s’être tourné vers Sam, ils sortirent de l’Impala et traversèrent la rue déserte. Ils pénétrèrent comme si de rien n’était dans les lieux puis cherchèrent rapidement la salle de basket. Ils ne firent que deux pas lorsqu’un cri strident retentit dans toute la bâtisse. Les deux reporters sortirent leurs revolvers puis, d’un simple regard se précipitèrent vers la provenance du hurlement. Ils déboulèrent dans la salle et furent dégoûtés du spectacle qui s’offrait devant eux.
Le zombie tenait d’une main Monrow par son blouson, d’où on pouvait voir son visage, figé dans l’horreur complètement inexpressif, et de l’autre un bout de chair. Néanmoins, ils durent se reprendre très vite car la créature n’appréciait pas le moins du monde d’avoir été dérangée dans sa vendetta. Son arme brandie, Dean s’avança vers lui, appuyant sur la gâchette en direction de sa tête. La surprise le prit en comprenant que la solution des balles en argent en pleine tête n’était pas la bonne méthode. Malgré ce qu’il venait de lui mettre, ce fumier était toujours debout. Le jeune homme s’apprêtait à recharger son arme lorsque le zombie, plus rapide, l’attrapa par les épaules et le balança violemment dans les airs sous les cris de Sam. La créature marcha vers le plus vieux sonné par le choc mais stoppa son mouvement, sentant son corps criblé de balles. Il se retourna vers le second importun qui le visait toujours de son revolver avec une mine pleine de rage.
Celui-ci vida son chargeur sur la créature qui rugit de plus belle, souhaitant éliminer cet être qui lui avait déjà échappé une fois. Sam aperçut son ami revenir doucement à lui et il en fut soulagé mais il n’eut pas le temps de s’y attarder puisque Fox se rapprochait dangereusement de lui. Il sortit un pieu en argent de sa veste et la lança le plus fort possible sur le zombie. L’arme se planta dans la cuisse gauche de la créature qui hurla de douleur. Sam se servit de ce léger contretemps pour recharger son arme, il releva la tête pour croiser les pupilles injectées de sang de la créature. La peur grimpant en lui, Sam perdit le peu de contenance qu’il avait et son adversaire en profita pour lui porter un violent coup au visage puis, dans l’épaule. Le jeune reporter perdit l’équilibre et s’écroula sur le sol, perdant par la même occasion son flingue qui glissa à plusieurs mètres de lui.
Le zombie fit un pas vers sa prochaine victime, arborant un sourire joyeux, rendu plus effrayant avec le sang qui dégoulinait de sa bouche. Encore étourdi, Sam ne comprit que trop tard ce qui allait se produire en voyant le monstre se pencher vers lui. Automatiquement, le jeune homme plaça son bras devant son visage pour se protéger d’un nouveau coup lorsqu’il aperçut Dean derrière le meurtrier qui abattit d’un geste brusque sa machette sur lui. La tête se détacha du corps et alla s’échouer sur le sol, roulant durant quelques secondes, laissant une trainée rougeâtre derrière lui.
Dean ne jeta aucun regard sur le corps et se précipita vers Sam qu’il aida à se relever. Il le scruta sous toutes les coutures, ce qui agaça fortement le plus jeune.
- Arrête de me regarder comme ça, j’ai rien du tout !
- Ce fumier t’a frappé et balancé dans les airs…
- Et toi aussi.
- Mais moi, j’ai pas reçu un coup de couteau dans l’épaule.
- Qu’est-ce qu’on va faire du… enfin, des corps, remarqua Sam qui réussit à se dégager de son ami qui devenait un peu trop mère poule à son goût.
- Si j’arrive à me débrouiller, on pourrait masquer ça en règlement de compte…
- Quoi ? Non, il doit y avoir une autre solution. Et puis ils nous retrouveront avec les matricules des armes.
- Aucune chance, c’est des armes volées, on a qu’à en laisser qu’une, ça suffira. Sam, il n’y a pas d’autre solution et on n’en a pas le temps. On pourra pas tout nettoyer avant que le premier gugusse ne vienne ici pour faire du sport et perdre ces kilos en trop.
En y réfléchissant et même si cette idée ne lui plaisait guère, Sam devait admettre qu’il avait raison. Alors, pour toute réponse, il fit un bref signe de la tête. Dean s’attela à mettre son plan à exécution sous le regard toujours un peu perplexe de son partenaire.
*****
Ils étaient dans cette pièce depuis une bonne demi-heure et aucun mot n’avait été échangé. Les trois personnes présentes dans la pièce vaquaient à leurs occupations. Enfin, l’une installée à son bureau lisait attentivement une feuille tandis que les deux autres, assises en face de lui, attendaient patiemment.
Sam et Dean scrutaient, sans grande attention, la pièce dans tous les recoins possibles. Ils n’aimaient guère attendre dans un tel silence mais aucun des deux n’osait déranger le patron dans sa lecture. De plus, il ne s’agissait pas d’un quelconque article, c’était celui qu’ils avaient écrit ensemble.
- Eh bien, je n’ai qu’une chose à dire, s’exclama Donovan en posant son regard sur les deux jeunes hommes, les autres vont s’en mordre les doigts !
- Ça veut dire que ça vous plait ? osa demander Dean.
- Tu plaisantes. Vous vous êtes surpassez pour cet article basé sur une vendetta personnelle d’un pauvre cinglé qui s’est fait passé pour mort avant de l’être pour de bon par sa dernière victime. Ok, c’est malheureux pour ces pauvres gars mais, ça va faire grimper nos ventes. En tout cas, je vous félicite et si vous voulez de nouveau bosser ensemble, je n’y verrais aucun problème.
- En parlant de ça, reprit Dean ce qui attira l’attention de son collègue, comme il n’y aura pas souvent des affaires de ce genre-là, j’avais pour idée d’arpenter les routes à la recherche de bonnes histoires.
- Cela me convient parfaitement mais, je veux au moins une affaire tous les mois sinon vous revenez ici le temps que vous dénichez quelque chose de potable.
Les deux reportèrent hochèrent d’un signe de la tête puis, quittèrent le bureau de leur boss pour retourner aux leurs enfin plutôt à celui du plus jeune.
- Ce que t’as raconté au boss, c’était vrai ? Enfin, je veux dire t’es sûr de toi, de vouloir enquêter sur ce monde et chasser, lança Sam qui avait baissé la voix en prononçant les derniers mots.
- Je trouve que pour une première fois, on s’est pas trop mal débrouillés. Bon, faudra repasser sur quelques points mais je sais qu’on pourra s’en sortir. Toi et moi, on forme un super duo. T’es partant ?
- Ça me va mais t’attends pas à ce que j’obéisse à tous tes ordres.
- Eh, je suis doux comme un agneau…
- Et c’est qui, qui me forçait à aller dormir, il y a pas moins de vingt-quatre heures ? ajouta Sam en prenant la direction de la sortie sous le regard dépité de son ami.
- Ok, j’l’avoue. T’as gagné !
Dean vit le jeune homme se retourner vers lui en affichant un sourire victorieux avant de reprendre son chemin. Cette nouvelle collaboration et surtout amitié irait loin pour tous les deux.
La nuit s’était invitée à montrer le bout de son nez alors qu’il n’était qu’à peine six heures de l’après-midi. Cela pouvait paraître quelque peu déconcertant surtout qu’ils étaient en plein mois de septembre et donc que l’été n’avait pas encore donné son dernier mot. Sauf qu’en ce jour, le mauvais temps et le brouillard, qui avait refusé de se disperser, en étaient sortis en grand vainqueur. Et ces deux éléments avaient jeté un sort sur les gens qui furent exécrables durant toute la journée. Des râleurs à des personnes pressées qui ne faisaient attention à rien d’autre qu’à leur petite personne, il avait vu tout ce qui était possible de voir en un seul jour. Vivement qu’il rentre bien au chaud chez lui afin d’en apprécier le repos.
Il jeta un bref coup d’œil à sa montre et décida qu’il pouvait terminer son boulot une heure en avance. Après tout, plus aucun client ne se pointait à l’horizon, il rangea rapidement tous ses dossiers dans les tiroirs et quitta son bureau. Il prit les escaliers, optant pour faire un peu d’exercice avant de s’étaler dans son lit dès qu’il serait de retour chez lui. Les quatre étages furent donc dévalés en à peine cinq minutes et, il se retrouva dans les sous-sols du bâtiment et plus précisément dans le parking. Vu l’absence de toute vie dans les locaux, cela ne l’étonna guère de ne voir aucune voiture stationnant sur les différentes places vacantes à part la sienne. C’était un vendredi soir et les gens n’avaient qu’une seule idée en tête : filer dans des boites de nuit ou dans n’importe quelle fête, juste pour pouvoir s’éclater et profiter de la vie.
Alors qu’il était à cinq mètres de son véhicule, il fouilla dans la poche de son jean à la recherche de ses clés. Quelques secondes plus tard, il les saisit enfin lorsque les néons qui l’éclairaient sur cette même distance s’éteignirent d’un coup. Un juron s’échappa de sa bouche tandis qu’il essayait de se diriger tant bien que mal vers sa Ford. Il ne prêta plus attention au monde extérieur. Tout ce qu’il désirait c’était de rentrer une bonne fois pour toute chez lui. Arrivé devant la portière conductrice, l’homme introduisit la clé dans la serrure mais un crissement de pneu le fit tellement sursauter qu’il en laissa échapper son trousseau, qui atterrit sur le bitume. Il pesta de nouveau, n’arrivant pas à croire qu’il venait d’avoir peur pour une chose aussi débile. Tout en se relevant, ses clés en mains, il ne remarqua même pas qu’une ombre l’avait suivie depuis son arrivée dans le parking et se rapprochait dangereusement de lui, un long couteau pendant le long de son corps.
L’inconnu leva son arme, bien haut dans les airs et l’abattit froidement sur l’homme qui poussa un cri de douleur. La lame traversa le cou de la victime et du sang en gicla pour s’écraser sur la vitre. L’homme s’échoua sur le sol devenu rouge, un regard horrifié peint sur son visage, tandis que son bourreau s’acharnait sur lui, abattant sa lame sur son corps, d’où s’échappaient des litres de sang.
Personne aux alentours ne se doutait à cet instant qu’un horrible meurtre se déroulait.
*****
Il faisait tapoter son crayon sur le papier alors que ses yeux faisaient défiler les dizaines de lignes qui l’encombraient un peu trop, à son goût. Jetant de brefs coups d’œil autour de lui, il nota qu’il était pratiquement le seul à faire un temps soit peu ce que le patron leur avait demandé. Il devait admettre que cela paraissait quelque peu déconcertant. Tous les employés devaient au moins une fois par mois, et quand l’actualité ressemblait à un long fleuve tranquille, lire tous les quotidiens rivaux. Le boss prétextait qu’il était toujours bien d’avoir un œil sur ses adversaires. Il se croyait dans un règlement de compte niveau maternel mais bon, il était payé pour alors à quoi bon rechigner pour une rivalité aussi stupide ? À rien.
Un éclat de rire provenant de sa droite le tira de sa lecture. Il releva la tête pour voir de quoi il en retournait. Le jeune homme fut dépité par la scène qui se déroulait sous ses yeux. Le Don Juan de ces dames avait encore frappé et elles buvaient ces paroles comme s’il était leur sauveur, les ayant arrachées des griffes de leur quotidien monotone. Un sourire naquit malgré lui sur ses lèvres en se demandant comment ces trois filles pouvaient continuer à se côtoyer sans se crêper le chignon alors que chacune avait couché avec lui tout ça en à peine une semaine. Cela frôlait juste l’inimaginable! Mais après tout, s’ils y trouvaient leur compte, grand bien leur fasse.
Le jeune homme retourna donc à sa lecture, même s’il sentait l’ennui se poindre car toutes ces pages à se farcir ne l’amusaient guère. Et comme pour répondre à son appel, une fine silhouette lui arracha des mains la revue qu’il lisait.
- Tu es déjà sur ce torchon ? fit la jeune femme en tenant le journal du bout des doigts qu’il lui reprit aussitôt.
- Oui et toi, je suppose que tu en es qu’au premier.
- Sam, tu me vois lire ces tissus d’absurdité ?
- Ces tissus d’absurdités comme tu dis font d’excellents scores niveau vente, répliqua le jeune homme en pliant le fameux torchon qui alla s’échouer sur la petite pile sur le bureau.
- Les gens ne savent pas ce qu’ils perdent.
- Tracy, si tu me disais ce que tu veux ?
La concernée s’appuya sur le bureau puis, tout en nouant ses cheveux bruns en une queue de cheval, posa ses yeux noisette sur Sam qui attendait patiemment la raison de sa visite. Elle le détailla rapidement comme elle le faisait tous les matins sachant pertinemment qu’il serait gêné par cette attention. Son ami et collègue âgé de vingt-deux ans, avait un regard azur à en faire tressaillir plus d’une, des cheveux bruns mi-long dont la mèche lui retombait sur le front. Pour combler le tout sous son mètre quatre-vingt treize, il possédait un corps sexy digne d’un athlète dissimulé sous cette chemise.
Un raclement de gorge provenant de son compagnon la fit sortir de sa nouvelle observation. Un sourire malicieux sur le coin des lèvres, elle ouvrit la bouche et lâcha avec toute la simplicité du monde.
- Je t’invite à déjeuner.
- Ecoute, c’est gentil à toi mais j’ai pas très faim et puis, j’ai encore deux quotidiens à lire…
- Non. Laisse ces horreurs là où elles sont, le coupa-t-elle en prenant les papiers pour les jeter dans la poubelle sous les yeux éberlués de son ami.
- Tu peux me dire pourquoi tu as fait ça ?
- J’en avais envie. De toute façon, tu n’as aucunement besoin de lire tous ces ragots car tu es un super journaliste.
- Merci mais, ça ne change rien le fait que je n’ai pas envie de manger.
- Je te laisse pas le choix, McCoy !
En moins de deux, la jeune femme saisit le bras droit de Sam et l’extirpa de sa chaise, l’obligeant à la suivre. Sam voulut se sauver mais, le regard noir qu’elle lui lança, lui fit perde cette irrésistible envie. Heureuse d’avoir réussi son coup, Tracy sourit de plus belle non sans jeter un air exaspéré sur le Don Juan de l’équipe qui était en train d’embobiner une nouvelle proie, sous la mine amusée de Sam.
******
Dire qu’il adorait ce genre de journée était un euphémisme, il en était complètement dingue. Pourquoi exactement ? Tout simplement parce qu’il pouvait faire ce dont il avait envie vu que le patron ne lui disait rien s’il ne faisait pas cette fameuse inspection chez les quotidiens rivaux. Cette lecture quasi-obligée était barbante, une vraie plaie pour lui qui n’aimait pas vraiment se coltiner des pavés aussi nuls les uns que les autres. Il connaissait déjà les erreurs possibles qu’il aurait pu commettre et honnêtement il n’avait pas besoin de ça pour s’en rendre compte. De plus, il avait pu dénicher un pauvre crétin pour lui faire un résumé pour chaque journal.
Alors la journée s’annonçait excellente surtout lorsqu’il aperçut du coin de l’œil trois jeunes femmes qui lui avaient accordé de joyeux moments ces dernières nuits. Il devait avouer qu’il avait une chance d’enfer de débusquer trois filles qui ne se crêpaient pas le chignon en apprenant qu’elles avaient toutes couché avec lui et qui, en plus, revenaient au galop pour une nouvelle nuit de folie. Il n’était pas si moche que ça, un regard émeraude, des cheveux courts virant au blond foncé du haut de son mètre quatre-vingt. Il possédait à vingt-six ans le corps parfait.
Dean vit Tracy Joy, une collègue, le dépasser non sans lui avoir décoché un regard exacerbé en ayant aperçu ses nouvelles conquêtes se diriger vers lui. Il lui accorda quand même un bref sourire aguicheur. Il pouvait bien tenter sa chance avec elle. Elle n’était pas une vilaine fille, bien au contraire. Elle était plutôt sexy alors il souhaitait tenter sa chance même si de ce côté-là, c’était plutôt râpé vu qu’elle se trouvait toujours avec McCoy. En parlant de lui, il distingua le concerné attablé à son bureau, le nez plongé dans les revues rivales. Toujours à penser au boulot celui-là. Il ne le connaissait pas très bien voire même pas du tout, un mot ou deux mots échangé par semaine mais, il savait une chose. Ce mec était un accro au boulot, il l’avait bien remarqué et ça pas besoin de connaître les gens.
Dean s’arrêta là dans ses remarques puis, reporta toute son attention sur les trois charmantes jeunes filles qui commencèrent à le flatter sur ses compétences. La conversation prit son envol et il usait de tout son charme et de sa belle parole pour les endormir et les faire tomber à ses pieds. On aurait dit des groupies devant leur idole et il n’était pas vraiment contre ce petit plaisir. Tout en prêtant une oreille quelque peu attentive à ce que l’une d’elles disait, il entrevit McCoy et Joy, bras-dessus bras-dessous, quoique c’était plutôt la jeune femme qui poussait son ami hors du bâtiment. Un coup d’œil à sa montre biologique lui fit comprendre que c’était l’heure du déjeuner. Il proposa alors à ses charmantes demoiselles si elles désiraient déjeuner avec lui et comme il s’y attendait, elles répondirent toutes par des gloussements. C’était un bon signe.
Le jeune homme s’apprêtait à partir en très bonne compagnie lorsque la voix de son patron résonna à ses tympans.
- Sheppard, dans mon bureau ! s’exclama l’homme qui retourna dans son bureau en claquant la porte.
Le jeune reporter souffla d’un air agacé, il savait très bien qu’il ne pourrait pas y échapper. Alors, après s’être excusé auprès des trois jeunes femmes, il rejoignit son patron. Il poussa la porte et la referma d’un geste las de la main. Il commençait à ouvrir la bouche quand son interlocuteur le coupa aussitôt se fichant pas mal d’être impoli.
- Tu t’assoies et tu te tais, dit-il sous le regard ahuri de son vis-à-vis qui ne comprenait pas du tout pourquoi il venait d’être convoqué.
Mais, il s’exécuta comme le lui avait ordonné son patron. Il n’attendit pas longtemps avant d’avoir le fin mot de toute cette histoire.
- Je vais te filer une affaire de meurtre et j’aimerais finir avant que tu me poses des questions, fit-il en ayant aperçu cette lueur perplexe dans son regard. L’une de mes sources vient de m’appeler pour me signaler qu’il y avait eu un meurtre, hier soir et si cela ne s’est pas ébruité, c’est que les autorités refusent de créer la panique dans la population. Seulement, tu me connais, je suis prêt à tout pour garder ce journal au top.
- Donc, je suis dispensé de lire les ragots.
- Oui mais, à une seule condition.
- Laquelle ? rétorqua Dean, surpris.
- Pour cette affaire, tu devras faire équipe avec quelqu’un…
- Mais…
- Et c’est non négociable, Sheppard, ajouta Donovan d’un ton ferme.
- Très bien. Qui vais-je devoir me coltiner durant plusieurs jours ? osa-t-il demander.
- À toi de voir qui serait assez dingue pour te supporter.
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Après un déjeuner qui, il devait l’avouer, lui avait changé les idées notamment grâce à Tracy, Sam était de nouveau à son bureau, penché sur l’avant-dernier journal qu’il devait se coltiner. Il fut tiré de sa passionnante lecture par la sonnerie de son téléphone, qu’il décrocha aussitôt en découvrant le nom de son père sur l’écran. Il avait complètement omis de l’appeler la veille comme il le lui avait promis. Son paternel était tellement mère poule que cela frisait l’ahurissement par moment. Ils discutaient depuis une bonne dizaine de minutes sur tout et rien à la fois, quand Sam distingua une forme se poster à quelques centimètres de lui. Il mit fin à la conversation, assurant à son père qu’il le recontacterait bientôt et se tourna vers l’élément perturbateur. L’étonnement se dessina sur les traits de son visage en découvrant son identité.
- Je crois que tu t’es trompé de bureau, Sheppard. Lily se trouve derrière toi, nota le jeune homme en posant son regard sur l’une des trois groupies de la matinée.
- Non. J’ai besoin de te parler.
- Qu’est-ce que tu veux ? questionna le concerné quelque peu troublé de cette venue.
- Le patron vient de me filer une affaire qui n’a pas encore été ébruitée.
- Et alors, je ne vois pas pourquoi tu viens me voir.
- Il m’a demandé de faire équipe avec quelqu’un… et surtout de le choisir.
- Bon courage à celui qui va devoir te supporter, lança Sam avec une pointe d’amusement en pensant au pauvre type qui allait devoir se le coltiner plusieurs jours.
- En fait, c’est toi.
Sam releva d’un coup la tête vers lui, une lueur d’incompréhension dans les yeux face à ce qu’il venait d’entendre de la part de son vis-à-vis. Il n’avait pas rêvé, il l’avait choisi pour faire équipe avec lui sur cette affaire. Non, il ne comprenait pas pourquoi il avait opté pour lui alors qu’il aurait pu prendre n’importe qui d’autre.
Comme s’il avait deviné le nombre incalculable de questions qui filaient à une vitesse folle dans sa tête, Dean sourit avant de reprendre la parole pour soulager son nouveau coéquipier d’une migraine imminente.
- Tu es le meilleur journaliste, après moi, bien sûr, expliqua-t-il d’une voix joyeuse s’attirant un regard exaspéré de la part de Sam mais, redevint sérieux la minute qui suivit. Et je me suis dit qu’on pourrait faire une sacrée équipe. Enfin, si tu étais d’accord, bien sûr.
- Un p’tit briefing n’est pas de refus, répondit simplement le jeune homme sous la mine soulagée de Dean.
******
Après lui avoir fait un bref topo de la situation, ils s’étaient tous les deux mis d’accord pour aller interroger les autorités qui leur apporteraient sûrement de nouvelles infos pour leur enquête. Sous l’étonnement de Dean, Sam avait emmené avec lui sa sacoche d’ordinateur, expliquant qu’il serait plus pratique de chercher de nouvelles informations que de repasser au bureau. Le plus vieux n’y avait vu aucune objection, trouvant qu’effectivement ils gagneraient un temps précieux et surtout qu’il consommerait moins d’essence.
Ils mirent moins de dix minutes pour atteindre le commissariat et se dirigèrent vers le bâtiment, non sans avoir opté une tactique pour aborder l’affaire avec les officiers. Enfin, Dean l’avait proposé à Sam qui n’avait émis aucune protestation à l’instant où ils pénétraient à l’intérieur des lieux. Le plus Casanova des deux chercha du regard la personne qu’il désirait voir parmi les dizaines présentes. Un sourire franc naquit sur ses lèvres et il franchit les derniers mètres qui lui restaient pour se planter devant un bureau.
Le propriétaire de ce petit espace releva la tête avec un air stupéfait sur le visage en découvrant le jeune homme posté en face de lui.
- Salut, Barney.
- Dean, qu’est-ce que tu fais ici ? s’exclama l’homme qui jetait des regards en biais dans la pièce.
- Calme-toi, mon grand. Je suis venu te voir à propos du meurtre de cette nuit.
- Tu rigoles. Il n’y a eu aucun problème cette nuit, beugla l’agent qui remarqua que sa réponse ne plut pas vraiment aux deux hommes.
- Ecoute, Barney, on sait très bien qu’un meurtre a été commis hier, en début de soirée …
- Co… comment tu…
- Eh, je sais faire mon métier, se vanta-t-il alors que Sam levait les yeux au ciel face à cette pique si puérile.
- Si je te dis ce qu’on sait, tu déguerpiras d’ici ?
- Tu as ma parole enfin jusqu’à la prochaine fois.
- Ok, souffla-t-il. Ce type du nom de Mark Grant a été retrouvé mort à côté de sa voiture, ce matin aux alentours de six heures, par l’un de ses collègues.
- Et le nom de ce collègue ?
- Dean.
- Barney.
- Holly Garrett et voila l’adresse, ajouta l’officier en devinant la prochaine question du reporter alors qu’il lui tendait un bout de papier.
- Et qu’est-ce qui a causé la mort ?
- Arme blanche, sûrement un couteau.
- Merci, Barney.
L’interpelé leur fit un bref signe de la tête puis, les deux journalistes quittèrent rapidement les lieux, direction la résidence du seul témoin.
Le trajet n’avait duré qu’une quinzaine de minutes, l’Impala se stoppant devant l’emplacement d’une petite maison de banlieue. Les deux jeunes hommes sortirent du véhicule et se dirigèrent vers le perron où Sam appuya sur la sonnerie d’où un petit tintement résonna plusieurs secondes. Une voix se fit entendre de l’autre côté puis, la porte s’ouvrit sans un bruit pour laisser place à une femme d’une vingtaine d’années. Celle-ci scruta avec une certaine crainte les deux inconnus qui lui faisaient face. Elle avait eu son lot d’évènements pour le reste de son existence seulement, en croisant leurs regards et surtout celui du plus grand, elle sut qu’elle devrait leur accorder du temps pour qu’ils la laissent tranquille pour de bon.
- Que puis-je faire pour vous ?
- Nous sommes du Blue Earth Times, répondit Dean en sortant sa carte de presse, imité par Sam qui en fit de même.
- Ecoutez, je ne me sens pas très bien alors si vous pouviez repasser plus tard…
- Vos réponses pourront nous éclairer et de ce fait, nous serons plus à même pour ne pas effrayer la population, réfuta Sam, d’une voix posée.
La jeune femme resta un instant dubitative, pesant le pour et le contre de ces mots, et finalement, elle s’écarta pour les inviter à entrer. Les deux reporters la suivirent jusque dans le salon où elle leur indiqua les places sur le canapé. Tous les deux s’installèrent tandis qu’Holly faisait de même dans le fauteuil. Elle leur proposa des boissons mais après avoir croisé le regard sans équivoque de son collègue, Dean déclina l’offre.
- Donc, vous avez découvert le corps de Grant, ce matin ? commença Sam qui aperçut avec exaspération du coin de l’œil son partenaire déshabiller la jeune femme du regard.
- Oui, vers six heures. Son corps gisait près de sa voiture… Il y avait du sang partout sur lui et autour.
- Etiez-vous seule sur les lieux ?
- Oui, le parking était désert, répondit-elle en fixant le jeune homme prendre quelques notes.
- Et avez-vous remarqué quelque chose d’autre ?
- Eh bien, sa cage thoracique avait été arrachée…
- Pardon ? s’exclamèrent les deux reporters en même temps avant que Sam ne reprenne. Vous en êtes sûre ?
- Pas besoin de faire médecine pour comprendre une chose pareille.
Après avoir échangé un regard, tous les deux prirent congés de leur hôte tout en la remerciant de leur avoir accordé un peu de son temps. Arrivés à hauteur de la Chevy, Dean ouvrit la portière conductrice mais se stoppa dans son geste en voyant Sam s’appuyer sur le toit de son bébé, un air soucieux sur le visage.
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Cette histoire est plus louche qu’il n’y parait.
- Parce que cette fille vient de nous balancer que ce pauvre gars n’avait plus de cage thoracique ?
- Oui, exactement. Ca ne te parait pas étrange, à toi ?
- Non, pas vraiment. Il y a tellement de tarés sur le globe, qu’ils veulent sûrement devenir unique en leur genre.
- Tu crois vraiment ce que tu dis ?
- Absolument. En tout cas, cela ne m’empêchera pas de dormir.
- Alors pourquoi ton pote, Barney, ne nous a rien dit concernant ce point, ajouta Sam qui avait réussi à faire flancher son partenaire qui resta la bouche légèrement entrouverte, incapable de lui clouer le bec.
- Bon, ok, cette affaire s’annonce plus compliqué que prévu. T’es content ?
Pour toute réponse, Sam lui envoya un grand sourire avant de grimper dans le véhicule alors que Dean roula des yeux.
******
- Je le savais ! s’écria Sam faisant sursauter Dean qui était plongé dans une lecture plus que subtile.
- Que tu avais un don pour foutre mes plans de ce soir en l’air ? Oui, je l’avoue.
- Quoi ? Encore un plan à trois. Tu crois pas que tu as mieux à faire que ça, lança-t-il, ses yeux se posant sur l’écran de son ordinateur.
- Bon, tu vas me dire ce qu’il t’a pris d’hurler comme ça ? J’ai un article à écrire…
- Tu ?
- On. Alors crache le morceau, bougonna le jeune homme en croisant les bras sur sa poitrine.
- Ton copain, Barney, nous a menti. Ce pauvre Grant n’a pas eu que la cage thoracique d’arrachée.
- Comment ça ? rétorqua Dean qui venait de se placer derrière son ami pour voir ce qu’il avait bien pu dénicher et écarquilla les yeux en découvrant ce qu’il y avait sur l’écran. Tu as réussi à choper le rapport du légiste ?
- C’est pas si compliqué mais, passons. Il est dit qu’en plus de la cage thoracique, il manque le foie, le cœur et même un peu d’intestin.
Dean répugna une grimace en écoutant la liste des organes manquants. Ils avaient vraiment un souci sur les bras. Ils n’imaginaient pas qui pouvait bien être aussi dérangé pour pouvoir voler autant d’organes que ça. Qu’est-ce qu’il pouvait bien faire de tout ça ? Avaient-ils un nouveau serial killer sur le dos ? Peut-être. En tout cas, cette affaire allait leur donner un article d’enfer même s’ils allaient devoir encore creuser pour dénicher une nouvelle piste qui les aiderait à avancer.
- Bon, il nous reste plus qu’à fouiller la vie de ce Grant, peut-être qu’il avait causé du tord à quelqu’un qui a voulu se venger.
- Eh bien, pendant que monsieur se morfondait pour sa soirée, j’ai fait toutes les recherches possibles et inimaginables concernant ce type et il n’y a rien.
- Tu plaisantes ?
- Dean, si tu veux, tu n’as qu’à faire les recherches toi-même.
- Non, j’te crois. Seulement, on repart à zéro et je refuse que l’un de ces gugusses, qui nous pondent de ces débilités en se disant meilleurs que nous, nous vole notre affaire.
- Ce ne sera pas une tragédie. Et puis de toute façon, il se fait tard et on ne servira à rien si on ne se repose pas un peu.
- T’as raison. Tu veux que je te dépose ?
- Non, merci, je préfère marcher. Je n’habite pas si loin que ça.
Dean opina d’un signe de la tête puis salua le jeune homme qui disparut dans le couloir le menant à l’ascenseur. Il fit le tour des lieux, vérifiant qu’il n’avait rien oublié et se dirigea à son tour vers la sortie, les clés de son Impala en main.
******
La nuit commençait à tomber sur la ville. Les lampadaires, s’allumant les uns après les autres, éloignaient de ce fait l’obscurité qui se voulait devenir la reine des environs. Le vent frais de ce début de soirée vint lui fouetter le visage tant et si bien que Sam referma vite la fermeture éclair de son blouson jusqu’à son cou. Les mains dans les poches, il arpenta les rues quasi désertes, comme si les gens s’étaient tous donnés le mot pour ne plus se trouver dehors. Sam marchait d’un rapide, souhaitant se retrouver le plus vite possible sous la couette et dormir car la journée avait été plus fatigante qu’il ne se l’était imaginé. Mais, surtout étonnante, puisqu’il ne s’était jamais attendu à devoir faire équipe avec Dean. Il n’avait jamais pensé que ce dernier viendrait lui dire, suite à une entrevue avec le patron, qu’il désirait travailler avec lui et aucun autre. Ou peut-être jouait-il simplement le rôle du parfait partenaire pour ensuite mieux récolter les lauriers ? Non. Dean pouvait être tout à la fois mais sûrement pas un profiteur. Il avait eu l’occasion de l’observer durant toute la journée et avait pu constater qu’il ne ressemblait pas à ce genre de type.
Un bruit glauque tira Sam de ses pensées, qui revint sur ses pas. Piqué par sa curiosité, il s’engouffra dans la petite ruelle. Il s’avança prudemment, ses yeux scrutant l’endroit sous toutes les coutures ou tout du moins ce que pouvaient lui offrir les quelques ampoules qui faisaient office de lampadaires. Plus il avançait, plus il distinguait une forme penchée sur une autre. Depuis l’endroit où il se trouvait, il ignorait s’il s’agissait juste d’un pauvre mec bourré aidé de son pote ou autre chose. Sam s’apprêtait à les interpeller pour être sûr que tout allait bien quand la silhouette qui était debout, se retourna d’un coup, créant un hoquet de peur chez le jeune homme.
Automatiquement, Sam recula d’un pas. Ses yeux ne quittaient plus cet homme qui n’en avait plus vraiment l’air, rien qu’à voir sa bouche ruisselant de sang où l’une de ses mains tenait fermement un long couteau et l’autre quelque chose qui ressemblait à un… Le jeune homme écarquilla grand les yeux d’effroi, son regard allant du corps ouvert au niveau de la poitrine au type qui lui faisait face. Ce cinglé tenait dans son membre un morceau de muscle qu’il venait sûrement d’en déguster une partie avant qu’il ne vienne le déranger.
Un éclair traversa l’esprit de Sam qui comprit aussitôt en jetant un énième coup d’œil au corps et à cet homme, qu’il avait affaire à ce tueur dégénéré. Il se trouvait vraiment dans une belle galère, ce malade se situait à peine deux mètres de lui. De plus, il ne possédait aucune arme sur lui alors que l’autre resserrait le manche du couteau, dont la lame dégoulinait de sang, entre ses doigts.
Sam n’eut pas le temps de penser à un plan pour déguerpir de là que l’homme bondit à une vitesse folle sur lui, engloutissant les quelques mètres qui les séparaient. La lame brandie, l’assaillant la planta avec violence dans le bras droit du reporter qui s’était protégé le visage avec. La victime laissa échapper un cri, la douleur pulsant dans son membre alors que le tueur retirait son arme avec hargne. Le jeune homme plaqua sa main sur sa blessure pour compresser la plaie qui saignait abondamment, réfléchissant à une vitesse folle tout en reculant doucement. Son pied buta alors sur un objet métallique. Il baissa furtivement la tête pour voir qu’il s’agissait d’une longue tige. D’un geste rapide, il la saisit fermement dans sa main valide pour transpercer la jambe de ce fumier. Ce dernier poussa un cri glauque, reculant d’un coup, ses mains s’accrochant sur la tige pour la retirer d’un coup sec.
Ce petit contretemps permit à Sam de s’échapper de cette ruelle où il avait failli y rester définitivement.
******
La portière claqua dans un grincement. Le tintement des clés ne le dérangea guère et il introduisit la plus imposante dans la serrure avant de mettre le contact. Le moteur ronronna, provoquant un sourire jovial chez son conducteur qui enclencha la première. L’impala s’engagea sur la route principale sous un air d’AC/DC que chantonnait à tue tête Dean qui accompagnait sa démo en tapant sur son volant. La journée s’était bien déroulée et sa collaboration avec Sam avait été plus que concluante. Lui qui était d’ordinaire solitaire, à ne lier aucun amitié avec quiconque, à jouer les Casanova, devait avouer qu’il ne serait pas contre de faire équipe plus souvent avec le jeune homme.
Un regard sur le siège passager lui occasionna un soupir las alors que la Chevy faisait un demi-tour sur la route. Cette tête en l’air avait oublié de récupérer son ordinateur, enfermé dans sa sacoche, qui trônait au pied du siège passager. Heureusement, il savait où Sam résidait, comme ça il allait pouvoir lui rendre son bien dont il aurait sûrement besoin.
L’Impala arriva à destination une dizaine de minutes plus tard. Dean stoppa son bébé juste devant le petit immeuble et s’extirpa hors de l’habitacle, la sacoche en main. Une fois entré dans le hall, il prit les escaliers qu’il grimpa quatre à quatre pour se stopper au troisième étage. Il longea le couloir, cherchant le bon numéro qu’il dénicha facilement puisqu’il n’y avait quatre appartements par étage. De sa main de libre, Dean toqua deux fois. N’obtenant aucune réponse, il réitéra son geste et fut satisfait en entendant la voix de son collègue le prévenant qu’il arrivait. La porte s’ouvrit d’un coup, laissant Sam apparaitre à moitié dissimulé derrière. Ce dernier scruta longuement le trouble faite, ne comprenant vraiment pas la raison qui avait amené son ami ici.
- Pourquoi t’es là ? On avait dit qu’on reprenait le boulot demain, lança-t-il, ne désirant qu’une chose, qu’il s’en aille rapidement pour qu’il puisse soigner sa blessure.
- Oui mais, je me suis rendu compte que tu avais oublié ton ordinateur, expliqua son visiteur en montrant le sac sous la mine neutre du propriétaire. Et je me suis dit que t’en aurais besoin pour fouiner avant d’aller te coucher.
- T’étais pas obligé. Ça aurait pu attendre demain.
Dean lui tendit la sacoche mais s’arrêta net en découvrant la main ensanglantée de Sam qu’il saisit fermement. Étonné, Sam voulut retirer sa main pour éviter de subir un interrogatoire et perdre du temps. Cependant, ce n’était pas dans les intentions de Dean qui ne lâchait pas prise.
- Ta main est pleine de sang mais, tu n’as aucune plaie…
- J’viens de casser une bouteille de ketchup et j’ai pas eu le temps de me nettoyer.
- Arrête, je sais très bien faire la différence et là, dit-il en pointant du doigt le liquide rougeâtre, c’est du sang.
Sentant qu’il allait perdre patience, Sam s’apprêtait à reprendre son bien mais, cela ne fut pas au goût de son collègue qui lui attrapa à nouveau le bras. Le plus jeune voulut se dégager de la poigne, en vain, car Dean, tout en le maintenant fermement, le repoussa en arrière. Son visage se crispa en découvrant la partie du corps que son collègue dissimulait derrière la porte. Il donna un coup de pied dans la porte pour la refermer, déposa l’ordinateur sur la table près d’une trousse de soins.
- Qu’est-ce que tu t’es fait ? demanda Dean en se rapprochant pour mieux voir la blessure seulement, Sam reposa sa main dessus pour la comprimer à nouveau.
- Rien qui te concerne…
- Sam…
- Je veux que tu rentres chez toi et que tu m’oublies un peu jusqu’à demain. En fait, occupe-toi comme d’habitude. Va draguer les filles et préoccupe-toi de ta p’tite personne, le coupa le jeune homme, espérant qu’il avait été assez clair pour qu’il lui fiche la paix. C’était mal le connaître, il était tenace.
- Désolé de te contredire mais j’vais pas partir comme ça, tant que je ne me serais pas assuré que tu ailles bien, fit-il d’un ton sérieux ce qui agaça au plus haut point Sam.
- T’es pas mon père et encore moins mon frère…
- T’en as pas dit-il sous le regard stupéfait du jeune homme. Eh oui, je sais, je suis plein de surprise. Donc, on va nettoyer ça pendant que tu me raconteras ce qu’il t’est vraiment arrivé.
Bizarrement, Sam s’installa sur la chaise la plus proche pendant que Dean préparait les compresses, bandes et désinfectant avant de prendre place juste en face de lui. Il commença alors à nettoyer la blessure tout en écoutant son ami qui lui racontait les faits. Au fur et à mesure du récit, Dean se rendit compte qu’il avait eu de la chance de pouvoir s’échapper des griffes de ce détraqué.
Le bandage fini, il désira lui donner des comprimés pour la douleur mais, ce dernier lui fit comprendre d’un simple signe de la tête qu’il n’en voulait pas. Le plus vieux n’insista pas car cette tête de mule ne l’écouterait pas de toute façon. Il partit jeter toutes les compresses sales dans la poubelle et se stoppa en plein milieu de la pièce quand il aperçut son partenaire, qui n’avait pas bougé d’un iota, allumer son ordinateur.
- Tu peux me dire ce que tu fais ? répliqua-t-il alors qu’il le voyait relever la tête.
- J’ai besoin de faire quelques recherches et…
- Tu as surtout besoin de repos après avoir été blessé.
- C’n’est qu’une égratignure. J’te remercie de m’avoir soigné…
- Les amis ça sert à ça. Bon écoute, j’vais aller appeler Barney pour qu’il envoie une équipe pour le corps et j’espère que ton canapé est confortable.
- Tu comptes pas rester dormir ici ? tiqua Sam.
- Il est préférable que je reste avec toi. Ce fumier a pu te suivre jusqu’ici, répondit simplement Dean avant de quitter l’appartement.
Sam regarda la porte se refermer, la bouche légèrement entrouverte, soufflé par sa réaction. Il se reprit rapidement, mettant de côté sa surprise pour se replonger dans cette affaire qui s’annonçait plus compliquée que prévu à résoudre. Le visage de son assaillant tournait en boucle dans sa tête et il était persuadé de l’avoir déjà vu quelque part seulement il ignorait où.
******
Il jeta une nouvelle fois un coup d’œil à sa montre qui indiquait pratiquement dix heures du matin. Depuis qu’il était débout, c’était-à-dire dans les alentours de sept heures, il n’avait pas vu une seule fois Sam. Il l’avait quitté la vieille en allant passé ce coup de fil à Barney et à son retour, il l’avait vu s’enfermer dans sa chambre en lui souhaitant un bref « bonne nuit ». Il n’arrivait toujours pas à croire que son partenaire avait une chance folle d’échapper à une mort certaine.
Son copain Barney l’avait appelé, il y avait de ça une heure, pour l’informer que la victime du nom de Ronald Ballard avait eu le même sort que ce Grant. De plus, il n’avait aucun indice pour relier ces deux victimes puisqu’ils n’avaient aucun point commun, ne bossaient absolument pas dans le même domaine. L’un avait réussi sa vie et l’autre l’avait totalement gâchée. En bref, cela ne collait pas avec le profil d’un tueur. Ils allaient devoir, lui et Sam, se creuser la tête pour venir à bout de cette histoire.
En parlant du loup, la porte de la chambre s’ouvrit pour laisser passer son ami qui partit directement dans la petite cuisine sans lui jeter le moindre regard. La mine soucieuse qu’il arborait ne lui présageait rien de bon pour la suite. Dean attendit qu’il revienne dans le salon pour lui en toucher un mot et il n’attendit même pas deux minutes pour que Sam refasse surface. Le jeune homme munit de son ordinateur, s’assit sur une chaise en posant son bien sur la table. Sam ne savait pas du tout comment aborder le sujet face à sa découverte. Devait-il en parler à Dean ? Le prendrait-il pour un cinglé ? Tant de questions se chamboulaient dans sa tête qu’il sursauta en sentant une main se poser sur son épaule intacte.
- Mais ça va pas ! maugréa-t-il en se pinçant les lèvres car ce léger bond avait réveillé sa blessure. Préviens, la prochaine fois.
- Je l’ai fait mais, tu semblais ailleurs alors dis-moi ce que t’as. C’est ta blessure ? demanda-t-il en remarquant qu’il se massait légèrement.
- Ça tire un peu c’est tout. Cela concerne l’affaire…
- Oui, et ?
- Et j’ai trouvé quel était le point commun entre les deux victimes.
- Mais, comment as-tu pu connaître l’identité de la seconde victime vu que tu n’étais pas dans la pièce quand je l’ai eu ?
- Tu es très bruyant. Et pour en revenir à ces meurtres, nos deux gars ont fréquenté le même camp de vacances…
- Sam, je veux pas paraître désobligeant mais, on va dans ce genre d’endroit quand on est gosse. Et, sauf cas contraire, nos gugusses étaient loin d’y ressembler.
- Je le sais, abruti. Mais, ils se sont réunis, il y a à peine deux mois, sans oublier de faire un petit souvenir, expliqua le plus jeune en tournant l’écran vers son collègue pour qu’il puisse voir la photo sur l’écran.
- Bon eh bien, notre tueur est un pauvre taré qui veut zigouiller les anciens d’un club de vacances. Ça va faire un super article, jubila Dean qui perdit très vite son sourire en découvrant le visage sombre de Sam. Quoi ?
- Je sais aussi qui est le tueur.
- Tu, quoi ?
Le jeune homme pointa du doigt sur l’écran un homme d’une quarantaine d’années qui se trouvait à l’extrémité du groupe juste derrière Grant et Ballard.
- Tu es sûr de toi ? s’assura Dean alors que son ami opina d’un signe de la tête. Alors, on a plus qu’à appeler les flics.
- On peut pas…
- Comment ça ? Tu viens de me montrer l’enfoiré qui a tué ces mecs et qui a failli te tuer aussi.
- Parce que Neil Fox est décédé, il y a deux semaines.
- Attends. Tu veux dire que l’homme, qui était à deux doigts de te tuer, se trouve être un macchabé ? Tu es sûr de ne pas avoir reçu un coup sur la tête ?
- Dean, je sais ce que j’ai vu ! Si je ne l’avais pas été, je ne t’aurais jamais avoué mes recherches.
- Ok, Sam, je te crois, rétorqua Dean qui avait senti la déception dans la voix du jeune homme. Seulement, il doit bien y avoir une explication logique cachée derrière tout ça.
- Oui, il y en a une.
- J’t’écoute.
- On a affaire à un zombie.
*****
Il se serait cru dans la quatrième dimension et il n’arrivait toujours pas à croire ce qu’il était en train de faire. Il planta encore une fois la pelle dans le sol pour retirer une bonne poignée de terre qu’il balança sur le petit tas qui se formait à sa droite. Un énième coup d’œil aux alentours puis, à Sam qui l’éclairait grâce à une lampe torche et, il repartit dans sa tâche.
Quand son partenaire lui avait annoncé sans détour à quoi ils avaient affaire, il était resté pantois, n’arrivant pas à articuler un seul mot. Sam avait alors enchaîné dans ses explications sans qu’il ne l’interrompt une seule fois. Non pas qu’il croyait à tout ce folklore autour du surnaturel seulement, plus le jeune homme apportait ses preuves et plus tout cela lui semblait plausible. Dean aurait dû s’abstenir de poser la question fatale, à savoir comment pouvaient-ils être sûrs qu’ils étaient confrontés à un zombie et non à un cinglé. Sam avait alors enchaîné en lui montrant les registres médicaux ainsi que des photos du cadavre après son autopsie. Et pour être sûr d’eux, son ami l’avait informé qu’ils devaient vérifier si le corps se trouvait bien dans le cercueil.
Ils avaient attendu que la nuit tombe afin de ne pas se faire prendre et avaient dû piquer une pelle dans le local du gardien des lieux qui était aux abonnés absents. Et, les voila, enfin surtout lui, car il avait refusé que Sam creuse à cause de sa blessure, à profaner une tombe dans le seul but de s’assurer que la théorie quelque peu loufoque du plus jeune soit fondée.
Le bout de la pelle cogna sur du dur, Dean échangea un rapide regard avec Sam qui s’était rapproché puis, descendit dans le trou. Il retira la terre sur la partie haute du cercueil et l’ouvrit d’un coup, détournant aussitôt la tête afin de ne pas voir le corps en décomposition. Il reporta son regard dans la boite et constata avec stupéfaction qu’elle était vide.
- Ça me fait mal de le reconnaître mais, t’avais raison, Sammy. Je crois qu’on a effectivement un zombie sur les bras, avoua le plus vieux qui venait de remonter du trou et s’afférait à le reboucher.
- C’est Sam, pas Sammy, bougonna le plus jeune.
- Fais pas la tête. C’est pas méchant. Trouve-nous plutôt un moyen de localiser ce monstre et un autre pour le zigouiller.
- Comment ça ?
- On t’a jamais dit que tu posais trop de questions ? souffla-t-il en tassant correctement la terre sur la sépulture.
- Mon père.
- Ça doit être un chouette gars. Bon, si tu me disais ce qui te tracasse avant qu’on en finisse avec cette affaire.
- Eh bien, j’aurais pensé que tu me traiterais de cinglé depuis le début… enfin que tu me croirais pas…
- Et pourquoi je ne t’aurais pas cru ? T’es mon partenaire, je te retrouve blessé chez toi, tu as échappé de peu à la mort et tu as apporté les preuves qu’il faut pour prouver qui est le meurtrier qui est…
- Un zombie.
- Ouais. Cela peut paraitre dingue, c’est vrai, mais pas impossible. Donc, on va retourner à la voiture, on va chercher tout ce dont on aura besoin pour le désintégrer et on bouclera notre article.
- Tu crois vraiment qu’on pourra le faire ?
- Batman et Robin ont bien dû débuter quelque part donc on y arrivera, ajouta Dean avec simplicité ce qui fit sourire le plus jeune.
******
Les deux reporters étaient de retour chez Sam, plongés dans leurs recherches, l’un sur son ordinateur et l’autre sur les diverses photocopies qu’ils avaient en leur possession après avoir fait un tour à la bibliothèque. La mythologie sur les zombies était si diverse et complètement aberrante qu’ils en perdaient leur latin. Dean avait vite abandonné. Lire toute cette paperasse l’avait rendu grognon, soufflant à tout bout de champ. Ce n’était pas son rayon de fouiner comme ça. En plus, la taille des paragraphes ressemblait à des pates de mouche que ça lui en avait donné la migraine. Il était donc parti se préparer un café tout en observant Sam qui bossait déjà depuis des heures pour trouver une solution. Comme si ce dernier avait lu dans ses pensées, il l’appela, ayant déniché plusieurs pistes.
- Alors qu’as-tu trouvé ? demanda Dean qui venait de se placer derrière lui.
- Eh bien, comme tu as pu le constater, il existe un nombre incalculable de récits racontant l’origine des zombies, de leur création qui peut être liée à du vaudou ou un virus mortel même si certains cas restent encore inexpliqués. Pour les anéantir, beaucoup de références disent qu’il faut leur trancher la tête, d’autres de balles en argent en pleine tête et d’autres encore, d’un pieu en argent car il se peut qu’une balle en pleine tête ne suffise pas.
- Super, trente six milles solutions pour venir à bout de ce monstre. On fait comment pour savoir laquelle est la meilleure, quoique lui couper sa jolie tête n’a pas besoin d’être vérifiée.
- On va déjà s’équiper et ensuite, on ira à sa rencontre…
- Car en plus, tu sais où il veut se rendre notre asticot ? rétorqua Dean qui saisit un dossier que son ami avait aussi photocopié à la bibliothèque.
- C’est le rapport de l’accident dont a été victime Neil Fox. Il est décédé dans une voiture et ce n’était pas lui qui se trouvait au volant mais, Grant.
- Et laisse-moi deviner Ballard aussi en a réchappé ?
- Tous les deux, ainsi qu’un dénommé Julian Monrow, se disputaient pour une broutille et ils n’ont pas fait attention qu’un véhicule arrivait droit sur eux.
- Donc, tu penses que Fox veut se venger…
- Ça me semble logique.
- Allons faire griller un zombie !
******
Les deux reporters avaient donc vérifié l’emploi du temps de ce Monrow qui, cela les arrangeait, pratiquait du basket seul dans un gymnase. Ils allaient pouvoir agir sans trop éveiller les soupçons. Ils attendaient dans la Chevy, leurs armes en main, que ce Monrow pointe le bout de son nez.
Sam jeta un énième coup d’œil à l’extérieur. Il ignorait vraiment si ce qu’ils s’apprêtaient à faire était une bonne idée. Après tout, lui et Dean n’y connaissaient rien en chasseur de zombie. Ils pouvaient même y laisser leur peau. Comme s’il avait senti la crainte le submerger, Dean lui lança un regard rassurant car lui aussi n’était pas si réconforté à l’idée d’aller affronter ce genre de créature. Cependant, ils n’avaient d’autre choix que de le faire. S’ils avaient été tout raconter aux autorités, ils les auraient probablement enfermés dans un asile de fou et la créature aurait pu continuer tranquillement son carnage.
Dean fut tiré de ses pensées par le bruit familier d’un moteur. Il tourna la tête sur la gauche pour apercevoir le véhicule de Monrow se garer juste devant l’entrée du bâtiment. Il l’observa rentrer à l’intérieur du bâtiment puis, après s’être tourné vers Sam, ils sortirent de l’Impala et traversèrent la rue déserte. Ils pénétrèrent comme si de rien n’était dans les lieux puis cherchèrent rapidement la salle de basket. Ils ne firent que deux pas lorsqu’un cri strident retentit dans toute la bâtisse. Les deux reporters sortirent leurs revolvers puis, d’un simple regard se précipitèrent vers la provenance du hurlement. Ils déboulèrent dans la salle et furent dégoûtés du spectacle qui s’offrait devant eux.
Le zombie tenait d’une main Monrow par son blouson, d’où on pouvait voir son visage, figé dans l’horreur complètement inexpressif, et de l’autre un bout de chair. Néanmoins, ils durent se reprendre très vite car la créature n’appréciait pas le moins du monde d’avoir été dérangée dans sa vendetta. Son arme brandie, Dean s’avança vers lui, appuyant sur la gâchette en direction de sa tête. La surprise le prit en comprenant que la solution des balles en argent en pleine tête n’était pas la bonne méthode. Malgré ce qu’il venait de lui mettre, ce fumier était toujours debout. Le jeune homme s’apprêtait à recharger son arme lorsque le zombie, plus rapide, l’attrapa par les épaules et le balança violemment dans les airs sous les cris de Sam. La créature marcha vers le plus vieux sonné par le choc mais stoppa son mouvement, sentant son corps criblé de balles. Il se retourna vers le second importun qui le visait toujours de son revolver avec une mine pleine de rage.
Celui-ci vida son chargeur sur la créature qui rugit de plus belle, souhaitant éliminer cet être qui lui avait déjà échappé une fois. Sam aperçut son ami revenir doucement à lui et il en fut soulagé mais il n’eut pas le temps de s’y attarder puisque Fox se rapprochait dangereusement de lui. Il sortit un pieu en argent de sa veste et la lança le plus fort possible sur le zombie. L’arme se planta dans la cuisse gauche de la créature qui hurla de douleur. Sam se servit de ce léger contretemps pour recharger son arme, il releva la tête pour croiser les pupilles injectées de sang de la créature. La peur grimpant en lui, Sam perdit le peu de contenance qu’il avait et son adversaire en profita pour lui porter un violent coup au visage puis, dans l’épaule. Le jeune reporter perdit l’équilibre et s’écroula sur le sol, perdant par la même occasion son flingue qui glissa à plusieurs mètres de lui.
Le zombie fit un pas vers sa prochaine victime, arborant un sourire joyeux, rendu plus effrayant avec le sang qui dégoulinait de sa bouche. Encore étourdi, Sam ne comprit que trop tard ce qui allait se produire en voyant le monstre se pencher vers lui. Automatiquement, le jeune homme plaça son bras devant son visage pour se protéger d’un nouveau coup lorsqu’il aperçut Dean derrière le meurtrier qui abattit d’un geste brusque sa machette sur lui. La tête se détacha du corps et alla s’échouer sur le sol, roulant durant quelques secondes, laissant une trainée rougeâtre derrière lui.
Dean ne jeta aucun regard sur le corps et se précipita vers Sam qu’il aida à se relever. Il le scruta sous toutes les coutures, ce qui agaça fortement le plus jeune.
- Arrête de me regarder comme ça, j’ai rien du tout !
- Ce fumier t’a frappé et balancé dans les airs…
- Et toi aussi.
- Mais moi, j’ai pas reçu un coup de couteau dans l’épaule.
- Qu’est-ce qu’on va faire du… enfin, des corps, remarqua Sam qui réussit à se dégager de son ami qui devenait un peu trop mère poule à son goût.
- Si j’arrive à me débrouiller, on pourrait masquer ça en règlement de compte…
- Quoi ? Non, il doit y avoir une autre solution. Et puis ils nous retrouveront avec les matricules des armes.
- Aucune chance, c’est des armes volées, on a qu’à en laisser qu’une, ça suffira. Sam, il n’y a pas d’autre solution et on n’en a pas le temps. On pourra pas tout nettoyer avant que le premier gugusse ne vienne ici pour faire du sport et perdre ces kilos en trop.
En y réfléchissant et même si cette idée ne lui plaisait guère, Sam devait admettre qu’il avait raison. Alors, pour toute réponse, il fit un bref signe de la tête. Dean s’attela à mettre son plan à exécution sous le regard toujours un peu perplexe de son partenaire.
*****
Ils étaient dans cette pièce depuis une bonne demi-heure et aucun mot n’avait été échangé. Les trois personnes présentes dans la pièce vaquaient à leurs occupations. Enfin, l’une installée à son bureau lisait attentivement une feuille tandis que les deux autres, assises en face de lui, attendaient patiemment.
Sam et Dean scrutaient, sans grande attention, la pièce dans tous les recoins possibles. Ils n’aimaient guère attendre dans un tel silence mais aucun des deux n’osait déranger le patron dans sa lecture. De plus, il ne s’agissait pas d’un quelconque article, c’était celui qu’ils avaient écrit ensemble.
- Eh bien, je n’ai qu’une chose à dire, s’exclama Donovan en posant son regard sur les deux jeunes hommes, les autres vont s’en mordre les doigts !
- Ça veut dire que ça vous plait ? osa demander Dean.
- Tu plaisantes. Vous vous êtes surpassez pour cet article basé sur une vendetta personnelle d’un pauvre cinglé qui s’est fait passé pour mort avant de l’être pour de bon par sa dernière victime. Ok, c’est malheureux pour ces pauvres gars mais, ça va faire grimper nos ventes. En tout cas, je vous félicite et si vous voulez de nouveau bosser ensemble, je n’y verrais aucun problème.
- En parlant de ça, reprit Dean ce qui attira l’attention de son collègue, comme il n’y aura pas souvent des affaires de ce genre-là, j’avais pour idée d’arpenter les routes à la recherche de bonnes histoires.
- Cela me convient parfaitement mais, je veux au moins une affaire tous les mois sinon vous revenez ici le temps que vous dénichez quelque chose de potable.
Les deux reportèrent hochèrent d’un signe de la tête puis, quittèrent le bureau de leur boss pour retourner aux leurs enfin plutôt à celui du plus jeune.
- Ce que t’as raconté au boss, c’était vrai ? Enfin, je veux dire t’es sûr de toi, de vouloir enquêter sur ce monde et chasser, lança Sam qui avait baissé la voix en prononçant les derniers mots.
- Je trouve que pour une première fois, on s’est pas trop mal débrouillés. Bon, faudra repasser sur quelques points mais je sais qu’on pourra s’en sortir. Toi et moi, on forme un super duo. T’es partant ?
- Ça me va mais t’attends pas à ce que j’obéisse à tous tes ordres.
- Eh, je suis doux comme un agneau…
- Et c’est qui, qui me forçait à aller dormir, il y a pas moins de vingt-quatre heures ? ajouta Sam en prenant la direction de la sortie sous le regard dépité de son ami.
- Ok, j’l’avoue. T’as gagné !
Dean vit le jeune homme se retourner vers lui en affichant un sourire victorieux avant de reprendre son chemin. Cette nouvelle collaboration et surtout amitié irait loin pour tous les deux.
Dernière édition par BoxMan le Ven 4 Fév - 7:32, édité 1 fois
Re: Concours #19 : Les Votes
Fic 2 :
Alors qu’il avancait dans les couloirs bondés du poste de police de Palo Alto, Sam avait l’air beaucoup plus assuré qu’il ne l’était en réalité. C’est la clé du succès, n’avait cessé de leur marteler Lewis Hamilton, avocat à la retraite doublé du professeur préféré de bon nombre d’étudiants de Stanford et non pas coureur automobile comme son nom pouvait le laisser croire.
Le vieil homme avait raison, évidemment. Sam avait pu le constater un bon nombre de fois déjà depuis le début de sa courte carrière, et le mélange de crainte et respect qu’il pouvait lire sur les visages des policiers qu’il croisait ne faisait que le prouver d’avantage.
Il marcha d’un pas décidé jusqu’à la seule salle d’interrogatoire du minuscule bâtiment, saluant quelques têtes familières d’un bref mouvement de tête au passage, priant pour que Stacy Keanan, l'assistante du procureur, ne soit pas déjà là. Sam savait que c’était probablement trop demander, et en effet, ça l’était. La garce l’attendait de pied ferme, avec son chignon sévère et son rouge à lèvres carmin qui lui donnait un air féroce, qui, malheureusement, n’avait lui rien de feint. Elle ne se déplaçait rarement qu’en dehors de San Francisco mais l’affaire était bien trop grosse pour qu’elle l’ignore cette fois-ci. Pillage de tombes et dégradation d’ossements.
“Singer,” s’exclama-t-elle d’un ton doucereux, “quel plaisir de vous revoir.”
“Le plaisir est partagé,” rétorqua Sam, habitué au petit jeu de la jeune femme. “Vous me pardonnerez de ne pas bavarder plus longtemps mais mon client m’attend.”
“Votre... client, n’est-ce pas?”
“Mon client,” répéta Sam imperturbable. A l’évidence, Keanan savait que son client était un peu plus que cela, mais Sam ne lui ferait pas le plaisir de lui en dévoiler plus que nécessaire.
Il poussa la lourde porte en métal et se força à ne pas sourire face au soupir exaspéré des policiers interrompus en plein interrogatoire. “Messieurs, vous avez eu votre chance. Veuillez nous laisser, maintenant, mon client et moi.”
Les deux inspecteurs se levèrent en même temps, grommelant des insultes assez haut pour être entendus et assez bas pour prétendre le contraire. Sam attendit qu’ils quittent la pièce, les bras croisés sur sa poitrine, puis tourna son regard vers le jeune homme assis et menotté à la chaise en métal, l’air plus arrogant et prétentieux qu’il pouvait réellement se permettre. Avec sa veste en cuir qui avait connu des jours meilleurs et son sourire en coin, il n’avait vraiment pas changé d’un iota, Sam remarqua intérieurement.
“Dean,” murmura-t-il, résistant difficilement à l’impulsion de serrer son ami dans ses bras. Cela faisait deux ans qu’ils ne s’étaient pas vus, ni même parlé au téléphone, et même s’ils s’étaient quittés en des termes plus que mauvais, bien de l’eau avait coulé sous les ponts depuis.
“Sammy.” Et même s’il détestait ce surnom, Sam laissa passer. Il sortit un petit carnet en cuir et un stylo Montblanc de la poche intérieure de sa veste de costume et y griffonna rapidement quelques mots.
Ils n’ont rien contre toi. J’espère que tu n’as rien dit.
Dean haussa un sourcil avant de lui prendre son stylo des mains.
Je suis pas stupide.
Ce fut au tour de Sam de lever un sourcil dans une imitation aussi parfaite qu’inconsciente du jeune homme qu’il avait idolâtré dans sa jeunesse au point de copier le moindre de ses faits et gestes.
Bon, d’accord. Mais j’ai rien dit. J’ai été muet comme la tombe que je n’ai pas creusée.
Sam s’autorisa un léger sourire victorieux avant d’annoncer “Je vais te sortir de là en cinq minutes top chrono.”
spnspnspn
Il s’écoula en réalité pas moins de vingt minutes avant que Dean soit relâché sous l’œil noir de toute la station, principalement à cause de la paperasse à remplir et de la mauvaise volonté du policier qui retourna à Dean ses effets personnels.
Dean prit la place du mort dans la Prius de Sam, s’efforçant visiblement de ne pas faire de commentaires désobligeants et la mine boudeuse de ne pas être volant, et Sam les conduit jusqu’au motel à l’entrée de la ville dans un silence relativement léger où les attendaient l’Impala et un pack de six.
“Tu entres prendre une bière?” demanda Dean, se mordant la lèvre inférieure avec l’air le plus nerveux que Sam lui avait jamais vu.
Sam jeta un bref coup d’œil à sa montre avant d'acquiescer. Jess ne l’attendrait pas à la maison avant au moins trois bonnes heures.
Il aurait probablement dû s’en douter, mais une bière se transforma en cinq, et trois heures en six. Sam n’osa même pas regarder son Blackberry de peur de voir ce qu’il y trouverait.
“Je dois y aller,” annonça-t-il lorsqu’il s’aperçut que le soleil était sur le point de se coucher. Il se leva et enfila sa veste quand Dean attrapa brusquement son bras.
“J’ai besoin de ton aide.”
“Dean, tu sais bien que...”
“Je sais, je sais,” le coupa Dean, irrité, “mais quelque chose se trame, quelque chose d’énorme, et j’ai besoin de ton aide pour découvrir de quoi il s’agit.”
A la fois flatté et embarrassé, Sam demanda : “Pourquoi tu demandes pas plutôt à ton père?”
“Parce qu’il est mort.”
Sam ouvrit bêtement la bouche mais aucun son n’en sortit. A la place, il serra Dean dans ses bras comme il avait eu l’envie de le faire quelques heures plus tôt déjà. “Je suis désolé, je savais pas... Qu’est-ce qu’il s’est passé?”
“Il est mort il y a quatre jours. Il enquêtait sur une histoire de possession, ici,” Dean expliqua d’une voix calme et posée. Seule la brillance de ses yeux trahissait son émotion.
“Ici, en Californie?”
“Ici, à Palo Alto. A deux pas de chez toi.”
Sam fronça les sourcils. La coïncidence était trop grande pour être totalement fortuite. Si Dean disait que quelque chose de gros se tramait, c’était que quelque chose de gros se tramait, et Sam n’avait pas d’autre choix que de l’aider. Ne serait-ce que pour s’assurer de la sécurité de sa fiancée.
“Ok, d’accord. Par où on commence?”
Dean souffla longuement, visiblement soulagé, avant de donner une brusque tape sur l’épaule de Sam d’un geste qui se voulait compatissant et rassurant.
“Sam, mon ami, par ton cabinet d’avocats, j’en ai bien peur.”
Sam ferma les yeux et laissa échapper un juron ou deux. Il avait bien remarqué qu’il se passait des choses louches chez Wolfram et Hart, mais de là à soupçonner des activités démoniaques... “Tu es sûr?” se sentit-il obligé de demander même s’il connaissait déjà la réponse.
“Sûr et certain.”
“Et je suppose que tu veux que...” Sam fit un vague geste de la main, que Dean comprit parfaitement bien.
“Bingo. Tu vas les espionner de l’intérieur.”
Sam ferma les yeux et se pinça le bras. Non, il ne rêvait pas. Sa petite vie tranquille partait en fumée et il n’y avait rien qu’il puisse faire pour l’en empêcher. Et il ne pouvait même pas blâmer Dean. Pas cette fois-ci.
“Allez viens, on a du boulot.”
Sam accepta le revolver que lui tendit Dean, le glissa à l’arrière de son pantalon, puis grimpa en voiture avec Dean, laissant la sienne derrière. Le plus dur, dans l’histoire, allait être d’essayer d’expliquer tout ça à Jess.
Sam ne le savait pas encore mais il était inutile de s’en inquiéter. A ce moment-là, Jess était déjà morte depuis des heures.
Alors qu’il avancait dans les couloirs bondés du poste de police de Palo Alto, Sam avait l’air beaucoup plus assuré qu’il ne l’était en réalité. C’est la clé du succès, n’avait cessé de leur marteler Lewis Hamilton, avocat à la retraite doublé du professeur préféré de bon nombre d’étudiants de Stanford et non pas coureur automobile comme son nom pouvait le laisser croire.
Le vieil homme avait raison, évidemment. Sam avait pu le constater un bon nombre de fois déjà depuis le début de sa courte carrière, et le mélange de crainte et respect qu’il pouvait lire sur les visages des policiers qu’il croisait ne faisait que le prouver d’avantage.
Il marcha d’un pas décidé jusqu’à la seule salle d’interrogatoire du minuscule bâtiment, saluant quelques têtes familières d’un bref mouvement de tête au passage, priant pour que Stacy Keanan, l'assistante du procureur, ne soit pas déjà là. Sam savait que c’était probablement trop demander, et en effet, ça l’était. La garce l’attendait de pied ferme, avec son chignon sévère et son rouge à lèvres carmin qui lui donnait un air féroce, qui, malheureusement, n’avait lui rien de feint. Elle ne se déplaçait rarement qu’en dehors de San Francisco mais l’affaire était bien trop grosse pour qu’elle l’ignore cette fois-ci. Pillage de tombes et dégradation d’ossements.
“Singer,” s’exclama-t-elle d’un ton doucereux, “quel plaisir de vous revoir.”
“Le plaisir est partagé,” rétorqua Sam, habitué au petit jeu de la jeune femme. “Vous me pardonnerez de ne pas bavarder plus longtemps mais mon client m’attend.”
“Votre... client, n’est-ce pas?”
“Mon client,” répéta Sam imperturbable. A l’évidence, Keanan savait que son client était un peu plus que cela, mais Sam ne lui ferait pas le plaisir de lui en dévoiler plus que nécessaire.
Il poussa la lourde porte en métal et se força à ne pas sourire face au soupir exaspéré des policiers interrompus en plein interrogatoire. “Messieurs, vous avez eu votre chance. Veuillez nous laisser, maintenant, mon client et moi.”
Les deux inspecteurs se levèrent en même temps, grommelant des insultes assez haut pour être entendus et assez bas pour prétendre le contraire. Sam attendit qu’ils quittent la pièce, les bras croisés sur sa poitrine, puis tourna son regard vers le jeune homme assis et menotté à la chaise en métal, l’air plus arrogant et prétentieux qu’il pouvait réellement se permettre. Avec sa veste en cuir qui avait connu des jours meilleurs et son sourire en coin, il n’avait vraiment pas changé d’un iota, Sam remarqua intérieurement.
“Dean,” murmura-t-il, résistant difficilement à l’impulsion de serrer son ami dans ses bras. Cela faisait deux ans qu’ils ne s’étaient pas vus, ni même parlé au téléphone, et même s’ils s’étaient quittés en des termes plus que mauvais, bien de l’eau avait coulé sous les ponts depuis.
“Sammy.” Et même s’il détestait ce surnom, Sam laissa passer. Il sortit un petit carnet en cuir et un stylo Montblanc de la poche intérieure de sa veste de costume et y griffonna rapidement quelques mots.
Ils n’ont rien contre toi. J’espère que tu n’as rien dit.
Dean haussa un sourcil avant de lui prendre son stylo des mains.
Je suis pas stupide.
Ce fut au tour de Sam de lever un sourcil dans une imitation aussi parfaite qu’inconsciente du jeune homme qu’il avait idolâtré dans sa jeunesse au point de copier le moindre de ses faits et gestes.
Bon, d’accord. Mais j’ai rien dit. J’ai été muet comme la tombe que je n’ai pas creusée.
Sam s’autorisa un léger sourire victorieux avant d’annoncer “Je vais te sortir de là en cinq minutes top chrono.”
spnspnspn
Il s’écoula en réalité pas moins de vingt minutes avant que Dean soit relâché sous l’œil noir de toute la station, principalement à cause de la paperasse à remplir et de la mauvaise volonté du policier qui retourna à Dean ses effets personnels.
Dean prit la place du mort dans la Prius de Sam, s’efforçant visiblement de ne pas faire de commentaires désobligeants et la mine boudeuse de ne pas être volant, et Sam les conduit jusqu’au motel à l’entrée de la ville dans un silence relativement léger où les attendaient l’Impala et un pack de six.
“Tu entres prendre une bière?” demanda Dean, se mordant la lèvre inférieure avec l’air le plus nerveux que Sam lui avait jamais vu.
Sam jeta un bref coup d’œil à sa montre avant d'acquiescer. Jess ne l’attendrait pas à la maison avant au moins trois bonnes heures.
Il aurait probablement dû s’en douter, mais une bière se transforma en cinq, et trois heures en six. Sam n’osa même pas regarder son Blackberry de peur de voir ce qu’il y trouverait.
“Je dois y aller,” annonça-t-il lorsqu’il s’aperçut que le soleil était sur le point de se coucher. Il se leva et enfila sa veste quand Dean attrapa brusquement son bras.
“J’ai besoin de ton aide.”
“Dean, tu sais bien que...”
“Je sais, je sais,” le coupa Dean, irrité, “mais quelque chose se trame, quelque chose d’énorme, et j’ai besoin de ton aide pour découvrir de quoi il s’agit.”
A la fois flatté et embarrassé, Sam demanda : “Pourquoi tu demandes pas plutôt à ton père?”
“Parce qu’il est mort.”
Sam ouvrit bêtement la bouche mais aucun son n’en sortit. A la place, il serra Dean dans ses bras comme il avait eu l’envie de le faire quelques heures plus tôt déjà. “Je suis désolé, je savais pas... Qu’est-ce qu’il s’est passé?”
“Il est mort il y a quatre jours. Il enquêtait sur une histoire de possession, ici,” Dean expliqua d’une voix calme et posée. Seule la brillance de ses yeux trahissait son émotion.
“Ici, en Californie?”
“Ici, à Palo Alto. A deux pas de chez toi.”
Sam fronça les sourcils. La coïncidence était trop grande pour être totalement fortuite. Si Dean disait que quelque chose de gros se tramait, c’était que quelque chose de gros se tramait, et Sam n’avait pas d’autre choix que de l’aider. Ne serait-ce que pour s’assurer de la sécurité de sa fiancée.
“Ok, d’accord. Par où on commence?”
Dean souffla longuement, visiblement soulagé, avant de donner une brusque tape sur l’épaule de Sam d’un geste qui se voulait compatissant et rassurant.
“Sam, mon ami, par ton cabinet d’avocats, j’en ai bien peur.”
Sam ferma les yeux et laissa échapper un juron ou deux. Il avait bien remarqué qu’il se passait des choses louches chez Wolfram et Hart, mais de là à soupçonner des activités démoniaques... “Tu es sûr?” se sentit-il obligé de demander même s’il connaissait déjà la réponse.
“Sûr et certain.”
“Et je suppose que tu veux que...” Sam fit un vague geste de la main, que Dean comprit parfaitement bien.
“Bingo. Tu vas les espionner de l’intérieur.”
Sam ferma les yeux et se pinça le bras. Non, il ne rêvait pas. Sa petite vie tranquille partait en fumée et il n’y avait rien qu’il puisse faire pour l’en empêcher. Et il ne pouvait même pas blâmer Dean. Pas cette fois-ci.
“Allez viens, on a du boulot.”
Sam accepta le revolver que lui tendit Dean, le glissa à l’arrière de son pantalon, puis grimpa en voiture avec Dean, laissant la sienne derrière. Le plus dur, dans l’histoire, allait être d’essayer d’expliquer tout ça à Jess.
Sam ne le savait pas encore mais il était inutile de s’en inquiéter. A ce moment-là, Jess était déjà morte depuis des heures.
Re: Concours #19 : Les Votes
Fic 3 :
Un truck noir venait de se garer devant l’une des portes d’un hôtel miteux. Un homme très brun, mal rasé et d’une cinquantaine d’année en descendit. Il pénétra dans sa chambre et vérifia la ligne de sel qu’il avait répandu devant l’ouverture. En jetant un coup d’œil au rebord de la fenêtre, il s’assura que tout était bien en place. Puis il saisit un feutre et inscrivit sur l’un des documents qu’il avait punaisés au mur : « Dame blanche ». Enfin, il s’installa à la petite table et ouvrit son journal de bord.
Sur les premières pages de ce considérable ouvrage, il avait relaté les douloureux moments qui avaient suivi l’assassinat de sa femme, vingt-deux ans plus tôt. Puis il avait réuni des données plus « scientifiques » sur les circonstances de sa mort. Avec ce qu’il avait vécu, il n’avait pas eu d’autres moyens que de croire au surnaturel et grâce à certaines personnes expérimentées dans ce domaine, il avait appris le métier de chasseur. Depuis, tout en recherchant activement le meurtrier de sa femme, il exterminait toutes les créatures malfaisantes qui avaient le malheur de se trouver sur sa route. Il avait donc affronté des choses étranges dont le commun des mortels ne soupçonnait même pas l’existence. Ce que l’ignorance pouvait être tragique parfois !
Au fur et à mesure des pages, il revoyait certaines chasses. En grande majorité, il s’agissait de simples « salt and burn ». Combien de tonnes de sel avait-il déversées sur ces ossements ? Il ne comptait même plus le nombre de tombes qu’il avait dû profaner et les allumettes qu’il avait craquées pour les faire flamber. Il parcourut les différents exorcismes qu’il avait réunis au cours de ces deux décennies et qu’il utilisait grandement ces derniers temps.
Si certains combats se faisaient à distance, en toute quiétude, d’autres étaient plus dangereux. Parfois, le corps à corps était inévitable. Ca avait été le cas avec le loup-garou du mois dernier. C’était pourtant simple à neutraliser ce genre de truc : une balle consacrée en argent dans le cœur et le tour était joué ! Sauf que l’affrontement lui avait valu une semaine d’hôpital et quinze jours de convalescence – enfin, s’il s’était tenu aux conseils des médecins ! Les pauvres bougres avaient facilement cru à son histoire d’attaque d’ours alors que la région en était totalement dépourvue depuis des dizaines d’années. A croire qu’il était devenu expert dans le mensonge avec le temps. Au début ce n’était pas si simple. Il se souvenait de la première fois où avait dû couper la tête d’une douzaine de vampires. Heureusement que son pote Jim avait trouvé une idée abracadabrante pour justifier leurs diverses blessures car lui n’avait réussi qu’à bafouiller des mots inintelligibles qui n’avaient fait qu’alarmer les urgentistes ! En même temps, les cicatrices qui s’accumulaient sur son corps prouvaient à elles-seules l’importance de ses blessures. Il gardait toujours un souvenir bien marquant de ce genre de chasse.
Aujourd’hui, il pouvait ajouter une nouvelle page à son journal. Elle serait consacrée à la Dame Blanche. Il venait de rencontrer le veuf de cette femme et avait pu l’identifier et découvrir où elle avait été enterrée. Pour lui, cette chose n’était ni plus ni moins qu’un esprit alors, dès que la nuit serait tombée, il irait déterrer ses ossements, y répandrait une bonne dose de gros sel ainsi qu’une partie de son bidon d’essence et craquerait une allumette – une de plus. S’il avait vu juste – ce dont il ne doutait pas une seconde – le brasier mettrait fin à son existence et, par conséquent, aux meurtres dont elle était l’auteur. Il ne se faisait aucune illusion de ce qu’il était advenu de tous ces hommes qui avaient disparu ces dernières années.
Alors qu’il notait ces quelques remarques, son téléphone portable l’alerta que quelqu’un cherchait à le joindre. Il consulta l’écran et décrocha aussitôt.
- Caleb ? S’assura-t-il avant d’engager une quelconque discussion.
- John, je crois avoir trouvé ce que tu cherches.
- T’es sûr ?
- Ouais. Il y a des signes qui ne trompent pas. Rejoins-moi à Rock Springs dans le Wyoming.
- J’arrive, assura-t-il en raccrochant.
Il empoigna sa veste tout en s’assurant que ces clés de voiture s’y trouvaient et sortit précipitamment. Il n’avait pas de temps à perdre. En roulant toute la nuit, il y serait en moins de quatorze heures. Si son ami Caleb avait vu juste, il allait enfin pouvoir trouver le meurtrier de sa femme et se venger. Alors la dame blanche pourrait bien attendre son retour. Toutes ses armes étaient bien soigneusement rangées dans le coffre et il n’avait besoin de rien d’autre. De toute façon, il avait loué la chambre sous un nom d’emprunt pour un mois donc personne n’aurait à y entrer ni y farfouiller pendant son absence. Et si c’était malgré tout le cas, il les mettait au défi de réussir à l’identifier ou même de le retrouver.
Ce ne fut qu’une bonne centaine de kilomètres plus loin qu’il frappa le volant avec rage. Dans sa hâte, il avait oublié de prendre son journal avec lui. Il se maudit pour cette négligence mais poursuivit néanmoins sa route : il avait plus important à penser !
***
- Non ! Moi je bosse en solo, expliquait le jeune homme, les sourcils froncés afin de montrer son total mécontentement.
- Ben plus maintenant, lui répondit fermement l’homme d’une cinquantaine d’année au crane dégarni qui était confortablement installé dans son fauteuil en cuir noir.
- Putain, Bobby, qu’est-ce que je t’ai fait pour mériter ça !?! Regarde-le, l’encouragea-t-il en désignant un homme de près de deux mètres qui se tenait de l’autre côté de la vitre du bureau dans lequel ils discutaient. Ce gamin a l’air d’être sorti tout droit des jupes de sa mère. Regarde-moi ça, il est bien propre sur lui, avec ses fringues de marques. J’suis sûr qu’il pue l’aftershave ! Et t’as vu ses cheveux ?! C’est beaucoup trop long ! C’est quoi ce look ?! On dirait une gonzesse.
- C’est toi qui dis ça ? Lui fit remarquer le plus âgé avec un regard empreint de sarcasmes. Il ne passe certainement pas plus de temps que toi devant le miroir. Et puis, il n’a que quatre ans de moins que toi, Dean ! Alors à mes yeux, vous êtes aussi gamins l’un que l’autre !
Malgré cette remarque un peu trop cassante à son goût, l’attitude bienveillante et paternaliste de Bobby n’échappa pas au jeune homme qui en profita pour poursuivre son plaidoyer.
- Pfff ! En plus, j’suis sûr qu’il n’y connaît rien au journalisme.
- Alors, en ce qui concerne ses compétences, sache qu’il est sorti major de sa promo d’une grande école de journalisme …
- C’est encore pire Bobby ! Il doit avoir la tête pleine de cours théoriques mais il n’a jamais foutu les pieds sur le terrain !
- Ben, montre-lui. Il est là pour apprendre.
- J’en veux pas d’ton boulet ! Bougonna-t-il franchement.
- J’te demande pas ton avis ! S’énerva le plus vieux en tapant du poing sur la table. Ici, c’est encore moi le boss alors tu fais c’que j’te dis ! A la vue de ses résultats, Sam Gallager a eu le choix d’aller travailler où il voulait. Il a choisi notre journal et a demandé à travailler avec toi. J’me demande bien pourquoi d’ailleurs, tête de lard !
- …
- Tu es bien sur un papier en ce moment ?
- …
- Dean !
- Ouais, ronchonna le jeune homme.
- Ben tu le prends avec toi sur ce coup et on voit ce que ça donne. Si vraiment vous n’arrivez pas à vous entendre alors je verrai ce que je peux faire. Mais en attendant et ce, jusqu’à ce que votre article soit sur mon bureau, mets-y du tien !
Le plus jeune regagna la porte en marmonnant quelques mots qui ne laissaient aucun doute sur sa façon de penser.
- Je ne plaisante pas, Dean ! Le menaça son patron et néanmoins ami avant qu’il ne franchisse le seuil.
***
A l’extérieur du bureau, le dénommé Sam Gallager, attendait patiemment la fin de la discussion. Les bribes de conversation qu’il pouvait entendre ainsi que les grands gestes des deux hommes ne portaient pas à confusion : Dean McCaffrey n’avait pas du tout envie de travailler avec lui. Ca ne l’étonnait pas le moins du monde. Il le connaissait comme s’ils avaient été amis depuis des lustres. Il savait tout sur lui, de sa tendre enfance à aujourd’hui. Tout comme lui, il avait perdu ses parents biologiques dans l’incendie de leur maison. Alors âgé de quatre ans et demi, Dean avait été transbahuté de foyers en familles d’accueil. Il avait fait de maints essais de fugues jusqu’à ce qu’il réussisse et qu’il disparaisse à l’âge de dix ans. Ce n’est que deux ans plus tard, qu’un dénommé Bobby Singer avait entamé les démarches d’adoption pour lui offrir un vrai foyer. A l’image de celui qui faisait figure de père, il avait grandi dans les locaux de cette antenne d’un grand journal national d’investigation et avait développé un véritable talent journalistique. A à peine vingt-six ans, cet homme était déjà une légende ! Baroudeur et grande gueule aux méthodes peu conventionnelles, voire totalement illégales, il avait échappé plusieurs fois à des séjours en prison grâce à son instinct et à son esprit de déduction hors du commun. Il avait même des connaissances au sein des forces de l’ordre qui lui étaient redevables car il les avait aidées à résoudre des affaires relativement compliquées.
En bref, cet homme était en quelque sorte son idole. C’était grâce à lui qu’il avait trouvé sa vocation et qu’il s’était donné les moyens d’y parvenir. C’était vraiment important pour lui de le rencontrer enfin et le fait de travailler avec lui était un plus non négligeable. Il était persuadé qu’il apprendrait beaucoup de lui et qu’ils avaient de nombreux points communs, bien qu’ils n’aient pas eu la même enfance. Lui n’avait jamais connu ses parents biologiques. Il n’était âgé que de six mois lors du drame. Les gens l’appelaient le petit miraculé car il était l’unique survivant de l’incendie qui avait ravagé sa maison. Puisqu’il n’était encore qu’un bébé, l’assistance sociale n’avait eu aucun mal à le faire adopter par une famille aimante dans laquelle il avait pu grandir et s’épanouir au fil des ans. En comparant sa vie avec celle de Dean, il avait pris conscience de cette chance qui lui avait été offerte. Et pourtant, parfois, il se surprenait à envier toutes les difficultés que cet homme avait dû traverser car c’était bien elles qui avaient fait de lui ce qu’il était devenu aujourd’hui. A côté de lui, il avait l’impression de ne pas avoir vécu, d’être un novice qui avait tout à apprendre.
Il sortit de ses pensées lorsqu’il le vit jaillir du bureau en trombe. Il le regarda prendre sa veste et se dit que c’était le moment ou jamais de rompre la glace. Il s’avança vers lui d’un pas décidé et se présenta :
- Sam Gallager. C’est un honneur de …
- J’ai du taf et pas le temps pour ces conneries alors si tu veux vraiment venir avec moi, magne-toi !
Sans perdre une seconde, il empoigna son sac à dos et le rattrapa en quelques enjambées. Ils sortirent des locaux et se dirigèrent vers une Chevrolet Impala noire. Dean balança ses affaires sur le siège arrière, se redressa et plaça ses deux avant-bras sur le toit du véhicule avant de fixer Sam droit dans les yeux.
- Que les choses soient claires : c’est mon job, mon article, mon enquête et ma bagnole. C’est moi qui dicte les règles et toi tu devras t’exécuter sans broncher. C’est à prendre ou à laisser ! Si ça t’plait pas, j’te retiens pas !
Avec ce discours, Dean espérait avoir suffisamment découragé le jeune homme pour qu’il choisisse quelqu’un d’autre comme mentor.
Sam le regardait en pesant le pour et le contre. Il ne s’attendait pas à être accueilli les bras ouverts, loin de là, mais allait-il vraiment pouvoir supporter son sale caractère ? Plus que motivé, il décida de prendre sur lui, au moins un temps, et de poursuivre l’aventure.
- Ca me va, décréta-t-il tout sourire.
Dépité, Dean monta dans la voiture en grognant.
- Bon, tu montes ou quoi ?
Sam s’exécuta et s’installa sur le siège passager tout en posant son sac à dos sur le sol à ses pieds, ne laissant plus beaucoup de place pour étendre ses jambes.
- Où va-t-on ? S’enquit-il, ravi de réaliser enfin son rêve.
- Jericho, Californie.
***
Jericho, Californie.
Sur une route désertique, une voiture filait à vive allure. A son bord, un jeune homme conversait au téléphone avec sa petite amie :
- Non, j'ai pas le temps de passer ce soir ... Mais parce que je travaille tôt demain, voilà pourquoi ... Ouais, t'imagine mon vieux si j'étais pas là.
Loin devant lui, sur le bas-côté de la route, il crut voir une jeune femme tout de blanc vêtue. Il décéléra sensiblement tout en gardant son regard ciblé sur cette magnifique apparition.
- Hé, Amy j'peux t'rappeler ? demanda-t-il à son interlocutrice.
Sans attendre de réponse, il éteignit son téléphone portable. L’autoradio se mit à grésiller bruyamment avant de s’éteindre complètement. Loin d’y prêter la moindre attention, il stationna son véhicule devant la jolie femme aux longs cheveux sombres. A travers sa robe blanche, il pouvait deviner ses formes attirantes. Fasciné, il déglutit avant de retrouver l’usage de ses cordes vocales.
- Qu’est-ce qui vous arrive ? Vous êtes en panne ou quoi ?
- Conduis-moi chez moi, lui demanda-t-elle d’une voix suave, sans intonation.
- Bien sûr, montez, s’empressa-t-il d’accepter, trop heureux de cette séduisante compagnie.
La femme s’installa avec grâce et fluidité sur le siège près de lui. Mais à la lumière de la lune, seule la silhouette du conducteur transparaissait dans le véhicule. Son regard plongé dans le décolleté de sa passagère, le jeune homme ne prêta pas attention aux quelques phénomènes étranges qui se produisaient.
- Alors, où est-ce que vous habitez ? Se renseigna-t-il d’une voix qui se voulait charmeuse.
- Au bout de Breckenridge Road.
- Vous avez fêté Halloween ou quoi ? Vous savez, c'est dangereux de vous balader toute seule la nuit, expliqua-t-il pour engager la conversation.
Elle fit glisser le bas de sa robe en remontant sensiblement le long de ses cuisses, dévoilant ses jambes de manière sensuelle. Ce geste sans équivoque eut le mérite d’attirer plus avant son attention. Afin de ne pas trahir son malaise, il tourna la tête vers la vitre de son côté.
- Je suis avec toi, lui susurra-t-elle tout en lui saisissant le menton de manière à ce qu’il tourne la tête vers elle. Est-ce que tu me trouves jolie ?
Gêné et néanmoins excité, il se contenta d’émettre quelques « Euh ! » hésitants.
- Tu veux m'accompagner chez moi ? Insista-t-elle toujours sur le même ton.
- Oh ben ouais, répondit-il prestement, ne pouvant cacher plus longuement son envie.
Impatient, il appuya sur l’accélérateur et arriva quelques minutes plus tard dans la cour de la maison indiquée par la mystérieuse jeune femme.
Tout en se garant, il observa les lieux. Abasourdi, il constata que la bâtisse était délabrée. D’immenses fissures serpentaient le long de la façade. Le toit s’affaissait par endroit. Certaines fenêtres étaient condamnées par de vieilles planches en bois et d’autres étaient cassées. La végétation avait repris ses droits et envahissait l’espace telle une créature hirsute et sauvage. L’antique demeure prenait des allures de vieille cabane oubliée au fond d’un bois. Elle paraissait abandonnée depuis longtemps. La clarté de la lune donnait un aspect lugubre à cet ensemble. Le jeune homme tressaillit lorsque des frissons chatouillèrent sournoisement son échine.
- Allez, vous n’habitez pas ici ? Se renseigna-t-il, suspicieux.
- Je ne pourrai jamais rentrer chez moi, indiqua-t-elle, apparemment désœuvrée.
- De quoi vous parlez ? Ca fait un bail que plus personne ne vit ici. Où vous habitez ?
Il venait de se retourner vers la jeune femme quand il s’aperçut avec stupéfaction qu’elle n’était plus à ses côtés. Etonné de ne pas l’avoir entendue, ni vue sortir, il descendit à son tour du véhicule et partit à sa recherche près de la vieille demeure.
- D’accord, c'était très drôle. Mais la plaisanterie est terminée. Vous voulez déjà me quitter ?
Il arriva à la porte d’entrée et fit une nouvelle tentative :
- Hé ho !
Son appel résonna en écho dans la maison abandonnée et une nuée de chauve-souris prit son envol avant de s’échapper par l’ouverture devant laquelle il se trouvait. Surpris, il esquissa d’abord un pas en arrière puis hurla tout en s’enfuyant à toutes jambes vers sa voiture. Il démarra en trombe et fit crisser les pneus sur le sol.
A peine rassuré par ce qu’il venait de vivre, il voulut s’assurer qu’il avait mis suffisamment de distance entre ce lieu étrange et lui. Il jeta donc un œil pétrifié dans son rétroviseur intérieur et sursauta. Horrifié, il vit le reflet de la femme en blanc sur le petit miroir. Dans un même élan, il hurla et enfonça la pédale de frein. La voiture se dirigea alors bien malgré elle sur une route fermée avant de se stopper définitivement sur un pont.
De l’extérieur du véhicule, un cri déchirant se fit entendre. Puis le silence total revint à l’instant même où le sang du jeune homme éclaboussa les vitres avant.
***
L’Impala était garée sur le parking d’une station service. Le coffre était ouvert. Dubitatif, Sam regardait Dean farfouiller dans un bazar immonde à la recherche du fameux dossier qui devait l’éclairer sur leurs investigations.
- Eh, pas la peine de me regarder comme ça, grogna le plus vieux. Je sais très bien ce que je fais de mes affaires. Tiens le voilà ! S’exclama-t-il fièrement en brandissant une grande enveloppe marron dont dépassaient de vieux articles de journaux.
Puisqu’ils devaient bosser ensemble, le moins qu’il puisse faire était de lui fournir ce qu’il avait trouvé. Le « gamin » y trouverait les informations qu’il voudrait. Il confia donc son précieux dossier à Sam et se dirigea vers la supérette de la station pour s’acheter quelques petites choses à grignoter.
Sans attendre, le second jeune homme s’adossa à la voiture pour découvrir l’intérieur de l’enveloppe dont le contenu déjà peu commun manquait quelque peu de classement. Il parcourait encore les documents lorsque la porte côté conducteur s’ouvrit. Dean était de retour, les bras chargés de victuailles diverses. Il en répartit quelques-unes sur le siège et s’affaira à engloutir les autres.
- Oh, j’allais oublier, s’exclama-t-il soudainement la bouche pleine.
De la poche de sa veste, il sortit une nouvelle coupure de journal et la lui tendit tout en racontant :
- J’ai vu l’article où on parle de ce type, il y a un mois de ça environ. Sa voiture a été retrouvée mais lui, il avait disparu.
- Tu crois qu’il a été kidnappé ?
- Tout ce que je sais c’est qu’il n’est pas tout seul dans ce cas là. T’as vu ? Celui-là c’était en avril et l’autre en décembre.
- Ouais et là en 1998 et encore en 1992, confirma Sam en montrant successivement les différents articles. Tous des hommes et tous sur la même portion de route.
- C’est ça. Ca fait dix en vingt ans et c’est de plus en plus fréquent.
- Tueur en série ?
- Possible, répondit Dean en engloutissant une barre chocolatée. Les autorités sont dans le coltard et ça, moi, ça m’interpelle, expliqua-t-il avec un sourire ironique. J’suis sûr que je tiens un bon sujet.
Le plus jeune mais également le plus grand des deux observait, admiratif. Dean était parti d’un simple événement et il avait mis le doigt sur une affaire pas banale. Il avait dû faire de sérieuses recherches pour rassembler autant d’éléments, même si le dossier ainsi constitué ne ressemblait à rien. En plus, il n’hésitait pas une seconde à se rendre sur place malgré le danger potentiel. Et enfin, il pouvait lire dans ses yeux toute la détermination dont il pouvait faire preuve pour parvenir à ses fins. Il trouverait le coupable. Il en était persuadé. Et tout ce qu’il espérait c’était d’être à ses côtés au moment venu.
Ils montèrent en voiture et reprirent la route. AC/DC envahit de nouveau l’habitacle. Ce n’était pas qu’il n’aimait pas ce groupe mais toutes ces heures enfermées avec du rock beaucoup trop fort pour ses oreilles, ça pouvait être dur à supporter. Surtout qu’il était tassé dans cette foutue bagnole. Sans compter que le sourire moqueur très peu subtil qu’affichait le conducteur ne l’aidait pas à se sentir mieux. Cette situation était très inconfortable mais il n’osait rien dire de peur de se faire renvoyer balader, voire carrément se faire expulser de la voiture sans sommation. Il connaissait parfaitement les intentions de son nouveau coéquipier mais il n’envisageait pas une seconde de laisser tomber. Il s’accrocherait quoiqu’il lui en coûte. Il se résigna donc à souffrir en silence. Malgré tout, il essaya de reprendre un semblant de conversation. Au moins, le temps qu’ils discutaient, Dean montrait de l’intérêt et baissait le volume de l’autoradio.
Lorsqu’ils passèrent la pancarte qui indiquait les quelques kilomètres qui les séparaient de Jericho, ils étaient toujours en train de converser. Ils avaient déjà échangé quelques mots durant le trajet, essentiellement des banalités. Enfin en apparence, car par quelques questions anecdotiques, le plus vieux des deux avait obtenu des renseignements intéressants qu’il pourrait utiliser ultérieurement pour faire des recherches plus poussées sur ce « partenaire » que lui avait imposé Bobby. Puisqu’il était contraint de faire équipe avec lui, il voulait tout savoir de lui, dans le moindre détail. Il n’aimait pas les surprises et avait pris l’habitude d’être préparé. En outre, il n’avait confiance en personne, sauf peut-être en celui qu’il considérait comme son père. Son passager était plutôt loquace et il avait bien vu qu’il pouvait lui retirer des informations très facilement. Un peu comme s’il n’avait rien à cacher. La communication passait étrangement bien avec lui. Seulement voilà, qu’est-ce qui lui disait que c’était la vérité ? Après tout, il ne le connaissait que depuis quelques heures ce type-là ! Il essayait peut-être de le manipuler !
Par contre, il devait bien avouer qu’il le faisait bien marrer avec ses deux guiboles bien trop grandes pour être confortablement assis dans la Chevrolet. Depuis le début, son sac l’empêchait d’étendre ses jambes et il se contorsionnait dans tous les sens pour essayer de trouver une position plus aisée. Et puis toutes les cinq minutes, il l’entendait soupirer. C’était certainement inconscient mais tellement révélateur de sa personnalité. Il lui accordait bien volontiers une patience extrême car lui n’aurait pas supporté cinq minutes le traitement qu’il lui faisait subir depuis le début du trajet ! En plus, il n’avait pas l’air idiot ce mec-là … Enfin, ça ne voulait pas dire pour autant qu’il lui faisait confiance !
***
En passant près d’un pont, ils repérèrent une patrouille de police. Les agents s’affairaient autour d’une voiture. Dean stoppa l’Impala et observa la scène de loin. Au bout d’un instant, il poussa sans ménagement les genoux de Sam, ouvrit la boîte à gants et en sortit une petite boîte métallique. Intrigué, le passager le regarda choisir un insigne parmi tout un stock de faux papiers.
- C’est pas illégal ? S’autorisa-t-il à demander avec des yeux ronds. Pourquoi ne pas tout simplement leur dire qu’on est des journalistes ?
- Parce que ça m’évitera d’entendre « pas de commentaire », « enquête en cours » ou toute autre connerie du même genre et surtout de me faire virer de la scène de crime à coup de pied dans le cul. Bon, tu restes ici, j’en ai pas pour longtemps.
Sur ces mots, il quitta le véhicule en claquant la porte et en avançant sur le pont d’un pas décidé. De son côté, Sam avait très envie de se dégourdir les jambes. Il sortit donc également et observa la scène par-dessus le capot. Il hésita un instant, résistant à l’envie tenace de rejoindre Dean. Comment pourrait-il apprendre en restant en retrait ? De quelle manière pouvait-il lui prouver son efficacité s’il restait planté là sans rien faire ? Il ne lui fallut que quelques secondes pour prendre sa décision. Il avait presque rattrapé son coéquipier lorsqu’il entendit l’un des policiers héler deux plongeurs en contrebas qui venaient de sortir de la rivière :
- Hé ! Vous avez trouvé quelque chose ?
- Non, rien !
Un autre s’affairait à examiner la voiture et faisait son rapport à son collègue :
- Aucune trace de lutte, pas d'empreinte … d'aucune sorte. C'est impeccable, beaucoup trop propre.
- Dis donc, le garçon, Troy, il sortait avec ta fille, non ?
- Ouais.
- Comment Amy réagit ?
- Elle est partie coller des avis de recherche dans la ville.
- Vous avez eu un cas semblable à celui-ci le mois dernier ? Intervint soudainement Dean.
- Qui êtes-vous ? Demanda l’un des policiers qui venait juste de s’apercevoir de leur présence.
Le jeune homme présenta rapidement sa fausse plaque et leur répondit avec un aplomb qui impressionna Sam mais le mit également mal à l’aise :
- Marshal fédéral.
- Et lui aussi ? Parce que vous êtes tous les deux très jeunes pour faire partie de ce genre de service.
Dean se retourna dans la direction indiquée par l’agent et lança un regard incendiaire à Sam.
- Non, lui c’est un stagiaire mais merci, c'est très gentil à vous. Vous avez eu un autre cas comme celui-ci, n’est-ce pas ?
- Oui, c'est exact, un petit kilomètre plus haut. Et il y en a eu d'autres avant ça.
- Et la victime, vous la connaissiez, c'est ça ? S’imposa Sam alors que Dean faisait déjà le tour de la voiture à la recherche d’indices.
- Ouais, dans cette ville, tout le monde connaît tout le monde.
- Y'a-t-il des points communs entre les victimes, mis à part le fait qu'elles soient toutes des hommes ?
- Non, pas d'après ce qu'on sait.
- Quelle est votre théorie ?
- On n'en sait rien. Kidnapping ? Tueur en série ? Meurtres crapuleux ?
- C'est malheureusement ce que je m'attendais à entendre de la police, marmonna Dean.
Outré par ce qu’il venait d’entendre, Sam lança un regard réprobateur à ce partenaire si irrespectueux et s’empressa de remercier les policiers.
- Messieurs, les salua Dean avant d’entraîner son jeune acolyte avec lui vers l’Impala.
Le plus vieux jeta un œil derrière lui pour s’assurer qu’ils étaient à bonne distance puis il balança un taquet à l’arrière du crâne de Sam.
- Ca va pas ?! Qu'est-ce qui te prend ? S’indigna le plus jeune en se massant le cuir chevelu.
- J’t’avais dit de rester dans la bagnole ! T’as failli tout faire foirer.
- Mais je …
Dean se plaça devant lui, l’obligeant à s’arrêter et à l’écouter.
- Tu me refais un coup comme celui-là et je te renvoie direct dans les jupes de ta mère ! C’est clair ?
- Ouais, soupira Sam à la fois déçu et quelque peu découragé. Attends ! Le héla-t-il en le voyant s’éloigner de nouveau. Il se plaça à ses côtés. J’comprends pas. Pourquoi tu m’as laissé faire l’interrogatoire alors ?
Au loin, Dean vit la voiture du Shérif arriver. Elle était suivie de près par un véhicule noir indiquant l’imminente présence des fédéraux. Sans un regard ni même l’ébauche d’une réponse, il ouvrit la portière et s’engouffra dans la voiture.
- Dean ! Insista le plus jeune avec l’infime espoir d’avoir une explication.
- Voilà Mulder et Scully ! Monte dans la bagnole ! Lui ordonna-t-il sans la moindre intention de combler ses attentes.
Il n’allait tout de même pas lui dire qu’il avait trouvé ses questions pertinentes et que, grâce à son intervention, il avait pu chercher tranquillement des indices ! Autant dire qu’il était exclu que le gamin comprenne qu’il s’était laissé aller à croire en lui !
***
L’impala roulait lentement sur la route principale de la petite ville.
- Là, regarde, ça doit être elle, indiqua Sam en désignant une jeune fille qui placardait une affiche sur la vitrine d’un magasin.
Le conducteur approuva et stationna l’Impala à proximité. Ils quittèrent le véhicule et s’approchèrent d’elle.
- Vous êtes sûrement Amy ? Se renseigna Dean.
- Ouais.
- Ouais, Troy nous a parlé de vous, mentit le jeune homme. On est ses oncles. Moi, c'est Dean, et lui c'est Sam.
- C'est bizarre, il ne m’a jamais parlé de vous, remarqua-t-elle suspicieuse.
- Ah c'est tout Troy ça. C'est vrai qu'on vient pas souvent. On habite Modesto.
- On le recherche nous aussi, intervint Sam en indiquant d’un signe de tête l’affiche exposée sur la vitrine. Vous permettez que l'on vous pose quelques questions ?
Amy accepta. Ils se rendirent dans une brasserie à proximité et s’installèrent dans une alcôve à l’abri des oreilles et des regards indiscrets. Les larmes aux yeux, la jeune fille relata les événements de la veille :
- J'parlais au téléphone avec Troy. Il était en train de rentrer chez lui. Et puis d’un seul coup, il a dit "j'peux t'rappeler ?" et il ne l'a jamais fait.
- Et vous n’avez rien entendu d’autre ? Un bruit bizarre ? Une autre présence ? S’intéressa Sam.
- Non. Rien qui m'ait frappé.
- C’est pas le premier qui disparaît de cette manière alors si vous avait une idée ou si vous avez entendu parler de quelque chose ... essaya Dean.
Les yeux d’Amy s’orientèrent successivement vers l’extérieur, puis sur les autres personnes présentes dans le restaurant avant de finir fixés sur ses mains.
- Quoi ? Qu’est-ce qu'il y a? L’encouragea Dean.
- Et ben... vous savez, après toutes les histoires qui se sont passées, les habitants parlent.
- Et de quoi ils parlent ? Demandèrent les deux hommes en même temps.
- C'est une sorte de légende locale. Il ya une fille qui est morte assassinée dans le coin il y a des dizaines d'années, je crois. On raconte qu'elle est toujours là, dehors, et qu'elle fait de l'autostop. Elle fait signe aux mecs et ceux qui s’arrêtent disparaissent à jamais.
Les deux hommes échangèrent un bref regard dépité. Sam remercia Amy et ils prirent congé. De retour dans l’Impala, Sam reprit la parole :
- On n’est pas plus avancé. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
Dean n’avait aucune envie de répondre à cette question. D’autant plus qu’avec son « On », celui qu’il considérait comme un boulet sous-entendait qu’ils formaient une équipe. Et ça c’était hors de question ! Malheureusement, il sentait son regard inquisiteur et lorsqu’il se décida enfin à tourner la tête vers lui pour le renvoyer balader une bonne fois, il croisa son visage juvénile dont les yeux arboraient une expression innocente, demandeuse, presque suppliante. Sans même s’en apercevoir, il céda :
- Il est tard. Les archives doivent être fermées. Et après notre prestation de tout à l’heure, je ne suis pas sûr que les flics acceptent de nous confier les dossiers des autres disparitions. Il vaut mieux se faire oublier pour le moment. Mais j’ai l’intention d’aller jeter un p’tit coup d’œil le long de cette fameuse route.
***
Ils étaient fatigués et ils commençaient à avoir froid. La nuit était tombée depuis un moment, entraînant avec elle le manque de visibilité et un taux d’humidité hors du commun. Le fait de ne pas avoir mangé n’arrangeait pas les choses. Et ça faisait des heures qu’ils ratissaient le coin sans trouver le moindre indice. Tous ces éléments cumulés mettaient leurs nerfs à dure épreuve. Frustré, Sam demanda pour la énième fois de la soirée :
- D’accord, alors qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
- « On » ? « On » ne va rien faire du tout. Y a pas de « On » ! Expliqua Dean d’un ton las.
Vexé par cette attitude méprisante, le plus jeune s’offusqua.
- Quoi ? Mais pourquoi tu m’exclues de tout ? Comment tu veux que je m’améliore si ...
- J’te rappelle que c’est mon affaire et que si tu es ici c’est uniquement parce que Bobby a décidé de me faire chier en m’imposant ta présence.
- Non, Dean ! Ce n’est pas M. Singer qui a imposé ma présence. C’est moi qui ai souhaité travailler avec toi parce que je pensais que tu pourrais m’apprendre beaucoup. Mais il s’avère que la seule chose que j’ai apprise jusque-là, c’est que t’es un sale con !
- Moi ? Mais je suis un vrai plaisir, ironisa-t-il, plus que ravi d’avoir enfin réussi à faire sortir de ses gonds ce mec à l’apparence si stoïque.
Mais la fatigue aidant, l’agacement qu’avait accumulé Sam au cours de cette journée se transforma en hargne mal contenue. Il estimait qu’il n’avait pas mérité un tel mépris et il décida de lui faire savoir.
- Tu rigoles ?! Tu fous ton rock à fond dans ta bagnole de merde. Si ça t’amuse de te griller les neurones ce n’est pas mon cas !
- Hey, tu n’insultes ni mon bébé ni ma musique.
- Sans déconner ? Ton bébé ? Dis plutôt ta mère ! Ta caisse date de 1967 ! Coupe le cordon ! Et puis, Black Sabbath, Motor Head, Mettalica … tu devrais faire un effort et évoluer avec ton temps.
- J’dirais plutôt que j’ai un goût très sûr pour tout ce qui a de la valeur, assura Dean sans se déparer de son flegme ni de son sourire sarcastique.
- Ben voyons ! T’es arriéré au point d’utiliser encore un autoradio avec des cassettes.
- D’accord, règle n°2 : le conducteur choisit la musique, le boulet ferme son clapet !
- Ca aussi ça me gonfle ! Tes règles à la con, tu peux te les garder. Tu décides de tout et je n’ai jamais mon mot à dire. De quel droit tu oses m’imposer des trucs comme ça ?
- Ah mais j’ai tous les droits parce que moi j’ai de l’expérience sur le terrain !
- Quelle expérience ? Mentir à une gamine pour lui soutirer des infos ? L’art et la manière de prendre les flics pour des cons ? Travailler en toute illégalité ? Trouver le meilleur moyen de se retrouver en tôle ?
- Si mes méthodes ne te conviennent pas, je ne te retiens pas ! Expliqua-t-il, plus que ravi de constater que tout se déroulait comme il l’avait prévu.
- Mais c’est quoi ton problème ? Pourquoi tu cherches à tout prix à ce que je me casse ?
- De toute évidence, ce que je fais ne te convient pas. Et autant te dire qu’il est hors de questions que je change mes habitudes pour toi. Alors la meilleure solution …
- Mais tu ne m’as même pas laissé une chance ! C’est si compliqué pour toi de laisser quelqu’un t’aider ? Tu sais, ton passé difficile n’excuse pas tout, Dean.
- De quoi tu parles ? Se méfia-t-il soudainement en comprenant que ce petit fouineur avait l’air d’en savoir un peu trop sur sa vie privée.
- Je dis juste que ce que tu as vécu a certainement été dur et que ça a influencé ta façon d’être mais …
- Mais tu te mêles de ce qui ne te regarde pas ! Que mon passé ait influencé ma personnalité ou pas, je suis comme je suis et je ne vais certainement pas changer pour un p’tit con qui ne connaît rien de la vie, répondit-il agacé en lui lançant un regard narquois qui eut le mérite d’énerver encore plus Sam.
- Pourquoi ? Parce que tu penses que je ne suis jamais sorti de ma p’tite banlieue paisible. Tu crois que je suis protégé par mon papa et dorloté par ma p’tite maman ! C’est ça ? Tu sais quoi ? T’as raison ! J’ai eu vachement plus de chance que toi parce que moi j’ai reçu une éducation. Alors que toi, c’est vraiment un truc qui te fait défaut. Mais tu vois, c’est pas de ma faute si ce pauv’vieux Bobby n’a pas été foutu de t’en donner une.
Avant même de toucher le pilier où Dean venait de le placarder, il avait compris qu’il était allé trop loin.
- Je t’interdis de parler de lui comme ça, lui ordonna froidement le plus vieux tout en lui maintenant fermement le col de sa veste.
Son regard menaçant le fixait toujours lorsqu’un souffle étrange, venu de nulle part, attira leur attention. De l’autre côté du pont, une magnifique jeune femme habillée tout en blanc se tenait perchée sur la rambarde et menaçait de se jeter dans le vide. Elle leur jeta un ultime regard, se pencha en avant et disparut. Ils se ruèrent vers le lieu où ils venaient de la voir tomber et se penchèrent pour essayer de la retrouver. Mais malgré leurs efforts ils ne distinguèrent que l’eau en contrebas. Tout était calme. Aucun mouvement ni aucun son ne leur parvenait, un peu comme si jamais rien n’avait eu lieu.
- Où est-elle ? Demanda Dean d’une voix qui trahissait son anxiété.
- J'en sais rien, souffla Sam dans le même état.
Un peu plus loin, le moteur de l’Impala se mit à vrombir. Les deux hommes se retournèrent dans un même élan.
- Qu'est-ce que c'est que ce ...
- Qui conduit ta voiture ? S’inquiéta Sam.
Dean farfouilla dans sa poche et en sortit ses clés. Il les plaça devant le nez de son acolyte pour lui montrer que personne n’était en mesure d’avoir démarré sa voiture – en tous cas pas dans les règles de l’art. Il commença à avancer, les poings serrés avec l’intention de voir le voleur et de lui faire passer l’envie de lui piquer sa caisse ! Il s’arrêta net lorsqu’il constata qu’il n’y avait personne au volant.
- Mais … qu’est …, bafouilla-t-il avant que les phares s’allument et les éblouissent.
Les pneus crissèrent sur l’asphalte et la Chevrolet fonça sur eux. Dean fit demi-tour, se mit à courir et entraîna Sam avec lui.
- Fonce ! Lui hurla-t-il.
Malgré l’accélération qu’ils fournirent, la voiture les rattrapa. Ils n’eurent pas d’autres choix que de bondir sur le côté pour échapper à une mort certaine. Malheureusement, dans leur élan, ils passèrent par-dessus la rambarde à leurs risques et périls.
--------------------La suite au prochain post--------------------------------
A STRANGE SUPERNATURAL PILOT
Un truck noir venait de se garer devant l’une des portes d’un hôtel miteux. Un homme très brun, mal rasé et d’une cinquantaine d’année en descendit. Il pénétra dans sa chambre et vérifia la ligne de sel qu’il avait répandu devant l’ouverture. En jetant un coup d’œil au rebord de la fenêtre, il s’assura que tout était bien en place. Puis il saisit un feutre et inscrivit sur l’un des documents qu’il avait punaisés au mur : « Dame blanche ». Enfin, il s’installa à la petite table et ouvrit son journal de bord.
Sur les premières pages de ce considérable ouvrage, il avait relaté les douloureux moments qui avaient suivi l’assassinat de sa femme, vingt-deux ans plus tôt. Puis il avait réuni des données plus « scientifiques » sur les circonstances de sa mort. Avec ce qu’il avait vécu, il n’avait pas eu d’autres moyens que de croire au surnaturel et grâce à certaines personnes expérimentées dans ce domaine, il avait appris le métier de chasseur. Depuis, tout en recherchant activement le meurtrier de sa femme, il exterminait toutes les créatures malfaisantes qui avaient le malheur de se trouver sur sa route. Il avait donc affronté des choses étranges dont le commun des mortels ne soupçonnait même pas l’existence. Ce que l’ignorance pouvait être tragique parfois !
Au fur et à mesure des pages, il revoyait certaines chasses. En grande majorité, il s’agissait de simples « salt and burn ». Combien de tonnes de sel avait-il déversées sur ces ossements ? Il ne comptait même plus le nombre de tombes qu’il avait dû profaner et les allumettes qu’il avait craquées pour les faire flamber. Il parcourut les différents exorcismes qu’il avait réunis au cours de ces deux décennies et qu’il utilisait grandement ces derniers temps.
Si certains combats se faisaient à distance, en toute quiétude, d’autres étaient plus dangereux. Parfois, le corps à corps était inévitable. Ca avait été le cas avec le loup-garou du mois dernier. C’était pourtant simple à neutraliser ce genre de truc : une balle consacrée en argent dans le cœur et le tour était joué ! Sauf que l’affrontement lui avait valu une semaine d’hôpital et quinze jours de convalescence – enfin, s’il s’était tenu aux conseils des médecins ! Les pauvres bougres avaient facilement cru à son histoire d’attaque d’ours alors que la région en était totalement dépourvue depuis des dizaines d’années. A croire qu’il était devenu expert dans le mensonge avec le temps. Au début ce n’était pas si simple. Il se souvenait de la première fois où avait dû couper la tête d’une douzaine de vampires. Heureusement que son pote Jim avait trouvé une idée abracadabrante pour justifier leurs diverses blessures car lui n’avait réussi qu’à bafouiller des mots inintelligibles qui n’avaient fait qu’alarmer les urgentistes ! En même temps, les cicatrices qui s’accumulaient sur son corps prouvaient à elles-seules l’importance de ses blessures. Il gardait toujours un souvenir bien marquant de ce genre de chasse.
Aujourd’hui, il pouvait ajouter une nouvelle page à son journal. Elle serait consacrée à la Dame Blanche. Il venait de rencontrer le veuf de cette femme et avait pu l’identifier et découvrir où elle avait été enterrée. Pour lui, cette chose n’était ni plus ni moins qu’un esprit alors, dès que la nuit serait tombée, il irait déterrer ses ossements, y répandrait une bonne dose de gros sel ainsi qu’une partie de son bidon d’essence et craquerait une allumette – une de plus. S’il avait vu juste – ce dont il ne doutait pas une seconde – le brasier mettrait fin à son existence et, par conséquent, aux meurtres dont elle était l’auteur. Il ne se faisait aucune illusion de ce qu’il était advenu de tous ces hommes qui avaient disparu ces dernières années.
Alors qu’il notait ces quelques remarques, son téléphone portable l’alerta que quelqu’un cherchait à le joindre. Il consulta l’écran et décrocha aussitôt.
- Caleb ? S’assura-t-il avant d’engager une quelconque discussion.
- John, je crois avoir trouvé ce que tu cherches.
- T’es sûr ?
- Ouais. Il y a des signes qui ne trompent pas. Rejoins-moi à Rock Springs dans le Wyoming.
- J’arrive, assura-t-il en raccrochant.
Il empoigna sa veste tout en s’assurant que ces clés de voiture s’y trouvaient et sortit précipitamment. Il n’avait pas de temps à perdre. En roulant toute la nuit, il y serait en moins de quatorze heures. Si son ami Caleb avait vu juste, il allait enfin pouvoir trouver le meurtrier de sa femme et se venger. Alors la dame blanche pourrait bien attendre son retour. Toutes ses armes étaient bien soigneusement rangées dans le coffre et il n’avait besoin de rien d’autre. De toute façon, il avait loué la chambre sous un nom d’emprunt pour un mois donc personne n’aurait à y entrer ni y farfouiller pendant son absence. Et si c’était malgré tout le cas, il les mettait au défi de réussir à l’identifier ou même de le retrouver.
Ce ne fut qu’une bonne centaine de kilomètres plus loin qu’il frappa le volant avec rage. Dans sa hâte, il avait oublié de prendre son journal avec lui. Il se maudit pour cette négligence mais poursuivit néanmoins sa route : il avait plus important à penser !
***
- Non ! Moi je bosse en solo, expliquait le jeune homme, les sourcils froncés afin de montrer son total mécontentement.
- Ben plus maintenant, lui répondit fermement l’homme d’une cinquantaine d’année au crane dégarni qui était confortablement installé dans son fauteuil en cuir noir.
- Putain, Bobby, qu’est-ce que je t’ai fait pour mériter ça !?! Regarde-le, l’encouragea-t-il en désignant un homme de près de deux mètres qui se tenait de l’autre côté de la vitre du bureau dans lequel ils discutaient. Ce gamin a l’air d’être sorti tout droit des jupes de sa mère. Regarde-moi ça, il est bien propre sur lui, avec ses fringues de marques. J’suis sûr qu’il pue l’aftershave ! Et t’as vu ses cheveux ?! C’est beaucoup trop long ! C’est quoi ce look ?! On dirait une gonzesse.
- C’est toi qui dis ça ? Lui fit remarquer le plus âgé avec un regard empreint de sarcasmes. Il ne passe certainement pas plus de temps que toi devant le miroir. Et puis, il n’a que quatre ans de moins que toi, Dean ! Alors à mes yeux, vous êtes aussi gamins l’un que l’autre !
Malgré cette remarque un peu trop cassante à son goût, l’attitude bienveillante et paternaliste de Bobby n’échappa pas au jeune homme qui en profita pour poursuivre son plaidoyer.
- Pfff ! En plus, j’suis sûr qu’il n’y connaît rien au journalisme.
- Alors, en ce qui concerne ses compétences, sache qu’il est sorti major de sa promo d’une grande école de journalisme …
- C’est encore pire Bobby ! Il doit avoir la tête pleine de cours théoriques mais il n’a jamais foutu les pieds sur le terrain !
- Ben, montre-lui. Il est là pour apprendre.
- J’en veux pas d’ton boulet ! Bougonna-t-il franchement.
- J’te demande pas ton avis ! S’énerva le plus vieux en tapant du poing sur la table. Ici, c’est encore moi le boss alors tu fais c’que j’te dis ! A la vue de ses résultats, Sam Gallager a eu le choix d’aller travailler où il voulait. Il a choisi notre journal et a demandé à travailler avec toi. J’me demande bien pourquoi d’ailleurs, tête de lard !
- …
- Tu es bien sur un papier en ce moment ?
- …
- Dean !
- Ouais, ronchonna le jeune homme.
- Ben tu le prends avec toi sur ce coup et on voit ce que ça donne. Si vraiment vous n’arrivez pas à vous entendre alors je verrai ce que je peux faire. Mais en attendant et ce, jusqu’à ce que votre article soit sur mon bureau, mets-y du tien !
Le plus jeune regagna la porte en marmonnant quelques mots qui ne laissaient aucun doute sur sa façon de penser.
- Je ne plaisante pas, Dean ! Le menaça son patron et néanmoins ami avant qu’il ne franchisse le seuil.
***
A l’extérieur du bureau, le dénommé Sam Gallager, attendait patiemment la fin de la discussion. Les bribes de conversation qu’il pouvait entendre ainsi que les grands gestes des deux hommes ne portaient pas à confusion : Dean McCaffrey n’avait pas du tout envie de travailler avec lui. Ca ne l’étonnait pas le moins du monde. Il le connaissait comme s’ils avaient été amis depuis des lustres. Il savait tout sur lui, de sa tendre enfance à aujourd’hui. Tout comme lui, il avait perdu ses parents biologiques dans l’incendie de leur maison. Alors âgé de quatre ans et demi, Dean avait été transbahuté de foyers en familles d’accueil. Il avait fait de maints essais de fugues jusqu’à ce qu’il réussisse et qu’il disparaisse à l’âge de dix ans. Ce n’est que deux ans plus tard, qu’un dénommé Bobby Singer avait entamé les démarches d’adoption pour lui offrir un vrai foyer. A l’image de celui qui faisait figure de père, il avait grandi dans les locaux de cette antenne d’un grand journal national d’investigation et avait développé un véritable talent journalistique. A à peine vingt-six ans, cet homme était déjà une légende ! Baroudeur et grande gueule aux méthodes peu conventionnelles, voire totalement illégales, il avait échappé plusieurs fois à des séjours en prison grâce à son instinct et à son esprit de déduction hors du commun. Il avait même des connaissances au sein des forces de l’ordre qui lui étaient redevables car il les avait aidées à résoudre des affaires relativement compliquées.
En bref, cet homme était en quelque sorte son idole. C’était grâce à lui qu’il avait trouvé sa vocation et qu’il s’était donné les moyens d’y parvenir. C’était vraiment important pour lui de le rencontrer enfin et le fait de travailler avec lui était un plus non négligeable. Il était persuadé qu’il apprendrait beaucoup de lui et qu’ils avaient de nombreux points communs, bien qu’ils n’aient pas eu la même enfance. Lui n’avait jamais connu ses parents biologiques. Il n’était âgé que de six mois lors du drame. Les gens l’appelaient le petit miraculé car il était l’unique survivant de l’incendie qui avait ravagé sa maison. Puisqu’il n’était encore qu’un bébé, l’assistance sociale n’avait eu aucun mal à le faire adopter par une famille aimante dans laquelle il avait pu grandir et s’épanouir au fil des ans. En comparant sa vie avec celle de Dean, il avait pris conscience de cette chance qui lui avait été offerte. Et pourtant, parfois, il se surprenait à envier toutes les difficultés que cet homme avait dû traverser car c’était bien elles qui avaient fait de lui ce qu’il était devenu aujourd’hui. A côté de lui, il avait l’impression de ne pas avoir vécu, d’être un novice qui avait tout à apprendre.
Il sortit de ses pensées lorsqu’il le vit jaillir du bureau en trombe. Il le regarda prendre sa veste et se dit que c’était le moment ou jamais de rompre la glace. Il s’avança vers lui d’un pas décidé et se présenta :
- Sam Gallager. C’est un honneur de …
- J’ai du taf et pas le temps pour ces conneries alors si tu veux vraiment venir avec moi, magne-toi !
Sans perdre une seconde, il empoigna son sac à dos et le rattrapa en quelques enjambées. Ils sortirent des locaux et se dirigèrent vers une Chevrolet Impala noire. Dean balança ses affaires sur le siège arrière, se redressa et plaça ses deux avant-bras sur le toit du véhicule avant de fixer Sam droit dans les yeux.
- Que les choses soient claires : c’est mon job, mon article, mon enquête et ma bagnole. C’est moi qui dicte les règles et toi tu devras t’exécuter sans broncher. C’est à prendre ou à laisser ! Si ça t’plait pas, j’te retiens pas !
Avec ce discours, Dean espérait avoir suffisamment découragé le jeune homme pour qu’il choisisse quelqu’un d’autre comme mentor.
Sam le regardait en pesant le pour et le contre. Il ne s’attendait pas à être accueilli les bras ouverts, loin de là, mais allait-il vraiment pouvoir supporter son sale caractère ? Plus que motivé, il décida de prendre sur lui, au moins un temps, et de poursuivre l’aventure.
- Ca me va, décréta-t-il tout sourire.
Dépité, Dean monta dans la voiture en grognant.
- Bon, tu montes ou quoi ?
Sam s’exécuta et s’installa sur le siège passager tout en posant son sac à dos sur le sol à ses pieds, ne laissant plus beaucoup de place pour étendre ses jambes.
- Où va-t-on ? S’enquit-il, ravi de réaliser enfin son rêve.
- Jericho, Californie.
***
Jericho, Californie.
Sur une route désertique, une voiture filait à vive allure. A son bord, un jeune homme conversait au téléphone avec sa petite amie :
- Non, j'ai pas le temps de passer ce soir ... Mais parce que je travaille tôt demain, voilà pourquoi ... Ouais, t'imagine mon vieux si j'étais pas là.
Loin devant lui, sur le bas-côté de la route, il crut voir une jeune femme tout de blanc vêtue. Il décéléra sensiblement tout en gardant son regard ciblé sur cette magnifique apparition.
- Hé, Amy j'peux t'rappeler ? demanda-t-il à son interlocutrice.
Sans attendre de réponse, il éteignit son téléphone portable. L’autoradio se mit à grésiller bruyamment avant de s’éteindre complètement. Loin d’y prêter la moindre attention, il stationna son véhicule devant la jolie femme aux longs cheveux sombres. A travers sa robe blanche, il pouvait deviner ses formes attirantes. Fasciné, il déglutit avant de retrouver l’usage de ses cordes vocales.
- Qu’est-ce qui vous arrive ? Vous êtes en panne ou quoi ?
- Conduis-moi chez moi, lui demanda-t-elle d’une voix suave, sans intonation.
- Bien sûr, montez, s’empressa-t-il d’accepter, trop heureux de cette séduisante compagnie.
La femme s’installa avec grâce et fluidité sur le siège près de lui. Mais à la lumière de la lune, seule la silhouette du conducteur transparaissait dans le véhicule. Son regard plongé dans le décolleté de sa passagère, le jeune homme ne prêta pas attention aux quelques phénomènes étranges qui se produisaient.
- Alors, où est-ce que vous habitez ? Se renseigna-t-il d’une voix qui se voulait charmeuse.
- Au bout de Breckenridge Road.
- Vous avez fêté Halloween ou quoi ? Vous savez, c'est dangereux de vous balader toute seule la nuit, expliqua-t-il pour engager la conversation.
Elle fit glisser le bas de sa robe en remontant sensiblement le long de ses cuisses, dévoilant ses jambes de manière sensuelle. Ce geste sans équivoque eut le mérite d’attirer plus avant son attention. Afin de ne pas trahir son malaise, il tourna la tête vers la vitre de son côté.
- Je suis avec toi, lui susurra-t-elle tout en lui saisissant le menton de manière à ce qu’il tourne la tête vers elle. Est-ce que tu me trouves jolie ?
Gêné et néanmoins excité, il se contenta d’émettre quelques « Euh ! » hésitants.
- Tu veux m'accompagner chez moi ? Insista-t-elle toujours sur le même ton.
- Oh ben ouais, répondit-il prestement, ne pouvant cacher plus longuement son envie.
Impatient, il appuya sur l’accélérateur et arriva quelques minutes plus tard dans la cour de la maison indiquée par la mystérieuse jeune femme.
Tout en se garant, il observa les lieux. Abasourdi, il constata que la bâtisse était délabrée. D’immenses fissures serpentaient le long de la façade. Le toit s’affaissait par endroit. Certaines fenêtres étaient condamnées par de vieilles planches en bois et d’autres étaient cassées. La végétation avait repris ses droits et envahissait l’espace telle une créature hirsute et sauvage. L’antique demeure prenait des allures de vieille cabane oubliée au fond d’un bois. Elle paraissait abandonnée depuis longtemps. La clarté de la lune donnait un aspect lugubre à cet ensemble. Le jeune homme tressaillit lorsque des frissons chatouillèrent sournoisement son échine.
- Allez, vous n’habitez pas ici ? Se renseigna-t-il, suspicieux.
- Je ne pourrai jamais rentrer chez moi, indiqua-t-elle, apparemment désœuvrée.
- De quoi vous parlez ? Ca fait un bail que plus personne ne vit ici. Où vous habitez ?
Il venait de se retourner vers la jeune femme quand il s’aperçut avec stupéfaction qu’elle n’était plus à ses côtés. Etonné de ne pas l’avoir entendue, ni vue sortir, il descendit à son tour du véhicule et partit à sa recherche près de la vieille demeure.
- D’accord, c'était très drôle. Mais la plaisanterie est terminée. Vous voulez déjà me quitter ?
Il arriva à la porte d’entrée et fit une nouvelle tentative :
- Hé ho !
Son appel résonna en écho dans la maison abandonnée et une nuée de chauve-souris prit son envol avant de s’échapper par l’ouverture devant laquelle il se trouvait. Surpris, il esquissa d’abord un pas en arrière puis hurla tout en s’enfuyant à toutes jambes vers sa voiture. Il démarra en trombe et fit crisser les pneus sur le sol.
A peine rassuré par ce qu’il venait de vivre, il voulut s’assurer qu’il avait mis suffisamment de distance entre ce lieu étrange et lui. Il jeta donc un œil pétrifié dans son rétroviseur intérieur et sursauta. Horrifié, il vit le reflet de la femme en blanc sur le petit miroir. Dans un même élan, il hurla et enfonça la pédale de frein. La voiture se dirigea alors bien malgré elle sur une route fermée avant de se stopper définitivement sur un pont.
De l’extérieur du véhicule, un cri déchirant se fit entendre. Puis le silence total revint à l’instant même où le sang du jeune homme éclaboussa les vitres avant.
***
L’Impala était garée sur le parking d’une station service. Le coffre était ouvert. Dubitatif, Sam regardait Dean farfouiller dans un bazar immonde à la recherche du fameux dossier qui devait l’éclairer sur leurs investigations.
- Eh, pas la peine de me regarder comme ça, grogna le plus vieux. Je sais très bien ce que je fais de mes affaires. Tiens le voilà ! S’exclama-t-il fièrement en brandissant une grande enveloppe marron dont dépassaient de vieux articles de journaux.
Puisqu’ils devaient bosser ensemble, le moins qu’il puisse faire était de lui fournir ce qu’il avait trouvé. Le « gamin » y trouverait les informations qu’il voudrait. Il confia donc son précieux dossier à Sam et se dirigea vers la supérette de la station pour s’acheter quelques petites choses à grignoter.
Sans attendre, le second jeune homme s’adossa à la voiture pour découvrir l’intérieur de l’enveloppe dont le contenu déjà peu commun manquait quelque peu de classement. Il parcourait encore les documents lorsque la porte côté conducteur s’ouvrit. Dean était de retour, les bras chargés de victuailles diverses. Il en répartit quelques-unes sur le siège et s’affaira à engloutir les autres.
- Oh, j’allais oublier, s’exclama-t-il soudainement la bouche pleine.
De la poche de sa veste, il sortit une nouvelle coupure de journal et la lui tendit tout en racontant :
- J’ai vu l’article où on parle de ce type, il y a un mois de ça environ. Sa voiture a été retrouvée mais lui, il avait disparu.
- Tu crois qu’il a été kidnappé ?
- Tout ce que je sais c’est qu’il n’est pas tout seul dans ce cas là. T’as vu ? Celui-là c’était en avril et l’autre en décembre.
- Ouais et là en 1998 et encore en 1992, confirma Sam en montrant successivement les différents articles. Tous des hommes et tous sur la même portion de route.
- C’est ça. Ca fait dix en vingt ans et c’est de plus en plus fréquent.
- Tueur en série ?
- Possible, répondit Dean en engloutissant une barre chocolatée. Les autorités sont dans le coltard et ça, moi, ça m’interpelle, expliqua-t-il avec un sourire ironique. J’suis sûr que je tiens un bon sujet.
Le plus jeune mais également le plus grand des deux observait, admiratif. Dean était parti d’un simple événement et il avait mis le doigt sur une affaire pas banale. Il avait dû faire de sérieuses recherches pour rassembler autant d’éléments, même si le dossier ainsi constitué ne ressemblait à rien. En plus, il n’hésitait pas une seconde à se rendre sur place malgré le danger potentiel. Et enfin, il pouvait lire dans ses yeux toute la détermination dont il pouvait faire preuve pour parvenir à ses fins. Il trouverait le coupable. Il en était persuadé. Et tout ce qu’il espérait c’était d’être à ses côtés au moment venu.
Ils montèrent en voiture et reprirent la route. AC/DC envahit de nouveau l’habitacle. Ce n’était pas qu’il n’aimait pas ce groupe mais toutes ces heures enfermées avec du rock beaucoup trop fort pour ses oreilles, ça pouvait être dur à supporter. Surtout qu’il était tassé dans cette foutue bagnole. Sans compter que le sourire moqueur très peu subtil qu’affichait le conducteur ne l’aidait pas à se sentir mieux. Cette situation était très inconfortable mais il n’osait rien dire de peur de se faire renvoyer balader, voire carrément se faire expulser de la voiture sans sommation. Il connaissait parfaitement les intentions de son nouveau coéquipier mais il n’envisageait pas une seconde de laisser tomber. Il s’accrocherait quoiqu’il lui en coûte. Il se résigna donc à souffrir en silence. Malgré tout, il essaya de reprendre un semblant de conversation. Au moins, le temps qu’ils discutaient, Dean montrait de l’intérêt et baissait le volume de l’autoradio.
Lorsqu’ils passèrent la pancarte qui indiquait les quelques kilomètres qui les séparaient de Jericho, ils étaient toujours en train de converser. Ils avaient déjà échangé quelques mots durant le trajet, essentiellement des banalités. Enfin en apparence, car par quelques questions anecdotiques, le plus vieux des deux avait obtenu des renseignements intéressants qu’il pourrait utiliser ultérieurement pour faire des recherches plus poussées sur ce « partenaire » que lui avait imposé Bobby. Puisqu’il était contraint de faire équipe avec lui, il voulait tout savoir de lui, dans le moindre détail. Il n’aimait pas les surprises et avait pris l’habitude d’être préparé. En outre, il n’avait confiance en personne, sauf peut-être en celui qu’il considérait comme son père. Son passager était plutôt loquace et il avait bien vu qu’il pouvait lui retirer des informations très facilement. Un peu comme s’il n’avait rien à cacher. La communication passait étrangement bien avec lui. Seulement voilà, qu’est-ce qui lui disait que c’était la vérité ? Après tout, il ne le connaissait que depuis quelques heures ce type-là ! Il essayait peut-être de le manipuler !
Par contre, il devait bien avouer qu’il le faisait bien marrer avec ses deux guiboles bien trop grandes pour être confortablement assis dans la Chevrolet. Depuis le début, son sac l’empêchait d’étendre ses jambes et il se contorsionnait dans tous les sens pour essayer de trouver une position plus aisée. Et puis toutes les cinq minutes, il l’entendait soupirer. C’était certainement inconscient mais tellement révélateur de sa personnalité. Il lui accordait bien volontiers une patience extrême car lui n’aurait pas supporté cinq minutes le traitement qu’il lui faisait subir depuis le début du trajet ! En plus, il n’avait pas l’air idiot ce mec-là … Enfin, ça ne voulait pas dire pour autant qu’il lui faisait confiance !
***
En passant près d’un pont, ils repérèrent une patrouille de police. Les agents s’affairaient autour d’une voiture. Dean stoppa l’Impala et observa la scène de loin. Au bout d’un instant, il poussa sans ménagement les genoux de Sam, ouvrit la boîte à gants et en sortit une petite boîte métallique. Intrigué, le passager le regarda choisir un insigne parmi tout un stock de faux papiers.
- C’est pas illégal ? S’autorisa-t-il à demander avec des yeux ronds. Pourquoi ne pas tout simplement leur dire qu’on est des journalistes ?
- Parce que ça m’évitera d’entendre « pas de commentaire », « enquête en cours » ou toute autre connerie du même genre et surtout de me faire virer de la scène de crime à coup de pied dans le cul. Bon, tu restes ici, j’en ai pas pour longtemps.
Sur ces mots, il quitta le véhicule en claquant la porte et en avançant sur le pont d’un pas décidé. De son côté, Sam avait très envie de se dégourdir les jambes. Il sortit donc également et observa la scène par-dessus le capot. Il hésita un instant, résistant à l’envie tenace de rejoindre Dean. Comment pourrait-il apprendre en restant en retrait ? De quelle manière pouvait-il lui prouver son efficacité s’il restait planté là sans rien faire ? Il ne lui fallut que quelques secondes pour prendre sa décision. Il avait presque rattrapé son coéquipier lorsqu’il entendit l’un des policiers héler deux plongeurs en contrebas qui venaient de sortir de la rivière :
- Hé ! Vous avez trouvé quelque chose ?
- Non, rien !
Un autre s’affairait à examiner la voiture et faisait son rapport à son collègue :
- Aucune trace de lutte, pas d'empreinte … d'aucune sorte. C'est impeccable, beaucoup trop propre.
- Dis donc, le garçon, Troy, il sortait avec ta fille, non ?
- Ouais.
- Comment Amy réagit ?
- Elle est partie coller des avis de recherche dans la ville.
- Vous avez eu un cas semblable à celui-ci le mois dernier ? Intervint soudainement Dean.
- Qui êtes-vous ? Demanda l’un des policiers qui venait juste de s’apercevoir de leur présence.
Le jeune homme présenta rapidement sa fausse plaque et leur répondit avec un aplomb qui impressionna Sam mais le mit également mal à l’aise :
- Marshal fédéral.
- Et lui aussi ? Parce que vous êtes tous les deux très jeunes pour faire partie de ce genre de service.
Dean se retourna dans la direction indiquée par l’agent et lança un regard incendiaire à Sam.
- Non, lui c’est un stagiaire mais merci, c'est très gentil à vous. Vous avez eu un autre cas comme celui-ci, n’est-ce pas ?
- Oui, c'est exact, un petit kilomètre plus haut. Et il y en a eu d'autres avant ça.
- Et la victime, vous la connaissiez, c'est ça ? S’imposa Sam alors que Dean faisait déjà le tour de la voiture à la recherche d’indices.
- Ouais, dans cette ville, tout le monde connaît tout le monde.
- Y'a-t-il des points communs entre les victimes, mis à part le fait qu'elles soient toutes des hommes ?
- Non, pas d'après ce qu'on sait.
- Quelle est votre théorie ?
- On n'en sait rien. Kidnapping ? Tueur en série ? Meurtres crapuleux ?
- C'est malheureusement ce que je m'attendais à entendre de la police, marmonna Dean.
Outré par ce qu’il venait d’entendre, Sam lança un regard réprobateur à ce partenaire si irrespectueux et s’empressa de remercier les policiers.
- Messieurs, les salua Dean avant d’entraîner son jeune acolyte avec lui vers l’Impala.
Le plus vieux jeta un œil derrière lui pour s’assurer qu’ils étaient à bonne distance puis il balança un taquet à l’arrière du crâne de Sam.
- Ca va pas ?! Qu'est-ce qui te prend ? S’indigna le plus jeune en se massant le cuir chevelu.
- J’t’avais dit de rester dans la bagnole ! T’as failli tout faire foirer.
- Mais je …
Dean se plaça devant lui, l’obligeant à s’arrêter et à l’écouter.
- Tu me refais un coup comme celui-là et je te renvoie direct dans les jupes de ta mère ! C’est clair ?
- Ouais, soupira Sam à la fois déçu et quelque peu découragé. Attends ! Le héla-t-il en le voyant s’éloigner de nouveau. Il se plaça à ses côtés. J’comprends pas. Pourquoi tu m’as laissé faire l’interrogatoire alors ?
Au loin, Dean vit la voiture du Shérif arriver. Elle était suivie de près par un véhicule noir indiquant l’imminente présence des fédéraux. Sans un regard ni même l’ébauche d’une réponse, il ouvrit la portière et s’engouffra dans la voiture.
- Dean ! Insista le plus jeune avec l’infime espoir d’avoir une explication.
- Voilà Mulder et Scully ! Monte dans la bagnole ! Lui ordonna-t-il sans la moindre intention de combler ses attentes.
Il n’allait tout de même pas lui dire qu’il avait trouvé ses questions pertinentes et que, grâce à son intervention, il avait pu chercher tranquillement des indices ! Autant dire qu’il était exclu que le gamin comprenne qu’il s’était laissé aller à croire en lui !
***
L’impala roulait lentement sur la route principale de la petite ville.
- Là, regarde, ça doit être elle, indiqua Sam en désignant une jeune fille qui placardait une affiche sur la vitrine d’un magasin.
Le conducteur approuva et stationna l’Impala à proximité. Ils quittèrent le véhicule et s’approchèrent d’elle.
- Vous êtes sûrement Amy ? Se renseigna Dean.
- Ouais.
- Ouais, Troy nous a parlé de vous, mentit le jeune homme. On est ses oncles. Moi, c'est Dean, et lui c'est Sam.
- C'est bizarre, il ne m’a jamais parlé de vous, remarqua-t-elle suspicieuse.
- Ah c'est tout Troy ça. C'est vrai qu'on vient pas souvent. On habite Modesto.
- On le recherche nous aussi, intervint Sam en indiquant d’un signe de tête l’affiche exposée sur la vitrine. Vous permettez que l'on vous pose quelques questions ?
Amy accepta. Ils se rendirent dans une brasserie à proximité et s’installèrent dans une alcôve à l’abri des oreilles et des regards indiscrets. Les larmes aux yeux, la jeune fille relata les événements de la veille :
- J'parlais au téléphone avec Troy. Il était en train de rentrer chez lui. Et puis d’un seul coup, il a dit "j'peux t'rappeler ?" et il ne l'a jamais fait.
- Et vous n’avez rien entendu d’autre ? Un bruit bizarre ? Une autre présence ? S’intéressa Sam.
- Non. Rien qui m'ait frappé.
- C’est pas le premier qui disparaît de cette manière alors si vous avait une idée ou si vous avez entendu parler de quelque chose ... essaya Dean.
Les yeux d’Amy s’orientèrent successivement vers l’extérieur, puis sur les autres personnes présentes dans le restaurant avant de finir fixés sur ses mains.
- Quoi ? Qu’est-ce qu'il y a? L’encouragea Dean.
- Et ben... vous savez, après toutes les histoires qui se sont passées, les habitants parlent.
- Et de quoi ils parlent ? Demandèrent les deux hommes en même temps.
- C'est une sorte de légende locale. Il ya une fille qui est morte assassinée dans le coin il y a des dizaines d'années, je crois. On raconte qu'elle est toujours là, dehors, et qu'elle fait de l'autostop. Elle fait signe aux mecs et ceux qui s’arrêtent disparaissent à jamais.
Les deux hommes échangèrent un bref regard dépité. Sam remercia Amy et ils prirent congé. De retour dans l’Impala, Sam reprit la parole :
- On n’est pas plus avancé. Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
Dean n’avait aucune envie de répondre à cette question. D’autant plus qu’avec son « On », celui qu’il considérait comme un boulet sous-entendait qu’ils formaient une équipe. Et ça c’était hors de question ! Malheureusement, il sentait son regard inquisiteur et lorsqu’il se décida enfin à tourner la tête vers lui pour le renvoyer balader une bonne fois, il croisa son visage juvénile dont les yeux arboraient une expression innocente, demandeuse, presque suppliante. Sans même s’en apercevoir, il céda :
- Il est tard. Les archives doivent être fermées. Et après notre prestation de tout à l’heure, je ne suis pas sûr que les flics acceptent de nous confier les dossiers des autres disparitions. Il vaut mieux se faire oublier pour le moment. Mais j’ai l’intention d’aller jeter un p’tit coup d’œil le long de cette fameuse route.
***
Ils étaient fatigués et ils commençaient à avoir froid. La nuit était tombée depuis un moment, entraînant avec elle le manque de visibilité et un taux d’humidité hors du commun. Le fait de ne pas avoir mangé n’arrangeait pas les choses. Et ça faisait des heures qu’ils ratissaient le coin sans trouver le moindre indice. Tous ces éléments cumulés mettaient leurs nerfs à dure épreuve. Frustré, Sam demanda pour la énième fois de la soirée :
- D’accord, alors qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
- « On » ? « On » ne va rien faire du tout. Y a pas de « On » ! Expliqua Dean d’un ton las.
Vexé par cette attitude méprisante, le plus jeune s’offusqua.
- Quoi ? Mais pourquoi tu m’exclues de tout ? Comment tu veux que je m’améliore si ...
- J’te rappelle que c’est mon affaire et que si tu es ici c’est uniquement parce que Bobby a décidé de me faire chier en m’imposant ta présence.
- Non, Dean ! Ce n’est pas M. Singer qui a imposé ma présence. C’est moi qui ai souhaité travailler avec toi parce que je pensais que tu pourrais m’apprendre beaucoup. Mais il s’avère que la seule chose que j’ai apprise jusque-là, c’est que t’es un sale con !
- Moi ? Mais je suis un vrai plaisir, ironisa-t-il, plus que ravi d’avoir enfin réussi à faire sortir de ses gonds ce mec à l’apparence si stoïque.
Mais la fatigue aidant, l’agacement qu’avait accumulé Sam au cours de cette journée se transforma en hargne mal contenue. Il estimait qu’il n’avait pas mérité un tel mépris et il décida de lui faire savoir.
- Tu rigoles ?! Tu fous ton rock à fond dans ta bagnole de merde. Si ça t’amuse de te griller les neurones ce n’est pas mon cas !
- Hey, tu n’insultes ni mon bébé ni ma musique.
- Sans déconner ? Ton bébé ? Dis plutôt ta mère ! Ta caisse date de 1967 ! Coupe le cordon ! Et puis, Black Sabbath, Motor Head, Mettalica … tu devrais faire un effort et évoluer avec ton temps.
- J’dirais plutôt que j’ai un goût très sûr pour tout ce qui a de la valeur, assura Dean sans se déparer de son flegme ni de son sourire sarcastique.
- Ben voyons ! T’es arriéré au point d’utiliser encore un autoradio avec des cassettes.
- D’accord, règle n°2 : le conducteur choisit la musique, le boulet ferme son clapet !
- Ca aussi ça me gonfle ! Tes règles à la con, tu peux te les garder. Tu décides de tout et je n’ai jamais mon mot à dire. De quel droit tu oses m’imposer des trucs comme ça ?
- Ah mais j’ai tous les droits parce que moi j’ai de l’expérience sur le terrain !
- Quelle expérience ? Mentir à une gamine pour lui soutirer des infos ? L’art et la manière de prendre les flics pour des cons ? Travailler en toute illégalité ? Trouver le meilleur moyen de se retrouver en tôle ?
- Si mes méthodes ne te conviennent pas, je ne te retiens pas ! Expliqua-t-il, plus que ravi de constater que tout se déroulait comme il l’avait prévu.
- Mais c’est quoi ton problème ? Pourquoi tu cherches à tout prix à ce que je me casse ?
- De toute évidence, ce que je fais ne te convient pas. Et autant te dire qu’il est hors de questions que je change mes habitudes pour toi. Alors la meilleure solution …
- Mais tu ne m’as même pas laissé une chance ! C’est si compliqué pour toi de laisser quelqu’un t’aider ? Tu sais, ton passé difficile n’excuse pas tout, Dean.
- De quoi tu parles ? Se méfia-t-il soudainement en comprenant que ce petit fouineur avait l’air d’en savoir un peu trop sur sa vie privée.
- Je dis juste que ce que tu as vécu a certainement été dur et que ça a influencé ta façon d’être mais …
- Mais tu te mêles de ce qui ne te regarde pas ! Que mon passé ait influencé ma personnalité ou pas, je suis comme je suis et je ne vais certainement pas changer pour un p’tit con qui ne connaît rien de la vie, répondit-il agacé en lui lançant un regard narquois qui eut le mérite d’énerver encore plus Sam.
- Pourquoi ? Parce que tu penses que je ne suis jamais sorti de ma p’tite banlieue paisible. Tu crois que je suis protégé par mon papa et dorloté par ma p’tite maman ! C’est ça ? Tu sais quoi ? T’as raison ! J’ai eu vachement plus de chance que toi parce que moi j’ai reçu une éducation. Alors que toi, c’est vraiment un truc qui te fait défaut. Mais tu vois, c’est pas de ma faute si ce pauv’vieux Bobby n’a pas été foutu de t’en donner une.
Avant même de toucher le pilier où Dean venait de le placarder, il avait compris qu’il était allé trop loin.
- Je t’interdis de parler de lui comme ça, lui ordonna froidement le plus vieux tout en lui maintenant fermement le col de sa veste.
Son regard menaçant le fixait toujours lorsqu’un souffle étrange, venu de nulle part, attira leur attention. De l’autre côté du pont, une magnifique jeune femme habillée tout en blanc se tenait perchée sur la rambarde et menaçait de se jeter dans le vide. Elle leur jeta un ultime regard, se pencha en avant et disparut. Ils se ruèrent vers le lieu où ils venaient de la voir tomber et se penchèrent pour essayer de la retrouver. Mais malgré leurs efforts ils ne distinguèrent que l’eau en contrebas. Tout était calme. Aucun mouvement ni aucun son ne leur parvenait, un peu comme si jamais rien n’avait eu lieu.
- Où est-elle ? Demanda Dean d’une voix qui trahissait son anxiété.
- J'en sais rien, souffla Sam dans le même état.
Un peu plus loin, le moteur de l’Impala se mit à vrombir. Les deux hommes se retournèrent dans un même élan.
- Qu'est-ce que c'est que ce ...
- Qui conduit ta voiture ? S’inquiéta Sam.
Dean farfouilla dans sa poche et en sortit ses clés. Il les plaça devant le nez de son acolyte pour lui montrer que personne n’était en mesure d’avoir démarré sa voiture – en tous cas pas dans les règles de l’art. Il commença à avancer, les poings serrés avec l’intention de voir le voleur et de lui faire passer l’envie de lui piquer sa caisse ! Il s’arrêta net lorsqu’il constata qu’il n’y avait personne au volant.
- Mais … qu’est …, bafouilla-t-il avant que les phares s’allument et les éblouissent.
Les pneus crissèrent sur l’asphalte et la Chevrolet fonça sur eux. Dean fit demi-tour, se mit à courir et entraîna Sam avec lui.
- Fonce ! Lui hurla-t-il.
Malgré l’accélération qu’ils fournirent, la voiture les rattrapa. Ils n’eurent pas d’autres choix que de bondir sur le côté pour échapper à une mort certaine. Malheureusement, dans leur élan, ils passèrent par-dessus la rambarde à leurs risques et périls.
--------------------La suite au prochain post--------------------------------
Re: Concours #19 : Les Votes
Suite Fic 3
***
Si Sam avait réussi à s’agripper sur le bord du pont, ce n’était pas du tout le cas de Dean. Sa chute s’était terminée dans l’eau et depuis, il n’y avait plus aucune trace de lui.
Le rescapé se hissa pour s’installer dans une position plus confortable et avoir un meilleur point de vue.
- Dean ! Dean ! Hurla-t-il, terrorisé à l’idée de ne plus jamais le revoir en vie.
- Quoi ? Répondit une voix furieuse en contrebas.
Il orienta son regard et le distingua en train de ramper hors de l’eau sur la berge boueuse.
- Hé ! Tu vas bien ? S’enquit-il, en grande partie rassuré.
- Ouais. Toi qui t’y connais, la boue c’est bon pour la peau, non ?
Sam accueillit la plaisanterie en pouffant et il ne put retenir un large sourire de soulagement. Puis ils se rejoignirent près de l’Impala où Dean ausculta le tableau de bord.
- Ta voiture, ça va ? Demanda Sam qui ne voyait pas très bien ce qu’il était en train de faire.
- Ouais, elle va même très bien. C’est pas normal !
- Quoi ?
- Je n’ai que ce trousseau de clés. Pour démarrer sans, il aurait fallu arracher les fils et il n’y aucune trace d’effraction. Putain c’est quoi ce bordel ?
- Il y a certainement une explication logique.
- Attends, t’étais où toi quand l’autre greluche a sauté du pont et a disparu sous nos yeux ou quand ma propre bagnole a essayé de m’écraser alors que personne n’était au volant.
- T’as peut-être mal vu.
- Je sais ce que j’ai vu !
- D’accord, d’accord ! T’énerve pas. C’est juste que je ne crois pas au paranormal.
- Tiens ben c’est bizarre ça, j’te voyais bien dans ton beau costume du dimanche sur les bancs de l’église en train de prier.
Sam ne répondit pas à cette pique. L’heure n’était pas à ce genre de débat et il refusait de mettre dans le même panier religion et paranormal.
- En tous cas tu chlingues, lui avoua-t-il au bout d’un moment en s’appuyant sur le capot de la voiture.
Dépité, Dean secoua ses bras d’un coup sec et un flot de boue s’en échappa.
- Qui que tu sois, espèce d’enfoiré, je vais te retrouver et tu vas payer ça ! Vociféra-t-il à l’intention de celui qui s’en était pris à sa voiture.
Il s’adossa à son tour sur l’Impala.
- Bon alors, qu’est-ce qu’on …
Devant le regard meurtrier du plus vieux, Sam ne termina pas sa phrase.
***
Les vêtements encore dégoulinants, dégageant une odeur à faire pâlir les rats d’égouts et à peine débarbouillé, Dean se présenta à l’accueil d’un hôtel. Il tendit la carte bancaire fournie par Bobby et créditée par le journal.
- Deux chambres simples, s’il vous plait.
- Dean, je peux payer ma chambre, affirma Sam en chuchotant.
- C’est pas moi qui paie, c’est le journal.
- Ben raison de plus.
- Vous aussi vous louez pour un mois ? Demanda soudainement le réceptionniste, les yeux encore endormis.
- Quoi ? Pourquoi ? S’étonna Dean.
- Ben votre collègue-là, Bert Aframian. Il est arrivé il y a une semaine et il a payé une chambre pendant un mois. Qu’est-ce qui se passe de si important dans le coin pour que trois journalistes se pointent ici ?
- Ah oui, Aframian ! Non, nous, nous ne sommes que de passage, expliqua Dean en feignant comprendre de qui cet homme était en train de parler. Par contre j’irai bien le saluer. Quel est le numéro de sa chambre ?
Le réceptionniste chercha sur son ordinateur avant de le renseigner :
- Chambre douze mais je ne sais pas si vous le verrez ! Ca fait bien deux jours que personne ne l’a vu dans le coin !
- Merci, le remercia-t-il en saisissant les clés de leurs propres chambres.
Ils sortirent de l’accueil et avant même que le grand inquisiteur qui se tenait à ses côtés l’interroge sur ce qui venait de se passer, Dean prit son téléphone portable et appela Bobby.
- C’est moi ! … Oui je sais qu’il est à peine plus de cinq heures du mat. Tu peux te renseigner sur quelqu’un ? … Non, c’est de quelqu’un d’autre dont je te parle, expliqua-t-il en jetant un œil discret à Sam. Est-ce que tu peux vérifier qu’un certain Bert Aframian travaille bien dans un journal ? Non j’sais pas lequel … Oui, j’veux tout savoir sur lui, y compris ce qu’il fait ici … merci Bobby … Ben en fait ça m’arrangerait aussi … Oh ça va, t’énerve pas, j’ai rien dit … ouais, à plus.
Il raccrocha et évita de rencontrer le regard interrogateur de son nouveau partenaire de choc. Il lui tendit sa clé et commença à se diriger vers sa chambre, sans avoir l’intention de lui fournir des explications.
- Dean ! Insista le jeune homme malgré tout.
Dépité, il céda tout en continuant de marcher :
- Faut vraiment qu’j’aille prendre une douche là ! Mais si j’ai du nouveau, j’passerai te voir !
- Hé, attends !
Cette fois, il s’arrêta et l’observa en attendant qu’il se décide à dire ce qui, apparemment, le perturbait. Il s’attendait à ce qu’il remette sur le tapis la question de prévenir le 911 pour les informer qu’une femme avait sauté du pont. Il avait pourtant cédé et accepté de passer un coup de fil anonyme ! C’était déjà pas mal étant donné qu’il était persuadé que les plongeurs ne trouveraient rien. Mais finalement, la raison du malaise de Sam était tout autre :
- Pour ce que je t'ai dit tout à l'heure à propos de Bobby, je suis désolé.
Dean leva la main pour l’empêcher de poursuivre.
- Pas de trucs de gonzesses ! Le prévint-il en lui lançant un regard entendu.
Malgré tout, il appréciait le fait qu’il s’excuse car, pour lui, Bobby était quelqu’un de bien et il n’avait pas à faire les frais de leurs disputes débiles.
- D’accord, Tête de lard ! Contra Sam, rassuré d’être pardonné.
- Sale mioche ! Lui répondit le plus vieux, histoire d’avoir le dernier mot.
Sam sourit. L’homme qu’il avait en face de lui était une énigme. Il se laissait insulter sans broncher, paraissait froid comme la glace et dur comme le rock mais le simple fait d’égratigner l’image qu’il avait de son ami le mettait hors de lui. Même s’il faisait tout pour lui prouver le contraire, Dean était un mec bien, il en était persuadé.
***
Moins de deux heures plus tard, ils se retrouvaient devant la porte de la chambre où trônait le nombre douze. Après s’être assuré qu’il n’y avait personne, Dean enfonça deux morceaux de fil de fer dans la serrure et les manipula jusqu’à ce qu’il entende le petit clic significatif. Puis il tourna la poignée et ouvrit le battant sous le regard réprobateur de Sam. Exposant le véritable malaise qu’il ressentait, les yeux furtifs que lançait le jeune homme aux alentours ne lui échappèrent pas non plus.
- Quoi ? Demanda-t-il sur la défensive.
- Rien, répondit le plus jeune en haussant les épaules d’un air innocent.
Il n’en pensait pas moins mais il n’avait aucune intention d’être à l’origine d’un nouveau conflit entre eux. De toute évidence, l’enfance et peut-être même l’adolescence délinquante de Dean n’était pas un lointain souvenir !
Ils pénétrèrent dans la chambre et Sam appuya sur l’interrupteur. Lorsque la lumière éclaira les lieux, ils se figèrent, surpris par le spectacle qui s’offrait à leurs yeux. En plus du désordre impressionnant qui régnait dans la petite pièce, de grosses quantités de petits cristaux transparents avaient été réparties devant chaque ouverture, le lit était défait et une odeur de renfermé envahissait leurs narines. Pour ajouter à la bizarrerie, de nombreux documents étaient placardés sur les murs, tels une mauvaise exposition mal agencée. Parmi eux, ils reconnurent les mêmes articles de journaux que Dean avait regroupés.
- Whaow ! Cet Aframian est un psychopathe ou quoi ? Demanda le plus jeune.
- Non, ça peut pas être Aframian. Bobby m’a dit qu’il était spécialisé en journalisme international et qu’il était en Europe depuis plus d’un mois … Wow ! C’est dégueu, rapporta Dean écœuré, en reniflant un vieux sandwich qui traînait sur la table. Qui que ce soit, ça fait bien deux jours qu’il n’a pas mis les pieds ici.
Chacun de leur côté, ils suivirent lentement les murs tout en prenant connaissance des différents documents exposés.
- Tu crois que c’est notre « kidnappeur en série » ? Interrogea Sam.
- Possible.
- Regarde, il y a d’autres victimes.
- Ouais. Tous des hommes.
- Oui mais ils ont différents métiers, différents âges, différentes races … J’veux dire c’est quoi le lien ? Qu’est-ce que tous ces types ont en commun ?
Il se pencha et observa le bord de la fenêtre. Il étudia les petits grains translucides répartis tout le long de l’ouverture.
- Du gros sel. A quoi ça peut bien servir ? Qu’est-ce que c’est qu’ce bordel ?
En l’absence de réponse, il se retourna et s’aperçut que Dean restait prostré devant l’un des documents. Il le rejoignit.
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Je ne sais pas qui est ce mec mais il a l’air de penser que le coupable est une femme du nom de Constance Welch.
- Quoi ?
Sam s’approcha pour lire les annotations.
- Qu’est-ce qui l’a mis sur la voie ?
- La légende de la dame blanche.
- Tu rigoles ? Ironisa le plus jeune, vraiment sceptique. C’est le genre d’histoires que racontent les ados au coin du feu ou dans un cimetière le soir d’Halloween pour effrayer les belles nanas qu’ils veulent emmener dans leur lit.
- Ca sent le vécu ! fit remarquer son acolyte en fronçant les sourcils. Elle ne te dit rien ? Lui demanda-t-il en lui désignant une photo.
- Attends, c’est pas la femme qu’on a vu sauter du pont ?
- Si.
- Non mais attends, c’est pas possible. Ou alors c’est wonder woman cette femme-là ! Comment elle pourrait enlever tous ces hommes ? Les faire disparaître comme ça ? Et puis de toute façon, ça m’étonnerait qu’elle soit sortie indemne de sa chute de tout à l’heure !
- C’est sûr ! Surtout qu’elle est morte depuis 1981.
Un mauvais frisson remonta insidieusement le long de la colonne vertébrale de Sam. Il chercha désespérément une explication logique :
- Tout à l’heure il faisait nuit … on était fatigué et … enfin on n’était pas dans notre état normal. On n’a certainement pas bien vu …
- Oh arrête !
- C’est peut-être sa sœur jumelle.
- Ben si c’est le cas elle est plutôt bien conservée la frangine !
- Sa fille alors ?
- Tu me fatigues ! Avoua le plus vieux en se passant une main lasse sur le visage. Regarde cet article en provenance directe des archives : « Constance Welch, vingt-quatre ans, s’est jeté du pont Sylvania et s’est noyée dans le fleuve. » Une heure avant qu’elle se suicide, elle appelait le 911. Elle disait que ses deux enfants étaient dans la baignoire, qu’elle les a laissés seuls une minute et que lorsqu’elle est revenue, ils étaient morts noyés.
- « Nos bébés étaient morts et Constance ne l’a pas supporté » a dit son mari Joseph Welch, poursuivit Sam, toujours à la recherche d’une explication plausible. Ecoute, rien ne nous dit …
- Et ça, ça ne te dit rien ? Insista Dean en désignant la photographie qui accompagnait l’article et qui montrait le pont d’où il avaient vu sauter la même jeune femme quelques heures plus tôt.
- Oui, ça ressemble au pont où on était tout à l’heure mais … Dean, c’est impossible. Ca n’a aucun sens.
- Eh ben moi, je veux en avoir le cœur net. Et comme on ne peut pas dire que nous ayons beaucoup de pistes pour le moment et ben je compte bien suivre celle-là ! Et si ça ne te plait pas …
- Je sais, le coupa-t-il, frustré. D’accord, accepta-t-il finalement en soupirant. Bon, le jour s’est levé, on devrait peut-être évacuer les lieux, tu ne crois pas ?
- Ouais. Je crois que je vais me prendre un petit souvenir de mon séjour ici, indiqua le plus vieux en saisissant un étrange cahier épais, une sorte de journal personnel. J’ai la dalle. J’vais m’offrir un bon p’tit dèj ! Tu veux quelque chose ?
- Non.
- C’est le journal qui paie, insista-t-il en sortant le premier de la chambre.
Il eut à peine le temps d’apercevoir le signe de tête négatif de Sam avant de constater que deux agents de police sortaient de l’accueil, tout en discutant avec le réceptionniste. Bien qu’il ne puisse pas les entendre, il n’eut aucun mal à comprendre que l’homme les avait dénoncés. Lorsqu’il le vit le montrer du doigt, il fit volte-face, sortit de la poche de sa veste les clés de l’Impala et les tendit ainsi que le journal à celui qui faisait office de coéquipier.
- Y a les flics. Prends ça et casse-toi par la fenêtre de derrière.
- Quoi ? Mais non. Et toi alors ?
- Ne discute pas ! Ils m’ont déjà repéré. Ca ne sert à rien qu’on soit arrêtés tous les deux. Et fais gaffe à ma caisse ! Bouge !
Il ressortit rapidement de la chambre et intercepta les deux hommes :
- Des problèmes messieurs ?
- Où est votre partenaire ? Demanda l’un des policiers.
- Partenaire ? Quel partenaire ? Ah non, non, y a erreur ! Moi je bosse en solo.
L’un des agents fit un geste à son collègue pour qu'il aille vérifier la chambre d'hôtel. Dean espéra fortement que Sam l’ait écouté mais il n’eut pas le temps de s’en assurer car l’homme qui était resté avec lui attira son attention.
- Alors vous, vous êtes mal barré ! Faux et usage de faux, effraction … Ca fait pas mal pour un simple journaliste. Vous pensez avoir tous les droits ?
- Wahou ! Vous êtes flics et vous avez quand même tout compris ! Se moqua-t-il ouvertement.
- Eh ben vous avez le droit de garder le silence alors, ironisa l’agent tout en le plaquant contre le capot du véhicule banalisé.
***
Sam s’était caché et avait attendu que les forces de l’ordre partent avec Dean. Puis il était allé récupérer les affaires qu’il leur restait après la fouille de leur chambre respective. Il se faisait l’effet d’un grand criminel en fuite. D’abord mal à l’aise avec cette idée, il s’aperçut que, tout bien considéré, il s’y faisait facilement – peut-être un peu trop d’ailleurs ! Sur sa lancée et après s’être assuré que le réceptionniste était parti, il s’était rendu à l’accueil et avait fouillé pour subtiliser un petit quelque chose qui, avec un peu de chance, lui procurerait un semblant de reconnaissance de Dean !
Il s’éloigna sensiblement de Jericho, s’arrêta dans ce qui lui semblait être un coin tranquille et appela Bobby Singer. Il fut surpris de constater que leur patron n’était pas au courant de l’arrestation de son petit protégé. Il lui relata brièvement les faits avant de raccrocher, un sourire aux lèvres, assuré que Bobby ferait son possible pour aider cet « abruti de gamin » selon ses propres mots.
Il s’affaira ensuite à lire le journal de bord que Dean avait volé à l’inconnu de la chambre douze. A plusieurs reprises, il s’arrêta, persuadé qu’il perdait son temps à accumuler des informations émanant d’un homme à l’esprit perturbé : Il avait rassemblé de nombreux exorcismes et créé une sorte de bestiaire composé de créatures légendaires telles que loups-garous, wendigos, vampires … ainsi que les manières tout aussi insolites pour s’en débarrasser. Il apprit également pourquoi du gros sel avait été réparti devant chaque ouverture : c’était pour se protéger des esprits et autres démons en tous genres. Ben voyons ! Des condiments pour empêcher des trucs inexistants de nous faire du mal ! Ce mec avait incontestablement un énorme problème. Pourquoi Dean s’y intéressait tant ? Pensait-il que ce fou était le psychopathe responsable de toutes ces disparitions ? Ou croyait-il réellement en l’existence d’une dame blanche ? De toute façon, c’était plus qu’évident, quand il lirait ça, il verrait bien qu’il était sur la mauvaise voie. Un peu de rationalité n’avait jamais tué personne !
D’un autre côté, son partenaire avait un instinct hors du commun sur lequel il n’émettait aucun doute. Et puis pour une fois qu’il avait l’occasion de lui prouver sa valeur, il n’allait certainement pas laisser sa chance d’y parvenir lui filer entre les doigts. S’il voulait qu’il suive cette piste alors ce serait ce qu’il ferait. Il enquêterait et réunirait suffisamment d’éléments qui prouveraient ou invalideraient la théorie de son partenaire si difficilement impressionnable.
Dans le journal, il était écrit qu’il fallait brûler les os du défunt pour que son esprit parte pour de bon. S’il suivait les élucubrations de cet homme, la dame blanche n’était ni plus ni moins qu’un fantôme mais pour le moment il n’avait nulle intention de profaner une tombe. Il décida donc d’un compromis : il irait interroger le veuf de cette Constance Welch.
***
- Hey ! Vous m’avez oublié ou quoi ? S’énerva Dean.
Ca faisait plusieurs heures qu’il était enfermé là avec pour seule compagnie le poivrot du village qui ronflait et bavait sur sa paillasse quand il n’essayait pas de ravaler ses régurgitations. Ce n’était pas son premier séjour en prison mais il avait vraiment l’impression de perdre son temps. Il avait une affaire en cours et les découvertes qu’il avait faîtes dans la matinée le perturbaient. Il avait réellement besoin de comprendre et pour ça il devait enquêter et donc sortir d’ici ! Sans compter que le gamin était dans la nature, tout seul, sans expérience et, par conséquent, en danger potentiel. Ce n’était pas qu’il s’inquiétait pour lui, ça non ! Après tout il n’avait jamais demandé à être affublé de ce novice – Bien qu’il se soit montré presque à la hauteur par moments. Bref, c’était beaucoup plus simple pour lui de penser que son inquiétude était due au fait que Bobby lui ferait la peau s’il arrivait quelque chose à Sam.
Toujours accroché aux barreaux de sa cellule, il assista enfin à l’arrivée du shérif. Celui-ci ouvrit le dossier qu’il tenait dans ses mains et commença à faire les cent pas devant lui.
- Dean Mc Caffrey, hein ? Articula-t-il enfin. Dites-moi, vous êtes une vraie légende auprès de nos services !
- Quoi ? Vous voulez un autographe ? Faîtes-moi signer mon bon de sortie !
- Vous voulez déjà nous quitter ?
- Ben, c’est pas que votre compagnie me déplaise, ironisa le jeune homme, mais j’ai autre chose à faire là.
- Vous avez une petite idée du merdier dans lequel vous vous êtes fourré ?
- Eh ! Moi je ne fais que mon job ! Vous devriez peut-être penser à en faire autant !
- Qu’est-ce que vous fichiez dans cette chambre ? Il y avait les photos de dix personnes disparues sur les murs au milieu de symboles et de formules sataniques.
- De rien !
- Quoi ? S’étonna le shérif devant ces deux mots qui n’avaient aucun sens pour lui.
- Quoi, quoi ? Vous alliez bien me remercier : Sans moi vous n’auriez jamais trouvé cette piaule !
- Vous êtes gonflés ! Vous oubliez que cette chambre était louée par l’un de vos collègues.
- Wow, wow, wow ! Si vous aviez fait votre boulot correctement, vous sauriez qu’Aframian est en Europe en ce moment.
- Je vais vérifier ça ! Mais dites-vous bien que même si votre collègue est innocent, vous faîtes un excellent suspect pour nous.
- Ca colle pas et vous le savez très bien. La première victime a disparu en 1982. Je n’avais que trois ans.
- Et qui nous dit que l’inconnu de la chambre douze n’est pas votre complice ? Il est peut-être à l’origine de tout et vous suivez ses traces.
Dean refusa de s’abaisser à répondre à ça. Le shérif n’avait rien pour prouver ses dires et il le savait. Il attendit donc qu’il poursuive son pseudo interrogatoire.
- Où est votre partenaire ? Ou stagiaire ? Bref, le grand mec qui était avec vous sur le pont. J’aurais quelques questions à lui poser à lui aussi.
- Je ne vois pas de qui vous parlez. Puisque vous me connaissez si bien, vous devriez savoir que je bosse toujours en solo.
- Arrêtez de faire le malin ! Si vous voulez avoir une petite chance de sortir d’ici avant la fin de la semaine vous devriez répondre à mes questions.
- Ah mais je compte bien sortir avant la tombée de la nuit. J’ai juste besoin d’un jeton pour passer mon coup de fil, expliqua Dean en désignant du pouce l’appareil téléphonique fixé sur le mur du couloir.
Devant l’hésitation de l’homme de loi, il insista :
- Je ne voudrais sûrement pas faire un trou dans le budget des contribuables alors passez-moi mon portable si vous préférez.
- Ici, c’est donnant-donnant ! J’ai le nom de votre complice, vous avez votre jeton pour téléphoner.
- Ah mais c’est pas très légal ça, Shérif !
- Parce que vous vous y connaissez si bien en termes de légalité, monsieur Mc Caffrey !
Dean réprimait une furieuse envie de lui faire ravaler cette réflexion par les trous de nez ! Ou mieux, de lui enfoncer si profondément dans le derrière qu’il en aurait pleuré ses sarcasmes. L’expression de son visage devait trahir sa pensée car le shérif recula d’un pas, méfiant, malgré la présence des barreaux entre eux. Après quelques instants où ils se toisèrent d’un regard mauvais, ce fut finalement l’homme de loi qui y mit un terme :
- Je vous laisse y réfléchir et je reviendrai d’ici … environ une petite heure … ou deux ! Enfin juste pour vous faire plaisir, j’essaierai de passer avant la tombée de la nuit !
Il le regarda s’éloigner, persuadé qu’il ne s’agissait pas de menaces en l’air. Il rageait intérieurement. D’ici il ne pouvait rien faire. D’un autre côté, ce mec se fourrait un doigt dans l’œil s’il croyait obtenir des informations sur Sam de cette manière. S’il y avait bien une chose dont il était sûr, c’était qu’il ne dénoncerait jamais son partenaire !
***
Sam discutait avec Joseph Welch dans la cour devant une vieille maison mal entretenue. L’homme au regard suspicieux venait de décrire physiquement le chroniqueur d’une cinquantaine d’années qui était déjà passé le voir trois ou quatre jours auparavant.
- Alors comme lui, vous êtes journaliste ? Demanda-t-il, intéressé.
- C'est ça. On travaille sur une histoire ensemble, mentit le jeune homme, toujours aussi peu à l’aise avec ce genre de procédé.
- Ben, je serais curieux de savoir de quelle histoire il s'agit. Y a qu’à voir les questions qu'il m'a posées.
- Elles concernaient votre femme Constance ?
- Ouais. Il a demandé où elle était enterrée.
- Ah ?! Et qu’avez-vous répondu ?
- Dans un bout de terrain près de ma vieille maison au bout de Breckenridge Road.
- Pourquoi êtes-vous parti ?
- Je ne pouvais plus vivre là où mes enfants se sont noyés.
- Je comprends, compatit le jeune homme ne sachant pas réellement quelles questions il pouvait lui poser ensuite.
- Constance était le seul amour de ma vie. La plus jolie femme que j'ai jamais vue, chuchota le veuf pour lui-même en se remémorant le souvenir de celle qui avait été son épouse.
- Vous avez déjà entendu parler de la dame blanche ? Demanda soudainement Sam, sans comprendre ni comment ni pourquoi il en était arrivé à dire une chose aussi débile !
- Une quoi ?
- Une dame blanche, répéta-t-il bien malgré lui. Elle est appelée parfois la femme en pleurs. C'est un phénomène très ancien. Une sorte de fantôme en fait. Enfin techniquement ce serait plutôt des esprits. Les gens en parlent déjà depuis des centaines d'années. Mais ça je vous l’ai déjà dit. Et puis, ce phénomène aurait été observé sur toute la planète, vous savez ?! A Hawaï, au Mexique. Et ces temps-ci en Arizona, en Indiana. Ces dames blanches seraient toutes différentes mais auraient toutes la même histoire, expliqua-t-il mal à l’aise, relatant ses connaissances mais s’emmêlant dans ses explications.
Il s’aperçut néanmoins que la légende qu’il connaissait correspondait en de nombreux points à ce qu’il avait lu dans le journal de l’inconnu.
- Mon garçon, ces histoires là ne m'ont jamais intéressé, lui répondit Joseph, avec une expression sur le visage qui montrait clairement ses doutes sur l’état mental du pauvre type qui était en face de lui.
Sam poursuivit malgré tout. Au point où il en était, il n’avait plus rien à perdre :
- Quand elles étaient vivantes, leur mari s'est montré infidèle. Alors ces femmes ont tué leurs enfants pendant une crise de folie. Une fois qu’elles avaient réalisé ce qu'elles avaient fait, elles mettaient fin à leurs jours. Le problème c’est qu’elles ne quittent plus la Terre. Elles attirent les hommes infidèles le long des routes et les tuent sans hésiter. Du coup, ils disparaissent sans laisser de traces ... comme les disparus du coin, ajouta-t-il pour lui-même tout en essayant de chasser de son esprit ces fâcheuses coïncidences.
- Vous croyez que c'est ce qui s'est passé avec Constance ? J’veux dire, qu'elle ait pu tuer nos enfants au cours d’une crise de folie ?
- Je ne sais pas. Qu’en pensez-vous ?
- Ecoutez ! J’admets avoir probablement commis quelques erreurs qui auraient pu … mais ça, c’est impossible. Je suis sûr que Constance n'aurait jamais tué ses propres enfants, affirma-t-il, les larmes aux yeux avant de s’énerver. Fichez le camp d'ici et ne vous avisez pas de remettre les pieds chez moi !
Voyant que la nuit allait bientôt tomber et comprenant parfaitement le ressenti de ce pauvre homme, Sam n’insista pas et prit congé. Un lourd sentiment de culpabilité lui mina le moral. Pourtant, il avait appris quelques éléments qu’il pourrait rapporter à Dean et ça c’était plutôt positif. Pour parfaire son dossier et, avec un peu de chance, réunir des informations supplémentaires, il décida de se rendre dans la maison où le drame avait eu lieu. Apparemment, cette bâtisse était désertée depuis tout ce temps et elle constituait par conséquent une excellente planque. Il espérait et appréhendait en même temps que l’inconnu de la chambre douze s’y trouve. Il était persuadé que cet homme avait un lien étroit avec toute cette histoire mais sa santé, mentale apparemment défaillante, en faisait quelqu’un de dangereux. Par conséquent, il n’envisageait pas de prendre des risques inutiles. Il observerait de loin une éventuelle présence et s’il obtenait des preuves, il se ferait un plaisir d’en faire part à cette tête de lard qu’était son nouvel équipier.
Ce fut donc avec une détermination sans faille qu’il démarra l’Impala et se dirigea vers l’ancienne demeure des Welch. Malheureusement pour lui, à aucun moment il ne pensa que le danger pourrait survenir sur le trajet et non au terme de sa destination.
-----------------La suite dans le prochain post---------------------
***
Si Sam avait réussi à s’agripper sur le bord du pont, ce n’était pas du tout le cas de Dean. Sa chute s’était terminée dans l’eau et depuis, il n’y avait plus aucune trace de lui.
Le rescapé se hissa pour s’installer dans une position plus confortable et avoir un meilleur point de vue.
- Dean ! Dean ! Hurla-t-il, terrorisé à l’idée de ne plus jamais le revoir en vie.
- Quoi ? Répondit une voix furieuse en contrebas.
Il orienta son regard et le distingua en train de ramper hors de l’eau sur la berge boueuse.
- Hé ! Tu vas bien ? S’enquit-il, en grande partie rassuré.
- Ouais. Toi qui t’y connais, la boue c’est bon pour la peau, non ?
Sam accueillit la plaisanterie en pouffant et il ne put retenir un large sourire de soulagement. Puis ils se rejoignirent près de l’Impala où Dean ausculta le tableau de bord.
- Ta voiture, ça va ? Demanda Sam qui ne voyait pas très bien ce qu’il était en train de faire.
- Ouais, elle va même très bien. C’est pas normal !
- Quoi ?
- Je n’ai que ce trousseau de clés. Pour démarrer sans, il aurait fallu arracher les fils et il n’y aucune trace d’effraction. Putain c’est quoi ce bordel ?
- Il y a certainement une explication logique.
- Attends, t’étais où toi quand l’autre greluche a sauté du pont et a disparu sous nos yeux ou quand ma propre bagnole a essayé de m’écraser alors que personne n’était au volant.
- T’as peut-être mal vu.
- Je sais ce que j’ai vu !
- D’accord, d’accord ! T’énerve pas. C’est juste que je ne crois pas au paranormal.
- Tiens ben c’est bizarre ça, j’te voyais bien dans ton beau costume du dimanche sur les bancs de l’église en train de prier.
Sam ne répondit pas à cette pique. L’heure n’était pas à ce genre de débat et il refusait de mettre dans le même panier religion et paranormal.
- En tous cas tu chlingues, lui avoua-t-il au bout d’un moment en s’appuyant sur le capot de la voiture.
Dépité, Dean secoua ses bras d’un coup sec et un flot de boue s’en échappa.
- Qui que tu sois, espèce d’enfoiré, je vais te retrouver et tu vas payer ça ! Vociféra-t-il à l’intention de celui qui s’en était pris à sa voiture.
Il s’adossa à son tour sur l’Impala.
- Bon alors, qu’est-ce qu’on …
Devant le regard meurtrier du plus vieux, Sam ne termina pas sa phrase.
***
Les vêtements encore dégoulinants, dégageant une odeur à faire pâlir les rats d’égouts et à peine débarbouillé, Dean se présenta à l’accueil d’un hôtel. Il tendit la carte bancaire fournie par Bobby et créditée par le journal.
- Deux chambres simples, s’il vous plait.
- Dean, je peux payer ma chambre, affirma Sam en chuchotant.
- C’est pas moi qui paie, c’est le journal.
- Ben raison de plus.
- Vous aussi vous louez pour un mois ? Demanda soudainement le réceptionniste, les yeux encore endormis.
- Quoi ? Pourquoi ? S’étonna Dean.
- Ben votre collègue-là, Bert Aframian. Il est arrivé il y a une semaine et il a payé une chambre pendant un mois. Qu’est-ce qui se passe de si important dans le coin pour que trois journalistes se pointent ici ?
- Ah oui, Aframian ! Non, nous, nous ne sommes que de passage, expliqua Dean en feignant comprendre de qui cet homme était en train de parler. Par contre j’irai bien le saluer. Quel est le numéro de sa chambre ?
Le réceptionniste chercha sur son ordinateur avant de le renseigner :
- Chambre douze mais je ne sais pas si vous le verrez ! Ca fait bien deux jours que personne ne l’a vu dans le coin !
- Merci, le remercia-t-il en saisissant les clés de leurs propres chambres.
Ils sortirent de l’accueil et avant même que le grand inquisiteur qui se tenait à ses côtés l’interroge sur ce qui venait de se passer, Dean prit son téléphone portable et appela Bobby.
- C’est moi ! … Oui je sais qu’il est à peine plus de cinq heures du mat. Tu peux te renseigner sur quelqu’un ? … Non, c’est de quelqu’un d’autre dont je te parle, expliqua-t-il en jetant un œil discret à Sam. Est-ce que tu peux vérifier qu’un certain Bert Aframian travaille bien dans un journal ? Non j’sais pas lequel … Oui, j’veux tout savoir sur lui, y compris ce qu’il fait ici … merci Bobby … Ben en fait ça m’arrangerait aussi … Oh ça va, t’énerve pas, j’ai rien dit … ouais, à plus.
Il raccrocha et évita de rencontrer le regard interrogateur de son nouveau partenaire de choc. Il lui tendit sa clé et commença à se diriger vers sa chambre, sans avoir l’intention de lui fournir des explications.
- Dean ! Insista le jeune homme malgré tout.
Dépité, il céda tout en continuant de marcher :
- Faut vraiment qu’j’aille prendre une douche là ! Mais si j’ai du nouveau, j’passerai te voir !
- Hé, attends !
Cette fois, il s’arrêta et l’observa en attendant qu’il se décide à dire ce qui, apparemment, le perturbait. Il s’attendait à ce qu’il remette sur le tapis la question de prévenir le 911 pour les informer qu’une femme avait sauté du pont. Il avait pourtant cédé et accepté de passer un coup de fil anonyme ! C’était déjà pas mal étant donné qu’il était persuadé que les plongeurs ne trouveraient rien. Mais finalement, la raison du malaise de Sam était tout autre :
- Pour ce que je t'ai dit tout à l'heure à propos de Bobby, je suis désolé.
Dean leva la main pour l’empêcher de poursuivre.
- Pas de trucs de gonzesses ! Le prévint-il en lui lançant un regard entendu.
Malgré tout, il appréciait le fait qu’il s’excuse car, pour lui, Bobby était quelqu’un de bien et il n’avait pas à faire les frais de leurs disputes débiles.
- D’accord, Tête de lard ! Contra Sam, rassuré d’être pardonné.
- Sale mioche ! Lui répondit le plus vieux, histoire d’avoir le dernier mot.
Sam sourit. L’homme qu’il avait en face de lui était une énigme. Il se laissait insulter sans broncher, paraissait froid comme la glace et dur comme le rock mais le simple fait d’égratigner l’image qu’il avait de son ami le mettait hors de lui. Même s’il faisait tout pour lui prouver le contraire, Dean était un mec bien, il en était persuadé.
***
Moins de deux heures plus tard, ils se retrouvaient devant la porte de la chambre où trônait le nombre douze. Après s’être assuré qu’il n’y avait personne, Dean enfonça deux morceaux de fil de fer dans la serrure et les manipula jusqu’à ce qu’il entende le petit clic significatif. Puis il tourna la poignée et ouvrit le battant sous le regard réprobateur de Sam. Exposant le véritable malaise qu’il ressentait, les yeux furtifs que lançait le jeune homme aux alentours ne lui échappèrent pas non plus.
- Quoi ? Demanda-t-il sur la défensive.
- Rien, répondit le plus jeune en haussant les épaules d’un air innocent.
Il n’en pensait pas moins mais il n’avait aucune intention d’être à l’origine d’un nouveau conflit entre eux. De toute évidence, l’enfance et peut-être même l’adolescence délinquante de Dean n’était pas un lointain souvenir !
Ils pénétrèrent dans la chambre et Sam appuya sur l’interrupteur. Lorsque la lumière éclaira les lieux, ils se figèrent, surpris par le spectacle qui s’offrait à leurs yeux. En plus du désordre impressionnant qui régnait dans la petite pièce, de grosses quantités de petits cristaux transparents avaient été réparties devant chaque ouverture, le lit était défait et une odeur de renfermé envahissait leurs narines. Pour ajouter à la bizarrerie, de nombreux documents étaient placardés sur les murs, tels une mauvaise exposition mal agencée. Parmi eux, ils reconnurent les mêmes articles de journaux que Dean avait regroupés.
- Whaow ! Cet Aframian est un psychopathe ou quoi ? Demanda le plus jeune.
- Non, ça peut pas être Aframian. Bobby m’a dit qu’il était spécialisé en journalisme international et qu’il était en Europe depuis plus d’un mois … Wow ! C’est dégueu, rapporta Dean écœuré, en reniflant un vieux sandwich qui traînait sur la table. Qui que ce soit, ça fait bien deux jours qu’il n’a pas mis les pieds ici.
Chacun de leur côté, ils suivirent lentement les murs tout en prenant connaissance des différents documents exposés.
- Tu crois que c’est notre « kidnappeur en série » ? Interrogea Sam.
- Possible.
- Regarde, il y a d’autres victimes.
- Ouais. Tous des hommes.
- Oui mais ils ont différents métiers, différents âges, différentes races … J’veux dire c’est quoi le lien ? Qu’est-ce que tous ces types ont en commun ?
Il se pencha et observa le bord de la fenêtre. Il étudia les petits grains translucides répartis tout le long de l’ouverture.
- Du gros sel. A quoi ça peut bien servir ? Qu’est-ce que c’est qu’ce bordel ?
En l’absence de réponse, il se retourna et s’aperçut que Dean restait prostré devant l’un des documents. Il le rejoignit.
- Qu’est-ce qu’il y a ?
- Je ne sais pas qui est ce mec mais il a l’air de penser que le coupable est une femme du nom de Constance Welch.
- Quoi ?
Sam s’approcha pour lire les annotations.
- Qu’est-ce qui l’a mis sur la voie ?
- La légende de la dame blanche.
- Tu rigoles ? Ironisa le plus jeune, vraiment sceptique. C’est le genre d’histoires que racontent les ados au coin du feu ou dans un cimetière le soir d’Halloween pour effrayer les belles nanas qu’ils veulent emmener dans leur lit.
- Ca sent le vécu ! fit remarquer son acolyte en fronçant les sourcils. Elle ne te dit rien ? Lui demanda-t-il en lui désignant une photo.
- Attends, c’est pas la femme qu’on a vu sauter du pont ?
- Si.
- Non mais attends, c’est pas possible. Ou alors c’est wonder woman cette femme-là ! Comment elle pourrait enlever tous ces hommes ? Les faire disparaître comme ça ? Et puis de toute façon, ça m’étonnerait qu’elle soit sortie indemne de sa chute de tout à l’heure !
- C’est sûr ! Surtout qu’elle est morte depuis 1981.
Un mauvais frisson remonta insidieusement le long de la colonne vertébrale de Sam. Il chercha désespérément une explication logique :
- Tout à l’heure il faisait nuit … on était fatigué et … enfin on n’était pas dans notre état normal. On n’a certainement pas bien vu …
- Oh arrête !
- C’est peut-être sa sœur jumelle.
- Ben si c’est le cas elle est plutôt bien conservée la frangine !
- Sa fille alors ?
- Tu me fatigues ! Avoua le plus vieux en se passant une main lasse sur le visage. Regarde cet article en provenance directe des archives : « Constance Welch, vingt-quatre ans, s’est jeté du pont Sylvania et s’est noyée dans le fleuve. » Une heure avant qu’elle se suicide, elle appelait le 911. Elle disait que ses deux enfants étaient dans la baignoire, qu’elle les a laissés seuls une minute et que lorsqu’elle est revenue, ils étaient morts noyés.
- « Nos bébés étaient morts et Constance ne l’a pas supporté » a dit son mari Joseph Welch, poursuivit Sam, toujours à la recherche d’une explication plausible. Ecoute, rien ne nous dit …
- Et ça, ça ne te dit rien ? Insista Dean en désignant la photographie qui accompagnait l’article et qui montrait le pont d’où il avaient vu sauter la même jeune femme quelques heures plus tôt.
- Oui, ça ressemble au pont où on était tout à l’heure mais … Dean, c’est impossible. Ca n’a aucun sens.
- Eh ben moi, je veux en avoir le cœur net. Et comme on ne peut pas dire que nous ayons beaucoup de pistes pour le moment et ben je compte bien suivre celle-là ! Et si ça ne te plait pas …
- Je sais, le coupa-t-il, frustré. D’accord, accepta-t-il finalement en soupirant. Bon, le jour s’est levé, on devrait peut-être évacuer les lieux, tu ne crois pas ?
- Ouais. Je crois que je vais me prendre un petit souvenir de mon séjour ici, indiqua le plus vieux en saisissant un étrange cahier épais, une sorte de journal personnel. J’ai la dalle. J’vais m’offrir un bon p’tit dèj ! Tu veux quelque chose ?
- Non.
- C’est le journal qui paie, insista-t-il en sortant le premier de la chambre.
Il eut à peine le temps d’apercevoir le signe de tête négatif de Sam avant de constater que deux agents de police sortaient de l’accueil, tout en discutant avec le réceptionniste. Bien qu’il ne puisse pas les entendre, il n’eut aucun mal à comprendre que l’homme les avait dénoncés. Lorsqu’il le vit le montrer du doigt, il fit volte-face, sortit de la poche de sa veste les clés de l’Impala et les tendit ainsi que le journal à celui qui faisait office de coéquipier.
- Y a les flics. Prends ça et casse-toi par la fenêtre de derrière.
- Quoi ? Mais non. Et toi alors ?
- Ne discute pas ! Ils m’ont déjà repéré. Ca ne sert à rien qu’on soit arrêtés tous les deux. Et fais gaffe à ma caisse ! Bouge !
Il ressortit rapidement de la chambre et intercepta les deux hommes :
- Des problèmes messieurs ?
- Où est votre partenaire ? Demanda l’un des policiers.
- Partenaire ? Quel partenaire ? Ah non, non, y a erreur ! Moi je bosse en solo.
L’un des agents fit un geste à son collègue pour qu'il aille vérifier la chambre d'hôtel. Dean espéra fortement que Sam l’ait écouté mais il n’eut pas le temps de s’en assurer car l’homme qui était resté avec lui attira son attention.
- Alors vous, vous êtes mal barré ! Faux et usage de faux, effraction … Ca fait pas mal pour un simple journaliste. Vous pensez avoir tous les droits ?
- Wahou ! Vous êtes flics et vous avez quand même tout compris ! Se moqua-t-il ouvertement.
- Eh ben vous avez le droit de garder le silence alors, ironisa l’agent tout en le plaquant contre le capot du véhicule banalisé.
***
Sam s’était caché et avait attendu que les forces de l’ordre partent avec Dean. Puis il était allé récupérer les affaires qu’il leur restait après la fouille de leur chambre respective. Il se faisait l’effet d’un grand criminel en fuite. D’abord mal à l’aise avec cette idée, il s’aperçut que, tout bien considéré, il s’y faisait facilement – peut-être un peu trop d’ailleurs ! Sur sa lancée et après s’être assuré que le réceptionniste était parti, il s’était rendu à l’accueil et avait fouillé pour subtiliser un petit quelque chose qui, avec un peu de chance, lui procurerait un semblant de reconnaissance de Dean !
Il s’éloigna sensiblement de Jericho, s’arrêta dans ce qui lui semblait être un coin tranquille et appela Bobby Singer. Il fut surpris de constater que leur patron n’était pas au courant de l’arrestation de son petit protégé. Il lui relata brièvement les faits avant de raccrocher, un sourire aux lèvres, assuré que Bobby ferait son possible pour aider cet « abruti de gamin » selon ses propres mots.
Il s’affaira ensuite à lire le journal de bord que Dean avait volé à l’inconnu de la chambre douze. A plusieurs reprises, il s’arrêta, persuadé qu’il perdait son temps à accumuler des informations émanant d’un homme à l’esprit perturbé : Il avait rassemblé de nombreux exorcismes et créé une sorte de bestiaire composé de créatures légendaires telles que loups-garous, wendigos, vampires … ainsi que les manières tout aussi insolites pour s’en débarrasser. Il apprit également pourquoi du gros sel avait été réparti devant chaque ouverture : c’était pour se protéger des esprits et autres démons en tous genres. Ben voyons ! Des condiments pour empêcher des trucs inexistants de nous faire du mal ! Ce mec avait incontestablement un énorme problème. Pourquoi Dean s’y intéressait tant ? Pensait-il que ce fou était le psychopathe responsable de toutes ces disparitions ? Ou croyait-il réellement en l’existence d’une dame blanche ? De toute façon, c’était plus qu’évident, quand il lirait ça, il verrait bien qu’il était sur la mauvaise voie. Un peu de rationalité n’avait jamais tué personne !
D’un autre côté, son partenaire avait un instinct hors du commun sur lequel il n’émettait aucun doute. Et puis pour une fois qu’il avait l’occasion de lui prouver sa valeur, il n’allait certainement pas laisser sa chance d’y parvenir lui filer entre les doigts. S’il voulait qu’il suive cette piste alors ce serait ce qu’il ferait. Il enquêterait et réunirait suffisamment d’éléments qui prouveraient ou invalideraient la théorie de son partenaire si difficilement impressionnable.
Dans le journal, il était écrit qu’il fallait brûler les os du défunt pour que son esprit parte pour de bon. S’il suivait les élucubrations de cet homme, la dame blanche n’était ni plus ni moins qu’un fantôme mais pour le moment il n’avait nulle intention de profaner une tombe. Il décida donc d’un compromis : il irait interroger le veuf de cette Constance Welch.
***
- Hey ! Vous m’avez oublié ou quoi ? S’énerva Dean.
Ca faisait plusieurs heures qu’il était enfermé là avec pour seule compagnie le poivrot du village qui ronflait et bavait sur sa paillasse quand il n’essayait pas de ravaler ses régurgitations. Ce n’était pas son premier séjour en prison mais il avait vraiment l’impression de perdre son temps. Il avait une affaire en cours et les découvertes qu’il avait faîtes dans la matinée le perturbaient. Il avait réellement besoin de comprendre et pour ça il devait enquêter et donc sortir d’ici ! Sans compter que le gamin était dans la nature, tout seul, sans expérience et, par conséquent, en danger potentiel. Ce n’était pas qu’il s’inquiétait pour lui, ça non ! Après tout il n’avait jamais demandé à être affublé de ce novice – Bien qu’il se soit montré presque à la hauteur par moments. Bref, c’était beaucoup plus simple pour lui de penser que son inquiétude était due au fait que Bobby lui ferait la peau s’il arrivait quelque chose à Sam.
Toujours accroché aux barreaux de sa cellule, il assista enfin à l’arrivée du shérif. Celui-ci ouvrit le dossier qu’il tenait dans ses mains et commença à faire les cent pas devant lui.
- Dean Mc Caffrey, hein ? Articula-t-il enfin. Dites-moi, vous êtes une vraie légende auprès de nos services !
- Quoi ? Vous voulez un autographe ? Faîtes-moi signer mon bon de sortie !
- Vous voulez déjà nous quitter ?
- Ben, c’est pas que votre compagnie me déplaise, ironisa le jeune homme, mais j’ai autre chose à faire là.
- Vous avez une petite idée du merdier dans lequel vous vous êtes fourré ?
- Eh ! Moi je ne fais que mon job ! Vous devriez peut-être penser à en faire autant !
- Qu’est-ce que vous fichiez dans cette chambre ? Il y avait les photos de dix personnes disparues sur les murs au milieu de symboles et de formules sataniques.
- De rien !
- Quoi ? S’étonna le shérif devant ces deux mots qui n’avaient aucun sens pour lui.
- Quoi, quoi ? Vous alliez bien me remercier : Sans moi vous n’auriez jamais trouvé cette piaule !
- Vous êtes gonflés ! Vous oubliez que cette chambre était louée par l’un de vos collègues.
- Wow, wow, wow ! Si vous aviez fait votre boulot correctement, vous sauriez qu’Aframian est en Europe en ce moment.
- Je vais vérifier ça ! Mais dites-vous bien que même si votre collègue est innocent, vous faîtes un excellent suspect pour nous.
- Ca colle pas et vous le savez très bien. La première victime a disparu en 1982. Je n’avais que trois ans.
- Et qui nous dit que l’inconnu de la chambre douze n’est pas votre complice ? Il est peut-être à l’origine de tout et vous suivez ses traces.
Dean refusa de s’abaisser à répondre à ça. Le shérif n’avait rien pour prouver ses dires et il le savait. Il attendit donc qu’il poursuive son pseudo interrogatoire.
- Où est votre partenaire ? Ou stagiaire ? Bref, le grand mec qui était avec vous sur le pont. J’aurais quelques questions à lui poser à lui aussi.
- Je ne vois pas de qui vous parlez. Puisque vous me connaissez si bien, vous devriez savoir que je bosse toujours en solo.
- Arrêtez de faire le malin ! Si vous voulez avoir une petite chance de sortir d’ici avant la fin de la semaine vous devriez répondre à mes questions.
- Ah mais je compte bien sortir avant la tombée de la nuit. J’ai juste besoin d’un jeton pour passer mon coup de fil, expliqua Dean en désignant du pouce l’appareil téléphonique fixé sur le mur du couloir.
Devant l’hésitation de l’homme de loi, il insista :
- Je ne voudrais sûrement pas faire un trou dans le budget des contribuables alors passez-moi mon portable si vous préférez.
- Ici, c’est donnant-donnant ! J’ai le nom de votre complice, vous avez votre jeton pour téléphoner.
- Ah mais c’est pas très légal ça, Shérif !
- Parce que vous vous y connaissez si bien en termes de légalité, monsieur Mc Caffrey !
Dean réprimait une furieuse envie de lui faire ravaler cette réflexion par les trous de nez ! Ou mieux, de lui enfoncer si profondément dans le derrière qu’il en aurait pleuré ses sarcasmes. L’expression de son visage devait trahir sa pensée car le shérif recula d’un pas, méfiant, malgré la présence des barreaux entre eux. Après quelques instants où ils se toisèrent d’un regard mauvais, ce fut finalement l’homme de loi qui y mit un terme :
- Je vous laisse y réfléchir et je reviendrai d’ici … environ une petite heure … ou deux ! Enfin juste pour vous faire plaisir, j’essaierai de passer avant la tombée de la nuit !
Il le regarda s’éloigner, persuadé qu’il ne s’agissait pas de menaces en l’air. Il rageait intérieurement. D’ici il ne pouvait rien faire. D’un autre côté, ce mec se fourrait un doigt dans l’œil s’il croyait obtenir des informations sur Sam de cette manière. S’il y avait bien une chose dont il était sûr, c’était qu’il ne dénoncerait jamais son partenaire !
***
Sam discutait avec Joseph Welch dans la cour devant une vieille maison mal entretenue. L’homme au regard suspicieux venait de décrire physiquement le chroniqueur d’une cinquantaine d’années qui était déjà passé le voir trois ou quatre jours auparavant.
- Alors comme lui, vous êtes journaliste ? Demanda-t-il, intéressé.
- C'est ça. On travaille sur une histoire ensemble, mentit le jeune homme, toujours aussi peu à l’aise avec ce genre de procédé.
- Ben, je serais curieux de savoir de quelle histoire il s'agit. Y a qu’à voir les questions qu'il m'a posées.
- Elles concernaient votre femme Constance ?
- Ouais. Il a demandé où elle était enterrée.
- Ah ?! Et qu’avez-vous répondu ?
- Dans un bout de terrain près de ma vieille maison au bout de Breckenridge Road.
- Pourquoi êtes-vous parti ?
- Je ne pouvais plus vivre là où mes enfants se sont noyés.
- Je comprends, compatit le jeune homme ne sachant pas réellement quelles questions il pouvait lui poser ensuite.
- Constance était le seul amour de ma vie. La plus jolie femme que j'ai jamais vue, chuchota le veuf pour lui-même en se remémorant le souvenir de celle qui avait été son épouse.
- Vous avez déjà entendu parler de la dame blanche ? Demanda soudainement Sam, sans comprendre ni comment ni pourquoi il en était arrivé à dire une chose aussi débile !
- Une quoi ?
- Une dame blanche, répéta-t-il bien malgré lui. Elle est appelée parfois la femme en pleurs. C'est un phénomène très ancien. Une sorte de fantôme en fait. Enfin techniquement ce serait plutôt des esprits. Les gens en parlent déjà depuis des centaines d'années. Mais ça je vous l’ai déjà dit. Et puis, ce phénomène aurait été observé sur toute la planète, vous savez ?! A Hawaï, au Mexique. Et ces temps-ci en Arizona, en Indiana. Ces dames blanches seraient toutes différentes mais auraient toutes la même histoire, expliqua-t-il mal à l’aise, relatant ses connaissances mais s’emmêlant dans ses explications.
Il s’aperçut néanmoins que la légende qu’il connaissait correspondait en de nombreux points à ce qu’il avait lu dans le journal de l’inconnu.
- Mon garçon, ces histoires là ne m'ont jamais intéressé, lui répondit Joseph, avec une expression sur le visage qui montrait clairement ses doutes sur l’état mental du pauvre type qui était en face de lui.
Sam poursuivit malgré tout. Au point où il en était, il n’avait plus rien à perdre :
- Quand elles étaient vivantes, leur mari s'est montré infidèle. Alors ces femmes ont tué leurs enfants pendant une crise de folie. Une fois qu’elles avaient réalisé ce qu'elles avaient fait, elles mettaient fin à leurs jours. Le problème c’est qu’elles ne quittent plus la Terre. Elles attirent les hommes infidèles le long des routes et les tuent sans hésiter. Du coup, ils disparaissent sans laisser de traces ... comme les disparus du coin, ajouta-t-il pour lui-même tout en essayant de chasser de son esprit ces fâcheuses coïncidences.
- Vous croyez que c'est ce qui s'est passé avec Constance ? J’veux dire, qu'elle ait pu tuer nos enfants au cours d’une crise de folie ?
- Je ne sais pas. Qu’en pensez-vous ?
- Ecoutez ! J’admets avoir probablement commis quelques erreurs qui auraient pu … mais ça, c’est impossible. Je suis sûr que Constance n'aurait jamais tué ses propres enfants, affirma-t-il, les larmes aux yeux avant de s’énerver. Fichez le camp d'ici et ne vous avisez pas de remettre les pieds chez moi !
Voyant que la nuit allait bientôt tomber et comprenant parfaitement le ressenti de ce pauvre homme, Sam n’insista pas et prit congé. Un lourd sentiment de culpabilité lui mina le moral. Pourtant, il avait appris quelques éléments qu’il pourrait rapporter à Dean et ça c’était plutôt positif. Pour parfaire son dossier et, avec un peu de chance, réunir des informations supplémentaires, il décida de se rendre dans la maison où le drame avait eu lieu. Apparemment, cette bâtisse était désertée depuis tout ce temps et elle constituait par conséquent une excellente planque. Il espérait et appréhendait en même temps que l’inconnu de la chambre douze s’y trouve. Il était persuadé que cet homme avait un lien étroit avec toute cette histoire mais sa santé, mentale apparemment défaillante, en faisait quelqu’un de dangereux. Par conséquent, il n’envisageait pas de prendre des risques inutiles. Il observerait de loin une éventuelle présence et s’il obtenait des preuves, il se ferait un plaisir d’en faire part à cette tête de lard qu’était son nouvel équipier.
Ce fut donc avec une détermination sans faille qu’il démarra l’Impala et se dirigea vers l’ancienne demeure des Welch. Malheureusement pour lui, à aucun moment il ne pensa que le danger pourrait survenir sur le trajet et non au terme de sa destination.
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Re: Concours #19 : Les Votes
Suite et fin Fic 3 :
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Dean tournait en rond dans sa cellule. Comme il refusait de fournir au shérif les informations qu’il désirait, le petit jeu pouvait durer encore longtemps ! Il regarda sa montre. A cette heure-ci, la nuit commençait certainement à tomber. Les jours étaient courts en ce début novembre et le temps maussade n’aidait pas à les rallonger. Non seulement il avait perdu de précieuses heures de jour mais en plus il n’avait toujours pas de nouvelles de Sam. Il ne comprenait pas d’où venait cette impression qu’il devait surveiller les arrières de ce type. Peut-être son attitude de sale mioche ?! A moins que ce soit son intuition qui dise vrai : ce mec avait tout l’air d’être un aimant à emmerdes ! En tous cas, il espérait que le gamin n’ait pas fait d’âneries, qu’il ne se soit pas bêtement mis en danger pour lui prouver sa valeur. Il n’était pas aveugle : il avait bien remarqué que son jeune partenaire faisait tout pour faire ses preuves et qu’il espérait secrètement une certaine reconnaissance de sa part. Or ce genre d’attitude ne menait qu’à une seule chose : les ennuis, voire d’énormes problèmes. Il en avait déjà fait les frais à de nombreuses reprises quand il était encore adolescent et qu’il voulait prouver à Bobby qu’il était un homme ! Inconsciemment, il sourit en se remémorant le nombre incalculable de fois où son ami avait dû le sortir d’un mauvais pas.
Lorsque l’adjoint du shérif arriva pour le libérer, tout en lui annonçant que son patron avait payé sa caution, Dean se dit que, tout bien considéré, même s’il était adulte aujourd’hui, les choses n’avaient pas changé tant que ça ! Franchement ravi et sans le moindre remord, il lança un sourire sarcastique au shérif dès qu’il arriva à l’accueil. Frustré, le visage rougi par la fureur, l’homme de loi se leva brusquement et se planta devant lui.
- Vous avez de la chance d’avoir des amis qui ont des relations, Monsieur Mc Caffrey. Si ça n’avait tenu qu’à moi, je vous aurais laissé pourrir ici bien plus longtemps.
- Oh, allez ! Ne soyez pas si mauvais joueur ! J’ai essayé de vous prévenir que je sortirai avant la tombée de la nuit. J’ai toujours raison, le nargua-t-il ouvertement en récupérant toutes ses affaires.
- Je vous conseille de partir très loin d’ici ! Et faites attention jusqu’à la sortie de la ville parce qu’à la moindre infraction, je vous coffre. Et cette fois votre patron pourra bien vociférer autant qu’il voudra. S’il veut vous voir libre, il faudra qu’il vienne en personne mettre ses menaces à exécution !
- Croyez-moi, vous n’avez pas envie de ça, Shérif ! Certifia Dean avant de se diriger vers la sortie. Ce fut un plaisir. A la prochaine ! Les provoqua-t-il sans lancer un seul regard aux hommes présents dans le poste et en passant la porte.
Une fois à l’extérieur, il perdit très rapidement son sourire ironique. Il observa autour de lui et soupira amplement. Il devait impérativement récupérer sa voiture et, par la même occasion, retrouver Sam. Malheureusement, pour ça, il devait appeler Bobby et lui demander le numéro de portable du gamin parce que, bien évidemment, il n’avait pas eu l’idée et surtout pas l’envie de l’enregistrer dans ses contacts. Faire ce genre de chose serait revenu à admettre qu’il désirait communiquer avec lui. Et ça c’était hors de question ! Il rechigna encore un instant avant d’appuyer sur la touche appel. De toute façon, il n’avait pas le choix. Il avait un très mauvais pressentiment vis-à-vis de Sam et il devait gérer au mieux l’urgence de la situation.
Comme il s’y attendait, Bobby décrocha dès la première sonnerie et ce qu’il craignait vint lui exploser dans les oreilles. Il patienta en grimaçant jusqu’à ce qu’à ce que le sermon touche à sa fin.
- Dis ? T’aurais pas le numéro de Sam par hasard ? Tenta-t-il doucement, se préparant à une deuxième tempête.
- Quoi ? Pourquoi ? Il est où ?
- Ben c’est justement ce que j’aimerais savoir.
- C’est pas vrai ! J’te le confie deux jours et tu l’as déjà fait fuir ! J’parie que tu lui en as fait voir de toutes les couleurs ! T’as intérêt à le retrouver et à me le ramener entier parce que sinon j’te jure que …
- Oui, oui, je sais Bobby ! L’interrompit-il avant qu’il évoque les menaces qu’il mettrait sans nul doute à exécution.
- Tu n’as aucune idée de ce qu’a vécu ce gamin !
- Ben vas-y ! Eclaire ma lanterne ! L’encouragea-t-il, ravi d’avoir enfin l’occasion d’en apprendre plus sur ce partenaire qu’il lui avait imposé.
Après un instant d’hésitation, Bobby finit par céder :
- Foutue tête de mule ! Rouspéta-t-il malgré tout. Tu veux tout savoir ? Et ben il a tout perdu, voilà ! Ses parents biologiques ont péri dans l’incendie de leur maison alors qu’il n’avait que six mois. Quant à ses parents adoptifs, ils ont eu un accident de voiture mortel cet été. Ils avaient contracté des dettes et pour les rembourser, Sam a dû vendre tous leurs biens. Il n’a plus de famille, plus de toit sur la tête, plus rien !
- Je vois, marmonna le jeune homme qui sentait la culpabilité s’insinuer en lui comme une flèche empoisonnée.
Il récupéra le fameux numéro de téléphone et raccrocha après s’être engagé auprès de celui qu’il considérait comme son père, à faire tout ce qui était possible pour retrouver et ramener son partenaire « en l’état ». Il n’avait eu aucun mal à faire cette promesse et il était sûr de s’y tenir quoiqu’il lui en coûte. Les quelques révélations de Bobby l’avaient ébranlé. D’accord, il pouvait être un véritable emmerdeur quand il le voulait mais jamais il n’avait été minable au point de blesser quelqu’un à ce point volontairement. Combien de fois l’avait-il renvoyé balader en lui disant qu’il n’avait qu’à retourner dans les jupes de sa mère ?! Il en voulait à Bobby de ne pas lui avoir révélé ces informations plus tôt. En même temps, il se maudissait pour son ignorance. D’habitude, il était bien mieux préparé que ça, ce qui lui évitait ce genre de boulettes ! Il avait été pris au dépourvu et ce n’était vraiment pas concluant. Et enfin, il détestait Sam car, par son attitude, ce gamin l’obligeait à être responsable de lui, ce qui n’était jamais arrivé avant. Et le pire était qu’il venait de prendre conscience qu’il s’inquiétait réellement pour lui et qu’il ne se pardonnerait jamais s’il lui arrivait quelque chose.
- Sale mioche ! Rumina-t-il à l’intention du jeune homme tout en composant son numéro.
***
Depuis qu’il était au volant, Sam avait appris à apprécier la conduite de la Chevrolet. Il était confortablement assis, le moteur ronronnait et malgré sa vieille mécanique, elle pouvait filer à vive allure sans qu’il ne ressente réellement la vitesse. Lui qui avait toujours rêvé d’avoir une voiture moderne avec toute la technologie qui l’accompagnait, il se surprenait à admirer le charme et les qualités qu’offrait l’Impala. Quoiqu’il aurait bien viré cette vieillerie d’autoradio pour le remplacer par un beau lecteur CD tout neuf !
Tout à ses pensées, il sursauta lorsque la sonnerie de son téléphone retentit. Sur le cadran, il vérifia le nom de l’appelant et décrocha aussitôt.
- Dean ?
- T’es où là ?
- T’as été relâché ? Dis, c’est comment la prison ? Se moqua le plus jeune.
- T’as fini, abruti ! Dis-moi où tu es.
- En route pour l’ancienne maison des Welch, au bout de Brekenridge road.
- Quoi ? Non, non, non ! Tu fais demi-tour et tu me rejoins ici.
- Ecoute, je fais juste un petit repérage et après je passe te prendre.
- Sam, c’est trop dangereux …
- Eh ! J’suis un grand garçon et je vais faire attention …
- Si tu ne te ramènes pas tout de suite …
- Ouais, je sais, tu me renvoies direct dans les jupes de ma mère.
- Oh, non ! J’te jure que si tu ne fais pas demi-tour dans la seconde, j’vais te retrouver et tu vas prier pour je te laisse …
- Oh merde ! Cria brusquement le conducteur en écrasant la pédale de frein.
Les yeux exorbités, les mains serrées sur le volant, Sam n’entendait plus les appels de Dean qui émanaient de son téléphone éjecté brutalement avant de se nicher quelque part dans l’habitacle.
***
- Sam ! Sam ! Continua-t-il d’appeler alors que le bip de fin de conversation se faisait entendre à l’autre bout du fil.
Putain, il le savait ! Il regarda rapidement autour de lui et se dirigea vers une voiture stationnée à proximité qui lui semblait la plus rapide. N’ayant pas le temps de faire dans la subtilité, il empoigna la tige métallique qui maintenait la vieille poubelle rouillée sur le trottoir et l’arracha violemment. Puis il explosa la vitre du véhicule, coté conducteur et balança la barre et ses autres affaires sur le siège passager. Il s’installa derrière le volant, se pencha, arracha les fils sous le tableau de bord et démarra en moins d’une minute. Braquer une bagnole à proximité d’un poste de police où l’ensemble des agents avait une furieuse envie de le coffrer n’était vraiment pas une bonne idée ! Alors le fait de ne pas avoir perdu la main le réjouissait au plus haut point. Il s’éloigna rapidement du secteur et fila aussi vite que possible en direction de Brekenridge Road.
***
L’Impala était à l’arrêt, sous un angle de quarante-cinq degré par rapport à l’axe de la route, en plein au milieu de cette ligne droite désertique. Malgré l’obscurité, les traces de freinage étaient bien visibles sur l’asphalte et le nuage de fumée provoqué par le frottement des plaquettes de frein sur les roues n’était toujours pas dissipé.
Sam essayait de retrouver une respiration normale. Il n’avait pourtant pas rêvé. Il était plus que sûr d’avoir vu cette femme habillée tout en blanc. Il avait même pensé qu’il l’avait renversée. Elle était apparue comme ça, venue de nulle part et il n’avait pas eu le temps de s’arrêter avant de la percuter de plein fouet. Mais cela devait être une illusion car il n’avait ressenti aucun choc. C’était un peu comme si la voiture était passée au travers de son corps et que la jolie brune s’était évaporée en un léger brouillard au moment de l’impact. Ca devait être dû à la fatigue. Depuis quand n’avait-il pas dormi exactement ? Pour sûr la nuit dernière n’avait pas été de tout repos. Ce qu’il venait de voir était donc une hallucination, il n’y avait pas d’autre explication. Il parvenait à peine à se calmer lorsqu’il regarda dans le rétroviseur intérieur afin de reprendre la route. Il sursauta et un frisson d’horreur parcourut sa colonne vertébrale à l’instant où il croisa le reflet de cette femme, assise bien tranquillement sur la banquette arrière.
- Ramène-moi chez moi, lui intima-t-elle d’une voix qui le fit pâlir d’angoisse.
Il ne s’apercevait même pas qu’il avait cessé de respirer. Quant à son cœur, il tambourinait si fort qu’il menaçait d’exploser dans sa poitrine. Cette femme, il la reconnaissait. C’était la même qu’il avait vu sauter du pont la nuit dernière, la même qui était représentée sur l’article de journal, la même dont la photo avait été encadrée et posée sur la commode près de l’entrée chez Joseph. C’était Constance Welch !
- Ramène-moi chez moi, ordonna-t-elle de nouveau sur un ton ferme.
Il déglutit avant de prendre enfin une once d’oxygène. Sa respiration devint saccadée. Il devait impérativement se calmer, se raisonner. Après tout ce n’était qu’une femme et, de toute évidence, l’annonce de sa mort avait été quelque peu prématurée. Voilà la seule explication logique qu’il pouvait fournir en cet instant.
- Non, finit-il par décréter.
Il avait essayé d’être convainquant mais sa maudite voix avait trahi son angoisse. Soudain les portières se verrouillèrent. Surpris, il actionna la poignée à plusieurs reprises et de plus en plus violemment mais ses tentatives restèrent vaines. Il détestait se sentir prisonnier. Il n’avait qu’une envie : sortir d’ici et s’enfuir le plus loin possible. Il ne comprenait rien à ce qui se tramait et il ne cherchait même plus à trouver une quelconque explication à ce phénomène terrifiant. Lorsque l’Impala se mit à rouler et à prendre de la vitesse, il paniqua. Dans un même élan, ses deux pieds écrasèrent de toutes leurs forces la pédale de frein et il attrapa le volant pour contrôler la direction. Mais rien n’y fit. Désemparé, il tenta une ultime fois d’ouvrir la portière. Il se sentait même prêt à sauter en marche malgré la vitesse qui avoisinait maintenant les cent vingt kilomètres à l’heure. Malheureusement, il dut encaisser un nouvel échec. Paniqué et voyant qu’il n’avait aucun moyen de se sortir de ce cauchemar, il essaya de se raccrocher à un dernier espoir. C’est alors qu’il se surprit à espérer que Dean arriverait à temps pour le secourir.
***
Il filait à vive allure sur cette route désertique, observant avec beaucoup d’attention les alentours pour déceler la présence éventuelle de Sam. Il avait essayé plusieurs fois de le rappeler mais il tombait sans cesse sur sa messagerie et ça le mettait hors de lui. Il roulait sur Breckenridge Road et jusqu’à présent, il n’avait rien vu qui aurait pu attirer son attention et le faire ralentir. La seule chose qui le rassurait était de ne pas avoir retrouvé l’Impala abandonnée sur le bord de la route car ça n’aurait rien présagé de bon pour son partenaire. Au-delà de l’angoisse qu’il ressentait, il pouvait presque deviner la colère qui sommeillait en lui. S’il arrivait quelque chose au gamin … non, c’était exclu ! Il refusait même d’y penser une seule seconde. En revanche, dès qu’il le retrouverait, il aurait deux mots à lui dire ! Il n’avait pas idée de se fourrer dans de telles galères !
***
Ils arrivèrent bien malgré lui devant une maison délabrée. La clé tourna d’elle-même dans le contact et le ronronnement du moteur s’arrêta. Sam lança un œil craintif dans le rétroviseur où il comprit que, non seulement la femme était toujours là, mais qu’en plus son image vacillait sensiblement comme s’il était devant un écran soumis à une mauvaise réception.
- Ne faîtes pas ça, la supplia-t-il alors qu’il prenait conscience de ce qui était arrivé à ses prédécesseurs.
- Je ne rentrerais jamais chez moi, se contenta-t-elle de dire sans lui porter plus d’attention que nécessaire.
Dans l’incompréhension totale, il se retourna doucement de manière à se retrouver face à face avec elle mais il fut étonné de ne voir personne. Complètement désorienté, il tâtonna la banquette arrière pour s’assurer que cette étrange femme était bien partie. Tout en soufflant le semblant de soulagement qu’il ressentit en cet instant, il se laissa retomber sur le siège en fermant les yeux. Il les rouvrit aussitôt car son subconscient l’avertit que son regard venait de croiser la mystérieuse jeune femme juste à côté de lui.
De manière langoureuse, elle commença par se frotter sur lui avant de s’installer à califourchon sur ses genoux. Pétrifié, il tenta tant bien que mal de s’éloigner et se retrouva coincé dans l’angle que formait le siège avec la portière.
- Serre-moi ! J'ai tellement froid, lui susurra-t-elle.
Il secoua la tête de droite à gauche, montrant pleinement qu’il n’en avait aucune intention. Malheureusement, elle était totalement collée à lui, le maintenant fermement de sa main gauche et le caressant de la droite.
- Allez, serre-moi, enlace-moi, lui ordonna-t-elle à l’oreille.
- Non ! Laissez-moi … s’il vous plait … non.
Elle se redressa et plongea ses yeux dans les siens.
- Tu ne me trouves pas jolie ?
Il ne savait même pas quoi lui répondre. Et puis y avait-il réellement une bonne réponse ? De toute façon, ses cordes vocales avaient beaucoup de mal à fonctionner normalement et la boule qui grossissait de minute en minute dans sa gorge l’empêchait également de respirer. Ses pulsations cardiaques étaient si rapides et si fortes que sa cage thoracique le faisait souffrir atrocement. Alors la seule chose qu’il souhaitait ardemment était de se sortir de cette situation inextricable.
Mais de toute évidence, ce n’était pas l’intention de cette magnifique brune qui l’embrassa voluptueusement. Il essaya de se dégager de son emprise, actionnant de nouveau la poignée dans l’espoir vain d’ouvrir la portière. Enervée par son comportement, la jeune femme prit appui sur son torse et se redressa brusquement.
Epouvanté, il assista à sa métamorphose. Par intermittence, le visage angélique de Constance prenait des allures cadavériques. Sa peau s’effaçait soudainement, révélant son crane décharné et blanchâtre. La lueur de la lune accentuait cette vision horrifique en fournissant à l’ensemble une luminosité hors du commun. Ses globes oculaires paraissaient démesurément grands et ses pupilles dilatées restaient fixées sur lui, pénétrant insidieusement son esprit.
Il n’était plus en état de penser à quoi que ce soit. La seule chose dont il était certain se révélait être sa mort imminente. Après une brève disparition, la créature revint, enfonçant d’abord ses ongles puis ses longs doigts dans sa poitrine. Il hurla de douleur. Il sentit la main se refermer sur son cœur et il n’avait aucun moyen de l’en empêcher. Ses forces l’avaient abandonné et sa volonté s’était effritée au moment où il avait compris qu’il n’y avait plus rien à faire. Il n’espérait plus qu’une chose : mourir vite afin de ne plus souffrir.
***
D’un simple coup d’œil Dean avait repéré l’Impala stationnée devant la vieille maison délabrée. Entrainé par sa vitesse et dans un dérapage pas si bien contrôlé que ça, il réussit malgré tout à s’arrêter à proximité. Alors qu’il allait descendre de voiture, il distingua une étrange silhouette blanche à l’intérieur de la Chevrolet. D’un geste instinctif, il empoigna la seule arme qu’il avait à sa disposition : la barre métallique qu’il avait jetée plus tôt sur le siège passager. Puis il ouvrit la portière, sortit en faisant le moins de bruit possible et s’approcha prudemment, angoissé à l’idée de ce qu’il allait découvrir. Mais un épouvantable hurlement de souffrance déchira le silence oppressant qui régnait depuis qu’il avait coupé le moteur. Il reconnut instantanément le timbre de voix de Sam et l’adrénaline fusa à une vitesse insolite dans chaque fibre de son corps.
Sans même prendre le temps de la réflexion, il se rua sur la poignée, tirant de toutes ses forces pour que la portière daigne enfin s’ouvrir. A travers la vitre il pouvait distinguer la torture que cette créature étrange faisait subir à son partenaire : ses doigts anguleux pénétraient la poitrine de Sam comme s’ils s’enfonçaient dans du beurre et lorsque sa main, ainsi que le reste de son corps, disparaissaient comme par enchantement, il subsistait les cinq trous ensanglantés à l’emplacement exact de son cœur. Cette vision le mit hors de lui et il balança son arme improvisée dans la vitre du côté passager qui explosa dans un fracas effroyable en une multitude de petits fragments de verre. L’extrémité de la barre métallique passa au travers de l’étrange femme qui disparut soudainement.
***
La distraction occasionnée par l’intervention de Dean procura quelques secondes de répit à Sam qui en profita pour prendre une grande aspiration, se redresser un peu et tenter une nouvelle fois d’ouvrir la portière qui restait désespérément close.
Afin de vérifier l’état de santé de son partenaire, Dean avait réussi à introduire tout le haut de son corps par la fenêtre fracturée. Sa présence eut le mérite de rassurer Sam. Il retrouva l’espoir et ressentit soudainement un regain d’énergie. Ce fut ce moment que choisit Constance pour faire son grand retour et reprendre sa torture inhumaine là où elle l’avait laissée.
Cette fois les deux hommes réagirent en même temps :
- Espèce de sale pétasse ! Crièrent-ils de concert.
En voyant que son poing passait lamentablement en travers et n’avait donc aucun effet sur cette apparition démoniaque, le plus vieux ressortit rapidement pour récupérer la tige métallique qu’il avait laissée tomber au sol et qui avait eu un résultat très intéressant quelques secondes plus tôt.
Remonté à bloc, le plus jeune tourna la clé dans le contact, enclencha la première et appuya vigoureusement sur l’accélérateur. L’Impala fila droit vers la maison et défonça la balustrade puis le mur avant de se stopper net contre une des cloisons à l’intérieur. Tout ça se fit devant le regard horrifié de Dean qui se précipita pour constater les dégâts sans se soucier un instant de la menace que constituait l’étrange créature.
- Sam ! Hurla-t-il.
Paniqué, il ne mit que quelques secondes pour atteindre la fenêtre fracturée de la Chevrolet.
- Sam ! Répéta-t-il dans un souffle, attendant avec impatience un signe de sa part.
- Ouais, grogna-t-il enfin.
- Ca va ?
- J’sais pas … oui, je crois.
Cette fois Dean réussit sans trop forcer à ouvrir la portière qui, toutefois, émit un sérieux grincement de contestation.
- Tu peux bouger ? Lui demanda-t-il tout en plongeant dans l’habitacle.
- Ouais... Aide-moi !
Dean s’exécuta en le saisissant fermement au niveau de l’épaule et de son bras droit tout en le tirant vers l’extérieur de la voiture.
- C’est quoi cette merde ? Questionna le plus jeune, complètement perdu.
Son partenaire, qui n’avait aucune réponse à lui apporter et qui se sentait tout aussi démuni que lui, se contenta d’hausser les épaules. Ils eurent à peine le temps de se redresser que leur attention fut attirée sur leur gauche. Constance venait de réapparaître dans le coin de l’ancienne pièce de vie.
Elle ramassa un cadre tombé sur le sol et contempla des deux jeunes enfants souriants sur l’image vieillie par le temps, tout en caressant leurs visages du bout des doigts. Lorsqu’elle s’aperçut que les deux hommes la dévisageaient, elle jeta la photographie d’un geste rageur et disparut dans un grésillement électrique pour réapparaître dans l’instant près d’une commode, quelques mètres plus loin. Par sa simple volonté, elle envoya le meuble massif sur eux, les immobilisant contre la voiture.
Ils se débattirent, unissant leurs forces pour se libérer mais rien n’y fit. Ils n’eurent pas d’autres choix que d’assister aux nouveaux événements surnaturels qui s’ensuivirent. A commencer par la lumière qui se mit à faiblir considérablement. Elle vacilla, éclairant partiellement la rampe d’escalier. Du premier étage, de l’eau s’écoula lentement, gouttant de marche en marche. Le ruissellement s’intensifia copieusement, débordant sur le côté et constituant une flaque sur le plancher du rez-de-chaussée qui s’élargit abondamment de secondes en secondes.
Comme les deux hommes, Constance regardait, médusée, la cascade aquatique qui dévalait l’escalier. En levant les yeux vers le premier étage, ils assistèrent à l’apparition fantomatique des deux enfants représentés sur la photographie. Dans un geste qui aurait dû paraître naturel, ils se donnèrent la main. Mais cet acte n’avait rien d’innocent et leurs regards dénués d’expression ne laissaient rien présager de bon. Leurs petites voix enfantines et néanmoins terrifiantes résonnèrent à l’unisson dans la cage d’escalier :
- Tu reviens à la maison maman ?
Pétrifiés, Sam et Dean n’eurent pas le temps de comprendre que les deux enfants avaient disparus avant de les retrouver soudainement juste derrière leur mère. Les étranges bambins enserrèrent la femme en blanc qui émit un cri strident. Après une série d’éclairs grésillants, les trois silhouettes ainsi enlacées se disloquèrent en une flaque visqueuse.
***
Après un long moment d’incompréhension totale, les deux hommes commencèrent à se remettre de cette extraordinaire mésaventure.
- Allez, lança Dean pour encourager Sam à l’aider dans sa tache.
A eux deux, ils réussirent sans mal à pousser la commode et se dégager de cette entrave. Ils approchèrent prudemment de l’endroit où Constance et ses enfants avaient disparu.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu crois que c’est terminé ? Demanda Sam dans un souffle.
- J’en sais rien mais ça m’en a tout l’air.
Le plus jeune des deux avait énormément de mal à se ressaisir. Tout ce qui venait de se passer n’avait aucune logique et pourtant c’était bien réel. Il l’avait vu, il l’avait senti, il l’avait vécu ! Comment en était-il arrivé là ? Comment une telle chose avait-elle pu se produire ? C’est alors qu’il réalisa qu’il avait failli mourir. Tout en déglutissant difficilement, il essaya de faire part de son malaise :
- J’arrive pas à y croire.
Ce n’était pourtant qu’un murmure mais il fut suffisant pour attirer l’attention de Dean qui détacha enfin son regard de la flaque opaque pour constater l’état déplorable de son partenaire. Avec sa bouche ouverte, ses yeux fixes, son teint blafard et les tremblements qui parcouraient tout son corps de manière aléatoire, il paraissait en état de choc. Cette vision obligea le plus vieux à réagir bien qu’il ait lui-même beaucoup de mal à reprendre ses esprits.
- Putain, moi non plus je n’arrive pas y croire ! S’exclama-t-il après s’être retourné et en avançant à grands pas vers sa voiture. T’es pas bien ! T’as vu c’que t’as fait à mon bébé ?! Qu’est-ce qui t’es passé par la tête ?!
- Ben, c’est que je savais plus quoi faire, bafouilla Sam, très mal à l’aise, en constatant, en même temps que son partenaire, les dégâts sur la Chevrolet. D’abord ce … cette chose m’oblige à venir jusqu’ici et après elle me sort qu’elle ne peut pas rentrer chez elle et elle m’enfonce ses putain de doigts crochus dans le torse ... J’ai bien cru que mon cœur allait exploser dans ma poitrine ... En plus j’étais prisonnier … je n’arrivais plus à sortir ! Et crois-moi j’ai essayé ! Alors ça m’a paru la seule chose à faire … Enfin c’est surtout que je ne savais pas comment réagir … Qu’est-ce que t’aurais fait toi à ma place ?
Il s’arrêta là, complètement décontenancé. Après l’expérience limite traumatisante qu’ils venaient de vivre, Dean n’allait tout de même pas lui en vouloir pour de la tôle froissée ! D’autant plus que c’était lui qui avait explosé la vitre de sa chère voiture ! Il se rapprocha sensiblement afin de s’assurer qu’il n’était pas véritablement fâché.
- Dean ?
L’interpellé ne répondit pas mais il releva la tête vers lui. Ce n’est qu’en le regardant d’un peu plus près que Sam s’aperçut qu’il n’y avait aucune colère dans le regard de son partenaire. Malgré son angoisse flagrante pour « l’état de santé » de son « bébé », les petits plis de chaque côté de ses yeux et son léger sourire en coin montraient sans aucun doute qu’il se moquait ouvertement de lui. Il aurait pu s’offusquer de ce comportement mais il n’en fit rien. Au contraire, il se sentait rassuré. Ce petit intermède lui avait permis de réagir et de penser à autre chose qu’à ces événements surnaturels qui l’avaient profondément ébranlé. Il recouvrait doucement ses esprits et constata que Dean avait également l’air soulagé. Après tout, ils ne s’en étaient pas si mal sorti que ça.
***
En deux temps trois mouvements, Dean avait rafistolé au mieux l’Impala. L’un des phares n’avait malheureusement pas survécu au drame et la vitre du côté passager était obstruée par une vieille bâche opaque qui sentait le renfermé et qui dégageait par moments, de lourds relents d’urine d’animaux variés. Le moteur quant à lui n’avait pas subi de dommage – ou, en tous cas, aucun problème majeur qui aurait pu les empêcher de quitter la ville à vive allure.
- Bon alors, qu’est-ce qu’on … que tu veux faire maintenant ? S’enquit le plus jeune tout en choisissant avec grand soin les termes à employer.
Le conducteur le récompensa de ses efforts en lui lançant un sourire ironique. Puis il reprit un air sérieux et expliqua :
- S’il y avait pas ces foutus flics, je serais bien resté un peu plus longtemps pour savoir ce qui est arrivé à l’inconnu de la chambre douze.
- Tu crois qu’il s’est fait avoir par … tu sais … la dame blanche, quoi ?
- Non, j’crois pas. On le prenait pour un allumé mais il a tout l’air d’être un expert au contraire. Ca m’étonnerait qu’il se soit fait couillonné aussi facilement.
- Ouais, t’as raison. Mais où a-t-il disparu alors ?
- Ben c’est bien ce que j’aimerais savoir. Putain, s’énerva-t-il en frappant le volant. Le problème c’est que je crois que je me suis un peu trop fait remarquer et il va falloir du temps avant que je puisse remettre les pieds à Jericho.
- J’peux peut-être y retourner moi.
- Sûrement pas ! S’exclama Dean sur un ton ferme.
Devant les yeux arrondis par la surprise de son partenaire, il expliqua :
- Reprenons les choses dans l’ordre. Tu débarques dans ma vie et on est confronté au surnaturel ; j’te confie mon bébé, tu l’exploses ; tu pars enquêter seul alors que je t’avais demandé de m’attendre et, bien sûr, tu te fais piéger. Et pas par un tueur en série ! Non, non, toi tu ne fais pas les choses à moitié : Tu te fais choper par une dame blanche. Une dame blanche, Sam ! Je ne savais même pas que ça existait avant de la voir vautrée sur toi en train de t’arracher le cœur avec ses doigts – une scène digne d’un film d’horreur, j’te jure. Alors faut te rendre à l’évidence mec : T’es un aimant à emmerdes, une vraie boule de poisse !
Il n’avait pas terminé son laïus mais il s’arrêta un instant. En voyant la mine déconfite de Sam, il comprit que ses propos n’avaient pas été interprétés de la manière qu’il l’aurait souhaitée. Au contraire, il avait mis les deux pieds dans le plat et s’en voulait terriblement. Il ne savait pas comment lui dire qu’avec ses agissements inconsidérés, il aurait pu mourir et que ça l’avait rendu fou d’angoisse. Il n’avait jamais eu de tact pour parler aux gens, ni faire comprendre ce qu’il ressentait. C’était bien pour cette raison qu’il s’exprimait si peu et qu’il évitait de montrer ses sentiments, d’ordinaire. Pour une fois qu’il se lâchait, ce n’était vraiment pas une réussite. Il essaya malgré tout de rattraper le coup en utilisant des mots simples qui décrivaient exactement le fond de sa pensée.
- Ce que je veux dire c’est que si tu compte poursuivre ta carrière dans ce boulot, t’as pas le choix, il va falloir nous supporter moi, mon caractère et mes règles parce qu’il est impératif que je couvre tes arrières. Et si on doit suivre la piste de notre expert en … bizarrologie, c’est tous les deux ou pas du tout. On a commencé cette enquête ensemble alors on la termine ensemble ! C’est clair ?
- Très clair ! S’empressa de répondre Sam, tout sourire.
Si le début de cette conversation n’était pas de bon augure pour le plus jeune, la fin, en revanche, comblait toutes ses espérances. Après tout, Dean ne venait-il pas de l’accepter comme partenaire ? C’était déjà inespéré mais en plus il lui offrait sa protection. A ce moment précis, il était tellement ravi, qu’il se sentait prêt à accepter toutes les conditions que lui soumettrait son équipier et à supporter sans mal son caractère si particulier. C’était bien la première fois depuis des mois qu’il ne se sentait plus seul et ça avait une importance capitale pour lui.
Il avait l’impression d’être regonflé à bloc et retrouvait sa motivation d’antan. Il se dit qu’il avait vraiment envie de retrouver cet inconnu lui aussi. Une multitude de questions fourmillaient dans son esprit et n’attendaient qu’à être posées. C’est alors qu’un détail lui revint en mémoire. Il attrapa son sac, le posa sur ses genoux et fouilla à l’intérieur.
- Ca peut peut-être aider pour notre enquête ?! Demanda-t-il en brandissant fièrement quelques petits rectangles de plastique noir.
- Qu’est-ce que c’est ?
- Les cassettes de vidéo surveillance des deux caméras fixées devant l’accueil. Une était orientée sur le parking et l’autre sur les portes des chambres.
- Comment tu les as eues ?
- Je les ai piquées à l’accueil, quand tu t’es fait embarquer, marmonna-t-il, honteux.
Devant le sourire à la fois sarcastique et admiratif du conducteur, il rechercha de nouveau dans son sac et ajouta :
- J’avais pas beaucoup de temps alors j’ai pris tout ce qui me venait sous la main et qui pourrait nous être utile, déclara-t-il en sortant le registre de l’hôtel et un disque dur.
- Ca c’est du bon Sammy ! S’exclama Dean avec enthousiasme.
Obtenir une telle reconnaissance de sa part lui fit presque oublier ce surnom ridicule qu’il venait de lui attribuer. Enfin presque !
- Euh … Dean ? Moi c’est Sam. Sammy, ça fait un peu trop gamin.
- Ben ouais, normal pour un sale mioche !
- Mais j’suis pas un … commença-t-il alors que le conducteur augmentait considérablement le volume de l’autoradio. Foutue tête de lard !
- Quoi ? J’entends rien, la musique est trop forte, cria Dean pour couvrir la voix de Brian Johnson, sans se déparer de son sourire sarcastique.
***
Lorsque John revint chercher son journal et, accessoirement, finir sa chasse, il fut surpris de constater des scellés devant sa porte de chambre. Sans prendre plus de précautions que nécessaire, il arracha le ruban plastifié et introduisit la clé dans la serrure. Voyant que celle-ci avait été changée, il la fractura en quelques secondes tout en jetant des regards furtifs aux alentours, s’assurant que personne n’était en mesure de le voir faire.
Lorsqu’il entra, il comprit facilement que sa chambre avait été fouillée. Grâce à un inventaire rapide, il put s’assurer que seul son journal semblait avoir disparu. Il rassembla hâtivement les affaires qui restaient et les enfourna dans son truck. Mais au moment où il allait se mettre au volant, il se ravisa. Il se dirigea vers l’accueil, bien décidé à obtenir les renseignements dont il avait besoin.
Il ouvrit la porte à la volée et s’assura que son colt était toujours glissé dans la ceinture de son jean. Il avança près du comptoir et commença son interrogatoire.
- Qu’est-ce qui s’est passé dans ma chambre ?
- M. Aframian, suffoqua le réceptionniste avec de grands yeux arrondis par la surprise et la peur.
- Vous avez deux secondes pour répondre à ma question.
- C’est que … je ne suis pas autorisé à vous répondre, monsieur, fit-il, un peu trop poli au goût du chasseur. Vous devriez voir ça avec la police …
- Deux, finit-il de compter tout en braquant son arme sur le front de sa victime.
Ce n’était pas dans ses habitudes d’agir ainsi mais il n’avait vraiment pas de temps à perdre et puis de toute façon, il n’appréciait pas plus que ça l’espèce de cul serré qui tenait l’accueil.
- Un homme a pénétré illégalement dans votre chambre alors j’ai dû prévenir la police, s’empressa-t-il de répondre, incapable de maîtriser les tremblements qui secouaient l’ensemble de son corps.
- Il me manque quelque chose. Qui l’a pris ?
- C’est pas moi ! C’est pas moi !
- Les flics ?
- Non, ils n’ont touché à rien.
- L’inconnu ?
- Il n’avait rien sur lui vous appartenant quand il a été arrêté.
- Qui alors ?
- Celui qui est entré chez vous avait un complice. Ils ont réservé deux chambres sous le même nom.
- Quel nom ?
- J’m’en souviens plus.
John appuya plus fermement le canon sur son front.
- J’le jure ! J’le jure ! J’m’en souviens plus. Je crois que c’est un journaliste, comme vous. Demandez aux flics ! Ils doivent savoir.
- Donne-moi le registre !
- Je ne l’ai plus. On me l’a volé le jour où il a été arrêté !
- Alors je veux les cassettes de vidéo surveillance !
- Volées aussi !
- Eh merde ! Autre chose a disparu ?
- Oui, mon disque dur.
- Putain ! Quel enfoiré !
Décidément, c’était une mauvaise période pour lui. La piste qu’il venait de suivre avec son ami Caleb était un cul de sac. Autant dire qu’ils s’étaient mis en danger pour rien. Et maintenant, un inconnu avait subtilisé son bien le plus précieux et le retrouver allait s’avérer plutôt difficile !
Il partit en claquant la porte. Inutile de rester dans le coin trop longtemps car le cul serré derrière le comptoir avait déjà son téléphone collé à l’oreille. Quant aux flics, il les soupçonnait de ne pas être très coopératifs après avoir découvert la décoration un peu singulière de sa chambre, d’autant plus avec ce qu’il venait de faire.
Il s’installa au volant et s’éloigna rapidement de Jericho avec la ferme intention de retrouver son journal et de faire payer celui qui lui avait subtilisé.
***
Sam était assis et attendait patiemment à l’intérieur du bureau de Bobby. Ce dernier discutait avec Dean qui venait de lui montrer le journal de bord de l’inconnu. Il essayait de convaincre celui qu’il considérait plus comme un père que son patron du bienfondé de leurs futures investigations.
Le début de la conversation avait été plutôt houleux. De toute évidence, Bobby ne croyait pas en ces balivernes, niaiseries et autres débilités selon ses propres mots ! Il avait même hurlé que ce n’était pas le « Weekly World News » et qu’il était exclu que leurs élucubrations viennent entacher la solide réputation du journal !
Le plus jeune voyait ses chances de faire équipe avec Dean, s’amenuiser de secondes en secondes. S’ils n’obtenaient pas l’accord de leur chef, il pouvait faire une croix sur cette collaboration tant attendue. Mais c’était sans compter sur l’entêtement de son partenaire qui ne lâcha rien et gagna du terrain petit à petit.
- Et vous travailleriez là-dessus … tous les deux ? Demanda le patron en fixant intensément Dean.
- Oui, décrétèrent les deux plus jeunes en même temps.
Si l’affirmation était commune, leurs expressions de visage quant à elles divergeaient sensiblement. Le « oui » de Sam était enthousiaste et impatient. Celui de Dean correspondait plus à un « C’est bon. T’as gagné, j’vais faire équipe avec le gamin. T’es content ? » Et certes, Bobby était ravi, vraiment heureux de voir que tout n’était pas perdu pour son associable rejeton. Il résuma les informations qu’il avait réussi à rassembler :
- Alors votre objectif principal est de retrouver cet homme et de confronter son expérience disons … paranormale à la réalité. Vos articles feront état d’une explication logique à ce genre de phénomènes, on est bien d’accord ?
L’absence de réponse n’annonçait rien de bon mais il se résigna.
- Vous vous croyez dans X-Files ? Demanda-t-il sur un ton plus ironique que suspicieux.
- Ouais et c’est lui Scully, l’informa Dean en désignant du pouce le jeune homme à ses côtés.
- Eh ! S’offusqua celui qui venait se voir attribuer le rôle de la belle rousse dans la série.
- Ben quoi ? C’est bien toi qui essaie de trouver une explication logique à tout.
- Parce que toi tu crois que la vérité est ailleurs !
- C’est bien ce que je disais.
- Bon, ça suffit les deux comiques ! Les interrompit le plus âgé. Vous avez une piste à suivre au moins ?
- Ouep ! Impossible de voir son visage. Ce mec est un vrai pro. Mais dans le reflet du rétroviseur d’une autre bagnole, Sam a pu identifier une partie de la plaque d’immatriculation du truck foncé dans lequel notre homme est monté. On a fait une liste de toutes les possibilités et éliminé tout ce qui nous semblait improbable. Il nous en reste deux : une au nom d’Hartnett et une autre au nom de Winchester. Il ne nous reste plus qu’à aller vérifier sur place.
- Parce que bien évidemment tu as trouvé un moyen légal de localiser ces deux véhicules !
Devant la grimace contrite de son fils adoptif, Bobby préféra revenir au sujet principal.
- Qu’est-ce qui vous dit qu’il n’a pas changé de plaques en découvrant que vous étiez allé fouiner dans ses affaires ?
- Ben c’est justement ce que l’un des deux vient de faire, annonça le plus jeune d’un ton vainqueur.
- Et c’est Winchester qui remporte le gros lot ! Finit son partenaire.
Bobby devait bien admettre que ces deux là avaient fait des recherches consciencieuses. Mais ce fut le fait de les voir travailler en équipe qui l’aida réellement à prendre sa décision.
- C’est d’accord. Mais vous faîtes gaffe ! Au moindre danger, vous m’appelez !
- Aucun problème, assura Dean. Tu me connais ?!
- C’est bien c’qui me fait peur, renchérit son père en fronçant les sourcils devant son sourire enjôleur.
En sortant du bureau, Sam ne résista pas à l’envie de demander :
- Alors ? Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
- Prends tes chaussures de rando et ta doudoune, Sammy. On va à Blackwater Ridge.
****FIN****
***
Dean tournait en rond dans sa cellule. Comme il refusait de fournir au shérif les informations qu’il désirait, le petit jeu pouvait durer encore longtemps ! Il regarda sa montre. A cette heure-ci, la nuit commençait certainement à tomber. Les jours étaient courts en ce début novembre et le temps maussade n’aidait pas à les rallonger. Non seulement il avait perdu de précieuses heures de jour mais en plus il n’avait toujours pas de nouvelles de Sam. Il ne comprenait pas d’où venait cette impression qu’il devait surveiller les arrières de ce type. Peut-être son attitude de sale mioche ?! A moins que ce soit son intuition qui dise vrai : ce mec avait tout l’air d’être un aimant à emmerdes ! En tous cas, il espérait que le gamin n’ait pas fait d’âneries, qu’il ne se soit pas bêtement mis en danger pour lui prouver sa valeur. Il n’était pas aveugle : il avait bien remarqué que son jeune partenaire faisait tout pour faire ses preuves et qu’il espérait secrètement une certaine reconnaissance de sa part. Or ce genre d’attitude ne menait qu’à une seule chose : les ennuis, voire d’énormes problèmes. Il en avait déjà fait les frais à de nombreuses reprises quand il était encore adolescent et qu’il voulait prouver à Bobby qu’il était un homme ! Inconsciemment, il sourit en se remémorant le nombre incalculable de fois où son ami avait dû le sortir d’un mauvais pas.
Lorsque l’adjoint du shérif arriva pour le libérer, tout en lui annonçant que son patron avait payé sa caution, Dean se dit que, tout bien considéré, même s’il était adulte aujourd’hui, les choses n’avaient pas changé tant que ça ! Franchement ravi et sans le moindre remord, il lança un sourire sarcastique au shérif dès qu’il arriva à l’accueil. Frustré, le visage rougi par la fureur, l’homme de loi se leva brusquement et se planta devant lui.
- Vous avez de la chance d’avoir des amis qui ont des relations, Monsieur Mc Caffrey. Si ça n’avait tenu qu’à moi, je vous aurais laissé pourrir ici bien plus longtemps.
- Oh, allez ! Ne soyez pas si mauvais joueur ! J’ai essayé de vous prévenir que je sortirai avant la tombée de la nuit. J’ai toujours raison, le nargua-t-il ouvertement en récupérant toutes ses affaires.
- Je vous conseille de partir très loin d’ici ! Et faites attention jusqu’à la sortie de la ville parce qu’à la moindre infraction, je vous coffre. Et cette fois votre patron pourra bien vociférer autant qu’il voudra. S’il veut vous voir libre, il faudra qu’il vienne en personne mettre ses menaces à exécution !
- Croyez-moi, vous n’avez pas envie de ça, Shérif ! Certifia Dean avant de se diriger vers la sortie. Ce fut un plaisir. A la prochaine ! Les provoqua-t-il sans lancer un seul regard aux hommes présents dans le poste et en passant la porte.
Une fois à l’extérieur, il perdit très rapidement son sourire ironique. Il observa autour de lui et soupira amplement. Il devait impérativement récupérer sa voiture et, par la même occasion, retrouver Sam. Malheureusement, pour ça, il devait appeler Bobby et lui demander le numéro de portable du gamin parce que, bien évidemment, il n’avait pas eu l’idée et surtout pas l’envie de l’enregistrer dans ses contacts. Faire ce genre de chose serait revenu à admettre qu’il désirait communiquer avec lui. Et ça c’était hors de question ! Il rechigna encore un instant avant d’appuyer sur la touche appel. De toute façon, il n’avait pas le choix. Il avait un très mauvais pressentiment vis-à-vis de Sam et il devait gérer au mieux l’urgence de la situation.
Comme il s’y attendait, Bobby décrocha dès la première sonnerie et ce qu’il craignait vint lui exploser dans les oreilles. Il patienta en grimaçant jusqu’à ce qu’à ce que le sermon touche à sa fin.
- Dis ? T’aurais pas le numéro de Sam par hasard ? Tenta-t-il doucement, se préparant à une deuxième tempête.
- Quoi ? Pourquoi ? Il est où ?
- Ben c’est justement ce que j’aimerais savoir.
- C’est pas vrai ! J’te le confie deux jours et tu l’as déjà fait fuir ! J’parie que tu lui en as fait voir de toutes les couleurs ! T’as intérêt à le retrouver et à me le ramener entier parce que sinon j’te jure que …
- Oui, oui, je sais Bobby ! L’interrompit-il avant qu’il évoque les menaces qu’il mettrait sans nul doute à exécution.
- Tu n’as aucune idée de ce qu’a vécu ce gamin !
- Ben vas-y ! Eclaire ma lanterne ! L’encouragea-t-il, ravi d’avoir enfin l’occasion d’en apprendre plus sur ce partenaire qu’il lui avait imposé.
Après un instant d’hésitation, Bobby finit par céder :
- Foutue tête de mule ! Rouspéta-t-il malgré tout. Tu veux tout savoir ? Et ben il a tout perdu, voilà ! Ses parents biologiques ont péri dans l’incendie de leur maison alors qu’il n’avait que six mois. Quant à ses parents adoptifs, ils ont eu un accident de voiture mortel cet été. Ils avaient contracté des dettes et pour les rembourser, Sam a dû vendre tous leurs biens. Il n’a plus de famille, plus de toit sur la tête, plus rien !
- Je vois, marmonna le jeune homme qui sentait la culpabilité s’insinuer en lui comme une flèche empoisonnée.
Il récupéra le fameux numéro de téléphone et raccrocha après s’être engagé auprès de celui qu’il considérait comme son père, à faire tout ce qui était possible pour retrouver et ramener son partenaire « en l’état ». Il n’avait eu aucun mal à faire cette promesse et il était sûr de s’y tenir quoiqu’il lui en coûte. Les quelques révélations de Bobby l’avaient ébranlé. D’accord, il pouvait être un véritable emmerdeur quand il le voulait mais jamais il n’avait été minable au point de blesser quelqu’un à ce point volontairement. Combien de fois l’avait-il renvoyé balader en lui disant qu’il n’avait qu’à retourner dans les jupes de sa mère ?! Il en voulait à Bobby de ne pas lui avoir révélé ces informations plus tôt. En même temps, il se maudissait pour son ignorance. D’habitude, il était bien mieux préparé que ça, ce qui lui évitait ce genre de boulettes ! Il avait été pris au dépourvu et ce n’était vraiment pas concluant. Et enfin, il détestait Sam car, par son attitude, ce gamin l’obligeait à être responsable de lui, ce qui n’était jamais arrivé avant. Et le pire était qu’il venait de prendre conscience qu’il s’inquiétait réellement pour lui et qu’il ne se pardonnerait jamais s’il lui arrivait quelque chose.
- Sale mioche ! Rumina-t-il à l’intention du jeune homme tout en composant son numéro.
***
Depuis qu’il était au volant, Sam avait appris à apprécier la conduite de la Chevrolet. Il était confortablement assis, le moteur ronronnait et malgré sa vieille mécanique, elle pouvait filer à vive allure sans qu’il ne ressente réellement la vitesse. Lui qui avait toujours rêvé d’avoir une voiture moderne avec toute la technologie qui l’accompagnait, il se surprenait à admirer le charme et les qualités qu’offrait l’Impala. Quoiqu’il aurait bien viré cette vieillerie d’autoradio pour le remplacer par un beau lecteur CD tout neuf !
Tout à ses pensées, il sursauta lorsque la sonnerie de son téléphone retentit. Sur le cadran, il vérifia le nom de l’appelant et décrocha aussitôt.
- Dean ?
- T’es où là ?
- T’as été relâché ? Dis, c’est comment la prison ? Se moqua le plus jeune.
- T’as fini, abruti ! Dis-moi où tu es.
- En route pour l’ancienne maison des Welch, au bout de Brekenridge road.
- Quoi ? Non, non, non ! Tu fais demi-tour et tu me rejoins ici.
- Ecoute, je fais juste un petit repérage et après je passe te prendre.
- Sam, c’est trop dangereux …
- Eh ! J’suis un grand garçon et je vais faire attention …
- Si tu ne te ramènes pas tout de suite …
- Ouais, je sais, tu me renvoies direct dans les jupes de ma mère.
- Oh, non ! J’te jure que si tu ne fais pas demi-tour dans la seconde, j’vais te retrouver et tu vas prier pour je te laisse …
- Oh merde ! Cria brusquement le conducteur en écrasant la pédale de frein.
Les yeux exorbités, les mains serrées sur le volant, Sam n’entendait plus les appels de Dean qui émanaient de son téléphone éjecté brutalement avant de se nicher quelque part dans l’habitacle.
***
- Sam ! Sam ! Continua-t-il d’appeler alors que le bip de fin de conversation se faisait entendre à l’autre bout du fil.
Putain, il le savait ! Il regarda rapidement autour de lui et se dirigea vers une voiture stationnée à proximité qui lui semblait la plus rapide. N’ayant pas le temps de faire dans la subtilité, il empoigna la tige métallique qui maintenait la vieille poubelle rouillée sur le trottoir et l’arracha violemment. Puis il explosa la vitre du véhicule, coté conducteur et balança la barre et ses autres affaires sur le siège passager. Il s’installa derrière le volant, se pencha, arracha les fils sous le tableau de bord et démarra en moins d’une minute. Braquer une bagnole à proximité d’un poste de police où l’ensemble des agents avait une furieuse envie de le coffrer n’était vraiment pas une bonne idée ! Alors le fait de ne pas avoir perdu la main le réjouissait au plus haut point. Il s’éloigna rapidement du secteur et fila aussi vite que possible en direction de Brekenridge Road.
***
L’Impala était à l’arrêt, sous un angle de quarante-cinq degré par rapport à l’axe de la route, en plein au milieu de cette ligne droite désertique. Malgré l’obscurité, les traces de freinage étaient bien visibles sur l’asphalte et le nuage de fumée provoqué par le frottement des plaquettes de frein sur les roues n’était toujours pas dissipé.
Sam essayait de retrouver une respiration normale. Il n’avait pourtant pas rêvé. Il était plus que sûr d’avoir vu cette femme habillée tout en blanc. Il avait même pensé qu’il l’avait renversée. Elle était apparue comme ça, venue de nulle part et il n’avait pas eu le temps de s’arrêter avant de la percuter de plein fouet. Mais cela devait être une illusion car il n’avait ressenti aucun choc. C’était un peu comme si la voiture était passée au travers de son corps et que la jolie brune s’était évaporée en un léger brouillard au moment de l’impact. Ca devait être dû à la fatigue. Depuis quand n’avait-il pas dormi exactement ? Pour sûr la nuit dernière n’avait pas été de tout repos. Ce qu’il venait de voir était donc une hallucination, il n’y avait pas d’autre explication. Il parvenait à peine à se calmer lorsqu’il regarda dans le rétroviseur intérieur afin de reprendre la route. Il sursauta et un frisson d’horreur parcourut sa colonne vertébrale à l’instant où il croisa le reflet de cette femme, assise bien tranquillement sur la banquette arrière.
- Ramène-moi chez moi, lui intima-t-elle d’une voix qui le fit pâlir d’angoisse.
Il ne s’apercevait même pas qu’il avait cessé de respirer. Quant à son cœur, il tambourinait si fort qu’il menaçait d’exploser dans sa poitrine. Cette femme, il la reconnaissait. C’était la même qu’il avait vu sauter du pont la nuit dernière, la même qui était représentée sur l’article de journal, la même dont la photo avait été encadrée et posée sur la commode près de l’entrée chez Joseph. C’était Constance Welch !
- Ramène-moi chez moi, ordonna-t-elle de nouveau sur un ton ferme.
Il déglutit avant de prendre enfin une once d’oxygène. Sa respiration devint saccadée. Il devait impérativement se calmer, se raisonner. Après tout ce n’était qu’une femme et, de toute évidence, l’annonce de sa mort avait été quelque peu prématurée. Voilà la seule explication logique qu’il pouvait fournir en cet instant.
- Non, finit-il par décréter.
Il avait essayé d’être convainquant mais sa maudite voix avait trahi son angoisse. Soudain les portières se verrouillèrent. Surpris, il actionna la poignée à plusieurs reprises et de plus en plus violemment mais ses tentatives restèrent vaines. Il détestait se sentir prisonnier. Il n’avait qu’une envie : sortir d’ici et s’enfuir le plus loin possible. Il ne comprenait rien à ce qui se tramait et il ne cherchait même plus à trouver une quelconque explication à ce phénomène terrifiant. Lorsque l’Impala se mit à rouler et à prendre de la vitesse, il paniqua. Dans un même élan, ses deux pieds écrasèrent de toutes leurs forces la pédale de frein et il attrapa le volant pour contrôler la direction. Mais rien n’y fit. Désemparé, il tenta une ultime fois d’ouvrir la portière. Il se sentait même prêt à sauter en marche malgré la vitesse qui avoisinait maintenant les cent vingt kilomètres à l’heure. Malheureusement, il dut encaisser un nouvel échec. Paniqué et voyant qu’il n’avait aucun moyen de se sortir de ce cauchemar, il essaya de se raccrocher à un dernier espoir. C’est alors qu’il se surprit à espérer que Dean arriverait à temps pour le secourir.
***
Il filait à vive allure sur cette route désertique, observant avec beaucoup d’attention les alentours pour déceler la présence éventuelle de Sam. Il avait essayé plusieurs fois de le rappeler mais il tombait sans cesse sur sa messagerie et ça le mettait hors de lui. Il roulait sur Breckenridge Road et jusqu’à présent, il n’avait rien vu qui aurait pu attirer son attention et le faire ralentir. La seule chose qui le rassurait était de ne pas avoir retrouvé l’Impala abandonnée sur le bord de la route car ça n’aurait rien présagé de bon pour son partenaire. Au-delà de l’angoisse qu’il ressentait, il pouvait presque deviner la colère qui sommeillait en lui. S’il arrivait quelque chose au gamin … non, c’était exclu ! Il refusait même d’y penser une seule seconde. En revanche, dès qu’il le retrouverait, il aurait deux mots à lui dire ! Il n’avait pas idée de se fourrer dans de telles galères !
***
Ils arrivèrent bien malgré lui devant une maison délabrée. La clé tourna d’elle-même dans le contact et le ronronnement du moteur s’arrêta. Sam lança un œil craintif dans le rétroviseur où il comprit que, non seulement la femme était toujours là, mais qu’en plus son image vacillait sensiblement comme s’il était devant un écran soumis à une mauvaise réception.
- Ne faîtes pas ça, la supplia-t-il alors qu’il prenait conscience de ce qui était arrivé à ses prédécesseurs.
- Je ne rentrerais jamais chez moi, se contenta-t-elle de dire sans lui porter plus d’attention que nécessaire.
Dans l’incompréhension totale, il se retourna doucement de manière à se retrouver face à face avec elle mais il fut étonné de ne voir personne. Complètement désorienté, il tâtonna la banquette arrière pour s’assurer que cette étrange femme était bien partie. Tout en soufflant le semblant de soulagement qu’il ressentit en cet instant, il se laissa retomber sur le siège en fermant les yeux. Il les rouvrit aussitôt car son subconscient l’avertit que son regard venait de croiser la mystérieuse jeune femme juste à côté de lui.
De manière langoureuse, elle commença par se frotter sur lui avant de s’installer à califourchon sur ses genoux. Pétrifié, il tenta tant bien que mal de s’éloigner et se retrouva coincé dans l’angle que formait le siège avec la portière.
- Serre-moi ! J'ai tellement froid, lui susurra-t-elle.
Il secoua la tête de droite à gauche, montrant pleinement qu’il n’en avait aucune intention. Malheureusement, elle était totalement collée à lui, le maintenant fermement de sa main gauche et le caressant de la droite.
- Allez, serre-moi, enlace-moi, lui ordonna-t-elle à l’oreille.
- Non ! Laissez-moi … s’il vous plait … non.
Elle se redressa et plongea ses yeux dans les siens.
- Tu ne me trouves pas jolie ?
Il ne savait même pas quoi lui répondre. Et puis y avait-il réellement une bonne réponse ? De toute façon, ses cordes vocales avaient beaucoup de mal à fonctionner normalement et la boule qui grossissait de minute en minute dans sa gorge l’empêchait également de respirer. Ses pulsations cardiaques étaient si rapides et si fortes que sa cage thoracique le faisait souffrir atrocement. Alors la seule chose qu’il souhaitait ardemment était de se sortir de cette situation inextricable.
Mais de toute évidence, ce n’était pas l’intention de cette magnifique brune qui l’embrassa voluptueusement. Il essaya de se dégager de son emprise, actionnant de nouveau la poignée dans l’espoir vain d’ouvrir la portière. Enervée par son comportement, la jeune femme prit appui sur son torse et se redressa brusquement.
Epouvanté, il assista à sa métamorphose. Par intermittence, le visage angélique de Constance prenait des allures cadavériques. Sa peau s’effaçait soudainement, révélant son crane décharné et blanchâtre. La lueur de la lune accentuait cette vision horrifique en fournissant à l’ensemble une luminosité hors du commun. Ses globes oculaires paraissaient démesurément grands et ses pupilles dilatées restaient fixées sur lui, pénétrant insidieusement son esprit.
Il n’était plus en état de penser à quoi que ce soit. La seule chose dont il était certain se révélait être sa mort imminente. Après une brève disparition, la créature revint, enfonçant d’abord ses ongles puis ses longs doigts dans sa poitrine. Il hurla de douleur. Il sentit la main se refermer sur son cœur et il n’avait aucun moyen de l’en empêcher. Ses forces l’avaient abandonné et sa volonté s’était effritée au moment où il avait compris qu’il n’y avait plus rien à faire. Il n’espérait plus qu’une chose : mourir vite afin de ne plus souffrir.
***
D’un simple coup d’œil Dean avait repéré l’Impala stationnée devant la vieille maison délabrée. Entrainé par sa vitesse et dans un dérapage pas si bien contrôlé que ça, il réussit malgré tout à s’arrêter à proximité. Alors qu’il allait descendre de voiture, il distingua une étrange silhouette blanche à l’intérieur de la Chevrolet. D’un geste instinctif, il empoigna la seule arme qu’il avait à sa disposition : la barre métallique qu’il avait jetée plus tôt sur le siège passager. Puis il ouvrit la portière, sortit en faisant le moins de bruit possible et s’approcha prudemment, angoissé à l’idée de ce qu’il allait découvrir. Mais un épouvantable hurlement de souffrance déchira le silence oppressant qui régnait depuis qu’il avait coupé le moteur. Il reconnut instantanément le timbre de voix de Sam et l’adrénaline fusa à une vitesse insolite dans chaque fibre de son corps.
Sans même prendre le temps de la réflexion, il se rua sur la poignée, tirant de toutes ses forces pour que la portière daigne enfin s’ouvrir. A travers la vitre il pouvait distinguer la torture que cette créature étrange faisait subir à son partenaire : ses doigts anguleux pénétraient la poitrine de Sam comme s’ils s’enfonçaient dans du beurre et lorsque sa main, ainsi que le reste de son corps, disparaissaient comme par enchantement, il subsistait les cinq trous ensanglantés à l’emplacement exact de son cœur. Cette vision le mit hors de lui et il balança son arme improvisée dans la vitre du côté passager qui explosa dans un fracas effroyable en une multitude de petits fragments de verre. L’extrémité de la barre métallique passa au travers de l’étrange femme qui disparut soudainement.
***
La distraction occasionnée par l’intervention de Dean procura quelques secondes de répit à Sam qui en profita pour prendre une grande aspiration, se redresser un peu et tenter une nouvelle fois d’ouvrir la portière qui restait désespérément close.
Afin de vérifier l’état de santé de son partenaire, Dean avait réussi à introduire tout le haut de son corps par la fenêtre fracturée. Sa présence eut le mérite de rassurer Sam. Il retrouva l’espoir et ressentit soudainement un regain d’énergie. Ce fut ce moment que choisit Constance pour faire son grand retour et reprendre sa torture inhumaine là où elle l’avait laissée.
Cette fois les deux hommes réagirent en même temps :
- Espèce de sale pétasse ! Crièrent-ils de concert.
En voyant que son poing passait lamentablement en travers et n’avait donc aucun effet sur cette apparition démoniaque, le plus vieux ressortit rapidement pour récupérer la tige métallique qu’il avait laissée tomber au sol et qui avait eu un résultat très intéressant quelques secondes plus tôt.
Remonté à bloc, le plus jeune tourna la clé dans le contact, enclencha la première et appuya vigoureusement sur l’accélérateur. L’Impala fila droit vers la maison et défonça la balustrade puis le mur avant de se stopper net contre une des cloisons à l’intérieur. Tout ça se fit devant le regard horrifié de Dean qui se précipita pour constater les dégâts sans se soucier un instant de la menace que constituait l’étrange créature.
- Sam ! Hurla-t-il.
Paniqué, il ne mit que quelques secondes pour atteindre la fenêtre fracturée de la Chevrolet.
- Sam ! Répéta-t-il dans un souffle, attendant avec impatience un signe de sa part.
- Ouais, grogna-t-il enfin.
- Ca va ?
- J’sais pas … oui, je crois.
Cette fois Dean réussit sans trop forcer à ouvrir la portière qui, toutefois, émit un sérieux grincement de contestation.
- Tu peux bouger ? Lui demanda-t-il tout en plongeant dans l’habitacle.
- Ouais... Aide-moi !
Dean s’exécuta en le saisissant fermement au niveau de l’épaule et de son bras droit tout en le tirant vers l’extérieur de la voiture.
- C’est quoi cette merde ? Questionna le plus jeune, complètement perdu.
Son partenaire, qui n’avait aucune réponse à lui apporter et qui se sentait tout aussi démuni que lui, se contenta d’hausser les épaules. Ils eurent à peine le temps de se redresser que leur attention fut attirée sur leur gauche. Constance venait de réapparaître dans le coin de l’ancienne pièce de vie.
Elle ramassa un cadre tombé sur le sol et contempla des deux jeunes enfants souriants sur l’image vieillie par le temps, tout en caressant leurs visages du bout des doigts. Lorsqu’elle s’aperçut que les deux hommes la dévisageaient, elle jeta la photographie d’un geste rageur et disparut dans un grésillement électrique pour réapparaître dans l’instant près d’une commode, quelques mètres plus loin. Par sa simple volonté, elle envoya le meuble massif sur eux, les immobilisant contre la voiture.
Ils se débattirent, unissant leurs forces pour se libérer mais rien n’y fit. Ils n’eurent pas d’autres choix que d’assister aux nouveaux événements surnaturels qui s’ensuivirent. A commencer par la lumière qui se mit à faiblir considérablement. Elle vacilla, éclairant partiellement la rampe d’escalier. Du premier étage, de l’eau s’écoula lentement, gouttant de marche en marche. Le ruissellement s’intensifia copieusement, débordant sur le côté et constituant une flaque sur le plancher du rez-de-chaussée qui s’élargit abondamment de secondes en secondes.
Comme les deux hommes, Constance regardait, médusée, la cascade aquatique qui dévalait l’escalier. En levant les yeux vers le premier étage, ils assistèrent à l’apparition fantomatique des deux enfants représentés sur la photographie. Dans un geste qui aurait dû paraître naturel, ils se donnèrent la main. Mais cet acte n’avait rien d’innocent et leurs regards dénués d’expression ne laissaient rien présager de bon. Leurs petites voix enfantines et néanmoins terrifiantes résonnèrent à l’unisson dans la cage d’escalier :
- Tu reviens à la maison maman ?
Pétrifiés, Sam et Dean n’eurent pas le temps de comprendre que les deux enfants avaient disparus avant de les retrouver soudainement juste derrière leur mère. Les étranges bambins enserrèrent la femme en blanc qui émit un cri strident. Après une série d’éclairs grésillants, les trois silhouettes ainsi enlacées se disloquèrent en une flaque visqueuse.
***
Après un long moment d’incompréhension totale, les deux hommes commencèrent à se remettre de cette extraordinaire mésaventure.
- Allez, lança Dean pour encourager Sam à l’aider dans sa tache.
A eux deux, ils réussirent sans mal à pousser la commode et se dégager de cette entrave. Ils approchèrent prudemment de l’endroit où Constance et ses enfants avaient disparu.
- Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu crois que c’est terminé ? Demanda Sam dans un souffle.
- J’en sais rien mais ça m’en a tout l’air.
Le plus jeune des deux avait énormément de mal à se ressaisir. Tout ce qui venait de se passer n’avait aucune logique et pourtant c’était bien réel. Il l’avait vu, il l’avait senti, il l’avait vécu ! Comment en était-il arrivé là ? Comment une telle chose avait-elle pu se produire ? C’est alors qu’il réalisa qu’il avait failli mourir. Tout en déglutissant difficilement, il essaya de faire part de son malaise :
- J’arrive pas à y croire.
Ce n’était pourtant qu’un murmure mais il fut suffisant pour attirer l’attention de Dean qui détacha enfin son regard de la flaque opaque pour constater l’état déplorable de son partenaire. Avec sa bouche ouverte, ses yeux fixes, son teint blafard et les tremblements qui parcouraient tout son corps de manière aléatoire, il paraissait en état de choc. Cette vision obligea le plus vieux à réagir bien qu’il ait lui-même beaucoup de mal à reprendre ses esprits.
- Putain, moi non plus je n’arrive pas y croire ! S’exclama-t-il après s’être retourné et en avançant à grands pas vers sa voiture. T’es pas bien ! T’as vu c’que t’as fait à mon bébé ?! Qu’est-ce qui t’es passé par la tête ?!
- Ben, c’est que je savais plus quoi faire, bafouilla Sam, très mal à l’aise, en constatant, en même temps que son partenaire, les dégâts sur la Chevrolet. D’abord ce … cette chose m’oblige à venir jusqu’ici et après elle me sort qu’elle ne peut pas rentrer chez elle et elle m’enfonce ses putain de doigts crochus dans le torse ... J’ai bien cru que mon cœur allait exploser dans ma poitrine ... En plus j’étais prisonnier … je n’arrivais plus à sortir ! Et crois-moi j’ai essayé ! Alors ça m’a paru la seule chose à faire … Enfin c’est surtout que je ne savais pas comment réagir … Qu’est-ce que t’aurais fait toi à ma place ?
Il s’arrêta là, complètement décontenancé. Après l’expérience limite traumatisante qu’ils venaient de vivre, Dean n’allait tout de même pas lui en vouloir pour de la tôle froissée ! D’autant plus que c’était lui qui avait explosé la vitre de sa chère voiture ! Il se rapprocha sensiblement afin de s’assurer qu’il n’était pas véritablement fâché.
- Dean ?
L’interpellé ne répondit pas mais il releva la tête vers lui. Ce n’est qu’en le regardant d’un peu plus près que Sam s’aperçut qu’il n’y avait aucune colère dans le regard de son partenaire. Malgré son angoisse flagrante pour « l’état de santé » de son « bébé », les petits plis de chaque côté de ses yeux et son léger sourire en coin montraient sans aucun doute qu’il se moquait ouvertement de lui. Il aurait pu s’offusquer de ce comportement mais il n’en fit rien. Au contraire, il se sentait rassuré. Ce petit intermède lui avait permis de réagir et de penser à autre chose qu’à ces événements surnaturels qui l’avaient profondément ébranlé. Il recouvrait doucement ses esprits et constata que Dean avait également l’air soulagé. Après tout, ils ne s’en étaient pas si mal sorti que ça.
***
En deux temps trois mouvements, Dean avait rafistolé au mieux l’Impala. L’un des phares n’avait malheureusement pas survécu au drame et la vitre du côté passager était obstruée par une vieille bâche opaque qui sentait le renfermé et qui dégageait par moments, de lourds relents d’urine d’animaux variés. Le moteur quant à lui n’avait pas subi de dommage – ou, en tous cas, aucun problème majeur qui aurait pu les empêcher de quitter la ville à vive allure.
- Bon alors, qu’est-ce qu’on … que tu veux faire maintenant ? S’enquit le plus jeune tout en choisissant avec grand soin les termes à employer.
Le conducteur le récompensa de ses efforts en lui lançant un sourire ironique. Puis il reprit un air sérieux et expliqua :
- S’il y avait pas ces foutus flics, je serais bien resté un peu plus longtemps pour savoir ce qui est arrivé à l’inconnu de la chambre douze.
- Tu crois qu’il s’est fait avoir par … tu sais … la dame blanche, quoi ?
- Non, j’crois pas. On le prenait pour un allumé mais il a tout l’air d’être un expert au contraire. Ca m’étonnerait qu’il se soit fait couillonné aussi facilement.
- Ouais, t’as raison. Mais où a-t-il disparu alors ?
- Ben c’est bien ce que j’aimerais savoir. Putain, s’énerva-t-il en frappant le volant. Le problème c’est que je crois que je me suis un peu trop fait remarquer et il va falloir du temps avant que je puisse remettre les pieds à Jericho.
- J’peux peut-être y retourner moi.
- Sûrement pas ! S’exclama Dean sur un ton ferme.
Devant les yeux arrondis par la surprise de son partenaire, il expliqua :
- Reprenons les choses dans l’ordre. Tu débarques dans ma vie et on est confronté au surnaturel ; j’te confie mon bébé, tu l’exploses ; tu pars enquêter seul alors que je t’avais demandé de m’attendre et, bien sûr, tu te fais piéger. Et pas par un tueur en série ! Non, non, toi tu ne fais pas les choses à moitié : Tu te fais choper par une dame blanche. Une dame blanche, Sam ! Je ne savais même pas que ça existait avant de la voir vautrée sur toi en train de t’arracher le cœur avec ses doigts – une scène digne d’un film d’horreur, j’te jure. Alors faut te rendre à l’évidence mec : T’es un aimant à emmerdes, une vraie boule de poisse !
Il n’avait pas terminé son laïus mais il s’arrêta un instant. En voyant la mine déconfite de Sam, il comprit que ses propos n’avaient pas été interprétés de la manière qu’il l’aurait souhaitée. Au contraire, il avait mis les deux pieds dans le plat et s’en voulait terriblement. Il ne savait pas comment lui dire qu’avec ses agissements inconsidérés, il aurait pu mourir et que ça l’avait rendu fou d’angoisse. Il n’avait jamais eu de tact pour parler aux gens, ni faire comprendre ce qu’il ressentait. C’était bien pour cette raison qu’il s’exprimait si peu et qu’il évitait de montrer ses sentiments, d’ordinaire. Pour une fois qu’il se lâchait, ce n’était vraiment pas une réussite. Il essaya malgré tout de rattraper le coup en utilisant des mots simples qui décrivaient exactement le fond de sa pensée.
- Ce que je veux dire c’est que si tu compte poursuivre ta carrière dans ce boulot, t’as pas le choix, il va falloir nous supporter moi, mon caractère et mes règles parce qu’il est impératif que je couvre tes arrières. Et si on doit suivre la piste de notre expert en … bizarrologie, c’est tous les deux ou pas du tout. On a commencé cette enquête ensemble alors on la termine ensemble ! C’est clair ?
- Très clair ! S’empressa de répondre Sam, tout sourire.
Si le début de cette conversation n’était pas de bon augure pour le plus jeune, la fin, en revanche, comblait toutes ses espérances. Après tout, Dean ne venait-il pas de l’accepter comme partenaire ? C’était déjà inespéré mais en plus il lui offrait sa protection. A ce moment précis, il était tellement ravi, qu’il se sentait prêt à accepter toutes les conditions que lui soumettrait son équipier et à supporter sans mal son caractère si particulier. C’était bien la première fois depuis des mois qu’il ne se sentait plus seul et ça avait une importance capitale pour lui.
Il avait l’impression d’être regonflé à bloc et retrouvait sa motivation d’antan. Il se dit qu’il avait vraiment envie de retrouver cet inconnu lui aussi. Une multitude de questions fourmillaient dans son esprit et n’attendaient qu’à être posées. C’est alors qu’un détail lui revint en mémoire. Il attrapa son sac, le posa sur ses genoux et fouilla à l’intérieur.
- Ca peut peut-être aider pour notre enquête ?! Demanda-t-il en brandissant fièrement quelques petits rectangles de plastique noir.
- Qu’est-ce que c’est ?
- Les cassettes de vidéo surveillance des deux caméras fixées devant l’accueil. Une était orientée sur le parking et l’autre sur les portes des chambres.
- Comment tu les as eues ?
- Je les ai piquées à l’accueil, quand tu t’es fait embarquer, marmonna-t-il, honteux.
Devant le sourire à la fois sarcastique et admiratif du conducteur, il rechercha de nouveau dans son sac et ajouta :
- J’avais pas beaucoup de temps alors j’ai pris tout ce qui me venait sous la main et qui pourrait nous être utile, déclara-t-il en sortant le registre de l’hôtel et un disque dur.
- Ca c’est du bon Sammy ! S’exclama Dean avec enthousiasme.
Obtenir une telle reconnaissance de sa part lui fit presque oublier ce surnom ridicule qu’il venait de lui attribuer. Enfin presque !
- Euh … Dean ? Moi c’est Sam. Sammy, ça fait un peu trop gamin.
- Ben ouais, normal pour un sale mioche !
- Mais j’suis pas un … commença-t-il alors que le conducteur augmentait considérablement le volume de l’autoradio. Foutue tête de lard !
- Quoi ? J’entends rien, la musique est trop forte, cria Dean pour couvrir la voix de Brian Johnson, sans se déparer de son sourire sarcastique.
***
Lorsque John revint chercher son journal et, accessoirement, finir sa chasse, il fut surpris de constater des scellés devant sa porte de chambre. Sans prendre plus de précautions que nécessaire, il arracha le ruban plastifié et introduisit la clé dans la serrure. Voyant que celle-ci avait été changée, il la fractura en quelques secondes tout en jetant des regards furtifs aux alentours, s’assurant que personne n’était en mesure de le voir faire.
Lorsqu’il entra, il comprit facilement que sa chambre avait été fouillée. Grâce à un inventaire rapide, il put s’assurer que seul son journal semblait avoir disparu. Il rassembla hâtivement les affaires qui restaient et les enfourna dans son truck. Mais au moment où il allait se mettre au volant, il se ravisa. Il se dirigea vers l’accueil, bien décidé à obtenir les renseignements dont il avait besoin.
Il ouvrit la porte à la volée et s’assura que son colt était toujours glissé dans la ceinture de son jean. Il avança près du comptoir et commença son interrogatoire.
- Qu’est-ce qui s’est passé dans ma chambre ?
- M. Aframian, suffoqua le réceptionniste avec de grands yeux arrondis par la surprise et la peur.
- Vous avez deux secondes pour répondre à ma question.
- C’est que … je ne suis pas autorisé à vous répondre, monsieur, fit-il, un peu trop poli au goût du chasseur. Vous devriez voir ça avec la police …
- Deux, finit-il de compter tout en braquant son arme sur le front de sa victime.
Ce n’était pas dans ses habitudes d’agir ainsi mais il n’avait vraiment pas de temps à perdre et puis de toute façon, il n’appréciait pas plus que ça l’espèce de cul serré qui tenait l’accueil.
- Un homme a pénétré illégalement dans votre chambre alors j’ai dû prévenir la police, s’empressa-t-il de répondre, incapable de maîtriser les tremblements qui secouaient l’ensemble de son corps.
- Il me manque quelque chose. Qui l’a pris ?
- C’est pas moi ! C’est pas moi !
- Les flics ?
- Non, ils n’ont touché à rien.
- L’inconnu ?
- Il n’avait rien sur lui vous appartenant quand il a été arrêté.
- Qui alors ?
- Celui qui est entré chez vous avait un complice. Ils ont réservé deux chambres sous le même nom.
- Quel nom ?
- J’m’en souviens plus.
John appuya plus fermement le canon sur son front.
- J’le jure ! J’le jure ! J’m’en souviens plus. Je crois que c’est un journaliste, comme vous. Demandez aux flics ! Ils doivent savoir.
- Donne-moi le registre !
- Je ne l’ai plus. On me l’a volé le jour où il a été arrêté !
- Alors je veux les cassettes de vidéo surveillance !
- Volées aussi !
- Eh merde ! Autre chose a disparu ?
- Oui, mon disque dur.
- Putain ! Quel enfoiré !
Décidément, c’était une mauvaise période pour lui. La piste qu’il venait de suivre avec son ami Caleb était un cul de sac. Autant dire qu’ils s’étaient mis en danger pour rien. Et maintenant, un inconnu avait subtilisé son bien le plus précieux et le retrouver allait s’avérer plutôt difficile !
Il partit en claquant la porte. Inutile de rester dans le coin trop longtemps car le cul serré derrière le comptoir avait déjà son téléphone collé à l’oreille. Quant aux flics, il les soupçonnait de ne pas être très coopératifs après avoir découvert la décoration un peu singulière de sa chambre, d’autant plus avec ce qu’il venait de faire.
Il s’installa au volant et s’éloigna rapidement de Jericho avec la ferme intention de retrouver son journal et de faire payer celui qui lui avait subtilisé.
***
Sam était assis et attendait patiemment à l’intérieur du bureau de Bobby. Ce dernier discutait avec Dean qui venait de lui montrer le journal de bord de l’inconnu. Il essayait de convaincre celui qu’il considérait plus comme un père que son patron du bienfondé de leurs futures investigations.
Le début de la conversation avait été plutôt houleux. De toute évidence, Bobby ne croyait pas en ces balivernes, niaiseries et autres débilités selon ses propres mots ! Il avait même hurlé que ce n’était pas le « Weekly World News » et qu’il était exclu que leurs élucubrations viennent entacher la solide réputation du journal !
Le plus jeune voyait ses chances de faire équipe avec Dean, s’amenuiser de secondes en secondes. S’ils n’obtenaient pas l’accord de leur chef, il pouvait faire une croix sur cette collaboration tant attendue. Mais c’était sans compter sur l’entêtement de son partenaire qui ne lâcha rien et gagna du terrain petit à petit.
- Et vous travailleriez là-dessus … tous les deux ? Demanda le patron en fixant intensément Dean.
- Oui, décrétèrent les deux plus jeunes en même temps.
Si l’affirmation était commune, leurs expressions de visage quant à elles divergeaient sensiblement. Le « oui » de Sam était enthousiaste et impatient. Celui de Dean correspondait plus à un « C’est bon. T’as gagné, j’vais faire équipe avec le gamin. T’es content ? » Et certes, Bobby était ravi, vraiment heureux de voir que tout n’était pas perdu pour son associable rejeton. Il résuma les informations qu’il avait réussi à rassembler :
- Alors votre objectif principal est de retrouver cet homme et de confronter son expérience disons … paranormale à la réalité. Vos articles feront état d’une explication logique à ce genre de phénomènes, on est bien d’accord ?
L’absence de réponse n’annonçait rien de bon mais il se résigna.
- Vous vous croyez dans X-Files ? Demanda-t-il sur un ton plus ironique que suspicieux.
- Ouais et c’est lui Scully, l’informa Dean en désignant du pouce le jeune homme à ses côtés.
- Eh ! S’offusqua celui qui venait se voir attribuer le rôle de la belle rousse dans la série.
- Ben quoi ? C’est bien toi qui essaie de trouver une explication logique à tout.
- Parce que toi tu crois que la vérité est ailleurs !
- C’est bien ce que je disais.
- Bon, ça suffit les deux comiques ! Les interrompit le plus âgé. Vous avez une piste à suivre au moins ?
- Ouep ! Impossible de voir son visage. Ce mec est un vrai pro. Mais dans le reflet du rétroviseur d’une autre bagnole, Sam a pu identifier une partie de la plaque d’immatriculation du truck foncé dans lequel notre homme est monté. On a fait une liste de toutes les possibilités et éliminé tout ce qui nous semblait improbable. Il nous en reste deux : une au nom d’Hartnett et une autre au nom de Winchester. Il ne nous reste plus qu’à aller vérifier sur place.
- Parce que bien évidemment tu as trouvé un moyen légal de localiser ces deux véhicules !
Devant la grimace contrite de son fils adoptif, Bobby préféra revenir au sujet principal.
- Qu’est-ce qui vous dit qu’il n’a pas changé de plaques en découvrant que vous étiez allé fouiner dans ses affaires ?
- Ben c’est justement ce que l’un des deux vient de faire, annonça le plus jeune d’un ton vainqueur.
- Et c’est Winchester qui remporte le gros lot ! Finit son partenaire.
Bobby devait bien admettre que ces deux là avaient fait des recherches consciencieuses. Mais ce fut le fait de les voir travailler en équipe qui l’aida réellement à prendre sa décision.
- C’est d’accord. Mais vous faîtes gaffe ! Au moindre danger, vous m’appelez !
- Aucun problème, assura Dean. Tu me connais ?!
- C’est bien c’qui me fait peur, renchérit son père en fronçant les sourcils devant son sourire enjôleur.
En sortant du bureau, Sam ne résista pas à l’envie de demander :
- Alors ? Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
- Prends tes chaussures de rando et ta doudoune, Sammy. On va à Blackwater Ridge.
****FIN****
Re: Concours #19 : Les Votes
Fic 4 :
Généralement, c’était son boulot, à lui Bobby Singer, de faire en sorte que ces deux mondes ne se croisent jamais. Car, après tout, il était un chasseur. Pas l’un qui s’amusait à tirer sur des animaux sans défense pour frimer auprès de sa copine ou de ces imbéciles d’amis. Non, lui, son job consistait à éliminer toutes sortes de créatures que l’on trouve habituellement dans les livres pour enfants : des vampires, des loups-garous, des fantômes, des démons… Tout.
Absurde ? Bobby vous répondrait que vous ne savez pas regarder plus loin que votre nez. Cependant, il ne vous en tiendrait nullement rancune. C’était ce qu’il appelait la limite monde ordinaire/ monde des chasseurs. Voilà ce qu’il tentait d’assurer du mieux qu’il pouvait. S’il pouvait éviter à quelqu’un de rencontrer ce dernier univers, il le ferait avec grande joie.
Ce matin-là était comme tous les autres, en cette saison hivernale, à Sioux Falls : calme et froide. Toute personne ordinaire resterait dans son lit, à se prélasser. Mais, Bobby était tout sauf ça, même en jour de congé. Aucune chasse ne demandait à être traitée, aucune recherche ne l’attendait. Seulement, cet homme, la cinquantaine bien tassée, en tenue de garagiste, une casquette toujours sur la tête, ne savait pas ce que voulait dire « repos ». Non, car lorsqu’il tentait de se reposer, il y avait toujours quelqu’un pour le gêner.
Néanmoins, quand vint l’heure de se lever, soit 7 heures pour un chasseur aguerri comme lui, il se dit qu’il aurait peut-être l’espoir de voir que cette si belle journée en serait une qui signifierait « tranquillité ».
Il se dirigea vers sa cuisine, au rez-de-chaussée, et mit la machine à café en route. En attendant que le breuvage soit fin prêt, il contempla l’extérieur de par sa fenêtre. Devant lui, s’étendaient des monticules de carcasses de voitures, à perte de vue. En effet, pour pouvoir exercer son passe-temps qui consistait à se faire quelques montres par-ci, par-là, il lui fallait une couverture et celle-ci prenait la forme de garagiste. Le bon côté était que ces fameuses hauteurs métalliques lui permettaient de ne pas avoir de voisins avant quelques kilomètres. Toujours cette frontière entre les deux mondes. Toujours. Et puis, Sioux Falls, même si elle était la ville la plus importante du Dakota du Sud, était assez étendue.
La cafetière cracha les dernières gouttes de son breuvage et il s’en servit une tasse. Il s’installa ensuite derrière son bureau. Il but une gorgée et attrapa le premier livre qui lui tombait sous la main. Il s’apprêtait à le lire quand soudain, des coups furent frappés contre sa porte.
Est-ce que je fais semblant de ne pas être là ou pas ?
Les coups continuèrent leur cadence, plus forte, plus pressée. Le vieil homme sut alors qu’il fallait qu’il se lève, ce qu’il fit en soupirant.
« Quoi ? demanda-t-il d’une voix bourrue et montrant de façon assez claire qu’on venait de le déranger.
-Désolé, Bobby. J’avais besoin de ton aide mais…Je repasserai plus tard et… »
Le concerné examina le jeune homme qui se trouvait devant lui. Il était grand de taille, au moins deux-trois têtes de plus que lui. Il avait des yeux bleus cachés derrière des cheveux châtains assez longs et quelque peu bouclés. Aux épaules tombantes et au regard de chien perdu qu’il lui servait, Bobby sut bizarrement que sa journée de repos venait de prendre fin.
Il s’écarta un peu de l’entrée et lui fit signe.
« Allez, reste pas dehors ou tu vas attraper froid.
-Merci, Bobby. »
Alors que l’invité s’installait sur une chaise dans la cuisine, il lui proposa un café, ce qu’il accepta. Bobby le lui servit et après qu’il l’ait remercié, il s’installa en face de lui.
« Alors, Sam, quel bon vent t’emmène ?
-Tu étais surement occupé, non ? Si je te dérange, je…
-Tu ne me déranges pas, gamin. Tu devrais le savoir depuis le temps. »
Le dit-gamin lui offrit un immense sourire. Ouais. Cet enfant, il l’avait vu grandir depuis qu’il n’était qu’un simple bébé. Il connaissait déjà les parents, John et Mary Johnson, avant sa naissance. En réalité, ils étaient ses voisins les plus proches et aussi dingue que cela puisse paraître, il avait vite été considéré comme un membre de leur famille.
D’après ce qu’ils lui avaient dit, lors des premières soirées passées en leur compagnie, ils avaient fui leurs proches car, ceux-ci étaient contre leur relation. Ils n’avaient donc plus aucun lien avec eux et ils s’en fichaient. Quelques mois après cette discussion, Sam entrait dans leurs vies et la sienne.
C’était un beau petit bébé et les parents en étaient fiers, il y avait de quoi. Seulement, ce bonheur n’avait pu durer et un triste jour de novembre, ils décédaient dans un accident de voiture, laissant derrière eux le petit Sammy alors âgé de six ans. Bobby avait alors tout fait pour que son amie Donna, qui était également proche des Johnson, en ait la garde. Après moult effort, ils avaient réussi.
À partir de ce moment-là, le petit avait pratiquement grandi à ses côtés. Chaque soir ou presque, il venait lui rendre visite, il l’avait accompagné lors de son entrée au collège, il l’avait soigné lorsqu’il revenait des matchs de basketball ne souhaitant pas inquiéter sa mère adoptive, il l’avait aidé dans ses devoirs lorsque personne ne pouvait le faire, il s’en était occupé lorsqu’il était tombé malade…Et, tout cela, sans qu’il ne se soit douté un seul instant des activités qu’il exerçait en cachette.
Bobby n’avait jamais eu d’enfants. Mais, une chose était certaine : il aimait Sam comme s’il était son propre fils. Il ne remercierait jamais assez Mary et John d’avoir donné vie à un si bon petit gars. Certes, ce dernier avait fait du chemin depuis. À présent, le gamin avait fait place à un jeune homme de vingt-et-un ans, qui avait su se faire un nom dans le monde de la presse. Il était devenu reporter pour le Sioux Falls Journal. Il était si populaire qu’il y avait deux mois, on lui avait proposé une mutation pour un journal de renom du côté de Chicago, mais, il avait gentiment décliné l’offre.
« Je ne veux pas quitter Sioux Falls. Je suis bien ici. J’ai un boulot que j’aime exercer et j’ai ma famille et mes amis avec moi. C’est tout ce qui m’importe. »
Telles avaient été les paroles qu’il leur avait dit à Donna et lui, à la suite de sa décision. Bobby ne put s’empêcher de soupirer. Le peu de temps qu’il avait passé avec John lui avait fait comprendre une chose : Sam était pourvu du même foutu caractère que son père. Il regarda son neveu qui avait les sourcils froncés.
« Alors, qu’est-ce qu’il y a ?
-Je voulais juste te voir. C’est tout.
-À d’autres, gamin. Tu peux mentir aux autres si tu veux, mais pas à moi. »
Il le vit se passer une main dans ses cheveux avant qu’il ne lui réponde :
« Mon patron est venu me voir il y a de cela trois jours pour que je lui trouve un sujet hors du commun. Seulement, j’ai beau avoir fait le tour des environs, c’est pas dans ce bled que je peux trouver quelque chose.
-Que je sache, c’est toi qui a voulu rester ici.
-Oui mais… c’est pas à cause de ça. Comment il veut que je lui trouve un sujet pas ordinaire ici ? Il veut que j’interviewe une vache ? Quoique je me demande s’il considérerait ça comme hors du commun. »
Bobby but une autre gorgée de son café alors que Sam contemplait sa tasse d’un air intéressé. Le vieux chasseur aurait voulu l’aider mais…
Réalité et imaginaire ne doivent en aucun cas se rencontrer.
Qui plus est pour ce gamin qu’il avait élevé. Si le vieil homme avait eu un enfant, jamais il ne l’aurait entraîné avec lui dans sa misère. Donc, il ne le ferait pas avec son neveu.
« Tu n’aurais pas une idée ? »
Le cœur du chasseur endurci ne put que se réchauffer face au regard empli d’espoir que lui lança son neveu derrière sa frange trop longue. C’était dans ces moments-là que Bobby était heureux d’avoir un semblant de famille grâce à Sam. Néanmoins, il s’en voulut de ne pas répondre à ses attentes.
« Désolé, gamin, mais je n’ai rien qui puisse t’aider.
-J’aurai dû m’en douter… »
Tout en disant ces mots, Sam enfouit sa tête au creux de ses bras, posés sur la table. Bobby en profita pour faire un contrôle rapide de la santé de son neveu. Seulement, plus il le fixait, plus il fronçait les sourcils.
« Dis-moi, tu as mangé ces derniers jours ? »
Le concerné releva aussi sec la tête.
« Ah…euh… oui ?
-Sam.
-Oui, Bobby. J’ai mangé.
-Quand ?
-Pardon ?
-Ton dernier repas. Tu l’as pris quand ?
-Je sais plus. Mais, c’est pas comme si…
-Quand ? Et ne me le fait pas répéter encore une fois.
-Hier matin, grimaça le plus jeune, j’ai bu un café et j’ai mangé une part de la tarte qu’avait faite Maman.
-Quand est-ce que tu comprendras qu’un grand gaillard comme toi, qui plus est qui réfléchit un peu trop pour son bien et qui court dans tous les sens, a besoin de manger correctement ? Hein, crétin ?
-Pardon, souffla Sam, penaud. »
Ce gamin était un véritable crève-cœur. Bobby se leva et sans plus attendre, se mit aux fourneaux. Il avait dans l’intention de lui préparer des pancakes, comme il avait l’habitude de faire lorsque son neveu venait chez lui. Ce dernier sourit en le voyant faire, signe qu’il s’en rappelait également. Il attrapa l’un des bouquins qui trainaient sur la table et le feuilleta.
« Sam, je t’ai déjà dit de ne pas toucher à ça, le réprimanda le chasseur.
-Tu n’arrives pas à te séparer de ces bouquins bizarres ?
-C’est toujours intéressant d’en connaître toujours un peu plus sur les croyances des peuples, tu ne crois pas ?
-Ouais, je suppose. Seulement, si ces créatures existaient, et pas seulement dans des croyances en tout genre, je n’aurai pas à chercher un quelconque sujet pour mon patron. J’en aurai déjà un de tout prêt. »
Le jeune homme se mit à lire l’ouvrage qu’il tenait, n’écoutant pas l’interdiction de son oncle. Celui-ci soupira mais, n’ajouta rien de plus. Il connaissait le caractère de son neveu et il savait également combien sa soif de connaissance était grande. Il n’avait pas besoin d’être devin pour comprendre que Sam avait déjà épuisé la moitié de sa bibliothèque. Il l’avait surveillé quand il venait chez lui et puis, il lui avait toujours posé tout un tas de questions sur les différentes bestioles présentes dans les livres qu’il lisait.
Il ne l’en avait pas empêché car cela l’avait toujours impressionné la manière dont le petit assimilait ce qu’il apprenait. Mais, jamais il ne lui avait avoué pour l’existence de ce monde-là.
Si seulement tu savais…
Une fois qu’il eut fini de préparer les pancakes, il déposa l’assiette sur la table et se réinstalla. Néanmoins, en voyant les sourcils froncés du jeune homme, le livre toujours en main, il ne put s’empêcher de penser que sa journée de tranquillité avait pris fin dès qu’il était entré dans sa demeure.
« Dis, Bobby, pourquoi … »
C’était parti. Toujours ses maudites questions. Son jour de repos allait lui sembler bien long
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Contrairement à ce qu’il avait pensé, son neveu n’avait pu rester toute la journée. Il avait plié les voiles, il y avait de cela deux heures, après avoir reçu un coup de fil du bureau. Bobby l’avait alors raccompagné à la porte et lui avait demandé de passer le voir d’ici quelques jours, afin qu’il s’assure de sa santé. Car, il le savait parfaitement : Sam ne prenait jamais soin de lui lorsqu’il était passionné par l’affaire sur laquelle il se trouvait, et ce, malgré la surveillance accrue de Donna. Bobby ne comptait plus le nombre de fois où il avait dû s’assurer de lui-même que le jeune homme n’oubliait pas de s’occuper de lui.
Après son départ précipité, le vieil homme s’était installé dans son canapé usé, les pieds sur la table. Il avait alors allumé le poste télévisé et le regardait depuis environ quinze bonnes minutes quand des coups résonnèrent. Le vieux chasseur tourna la tête en direction du vestibule, mais ne bougea pas pour autant. Les coups recommencèrent.
Dites-moi que je rêve. C’est pas possible…
Il décida de se lever quand il entendit que la porte n’allait plus tarder à céder si la personne ne se calmait pas dans l’immédiat.
« Mais, ça va pas de frapper comme ça ? Y a des manières à respecter quand on n’est pas chez soi. »
Bobby aurait voulu aller plus loin dans sa réprimande mais, il s’en empêcha. Devant lui, se tenait un jeune homme assez grand, mais plus petit que Sam. Il était brun, cheveux coupés courts, et avait des yeux verts. Entre autre, il portait généralement cette même veste en cuir, cadeau de son père.
« Dean ?
-Salut, Bobby.
-Qu’est-ce que tu viens faire ici ?
-J’avais envie de te voir. »
Le chasseur fronça les sourcils. Est-ce qu’il y avait marqué « Gros imbécile qui croit tout ce qu’on lui dit » sur son front ? Ou alors, ces gamins le prenaient vraiment pour un idiot.
« C’est ça. Et moi, je suis le Pape. »
Dean lui sourit franchement et entra à la demande de son ami. Ce dernier l’invita à s’asseoir sur l’une des chaises de la cuisine et lui proposa une bière qu’il accepta. Quand il revint s’installer en face de lui, Bobby lui demanda :
« Bon, qu’est-ce qu’il y a ?
-Mon patron m’a fait une demande assez bizarre aujourd’hui. Il veut que je lui trouve un sujet captivant. Je lui en ai proposé un direct mais, il l’a rejeté. Il m’a dit qu’il souhaitait un sujet qui sortait de l’ordinaire. »
Le plus âgé ne put s’empêcher de tiquer à ces mots.
C’est pas vrai… Il faut que je me tape l’autre à présent.
Si Sam travaillait en tant que reporter au Sioux Falls Journal, Dean l’était pour le Argus Leader. Les deux quotidiens, étant en rivalité, avaient entrainé dans leur sillage les deux gamins, même s’ils ne s’étaient encore jamais rencontrés. Sam Johnson et Dean Smith étaient deux noms très réputés dans le milieu du journalisme. Tout simplement parce que leurs articles faisaient sensation auprès du public. C’était pour cette raison que des grands journaux leur avaient fait des offres de promotion pour qu’ils viennent chez eux. Mais, ils avaient tous deux déclinés. Deux petits gars de Sioux Falls, deux adversaires et pourtant… ils partageaient déjà pas mal de choses : la passion du reportage, l’amour pour Sioux Falls et ses habitants et, peut-être aussi le fait qu’ils venaient le trouver lors de ses rares journées de congés.
En gros…des emmerdeurs.
Néanmoins, si Bobby connaissait Sam depuis sa naissance, il ne pouvait pas en dire autant de Dean, qui avait quatre ans de plus que son neveu. Ce dernier était arrivé en ville à l’âge de seize ans, quand il fut considéré comme un adulte par la loi et donc, capable de se diriger de lui-même. À Sioux Falls, il avait une grand-mère qui avait accepté de l’héberger, suite à la demande de sa fille et par conséquent, de la mère de Dean. Le père ne cessait de le battre et son épouse, qui en avait eu assez, l’avait envoyé là. Au début, l’adolescent était de nature assez violente, ne laissant personne l’approcher hormis sa grand-mère. Puis, un jour, alors qu’il se baladait, il s’est aventuré près de la casse de Bobby. Le chasseur l’avait alors aperçu déambulant parmi les nombreuses carcasses de voitures. Et, bizarrement, il s’était aperçu de l’intérêt du gosse pour la mécanique. Il lui avait alors appris deux-trois trucs lors de leur première rencontre qui avait enchanté Dean. Puis, finalement, le gamin était revenu le voir dès qu’il le pouvait. Bobby le laissait dans ces cas-là s’occuper de quelques voitures et notamment d’une Impala 67 qu’il avait rénové de fond en comble pour la conduire encore aujourd’hui.
À la suite de sa rencontre avec le vieil homme, Dean s’était calmé. Il était devenu plus ouvert avec les autres et ne cessait de faire des blagues qui laissaient à désirer des fois. Il avait même découvert au contact de Bobby une passion pour l’écriture et la lecture. Et, c’était en quelque sorte grâce à lui qu’il avait trouvé sa voie dans le journalisme.
Ce que le chasseur n’avait jamais compris était le fait que malgré le nombre de fois où ces gamins étaient venus chez lui, jamais au grand jamais ils ne s’étaient croisés. Allez savoir pourquoi. Et pourtant, il était certain qu’ils s’entendraient à merveille avec leurs foutus caractères.
Bobby sortit de ses pensées lorsque Dean lui avoua :
« Donc, je voulais savoir si tu avais une idée car là, je sèche.
-Tu as fait tout le tour de Sioux Falls ?
-Non, j’ai été cueillir des pâquerettes dans ta casse, lui répondit son vis-à-vis en roulant des yeux, Bien sûr que j’en ai fait le tour, trois fois. »
Et ils ne se sont pas croisés ? Incroyable.
« …me voie mal lui rapporter une interview avec une vache pour sujet. »
Définitivement les mêmes.
Ce fut au tour de Bobby de rouler des yeux.
« Déjà, il n’y a pas que des vaches à Sioux Falls. Et de deux, si tu sortais un peu de la ville pour voir ailleurs. Le monde ne se limite pas aux forêts de la ville.
-Peut-être mais, je bosse pour un journal qui se trouve ici. Pas pour un autre.
-Je ne te serai d’aucun secours, dans ce cas. »
Dean soupira.
« J’ai vraiment la poisse. Qu’est-ce qu’il peut bien lui prendre de me demander une chose pareille ?
-Tu n’as qu’à poser la question directement à ton patron, lui suggéra le plus âgé.
-J’y penserai, lui répondit Dean en jetant un coup d’œil à l’horloge murale de la cuisine, Oh, merde. Je vais être en retard. J’ai un article à boucler pour ce soir. Merci de ton aide, Bobby.
-J’ai rien fait… »
Mais, le jeune homme était déjà parti, sacoche en main.
Décidément … les mêmes.
Bobby se dirigea de nouveau vers son salon et s’affala dans son canapé, enfin heureux de pouvoir profiter de son jour de repos.
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Deux jours s’étaient écoulés depuis la visite des deux gamins. Comme il s’y était attendu, il n’avait reçu aucun appel de la part de son neveu. Bobby releva les yeux de son bouquin pour regarder l’horloge murale. Il était près de quinze heures. Il fronça les sourcils.
Si d’ici une heure je n’ai aucun appel, je lui ferai passer l’envie de recommencer.
Il retourna à sa lecture. Il rassemblait diverses informations au cours de ses lectures dans le but d’apporter les renseignements que lui avait demandé un de ses amis chasseurs. Une demi-heure passa ainsi, et, Bobby continuait de lancer quelques coups d’œil à l’horloge. Soudain, quelqu’un frappa à sa porte. Le vieil homme se crût retourner à deux jours plus tôt. Les mêmes coups insistants…
Croyant qu’il s’agissait de Sam, il se dirigea rapidement dans le vestibule. Néanmoins, il eut l’heureuse surprise de se trouver non pas face à son neveu, et encore moins à Dean, mais, à une toute autre personne. Celle-ci était un homme qui devait approcher son âge, d’origine afro-américaine, et un peu plus grand que lui également en taille.
« Rufus ?
-Salut, Bobby, lui répondit son vis-à-vis en entrant chez lui.
-Je t’en prie, fais comme chez toi, fit Bobby agacé en refermant la porte. »
Il le suivit jusqu’à la cuisine où il le vit se diriger vers le réfrigérateur pour se prendre une bière. Ensuite, Rufus vint s’installer sur l’une des chaises et attendit que son ami en fasse de même.
« Je peux savoir ce qui t’amène ici ? Tu t’es trompé de chemin pour retourner dans le Vermont ?
-Ça aurait pu, mais non. Si je suis venu te voir, c’était pour te demander quel était le meilleur moyen pour éliminer un Pishtaco ?
-Je te demande pardon ?
-Un Pishtaco, répéta son ami sans se démonter, tu sais, cette sorte de croque-mitaine qui vit dans les Andes et, qui tuent les hommes pour les découper puis, dévorer leur graisse.
-Ferme-la, veux-tu ? Je sais très bien ce qu’est un Pishtaco. Mais, comme tu l’as si bien dit, ils vivent dans les Andes et au Pérou. Pourquoi tu t’intéresses à ça ?
-Et bien… J’étais tranquillement chez moi quand j’ai reçu un appel de Caleb. Cela faisait un moment que je lui avais pas parlé. On a discuté de pas mal de choses. Et, j’ai été très étonné de voir qu’il était un expert en…
-Abrège.
-Oh, pardon. Et, donc, il m’a demandé de m’occuper d’une chasse en Arizona, près de Show Low.
-C’est pas là qu’il y a la forêt de Tonto ?
-Si. Vu qu’il y avait personne de disponible, je m’y suis rendu. Une fois arrivé, j’ai fait quelques recherches mais, je ne trouvais pas ce que c’était. Du moins, jusqu’à ce que je tombe nez-à-nez avec la bestiole. Une putain de créature blanche qui avait une forme humaine mais qui était loin d’en être une. Elle était en train de bouffer le dernier gars qu’elle avait attrapé. Je lui ai tiré dessus, à cinq reprises avec des balles de sel. Elle est tombée raide morte, du moins, c’était ce que je pensais. Je suis parti chercher de quoi la faire cramer mais, à mon retour, elle n’était plus là. »
Bobby attendit une quelconque suite mais rien ne vint. À la place, il vit Rufus avaler une gorgée de sa bière. Le vieux chasseur leva les yeux au ciel avant de demander, sur un ton pressant :
« Et ? Elle est où maintenant ?
-C’est là, que ça devient plus drôle. Je suis resté en ville pendant près de deux semaines et rien. Je ne savais pas où elle avait disparu. J’ai donc quitté l’Etat et continué ma route jusqu’à Lincoln, dans le Nebraska, afin de trouver Caleb. On a bien discuté de nouveau. Il m’a épaté en me sortant une de ses bouteilles de …
-Je veux pas savoir. Continue.
-Et, on a discuté de la chasse. On a fait quelques recherches mais, il n’y avait plus rien. C’était comme si elle n’avait jamais existé. J’ai donc repris ma route pour le Vermont, quand bizarrement, je me suis aperçu que quelque chose clochait.
-Je vais te dire ce qui clochait. Le Pishtaco ne peut pas s’être volatilisé. Il n’y a que deux possibilités. Soit il est retourné en Amérique du Sud, soit… »
L’évidence se fit alors dans l’esprit de Singer. Si son ami était venu le trouver, ce n’était que parce qu’il avait un réel problème sur les bras. Il passa sa main dans ses cheveux, sous sa casquette, alors qu’il soupirait.
« Ne me dis pas que…
-Si, lui répondit le principal concerné, J’ai ce foutu Pishtaco qui me suit depuis l’Arizona. Je crois que c’est parce qu’il m’en veut de l’avoir touché mais bon…
-Tu pouvais pas me le dire plus tôt au lieu de te la couler douce ?»
Il reçut en simple réponse, un immense sourire de son interlocuteur, qu’il se permit de fusiller du regard.
Est-ce que je peux le tuer de mes mains, cet imbécile ?
Il se leva pour récupérer un bouquin quand, il s’immobilisa soudainement.
« Elle est où ta copine du coup ?
-Je sais pas. Surement en train de guetter les environs.
-J’espère qu’elle va continuer, qu’on ait le temps de trouver le moyen de la liquider. »
Une dizaine de minutes s’écoulèrent avant que Bobby ne revienne dans la cuisine où Rufus n’avait pas bougé.
« Il faut l’asperger de sang d’animal et de sel avant de la faire cramer.
-Je veux bien mais on le trouve où ton animal ?
-Tu vas le chercher. Tu prends du sang de mouton de préférence, ça marche mieux.
-Ah non, je touche pas à ça.
-Soit tu te dépêches de te rendre dans la boucherie la plus proche avant que je ne t’y envoies avec une décharge de sel dans le derrière, soit tu repars de chez moi et tu te débrouilles avec ta copine. »
Rufus regarda son ami et se prépara à répliquer lorsque des coups furent frappés à la porte. Les deux chasseurs se regardèrent.
« Ils ont dit dans tes bouquins si elle savait frapper aux portes ? tenta l’afro-américain. »
Bobby leva les yeux au ciel et se dirigea dans le vestibule. Il ouvrit le battant en bois et découvrit alors son neveu.
« Sam ?
-Oui, je sais. Je ne t’ai pas appelé comme j’aurai dû le faire. Et oui, je suis venu te demander de l’aide car, je n’ai toujours pas trouvé un quelconque sujet pour mon article.
-Tu ne peux pas repasser plus tard ? s’enquit le chasseur.
-Si tu veux mais…
-Je crois pas que ce soit une bonne idée, Bobby, fit Rufus depuis la cuisine, Elle est là. »
L’interpellé tourna la tête vers sa droite et il eut juste le temps d’apercevoir la créature avant que celle-ci ne se cache derrière un monticule de carcasses de voitures.
« Merde. Entre, ordonna-t-il à Sam.
-Non, si tu es occupé, je peux …
-Entre et tout de suite. »
Le jeune homme ne se le fit pas dire plusieurs fois. Il ne valait mieux pas s’opposer à son oncle quand il employait ce ton-là. Habituellement, Sam aurait été tenté de ne pas l’écouter mais, il avait su percevoir l’inquiétude et un certain stress dans la voix de Bobby. Il se rendit dans la cuisine, suivi par celui-ci. Là, il y découvrit un autre homme qui guettait depuis la fenêtre de la pièce.
« La prochaine fois que tu me fais un tel coup, Rufus, je te promets de te tirer dessus.
-J’avais besoin d’aide, clama le concerné.
-Maintenant, on a un autre problème sur les bras.
-Ce n’est pas un problème, réfuta l’afro-américain en regardant le nouvel arrivant, On le protégera, t’en fais pas. »
Bobby partit dans une autre pièce pour en revenir avec des armes qu’il déposa sur la table de la cuisine. Rufus n’avait toujours pas bougé de son poste. Sam, quant à lui, n’osait pas quitter l’embrasure de la cuisine.
« On a tout ce qu’il faut là.
-Sauf le sang d’animal.
-Merci de cette précision, Rufus. Il nous faut trouver un moyen pour en récupérer rapidement et sans que la bestiole ne s’en doute.
-De quoi vous parlez ? demanda Sam, les sourcils froncés, De quelle bestiole vous… »
Un cri l’empêcha d’aller plus loin dans sa réplique. Aussitôt, les deux chasseurs attrapèrent une arme chargée en sel, et s’apprêtèrent à sortir de la demeure.
« Sam, tu ne bouges pas de là.
-Mais…
-Tu ne bouges pas. »
Le jeune homme patienta quelques minutes avant que des coups de feu retentirent. Presqu’immédiatement, il se rendit à l’extérieur. Il vit alors son oncle revenir avec un autre homme qu’il n’avait pas encore vu et, Rufus qui surveillait leurs arrières.
« SAM, RENTRE, hurla Bobby. »
Mais, l’appelé ne bougea pas. Derrière le groupe, se trouvait une créature d’une laideur inimaginable et blanche mais avec des proportions humaines. Un autre coup de feu fut tiré et la bestiole disparut aussi sec, non sans avoir poussé un cri de douleur. Bobby poussa l’inconnu sous le porche tandis qu’il attrapait le bras de son neveu pour qu’il les suive.
Une fois à l’intérieur, Rufus ferma la porte et les rejoignit dans le salon. Là, il trouva Sam, assis au sol et accolé à la bibliothèque de son oncle, qui vérifiait depuis la fenêtre qu’ils étaient en sécurité, et enfin, le nouvel arrivant qui s’était écroulé sur l’un des fauteuils. Lorsque Bobby fut assurer qu’aucun danger ne les guettait pour le moment, il se tourna vers son neveu.
« Tu peux me dire ce que tu ne comprends pas dans "Sam, tu ne bouges pas de là" ou encore dans "Sam, rentre", hein ?
-J’ai entendu des coups de feu. Je ne savais pas d’où ça venait, c’est pour ça que je suis sorti. Je pensais que c’était toi qui te faisais tirer dessus.
-Bobby est plutôt du genre à tirer sur les autres qu’à en recevoir, plaisanta Rufus. »
Il ne reçut pour réponse que deux regards noirs de la part de Sam et Bobby. L’afro-américain se renfrogna et se plaça à la fenêtre.
« Et toi ? Que fais-tu là ? s’enquit son ami en se tournant vers l’inconnu.
-Excuse-moi de vouloir venir te voir pour demander conseil.
-Mais, vous avez vraiment le don, vous deux, de venir au mauvais moment. Vous êtes peut-être les meilleurs reporters de cette ville mais, qu’est-ce que vous êtes emmerdeurs. »
À ces mots, les deux jeunes hommes se dévisagèrent.
« Alors, c’est toi, Sam Johnson ? Depuis le temps que…
-Les présentations pour plus tard, tu veux, l’engueula le vieux chasseur, Rufus, il y a du sel dans la cuisine.
-J’y vais.
-Je n’y suis pour rien dans cette histoire, moi, plaida Dean.
-C’est ça. Tu n’avais qu’à choisir un autre jour pour venir.
-Sache que je ne serai pas venu si j’avais su qu’il y avait du monde chez toi et surtout qu’il y avait une telle bestiole…
-C’est un Pishtaco, répliqua Sam. »
Rufus, qui était revenu dans la pièce, et les deux autres le fixèrent, surpris. Celui-ci, la tête appuyait contre la bibliothèque, s’en aperçut.
----------La Suite dans le prochain post-----------
Lorsque réalité et imaginaire se rencontrent
Généralement, c’était son boulot, à lui Bobby Singer, de faire en sorte que ces deux mondes ne se croisent jamais. Car, après tout, il était un chasseur. Pas l’un qui s’amusait à tirer sur des animaux sans défense pour frimer auprès de sa copine ou de ces imbéciles d’amis. Non, lui, son job consistait à éliminer toutes sortes de créatures que l’on trouve habituellement dans les livres pour enfants : des vampires, des loups-garous, des fantômes, des démons… Tout.
Absurde ? Bobby vous répondrait que vous ne savez pas regarder plus loin que votre nez. Cependant, il ne vous en tiendrait nullement rancune. C’était ce qu’il appelait la limite monde ordinaire/ monde des chasseurs. Voilà ce qu’il tentait d’assurer du mieux qu’il pouvait. S’il pouvait éviter à quelqu’un de rencontrer ce dernier univers, il le ferait avec grande joie.
Ce matin-là était comme tous les autres, en cette saison hivernale, à Sioux Falls : calme et froide. Toute personne ordinaire resterait dans son lit, à se prélasser. Mais, Bobby était tout sauf ça, même en jour de congé. Aucune chasse ne demandait à être traitée, aucune recherche ne l’attendait. Seulement, cet homme, la cinquantaine bien tassée, en tenue de garagiste, une casquette toujours sur la tête, ne savait pas ce que voulait dire « repos ». Non, car lorsqu’il tentait de se reposer, il y avait toujours quelqu’un pour le gêner.
Néanmoins, quand vint l’heure de se lever, soit 7 heures pour un chasseur aguerri comme lui, il se dit qu’il aurait peut-être l’espoir de voir que cette si belle journée en serait une qui signifierait « tranquillité ».
Il se dirigea vers sa cuisine, au rez-de-chaussée, et mit la machine à café en route. En attendant que le breuvage soit fin prêt, il contempla l’extérieur de par sa fenêtre. Devant lui, s’étendaient des monticules de carcasses de voitures, à perte de vue. En effet, pour pouvoir exercer son passe-temps qui consistait à se faire quelques montres par-ci, par-là, il lui fallait une couverture et celle-ci prenait la forme de garagiste. Le bon côté était que ces fameuses hauteurs métalliques lui permettaient de ne pas avoir de voisins avant quelques kilomètres. Toujours cette frontière entre les deux mondes. Toujours. Et puis, Sioux Falls, même si elle était la ville la plus importante du Dakota du Sud, était assez étendue.
La cafetière cracha les dernières gouttes de son breuvage et il s’en servit une tasse. Il s’installa ensuite derrière son bureau. Il but une gorgée et attrapa le premier livre qui lui tombait sous la main. Il s’apprêtait à le lire quand soudain, des coups furent frappés contre sa porte.
Est-ce que je fais semblant de ne pas être là ou pas ?
Les coups continuèrent leur cadence, plus forte, plus pressée. Le vieil homme sut alors qu’il fallait qu’il se lève, ce qu’il fit en soupirant.
« Quoi ? demanda-t-il d’une voix bourrue et montrant de façon assez claire qu’on venait de le déranger.
-Désolé, Bobby. J’avais besoin de ton aide mais…Je repasserai plus tard et… »
Le concerné examina le jeune homme qui se trouvait devant lui. Il était grand de taille, au moins deux-trois têtes de plus que lui. Il avait des yeux bleus cachés derrière des cheveux châtains assez longs et quelque peu bouclés. Aux épaules tombantes et au regard de chien perdu qu’il lui servait, Bobby sut bizarrement que sa journée de repos venait de prendre fin.
Il s’écarta un peu de l’entrée et lui fit signe.
« Allez, reste pas dehors ou tu vas attraper froid.
-Merci, Bobby. »
Alors que l’invité s’installait sur une chaise dans la cuisine, il lui proposa un café, ce qu’il accepta. Bobby le lui servit et après qu’il l’ait remercié, il s’installa en face de lui.
« Alors, Sam, quel bon vent t’emmène ?
-Tu étais surement occupé, non ? Si je te dérange, je…
-Tu ne me déranges pas, gamin. Tu devrais le savoir depuis le temps. »
Le dit-gamin lui offrit un immense sourire. Ouais. Cet enfant, il l’avait vu grandir depuis qu’il n’était qu’un simple bébé. Il connaissait déjà les parents, John et Mary Johnson, avant sa naissance. En réalité, ils étaient ses voisins les plus proches et aussi dingue que cela puisse paraître, il avait vite été considéré comme un membre de leur famille.
D’après ce qu’ils lui avaient dit, lors des premières soirées passées en leur compagnie, ils avaient fui leurs proches car, ceux-ci étaient contre leur relation. Ils n’avaient donc plus aucun lien avec eux et ils s’en fichaient. Quelques mois après cette discussion, Sam entrait dans leurs vies et la sienne.
C’était un beau petit bébé et les parents en étaient fiers, il y avait de quoi. Seulement, ce bonheur n’avait pu durer et un triste jour de novembre, ils décédaient dans un accident de voiture, laissant derrière eux le petit Sammy alors âgé de six ans. Bobby avait alors tout fait pour que son amie Donna, qui était également proche des Johnson, en ait la garde. Après moult effort, ils avaient réussi.
À partir de ce moment-là, le petit avait pratiquement grandi à ses côtés. Chaque soir ou presque, il venait lui rendre visite, il l’avait accompagné lors de son entrée au collège, il l’avait soigné lorsqu’il revenait des matchs de basketball ne souhaitant pas inquiéter sa mère adoptive, il l’avait aidé dans ses devoirs lorsque personne ne pouvait le faire, il s’en était occupé lorsqu’il était tombé malade…Et, tout cela, sans qu’il ne se soit douté un seul instant des activités qu’il exerçait en cachette.
Bobby n’avait jamais eu d’enfants. Mais, une chose était certaine : il aimait Sam comme s’il était son propre fils. Il ne remercierait jamais assez Mary et John d’avoir donné vie à un si bon petit gars. Certes, ce dernier avait fait du chemin depuis. À présent, le gamin avait fait place à un jeune homme de vingt-et-un ans, qui avait su se faire un nom dans le monde de la presse. Il était devenu reporter pour le Sioux Falls Journal. Il était si populaire qu’il y avait deux mois, on lui avait proposé une mutation pour un journal de renom du côté de Chicago, mais, il avait gentiment décliné l’offre.
« Je ne veux pas quitter Sioux Falls. Je suis bien ici. J’ai un boulot que j’aime exercer et j’ai ma famille et mes amis avec moi. C’est tout ce qui m’importe. »
Telles avaient été les paroles qu’il leur avait dit à Donna et lui, à la suite de sa décision. Bobby ne put s’empêcher de soupirer. Le peu de temps qu’il avait passé avec John lui avait fait comprendre une chose : Sam était pourvu du même foutu caractère que son père. Il regarda son neveu qui avait les sourcils froncés.
« Alors, qu’est-ce qu’il y a ?
-Je voulais juste te voir. C’est tout.
-À d’autres, gamin. Tu peux mentir aux autres si tu veux, mais pas à moi. »
Il le vit se passer une main dans ses cheveux avant qu’il ne lui réponde :
« Mon patron est venu me voir il y a de cela trois jours pour que je lui trouve un sujet hors du commun. Seulement, j’ai beau avoir fait le tour des environs, c’est pas dans ce bled que je peux trouver quelque chose.
-Que je sache, c’est toi qui a voulu rester ici.
-Oui mais… c’est pas à cause de ça. Comment il veut que je lui trouve un sujet pas ordinaire ici ? Il veut que j’interviewe une vache ? Quoique je me demande s’il considérerait ça comme hors du commun. »
Bobby but une autre gorgée de son café alors que Sam contemplait sa tasse d’un air intéressé. Le vieux chasseur aurait voulu l’aider mais…
Réalité et imaginaire ne doivent en aucun cas se rencontrer.
Qui plus est pour ce gamin qu’il avait élevé. Si le vieil homme avait eu un enfant, jamais il ne l’aurait entraîné avec lui dans sa misère. Donc, il ne le ferait pas avec son neveu.
« Tu n’aurais pas une idée ? »
Le cœur du chasseur endurci ne put que se réchauffer face au regard empli d’espoir que lui lança son neveu derrière sa frange trop longue. C’était dans ces moments-là que Bobby était heureux d’avoir un semblant de famille grâce à Sam. Néanmoins, il s’en voulut de ne pas répondre à ses attentes.
« Désolé, gamin, mais je n’ai rien qui puisse t’aider.
-J’aurai dû m’en douter… »
Tout en disant ces mots, Sam enfouit sa tête au creux de ses bras, posés sur la table. Bobby en profita pour faire un contrôle rapide de la santé de son neveu. Seulement, plus il le fixait, plus il fronçait les sourcils.
« Dis-moi, tu as mangé ces derniers jours ? »
Le concerné releva aussi sec la tête.
« Ah…euh… oui ?
-Sam.
-Oui, Bobby. J’ai mangé.
-Quand ?
-Pardon ?
-Ton dernier repas. Tu l’as pris quand ?
-Je sais plus. Mais, c’est pas comme si…
-Quand ? Et ne me le fait pas répéter encore une fois.
-Hier matin, grimaça le plus jeune, j’ai bu un café et j’ai mangé une part de la tarte qu’avait faite Maman.
-Quand est-ce que tu comprendras qu’un grand gaillard comme toi, qui plus est qui réfléchit un peu trop pour son bien et qui court dans tous les sens, a besoin de manger correctement ? Hein, crétin ?
-Pardon, souffla Sam, penaud. »
Ce gamin était un véritable crève-cœur. Bobby se leva et sans plus attendre, se mit aux fourneaux. Il avait dans l’intention de lui préparer des pancakes, comme il avait l’habitude de faire lorsque son neveu venait chez lui. Ce dernier sourit en le voyant faire, signe qu’il s’en rappelait également. Il attrapa l’un des bouquins qui trainaient sur la table et le feuilleta.
« Sam, je t’ai déjà dit de ne pas toucher à ça, le réprimanda le chasseur.
-Tu n’arrives pas à te séparer de ces bouquins bizarres ?
-C’est toujours intéressant d’en connaître toujours un peu plus sur les croyances des peuples, tu ne crois pas ?
-Ouais, je suppose. Seulement, si ces créatures existaient, et pas seulement dans des croyances en tout genre, je n’aurai pas à chercher un quelconque sujet pour mon patron. J’en aurai déjà un de tout prêt. »
Le jeune homme se mit à lire l’ouvrage qu’il tenait, n’écoutant pas l’interdiction de son oncle. Celui-ci soupira mais, n’ajouta rien de plus. Il connaissait le caractère de son neveu et il savait également combien sa soif de connaissance était grande. Il n’avait pas besoin d’être devin pour comprendre que Sam avait déjà épuisé la moitié de sa bibliothèque. Il l’avait surveillé quand il venait chez lui et puis, il lui avait toujours posé tout un tas de questions sur les différentes bestioles présentes dans les livres qu’il lisait.
Il ne l’en avait pas empêché car cela l’avait toujours impressionné la manière dont le petit assimilait ce qu’il apprenait. Mais, jamais il ne lui avait avoué pour l’existence de ce monde-là.
Si seulement tu savais…
Une fois qu’il eut fini de préparer les pancakes, il déposa l’assiette sur la table et se réinstalla. Néanmoins, en voyant les sourcils froncés du jeune homme, le livre toujours en main, il ne put s’empêcher de penser que sa journée de tranquillité avait pris fin dès qu’il était entré dans sa demeure.
« Dis, Bobby, pourquoi … »
C’était parti. Toujours ses maudites questions. Son jour de repos allait lui sembler bien long
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Contrairement à ce qu’il avait pensé, son neveu n’avait pu rester toute la journée. Il avait plié les voiles, il y avait de cela deux heures, après avoir reçu un coup de fil du bureau. Bobby l’avait alors raccompagné à la porte et lui avait demandé de passer le voir d’ici quelques jours, afin qu’il s’assure de sa santé. Car, il le savait parfaitement : Sam ne prenait jamais soin de lui lorsqu’il était passionné par l’affaire sur laquelle il se trouvait, et ce, malgré la surveillance accrue de Donna. Bobby ne comptait plus le nombre de fois où il avait dû s’assurer de lui-même que le jeune homme n’oubliait pas de s’occuper de lui.
Après son départ précipité, le vieil homme s’était installé dans son canapé usé, les pieds sur la table. Il avait alors allumé le poste télévisé et le regardait depuis environ quinze bonnes minutes quand des coups résonnèrent. Le vieux chasseur tourna la tête en direction du vestibule, mais ne bougea pas pour autant. Les coups recommencèrent.
Dites-moi que je rêve. C’est pas possible…
Il décida de se lever quand il entendit que la porte n’allait plus tarder à céder si la personne ne se calmait pas dans l’immédiat.
« Mais, ça va pas de frapper comme ça ? Y a des manières à respecter quand on n’est pas chez soi. »
Bobby aurait voulu aller plus loin dans sa réprimande mais, il s’en empêcha. Devant lui, se tenait un jeune homme assez grand, mais plus petit que Sam. Il était brun, cheveux coupés courts, et avait des yeux verts. Entre autre, il portait généralement cette même veste en cuir, cadeau de son père.
« Dean ?
-Salut, Bobby.
-Qu’est-ce que tu viens faire ici ?
-J’avais envie de te voir. »
Le chasseur fronça les sourcils. Est-ce qu’il y avait marqué « Gros imbécile qui croit tout ce qu’on lui dit » sur son front ? Ou alors, ces gamins le prenaient vraiment pour un idiot.
« C’est ça. Et moi, je suis le Pape. »
Dean lui sourit franchement et entra à la demande de son ami. Ce dernier l’invita à s’asseoir sur l’une des chaises de la cuisine et lui proposa une bière qu’il accepta. Quand il revint s’installer en face de lui, Bobby lui demanda :
« Bon, qu’est-ce qu’il y a ?
-Mon patron m’a fait une demande assez bizarre aujourd’hui. Il veut que je lui trouve un sujet captivant. Je lui en ai proposé un direct mais, il l’a rejeté. Il m’a dit qu’il souhaitait un sujet qui sortait de l’ordinaire. »
Le plus âgé ne put s’empêcher de tiquer à ces mots.
C’est pas vrai… Il faut que je me tape l’autre à présent.
Si Sam travaillait en tant que reporter au Sioux Falls Journal, Dean l’était pour le Argus Leader. Les deux quotidiens, étant en rivalité, avaient entrainé dans leur sillage les deux gamins, même s’ils ne s’étaient encore jamais rencontrés. Sam Johnson et Dean Smith étaient deux noms très réputés dans le milieu du journalisme. Tout simplement parce que leurs articles faisaient sensation auprès du public. C’était pour cette raison que des grands journaux leur avaient fait des offres de promotion pour qu’ils viennent chez eux. Mais, ils avaient tous deux déclinés. Deux petits gars de Sioux Falls, deux adversaires et pourtant… ils partageaient déjà pas mal de choses : la passion du reportage, l’amour pour Sioux Falls et ses habitants et, peut-être aussi le fait qu’ils venaient le trouver lors de ses rares journées de congés.
En gros…des emmerdeurs.
Néanmoins, si Bobby connaissait Sam depuis sa naissance, il ne pouvait pas en dire autant de Dean, qui avait quatre ans de plus que son neveu. Ce dernier était arrivé en ville à l’âge de seize ans, quand il fut considéré comme un adulte par la loi et donc, capable de se diriger de lui-même. À Sioux Falls, il avait une grand-mère qui avait accepté de l’héberger, suite à la demande de sa fille et par conséquent, de la mère de Dean. Le père ne cessait de le battre et son épouse, qui en avait eu assez, l’avait envoyé là. Au début, l’adolescent était de nature assez violente, ne laissant personne l’approcher hormis sa grand-mère. Puis, un jour, alors qu’il se baladait, il s’est aventuré près de la casse de Bobby. Le chasseur l’avait alors aperçu déambulant parmi les nombreuses carcasses de voitures. Et, bizarrement, il s’était aperçu de l’intérêt du gosse pour la mécanique. Il lui avait alors appris deux-trois trucs lors de leur première rencontre qui avait enchanté Dean. Puis, finalement, le gamin était revenu le voir dès qu’il le pouvait. Bobby le laissait dans ces cas-là s’occuper de quelques voitures et notamment d’une Impala 67 qu’il avait rénové de fond en comble pour la conduire encore aujourd’hui.
À la suite de sa rencontre avec le vieil homme, Dean s’était calmé. Il était devenu plus ouvert avec les autres et ne cessait de faire des blagues qui laissaient à désirer des fois. Il avait même découvert au contact de Bobby une passion pour l’écriture et la lecture. Et, c’était en quelque sorte grâce à lui qu’il avait trouvé sa voie dans le journalisme.
Ce que le chasseur n’avait jamais compris était le fait que malgré le nombre de fois où ces gamins étaient venus chez lui, jamais au grand jamais ils ne s’étaient croisés. Allez savoir pourquoi. Et pourtant, il était certain qu’ils s’entendraient à merveille avec leurs foutus caractères.
Bobby sortit de ses pensées lorsque Dean lui avoua :
« Donc, je voulais savoir si tu avais une idée car là, je sèche.
-Tu as fait tout le tour de Sioux Falls ?
-Non, j’ai été cueillir des pâquerettes dans ta casse, lui répondit son vis-à-vis en roulant des yeux, Bien sûr que j’en ai fait le tour, trois fois. »
Et ils ne se sont pas croisés ? Incroyable.
« …me voie mal lui rapporter une interview avec une vache pour sujet. »
Définitivement les mêmes.
Ce fut au tour de Bobby de rouler des yeux.
« Déjà, il n’y a pas que des vaches à Sioux Falls. Et de deux, si tu sortais un peu de la ville pour voir ailleurs. Le monde ne se limite pas aux forêts de la ville.
-Peut-être mais, je bosse pour un journal qui se trouve ici. Pas pour un autre.
-Je ne te serai d’aucun secours, dans ce cas. »
Dean soupira.
« J’ai vraiment la poisse. Qu’est-ce qu’il peut bien lui prendre de me demander une chose pareille ?
-Tu n’as qu’à poser la question directement à ton patron, lui suggéra le plus âgé.
-J’y penserai, lui répondit Dean en jetant un coup d’œil à l’horloge murale de la cuisine, Oh, merde. Je vais être en retard. J’ai un article à boucler pour ce soir. Merci de ton aide, Bobby.
-J’ai rien fait… »
Mais, le jeune homme était déjà parti, sacoche en main.
Décidément … les mêmes.
Bobby se dirigea de nouveau vers son salon et s’affala dans son canapé, enfin heureux de pouvoir profiter de son jour de repos.
*********************************************
Deux jours s’étaient écoulés depuis la visite des deux gamins. Comme il s’y était attendu, il n’avait reçu aucun appel de la part de son neveu. Bobby releva les yeux de son bouquin pour regarder l’horloge murale. Il était près de quinze heures. Il fronça les sourcils.
Si d’ici une heure je n’ai aucun appel, je lui ferai passer l’envie de recommencer.
Il retourna à sa lecture. Il rassemblait diverses informations au cours de ses lectures dans le but d’apporter les renseignements que lui avait demandé un de ses amis chasseurs. Une demi-heure passa ainsi, et, Bobby continuait de lancer quelques coups d’œil à l’horloge. Soudain, quelqu’un frappa à sa porte. Le vieil homme se crût retourner à deux jours plus tôt. Les mêmes coups insistants…
Croyant qu’il s’agissait de Sam, il se dirigea rapidement dans le vestibule. Néanmoins, il eut l’heureuse surprise de se trouver non pas face à son neveu, et encore moins à Dean, mais, à une toute autre personne. Celle-ci était un homme qui devait approcher son âge, d’origine afro-américaine, et un peu plus grand que lui également en taille.
« Rufus ?
-Salut, Bobby, lui répondit son vis-à-vis en entrant chez lui.
-Je t’en prie, fais comme chez toi, fit Bobby agacé en refermant la porte. »
Il le suivit jusqu’à la cuisine où il le vit se diriger vers le réfrigérateur pour se prendre une bière. Ensuite, Rufus vint s’installer sur l’une des chaises et attendit que son ami en fasse de même.
« Je peux savoir ce qui t’amène ici ? Tu t’es trompé de chemin pour retourner dans le Vermont ?
-Ça aurait pu, mais non. Si je suis venu te voir, c’était pour te demander quel était le meilleur moyen pour éliminer un Pishtaco ?
-Je te demande pardon ?
-Un Pishtaco, répéta son ami sans se démonter, tu sais, cette sorte de croque-mitaine qui vit dans les Andes et, qui tuent les hommes pour les découper puis, dévorer leur graisse.
-Ferme-la, veux-tu ? Je sais très bien ce qu’est un Pishtaco. Mais, comme tu l’as si bien dit, ils vivent dans les Andes et au Pérou. Pourquoi tu t’intéresses à ça ?
-Et bien… J’étais tranquillement chez moi quand j’ai reçu un appel de Caleb. Cela faisait un moment que je lui avais pas parlé. On a discuté de pas mal de choses. Et, j’ai été très étonné de voir qu’il était un expert en…
-Abrège.
-Oh, pardon. Et, donc, il m’a demandé de m’occuper d’une chasse en Arizona, près de Show Low.
-C’est pas là qu’il y a la forêt de Tonto ?
-Si. Vu qu’il y avait personne de disponible, je m’y suis rendu. Une fois arrivé, j’ai fait quelques recherches mais, je ne trouvais pas ce que c’était. Du moins, jusqu’à ce que je tombe nez-à-nez avec la bestiole. Une putain de créature blanche qui avait une forme humaine mais qui était loin d’en être une. Elle était en train de bouffer le dernier gars qu’elle avait attrapé. Je lui ai tiré dessus, à cinq reprises avec des balles de sel. Elle est tombée raide morte, du moins, c’était ce que je pensais. Je suis parti chercher de quoi la faire cramer mais, à mon retour, elle n’était plus là. »
Bobby attendit une quelconque suite mais rien ne vint. À la place, il vit Rufus avaler une gorgée de sa bière. Le vieux chasseur leva les yeux au ciel avant de demander, sur un ton pressant :
« Et ? Elle est où maintenant ?
-C’est là, que ça devient plus drôle. Je suis resté en ville pendant près de deux semaines et rien. Je ne savais pas où elle avait disparu. J’ai donc quitté l’Etat et continué ma route jusqu’à Lincoln, dans le Nebraska, afin de trouver Caleb. On a bien discuté de nouveau. Il m’a épaté en me sortant une de ses bouteilles de …
-Je veux pas savoir. Continue.
-Et, on a discuté de la chasse. On a fait quelques recherches mais, il n’y avait plus rien. C’était comme si elle n’avait jamais existé. J’ai donc repris ma route pour le Vermont, quand bizarrement, je me suis aperçu que quelque chose clochait.
-Je vais te dire ce qui clochait. Le Pishtaco ne peut pas s’être volatilisé. Il n’y a que deux possibilités. Soit il est retourné en Amérique du Sud, soit… »
L’évidence se fit alors dans l’esprit de Singer. Si son ami était venu le trouver, ce n’était que parce qu’il avait un réel problème sur les bras. Il passa sa main dans ses cheveux, sous sa casquette, alors qu’il soupirait.
« Ne me dis pas que…
-Si, lui répondit le principal concerné, J’ai ce foutu Pishtaco qui me suit depuis l’Arizona. Je crois que c’est parce qu’il m’en veut de l’avoir touché mais bon…
-Tu pouvais pas me le dire plus tôt au lieu de te la couler douce ?»
Il reçut en simple réponse, un immense sourire de son interlocuteur, qu’il se permit de fusiller du regard.
Est-ce que je peux le tuer de mes mains, cet imbécile ?
Il se leva pour récupérer un bouquin quand, il s’immobilisa soudainement.
« Elle est où ta copine du coup ?
-Je sais pas. Surement en train de guetter les environs.
-J’espère qu’elle va continuer, qu’on ait le temps de trouver le moyen de la liquider. »
Une dizaine de minutes s’écoulèrent avant que Bobby ne revienne dans la cuisine où Rufus n’avait pas bougé.
« Il faut l’asperger de sang d’animal et de sel avant de la faire cramer.
-Je veux bien mais on le trouve où ton animal ?
-Tu vas le chercher. Tu prends du sang de mouton de préférence, ça marche mieux.
-Ah non, je touche pas à ça.
-Soit tu te dépêches de te rendre dans la boucherie la plus proche avant que je ne t’y envoies avec une décharge de sel dans le derrière, soit tu repars de chez moi et tu te débrouilles avec ta copine. »
Rufus regarda son ami et se prépara à répliquer lorsque des coups furent frappés à la porte. Les deux chasseurs se regardèrent.
« Ils ont dit dans tes bouquins si elle savait frapper aux portes ? tenta l’afro-américain. »
Bobby leva les yeux au ciel et se dirigea dans le vestibule. Il ouvrit le battant en bois et découvrit alors son neveu.
« Sam ?
-Oui, je sais. Je ne t’ai pas appelé comme j’aurai dû le faire. Et oui, je suis venu te demander de l’aide car, je n’ai toujours pas trouvé un quelconque sujet pour mon article.
-Tu ne peux pas repasser plus tard ? s’enquit le chasseur.
-Si tu veux mais…
-Je crois pas que ce soit une bonne idée, Bobby, fit Rufus depuis la cuisine, Elle est là. »
L’interpellé tourna la tête vers sa droite et il eut juste le temps d’apercevoir la créature avant que celle-ci ne se cache derrière un monticule de carcasses de voitures.
« Merde. Entre, ordonna-t-il à Sam.
-Non, si tu es occupé, je peux …
-Entre et tout de suite. »
Le jeune homme ne se le fit pas dire plusieurs fois. Il ne valait mieux pas s’opposer à son oncle quand il employait ce ton-là. Habituellement, Sam aurait été tenté de ne pas l’écouter mais, il avait su percevoir l’inquiétude et un certain stress dans la voix de Bobby. Il se rendit dans la cuisine, suivi par celui-ci. Là, il y découvrit un autre homme qui guettait depuis la fenêtre de la pièce.
« La prochaine fois que tu me fais un tel coup, Rufus, je te promets de te tirer dessus.
-J’avais besoin d’aide, clama le concerné.
-Maintenant, on a un autre problème sur les bras.
-Ce n’est pas un problème, réfuta l’afro-américain en regardant le nouvel arrivant, On le protégera, t’en fais pas. »
Bobby partit dans une autre pièce pour en revenir avec des armes qu’il déposa sur la table de la cuisine. Rufus n’avait toujours pas bougé de son poste. Sam, quant à lui, n’osait pas quitter l’embrasure de la cuisine.
« On a tout ce qu’il faut là.
-Sauf le sang d’animal.
-Merci de cette précision, Rufus. Il nous faut trouver un moyen pour en récupérer rapidement et sans que la bestiole ne s’en doute.
-De quoi vous parlez ? demanda Sam, les sourcils froncés, De quelle bestiole vous… »
Un cri l’empêcha d’aller plus loin dans sa réplique. Aussitôt, les deux chasseurs attrapèrent une arme chargée en sel, et s’apprêtèrent à sortir de la demeure.
« Sam, tu ne bouges pas de là.
-Mais…
-Tu ne bouges pas. »
Le jeune homme patienta quelques minutes avant que des coups de feu retentirent. Presqu’immédiatement, il se rendit à l’extérieur. Il vit alors son oncle revenir avec un autre homme qu’il n’avait pas encore vu et, Rufus qui surveillait leurs arrières.
« SAM, RENTRE, hurla Bobby. »
Mais, l’appelé ne bougea pas. Derrière le groupe, se trouvait une créature d’une laideur inimaginable et blanche mais avec des proportions humaines. Un autre coup de feu fut tiré et la bestiole disparut aussi sec, non sans avoir poussé un cri de douleur. Bobby poussa l’inconnu sous le porche tandis qu’il attrapait le bras de son neveu pour qu’il les suive.
Une fois à l’intérieur, Rufus ferma la porte et les rejoignit dans le salon. Là, il trouva Sam, assis au sol et accolé à la bibliothèque de son oncle, qui vérifiait depuis la fenêtre qu’ils étaient en sécurité, et enfin, le nouvel arrivant qui s’était écroulé sur l’un des fauteuils. Lorsque Bobby fut assurer qu’aucun danger ne les guettait pour le moment, il se tourna vers son neveu.
« Tu peux me dire ce que tu ne comprends pas dans "Sam, tu ne bouges pas de là" ou encore dans "Sam, rentre", hein ?
-J’ai entendu des coups de feu. Je ne savais pas d’où ça venait, c’est pour ça que je suis sorti. Je pensais que c’était toi qui te faisais tirer dessus.
-Bobby est plutôt du genre à tirer sur les autres qu’à en recevoir, plaisanta Rufus. »
Il ne reçut pour réponse que deux regards noirs de la part de Sam et Bobby. L’afro-américain se renfrogna et se plaça à la fenêtre.
« Et toi ? Que fais-tu là ? s’enquit son ami en se tournant vers l’inconnu.
-Excuse-moi de vouloir venir te voir pour demander conseil.
-Mais, vous avez vraiment le don, vous deux, de venir au mauvais moment. Vous êtes peut-être les meilleurs reporters de cette ville mais, qu’est-ce que vous êtes emmerdeurs. »
À ces mots, les deux jeunes hommes se dévisagèrent.
« Alors, c’est toi, Sam Johnson ? Depuis le temps que…
-Les présentations pour plus tard, tu veux, l’engueula le vieux chasseur, Rufus, il y a du sel dans la cuisine.
-J’y vais.
-Je n’y suis pour rien dans cette histoire, moi, plaida Dean.
-C’est ça. Tu n’avais qu’à choisir un autre jour pour venir.
-Sache que je ne serai pas venu si j’avais su qu’il y avait du monde chez toi et surtout qu’il y avait une telle bestiole…
-C’est un Pishtaco, répliqua Sam. »
Rufus, qui était revenu dans la pièce, et les deux autres le fixèrent, surpris. Celui-ci, la tête appuyait contre la bibliothèque, s’en aperçut.
----------La Suite dans le prochain post-----------
Re: Concours #19 : Les Votes
Suite Fic 4 :
« Quoi ?
-T’es un chasseur ? demanda Rufus.
-Surement pas. Il le sait parce qu’il a lu la majorité des ouvrages de ma bibliothèque.
-Je me disais aussi que c’était bizarre que tu gardes tout ça, continua le plus jeune de tous, Donc, ça veut dire que les loups-garous, les vampires et toutes les autres créatures existent aussi ?
-Ouais.
-Vous êtes fous, répliqua Dean, Ce sont des contes pour enfants. Jamais…
-Et la bestiole que tu as vu dehors ? Tu crois qu’elle s’est échappée de la centrale nucléaire ? s’énerva Bobby, Bon, nous avons toujours besoin de ce sang et…
-Et si on s’occupait de garder le Pishtaco au loin pendant que les gamins vont en chercher ? proposa son ami. »
Bobby se tourna alors vers les deux gamins en question. Ces derniers en faisaient de même.
« Nous avons besoin d’aide, leur dit-il.
-Je crois qu’on avait remarqué, Bobby, lui répondit Dean.
-Il faudrait que vous sortiez par la porte de derrière et que vous vous rendiez aux champs qui se trouvent un peu plus loin. Vous devez ramener du sang de mouton. Vous saurez y arriver ?
-Mais, ce sont les bêtes de Monsieur Adams. On peut pas faire ça.
-C’est ça ou on meurt tous, Sam.
-Où sont les outils à utiliser ? »
Tous regardèrent Dean qui venait de parler. Son ami lui tendit un bocal et un couteau.
« T’y arriveras ? »
Le jeune homme hocha la tête.
« Bien. Vous sortirez par l’arrière. Elle ne vous verra pas ainsi. Vous savez vous servir d’une arme à feu ?
-Non, répondit Dean.
-Oui, fit Sam.
-Comment ? s’enquit Rufus.
-Mon père chassait. Je le regardais faire quand il s’entraînait.
-Regarder ne veut pas dire savoir s’en servir, répliqua le chasseur. »
Bobby ne dit rien. Si Sam avait vu son père s’exerçait, cela suffisait. En général, il suffisait que son neveu ait observé une seule fois pour reproduire certains gestes. Et, c’est ce qu’il fit. Il prit le Beretta de ses mains et commença à retirer le chargeur, le contrôler au niveau des balles, le remettre en place, puis, tirer dans le mur le plus proche.
La cartouche de sel explosa contre le mur, suite au choc, laissant une marque assez conséquente.
« Désolé, Bobby. Je te réparerai ça.
-Tu as intérêt, grommela le chasseur, Maintenant que tout est mis au clair, on se prépare. Plus vite on en aura fini, mieux ce sera. »
Tous acquiescèrent et se mirent en place. Cinq bonnes minutes plus tard, Rufus donna le signal et les deux reporters quittèrent la demeure par l’arrière. Bobby surveillait les arrières, prêt à intervenir en cas de problème. Un coup de feu fut tiré de l’autre côté où se trouvait son ami quand Sam et Dean disparurent au coin de la casse, en direction du fameux pré. Il s’en alla prêter main forte à Rufus, tout en espérant que la bestiole n’irait pas chercher les deux gosses.
**********************************
Sam et Dean avaient couru le plus rapidement possible en-dehors de la casse pour rejoindre le plus rapidement possible la route. Une fois fait, ils continuèrent de courir jusqu’aux prés mentionnés par Bobby. Ils se cachèrent dans les fourrages afin d’observer les environs. Dean se tourna vers son vis-à-vis qui s’était accroupi pour reprendre son souffle.
« Alors comme ça, tu es le neveu de Bobby ?
-Je ne crois pas que ce soit le moment de parler de ça. On fera plus ample connaissance, si tu veux, après qu’on en ait fini avec ça. »
Le jeune Smith acquiesça et retourna à son poste.
« Je crois que c’est bon, affirma Sam, il n’y a personne et il faut dire que le père Adams n’est plus très jeune. »
Dean s’apprêtait à se rendre auprès du mouton le plus proche quand Sam l’attrapa par le poignet.
« Qu’est-ce que tu fais ? s’énerva le plus vieux des deux.
-Tu comptes faire quoi, là ?
-Me rendre auprès du mouton le plus proche et le tuer avec le couteau. »
Le plus jeune rigola, ce qui ne plut pas à son coéquipier.
« Je peux savoir ce qui te fait rire ?
-Je vois que t’as jamais tenté d’approcher des moutons. La meilleure façon pour le tuer sans perdre de temps à lui courir après est d’utiliser une arme à feu, je crois. »
Et, sans attendre sa réponse, Sam pointa son arme sur l’une des bêtes qui semblait assez vieille et lui tira dessus. L’animal s’effondra aussitôt, mort, tandis que les autres partaient au loin, affolés d’un quelconque danger. Les deux hommes sortirent de leur cachette et Dean s’occupa de prélever le sang dans son bocal.
« C’est dégoutant, ne put s’empêcher de dire Sam.
-Pas plus que de tirer sur une pauvre bête sans défense, ironisa Dean. »
Une fois la tâche effectuée, ils amenèrent la bestiole dans le bois proche et repartirent en direction de la demeure de Bobby, non sans se demander comment ils comptaient utiliser ce sang.
******************************************
« Ils en mettent du temps, râla Rufus en rentrant à l’intérieur de la demeure, T’es sûr qu’ils sont du coin ?
-Laisse leur un peu de temps.
-On en a pas.
-Tu n’avais qu’à pas ramener cette saleté chez moi. »
Un coup de feu retentit depuis l’arrière de la demeure et les deux chasseurs se rendirent immédiatement vers la source. Là, ils trouvèrent les deux reporters qui couraient vers eux.
« Rentrez, dépêchez-vous, leur intima Bobby en les poussant à l’intérieur tandis que son ami tirait en direction du Pishtaco. »
Ils se dirigèrent vers la cuisine où Dean posa le bocal sur la table, avant de se laisser tomber sur l’une des chaises. Sam en fit tout autant.
« Il fait de plus en plus de tentatives, remarqua Rufus.
-Ce qui veut dire ? s’enquit Dean.
-Qu’il ne va pas tarder à porter sa dernière attaque.
-Génial, on ne pouvait rêver mieux.
-Tu comptes en faire quoi du sang, Bobby ? demanda Sam.
-Il faut le mélanger avec du sel et ensuite, le lui jeter dessus.
-Et comment comptes-tu lui jeter ça dessus ?
-Quand j’en aurai l’opportunité, je le ferai.
-Vu sa rapidité, ça ne risque pas.
-Tu as une meilleure idée, peut-être, Sam ?
-On peut pas en faire des balles ?
-Pardon ?
-Vu qu’on arrive à le toucher avec des balles, on peut en créer à partir de ton mélange. Ainsi, on aura plus de chance que ta mixture arrive jusqu’au Pishtaco, non ? »
Bobby resta stupéfait par cette déduction à laquelle il n’avait pas lui-même pensé, pris dans le feu de l’action.
Ce gamin m’étonnera toujours.
Il demanda aux jeunes hommes de s’occuper de remuer le contenu du bocal avec le sel et à Rufus de les surveiller, pendant qu’il allait chercher les munitions à la cave. Lorsqu’il revint quelques minutes plus tard, il réalisa les cartouches avec le fameux mélange, sous les regards dégoutés des reporters.
Un coup d’œil à son ami chasseur et ils étaient fin prêt pour en finir avec cette histoire.
*************************************
Chacun des hommes avait une arme en main. Sam était disposé près de la fenêtre du salon, Dean l’était dans la cuisine, avec Bobby qui tenait un lance-flamme, et, Rufus était dans le vestibule. Tous attendaient que le Pishtaco se décide à les rejoindre. Cela dura un bon quart d’heure, quand Dean souffla :
« Il est peut-être parti.
-Je ne crois pas. Il m’aurait pas suivi dans trois Etats pour abandonner maintenant, répondit Rufus.
-Il doit juste attendre le bon… »
Bobby n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’une vitre explosa, suivi par des bruits de douleur et de chute. Les trois hommes se rendirent dans le salon où ils trouvèrent la bestiole au-dessus de Sam, qui avait malheureusement rencontré la bibliothèque et qui gisait au sol inconscient.
À l’entrée des trois autres dans la salle, le Pishtaco se retourna puis, se dirigea vers eux. Rufus tira par trois fois mais, son adversaire les esquiva, sans aucune difficulté. Il fallait dire qu’après le nombre de fois où il avait été touché, il avait eu le temps d’en apprendre un peu. Il envoya d’un simple coup valser le chasseur, qui passa au-travers de la porte d’entrée. Puis, la créature s’avança vers Dean qui tira en sa direction. Elle l’évita également mais, elle n’avait pas prévu que Bobby et Sam, qui s’était réveillé, la mitrailleraient en même temps. Lorsque les balles l’atteignirent, le Pishtaco hurla de mécontentement puis, de douleur quand Bobby l’incendia. Quelques secondes plus tard, il ne restait plus que des cendres.
« Occupe-toi de Sam pendant que je vais voir comment va Rufus, demanda le plus vieux à Dean, avant de partir au-dehors. »
Alors que le vieux chasseur sortait de la demeure, Dean se dirigea vers le jeune homme, accolé à la bibliothèque. Celui-ci avait laissé tomber son arme à ses côtés et avait fermé les yeux.
« Ça va ? s’enquit-il en s’accroupissant près de lui. »
N’obtenant pas de réponse de la part de l’intéressé, il posa l’une de ses mains dans les cheveux châtains du plus jeune, qui gémit doucement au touché.
« Sam ?
-Mmmh ?
-Eh, ça va ?
-J’ai l’impression que quelqu’un s’est amusé à me taper la tête à l’aide d’un marteau.
-C’est presque ça, ironisa Dean.
-Comment va-t-il ? demanda une voix bourrue. »
Bobby, qui venait de revenir dans la pièce, installa Rufus dans l’un des fauteuils. Ce dernier se frottait la jambe et Dean remarqua qu’à cet endroit-là, une tâche de sang s’étendait sur son pantalon. Son vieil ami arriva à leurs côtés et le reporter s’écarta légèrement du jeune blessé.
Aussitôt, l’oncle posa une main sur la joue droite de Sam et l’autre dans ses cheveux.
« Sammy ?
-Mmh ? Quoi ?
-Je veux que tu ouvres les yeux et que tu me dises combien vois-tu de doigts. Ok ?
-Vais tenter… »
Le jeune homme ouvrit doucement les yeux avant de les refermer brusquement. Il avait l’impression que ses rétines brulaient au contact de la lumière.
« Sam ? »
Il refit la même manœuvre et réussit cette fois-ci à les garder semi-ouvertes. Il fixa quelques secondes les doigts que lui présentaient son oncle avant de finalement répondre :
« Deux ?
-Tu l’as dit au pif ?
-Non.
-Dean, va me chercher de la glace dans le congélateur. »
L’appelé partit s’en acquérir avant de revenir vers eux. Il aida son ami à relever le blessé et à le coucher sur le divan. Là, il plaça le bloc de glace sur l’arrière de la tête de l’alité tandis que Bobby revenait avec un verre d’eau et des pilules.
« Faut que tu prennes ça, Sam, le sollicita le vieil homme. »
Dean sourit lorsque le concerné grogna pour montrer son mécontentement quant à l’idée d’ouvrir ses yeux de nouveau. Il le regarda avaler ses médicaments avant de se rapprocher de lui, en s’asseyant sur la table basse, une fois que Bobby quitta sa place.
« Bon, on peut dire qu’on forme une bonne équipe, tous les quatre.
-On s’en fiche. Dernière fois que tu viens me voir avec l’un de tes amis aux fesses.
-Ok, ok, fit Rufus en levant les bras.
-Comment fait-on pour devenir chasseur ? »
Les deux plus vieux se tournèrent vers Dean qui avait posé la question. Sam, qui tenait toujours la glace sur sa tête, ouvrit les yeux légèrement.
« Pourquoi cette question ? demanda Bobby, méfiant.
-Ben… juste pour savoir. Et puis, il me faut un sujet exceptionnel pour mon reportage. Je me disais donc que…
-Que quoi ? Que tu allais étudier les bestioles qui n’existent que dans le monde imaginaire ? Et tu crois que je ne vous ai rien dit à propos de ce monde-là, pour quelle raison ? Hein, crétin ?
-J’en sais rien, avoua Dean, mais les gens ont besoin de savoir que le monde ne se limite pas au travail, à dormir, aux humains et aux animaux. Ils ont le droit de savoir que des monstres se cachent également dans les lieux qu’ils fréquentent chaque jour.
-Et tu crois qu’ils réagiront de quelle façon quand ils le sauront, gros malin ?
-Je…
-Il n’y a même pas besoin de réflexion. Ils vont paniquer. Les hommes ne doivent pas connaitre ce monde-là.
-Mais, on ne l’a pas mal pris, nous, et …
-Si je ne t’ai rien dit jusqu’à maintenant, comme à Sam, c’est bien parce que je ne souhaite pas vous voir impliquer de près comme de loin au surnaturel. Et, je te vois très bien venir avec ce genre de questions. Donc, non, je ne vous laisserai pas devenir des chasseurs et non, je ne vous permettrai pas de poursuivre une quelconque bestiole pour votre foutu reportage, à tous les deux. Me suis-je bien fait comprendre ?
-Ouais, grommela Dean.
-Sam ? »
Aucune réponse ne lui parvint de la part de son neveu. Bobby, s’en inquiétant, s’accroupit à ses côtés. Il posa sa main sur son front et en dégagea quelques mèches de devant ses yeux. Il sourit légèrement en le voyant dormir. Il attrapa le plaid qui trainait et l’en recouvrit. Puis, il se tourna vers Rufus et lui dit :
« Tu vas devoir bouger.
-Pourquoi ?
-Parce que je ne veux pas que tu le réveilles lorsque tu commenceras à boire ton whisky. »
Alors qu’il le voyait ouvrir la bouche pour argumenter, Bobby lui attrapa le bras et le souleva. Dean vint lui prêter main forte et sous les protestations du Rufus, ils l’amenèrent dans la cuisine.
------------La Suite dans le prochain post---------------
« Quoi ?
-T’es un chasseur ? demanda Rufus.
-Surement pas. Il le sait parce qu’il a lu la majorité des ouvrages de ma bibliothèque.
-Je me disais aussi que c’était bizarre que tu gardes tout ça, continua le plus jeune de tous, Donc, ça veut dire que les loups-garous, les vampires et toutes les autres créatures existent aussi ?
-Ouais.
-Vous êtes fous, répliqua Dean, Ce sont des contes pour enfants. Jamais…
-Et la bestiole que tu as vu dehors ? Tu crois qu’elle s’est échappée de la centrale nucléaire ? s’énerva Bobby, Bon, nous avons toujours besoin de ce sang et…
-Et si on s’occupait de garder le Pishtaco au loin pendant que les gamins vont en chercher ? proposa son ami. »
Bobby se tourna alors vers les deux gamins en question. Ces derniers en faisaient de même.
« Nous avons besoin d’aide, leur dit-il.
-Je crois qu’on avait remarqué, Bobby, lui répondit Dean.
-Il faudrait que vous sortiez par la porte de derrière et que vous vous rendiez aux champs qui se trouvent un peu plus loin. Vous devez ramener du sang de mouton. Vous saurez y arriver ?
-Mais, ce sont les bêtes de Monsieur Adams. On peut pas faire ça.
-C’est ça ou on meurt tous, Sam.
-Où sont les outils à utiliser ? »
Tous regardèrent Dean qui venait de parler. Son ami lui tendit un bocal et un couteau.
« T’y arriveras ? »
Le jeune homme hocha la tête.
« Bien. Vous sortirez par l’arrière. Elle ne vous verra pas ainsi. Vous savez vous servir d’une arme à feu ?
-Non, répondit Dean.
-Oui, fit Sam.
-Comment ? s’enquit Rufus.
-Mon père chassait. Je le regardais faire quand il s’entraînait.
-Regarder ne veut pas dire savoir s’en servir, répliqua le chasseur. »
Bobby ne dit rien. Si Sam avait vu son père s’exerçait, cela suffisait. En général, il suffisait que son neveu ait observé une seule fois pour reproduire certains gestes. Et, c’est ce qu’il fit. Il prit le Beretta de ses mains et commença à retirer le chargeur, le contrôler au niveau des balles, le remettre en place, puis, tirer dans le mur le plus proche.
La cartouche de sel explosa contre le mur, suite au choc, laissant une marque assez conséquente.
« Désolé, Bobby. Je te réparerai ça.
-Tu as intérêt, grommela le chasseur, Maintenant que tout est mis au clair, on se prépare. Plus vite on en aura fini, mieux ce sera. »
Tous acquiescèrent et se mirent en place. Cinq bonnes minutes plus tard, Rufus donna le signal et les deux reporters quittèrent la demeure par l’arrière. Bobby surveillait les arrières, prêt à intervenir en cas de problème. Un coup de feu fut tiré de l’autre côté où se trouvait son ami quand Sam et Dean disparurent au coin de la casse, en direction du fameux pré. Il s’en alla prêter main forte à Rufus, tout en espérant que la bestiole n’irait pas chercher les deux gosses.
**********************************
Sam et Dean avaient couru le plus rapidement possible en-dehors de la casse pour rejoindre le plus rapidement possible la route. Une fois fait, ils continuèrent de courir jusqu’aux prés mentionnés par Bobby. Ils se cachèrent dans les fourrages afin d’observer les environs. Dean se tourna vers son vis-à-vis qui s’était accroupi pour reprendre son souffle.
« Alors comme ça, tu es le neveu de Bobby ?
-Je ne crois pas que ce soit le moment de parler de ça. On fera plus ample connaissance, si tu veux, après qu’on en ait fini avec ça. »
Le jeune Smith acquiesça et retourna à son poste.
« Je crois que c’est bon, affirma Sam, il n’y a personne et il faut dire que le père Adams n’est plus très jeune. »
Dean s’apprêtait à se rendre auprès du mouton le plus proche quand Sam l’attrapa par le poignet.
« Qu’est-ce que tu fais ? s’énerva le plus vieux des deux.
-Tu comptes faire quoi, là ?
-Me rendre auprès du mouton le plus proche et le tuer avec le couteau. »
Le plus jeune rigola, ce qui ne plut pas à son coéquipier.
« Je peux savoir ce qui te fait rire ?
-Je vois que t’as jamais tenté d’approcher des moutons. La meilleure façon pour le tuer sans perdre de temps à lui courir après est d’utiliser une arme à feu, je crois. »
Et, sans attendre sa réponse, Sam pointa son arme sur l’une des bêtes qui semblait assez vieille et lui tira dessus. L’animal s’effondra aussitôt, mort, tandis que les autres partaient au loin, affolés d’un quelconque danger. Les deux hommes sortirent de leur cachette et Dean s’occupa de prélever le sang dans son bocal.
« C’est dégoutant, ne put s’empêcher de dire Sam.
-Pas plus que de tirer sur une pauvre bête sans défense, ironisa Dean. »
Une fois la tâche effectuée, ils amenèrent la bestiole dans le bois proche et repartirent en direction de la demeure de Bobby, non sans se demander comment ils comptaient utiliser ce sang.
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« Ils en mettent du temps, râla Rufus en rentrant à l’intérieur de la demeure, T’es sûr qu’ils sont du coin ?
-Laisse leur un peu de temps.
-On en a pas.
-Tu n’avais qu’à pas ramener cette saleté chez moi. »
Un coup de feu retentit depuis l’arrière de la demeure et les deux chasseurs se rendirent immédiatement vers la source. Là, ils trouvèrent les deux reporters qui couraient vers eux.
« Rentrez, dépêchez-vous, leur intima Bobby en les poussant à l’intérieur tandis que son ami tirait en direction du Pishtaco. »
Ils se dirigèrent vers la cuisine où Dean posa le bocal sur la table, avant de se laisser tomber sur l’une des chaises. Sam en fit tout autant.
« Il fait de plus en plus de tentatives, remarqua Rufus.
-Ce qui veut dire ? s’enquit Dean.
-Qu’il ne va pas tarder à porter sa dernière attaque.
-Génial, on ne pouvait rêver mieux.
-Tu comptes en faire quoi du sang, Bobby ? demanda Sam.
-Il faut le mélanger avec du sel et ensuite, le lui jeter dessus.
-Et comment comptes-tu lui jeter ça dessus ?
-Quand j’en aurai l’opportunité, je le ferai.
-Vu sa rapidité, ça ne risque pas.
-Tu as une meilleure idée, peut-être, Sam ?
-On peut pas en faire des balles ?
-Pardon ?
-Vu qu’on arrive à le toucher avec des balles, on peut en créer à partir de ton mélange. Ainsi, on aura plus de chance que ta mixture arrive jusqu’au Pishtaco, non ? »
Bobby resta stupéfait par cette déduction à laquelle il n’avait pas lui-même pensé, pris dans le feu de l’action.
Ce gamin m’étonnera toujours.
Il demanda aux jeunes hommes de s’occuper de remuer le contenu du bocal avec le sel et à Rufus de les surveiller, pendant qu’il allait chercher les munitions à la cave. Lorsqu’il revint quelques minutes plus tard, il réalisa les cartouches avec le fameux mélange, sous les regards dégoutés des reporters.
Un coup d’œil à son ami chasseur et ils étaient fin prêt pour en finir avec cette histoire.
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Chacun des hommes avait une arme en main. Sam était disposé près de la fenêtre du salon, Dean l’était dans la cuisine, avec Bobby qui tenait un lance-flamme, et, Rufus était dans le vestibule. Tous attendaient que le Pishtaco se décide à les rejoindre. Cela dura un bon quart d’heure, quand Dean souffla :
« Il est peut-être parti.
-Je ne crois pas. Il m’aurait pas suivi dans trois Etats pour abandonner maintenant, répondit Rufus.
-Il doit juste attendre le bon… »
Bobby n’eut pas le temps de terminer sa phrase qu’une vitre explosa, suivi par des bruits de douleur et de chute. Les trois hommes se rendirent dans le salon où ils trouvèrent la bestiole au-dessus de Sam, qui avait malheureusement rencontré la bibliothèque et qui gisait au sol inconscient.
À l’entrée des trois autres dans la salle, le Pishtaco se retourna puis, se dirigea vers eux. Rufus tira par trois fois mais, son adversaire les esquiva, sans aucune difficulté. Il fallait dire qu’après le nombre de fois où il avait été touché, il avait eu le temps d’en apprendre un peu. Il envoya d’un simple coup valser le chasseur, qui passa au-travers de la porte d’entrée. Puis, la créature s’avança vers Dean qui tira en sa direction. Elle l’évita également mais, elle n’avait pas prévu que Bobby et Sam, qui s’était réveillé, la mitrailleraient en même temps. Lorsque les balles l’atteignirent, le Pishtaco hurla de mécontentement puis, de douleur quand Bobby l’incendia. Quelques secondes plus tard, il ne restait plus que des cendres.
« Occupe-toi de Sam pendant que je vais voir comment va Rufus, demanda le plus vieux à Dean, avant de partir au-dehors. »
Alors que le vieux chasseur sortait de la demeure, Dean se dirigea vers le jeune homme, accolé à la bibliothèque. Celui-ci avait laissé tomber son arme à ses côtés et avait fermé les yeux.
« Ça va ? s’enquit-il en s’accroupissant près de lui. »
N’obtenant pas de réponse de la part de l’intéressé, il posa l’une de ses mains dans les cheveux châtains du plus jeune, qui gémit doucement au touché.
« Sam ?
-Mmmh ?
-Eh, ça va ?
-J’ai l’impression que quelqu’un s’est amusé à me taper la tête à l’aide d’un marteau.
-C’est presque ça, ironisa Dean.
-Comment va-t-il ? demanda une voix bourrue. »
Bobby, qui venait de revenir dans la pièce, installa Rufus dans l’un des fauteuils. Ce dernier se frottait la jambe et Dean remarqua qu’à cet endroit-là, une tâche de sang s’étendait sur son pantalon. Son vieil ami arriva à leurs côtés et le reporter s’écarta légèrement du jeune blessé.
Aussitôt, l’oncle posa une main sur la joue droite de Sam et l’autre dans ses cheveux.
« Sammy ?
-Mmh ? Quoi ?
-Je veux que tu ouvres les yeux et que tu me dises combien vois-tu de doigts. Ok ?
-Vais tenter… »
Le jeune homme ouvrit doucement les yeux avant de les refermer brusquement. Il avait l’impression que ses rétines brulaient au contact de la lumière.
« Sam ? »
Il refit la même manœuvre et réussit cette fois-ci à les garder semi-ouvertes. Il fixa quelques secondes les doigts que lui présentaient son oncle avant de finalement répondre :
« Deux ?
-Tu l’as dit au pif ?
-Non.
-Dean, va me chercher de la glace dans le congélateur. »
L’appelé partit s’en acquérir avant de revenir vers eux. Il aida son ami à relever le blessé et à le coucher sur le divan. Là, il plaça le bloc de glace sur l’arrière de la tête de l’alité tandis que Bobby revenait avec un verre d’eau et des pilules.
« Faut que tu prennes ça, Sam, le sollicita le vieil homme. »
Dean sourit lorsque le concerné grogna pour montrer son mécontentement quant à l’idée d’ouvrir ses yeux de nouveau. Il le regarda avaler ses médicaments avant de se rapprocher de lui, en s’asseyant sur la table basse, une fois que Bobby quitta sa place.
« Bon, on peut dire qu’on forme une bonne équipe, tous les quatre.
-On s’en fiche. Dernière fois que tu viens me voir avec l’un de tes amis aux fesses.
-Ok, ok, fit Rufus en levant les bras.
-Comment fait-on pour devenir chasseur ? »
Les deux plus vieux se tournèrent vers Dean qui avait posé la question. Sam, qui tenait toujours la glace sur sa tête, ouvrit les yeux légèrement.
« Pourquoi cette question ? demanda Bobby, méfiant.
-Ben… juste pour savoir. Et puis, il me faut un sujet exceptionnel pour mon reportage. Je me disais donc que…
-Que quoi ? Que tu allais étudier les bestioles qui n’existent que dans le monde imaginaire ? Et tu crois que je ne vous ai rien dit à propos de ce monde-là, pour quelle raison ? Hein, crétin ?
-J’en sais rien, avoua Dean, mais les gens ont besoin de savoir que le monde ne se limite pas au travail, à dormir, aux humains et aux animaux. Ils ont le droit de savoir que des monstres se cachent également dans les lieux qu’ils fréquentent chaque jour.
-Et tu crois qu’ils réagiront de quelle façon quand ils le sauront, gros malin ?
-Je…
-Il n’y a même pas besoin de réflexion. Ils vont paniquer. Les hommes ne doivent pas connaitre ce monde-là.
-Mais, on ne l’a pas mal pris, nous, et …
-Si je ne t’ai rien dit jusqu’à maintenant, comme à Sam, c’est bien parce que je ne souhaite pas vous voir impliquer de près comme de loin au surnaturel. Et, je te vois très bien venir avec ce genre de questions. Donc, non, je ne vous laisserai pas devenir des chasseurs et non, je ne vous permettrai pas de poursuivre une quelconque bestiole pour votre foutu reportage, à tous les deux. Me suis-je bien fait comprendre ?
-Ouais, grommela Dean.
-Sam ? »
Aucune réponse ne lui parvint de la part de son neveu. Bobby, s’en inquiétant, s’accroupit à ses côtés. Il posa sa main sur son front et en dégagea quelques mèches de devant ses yeux. Il sourit légèrement en le voyant dormir. Il attrapa le plaid qui trainait et l’en recouvrit. Puis, il se tourna vers Rufus et lui dit :
« Tu vas devoir bouger.
-Pourquoi ?
-Parce que je ne veux pas que tu le réveilles lorsque tu commenceras à boire ton whisky. »
Alors qu’il le voyait ouvrir la bouche pour argumenter, Bobby lui attrapa le bras et le souleva. Dean vint lui prêter main forte et sous les protestations du Rufus, ils l’amenèrent dans la cuisine.
------------La Suite dans le prochain post---------------
Re: Concours #19 : Les Votes
Suite Fic 4 :
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Sam ne se réveilla qu’aux alentours de dix-neuf heures. Il ouvrit légèrement les paupières avant de les fermer de nouveau. Il n’avait qu’une seule envie : retourner dormir. Seulement, en remarquant qu’il était couché sur le canapé dans le salon de son oncle, il se décida à se redresser. Là, il mit un certain temps à se rappeler pourquoi il avait mal à l’arrière de sa tête avant de se souvenir du Pishtaco et de sa rencontre avec la bibliothèque. Alors qu’il allait amorcer un geste pour se lever, Bobby entra dans la salle, suivi de Dean.
« Enfin réveillé ? lui demanda son oncle, je me demandais s’il ne valait mieux pas préparer la chambre d’amis.
-Désolé. J’ai dormi combien de temps ?
-Environ quatre heures.
-Tant que ça ?
-Ouais. Et avant que tu te lèves, je vais vérifier ta blessure. »
Sam se laissa faire. Bobby resta plusieurs minutes à regarder sa bosse sous toutes les coutures avant de finalement se tourner vers Dean qui s’était installé dans un autre fauteuil.
« Tu peux le ramener chez lui ?
-Bien sûr.
-Mais, c’est pas la peine, protesta le blessé.
-C’est ça, ironisa Bobby sous l’œil amusé de l’autre jeune homme, Tu as déjà du mal à garder tes paupières ouvertes. Oui, j’ai remarqué, continua-t-il sous le grognement de son neveu, Et comme je sais pertinemment que Donna t’attends pour diner, je ne peux pas te garder. De plus, je dois me rendre dans l’Etat voisin pour une affaire.
-Quoi ? Tu vas chasser ? Mais, tu viens à peine…
-C’est le boulot. Maintenant, je ne veux plus vous en entendre parler, tous les deux. Oubliez ce que vous avez vu à propos du surnaturel. Cela vaudra mieux pour vous. »
Il ne reçut pour toute réponse qu’un simple silence. Tout en poussant un soupir d’exaspération, il réitéra sa demande :
« Compris ?
-Oui, répondirent les deux reporters dans un même ensemble.
-Bien. Bon, pas que je n’aime pas votre compagnie mais, va falloir que vous partiez. Dean, en ce qui concerne Sam, tu le ramènes… »
À partir de là, Sam posa sa tête sur le dossier du canapé et ferma ses yeux. Il ne les rouvrit que lorsque Bobby le remua pour qu’il se lève. Il se rendit dans l’Impala, il ne sut pas comment. Dès que la porte du siège passager fut fermée, il colla son front à la vitre froide par la fraîcheur de la nuit. Il entendit vaguement son oncle les saluer et la Chevy démarrer.
Près de dix minutes plus tard, une main le secoua. Ne pouvait-il donc pas dormir comme il le souhaitait ?
« Quoi ? marmonna-t-il, en se frottant le visage.
-Tu es arrivé. »
Il observa la maison devant laquelle le véhicule de Dean était stationné. Il y avait de la lumière dans la cuisine. Sans aucun doute que Donna était en train de préparer le souper. Sam se tourna vers le conducteur qui lui sourit.
« Merci de m’avoir ramené.
-De rien. De toute façon, si je ne l’avais pas fait, Bobby m’en aurait fait voir de toutes les couleurs. Et puis… tu ne sembles pas être comme je me l’imaginais.
-C’est-à-dire ? demanda le jeune homme, curieux.
-Je dois t’avouer qu’avec tout ce que j’avais entendu sur toi, par mes collègues, et tes articles que je lisais, je t’avais imaginé comme quelqu’un d’arrogant, méprisant et j’en passe. Mais, il est vrai que tu as un certain talent. Néanmoins…
-Néanmoins, on ne peut pas s’empêcher de penser qu’il est impossible que quelqu’un d’autre que moi puisse écrire ainsi et encore moins du camp adverse, compléta Sam.
-Comment sais-tu ça ?
-Parce que je pensais la même chose de toi. Tu crois quoi ? Je t’avais jamais vu et on n’arrêtait pas de me dire combien tu étais un emmerdeur de première qui prend un air hautain et…
-Je suis pas comme ça, s’indigna Dean.
-Moi non plus. »
Ils se regardèrent avant de rigoler. Puis, Dean tendit sa main et dit :
« Je suis Dean Smith. Ravi de faire enfin ta connaissance.
-Sam Johnson. Egalement ravi de te rencontrer. »
Il se serrèrent les mains. Puis, le plus jeune s’apprêtait à ouvrir sa portière pour sortir de la voiture quand il stoppa son geste. Dean le regarda, surpris.
« Désolé, mais, je ne pense pas pouvoir te ramener chez moi. C’est un véritable bordel et…
-Tu dois faire un article qui sort de l’ordinaire, toi aussi ? le coupa Sam.
-Pardon ?
-Tout à l’heure, tu as bien dit que tu cherchais un sujet qui sortait de l’ordinaire pour un article.
-Ah oui. Mon patron m’a demandé d’en écrire un. Mais, il ne souhaite pas un sujet banal. Il veut quelque chose…
-D’exceptionnel.
-Oui, c’est ça. Pourquoi cette question ?
-Parce que mon patron m’en a également commandé un. »
Dean sourit légèrement.
« Il faut croire que les nouvelles entre les bureaux vont plutôt vite.
-Je le pense aussi.
-Bah, de toute façon, on ne peut rien faire. Bobby ne souhaite pas nous voir traquer des bestioles.
-Mais, il est parti.
-Oui, c’est vrai. Il est parti. N’empêche qu’il ne veut pas nous voir faire ça. »
Le plus âgé fixa quelques secondes son vis-à-vis avant de sourire plus grandement.
« Seulement, comme il est parti…
-Il ne pourra pas savoir ce que nous avons fait.
-Et, on pourra lui dire qu’on a inventé ces histoires.
-Sans pour autant révéler que c’est la réalité.
-Quand est-ce qu’on commence ?
-Demain ?
-Ok. Je viens te chercher ici à dix heures pétantes.
-Très bien. Par contre, vu qu’on est deux et qu’on doit pas écrire la même chose…
-On cherchera deux affaires qu’on résoudra ensemble. Pas de soucis. »
Sam le remercia et quitta la douce chaleur de la Chevy pour se rendre chez lui. Dean s’assura qu’il soit bien rentré avant de démarrer son véhicule et de partir à son tour.
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Le lendemain, lorsque l’Impala arriva devant la maison de Donna, Sam attendait déjà debout sur le trottoir. Il monta directement dans le véhicule, une fois celui-ci arrêté.
« Bonjour.
-Salut. Bien dormi ? s’enquit Dean, Ta blessure ne t’a pas dérangé ?
-Non, ça va.
-Bien. Où devons-nous aller ?
-Vu qu’on cherche une affaire qui sort de l’ordinaire, il me semble que la meilleure façon d’en trouver une est de nous rendre à la bibliothèque.
-C’est obligé ?
-Si nous voulons trouver des informations dans les journaux ou bien sur internet, et ce, sans être vu par des collègues, vu que nous travaillons sur des quotidiens rivaux, il me semble que c’est la seule façon, en effet. »
Dean soupira, ce qui lui valut un regard étonné de la part de son coéquipier.
« Quoi ? s’agaça-t-il.
-J’ai l’impression que tu n’es pas un friand de lieux emplis de livres, je me trompe ?
-Ce n’est absolument pas ça. J’aime lire et écrire grâce à Bobby. Cependant, je hais les recherches.
-Pourtant, c’est l’une des tâches du reporter.
-Peut-être, mais jusqu’à maintenant, je m’en suis toujours passé tant que je le pouvais. Et puis, il y a tellement de meilleurs moyens pour exécuter ce genre d’activités, sans pour autant avoir le besoin de chercher dans de nombreux livres, inutilement.
-Lesquels ? s’enquit Sam, curieux.
-Les bars et les femmes.
-Je vais faire comme si je n’avais rien entendu et on va se rendre dans cette bibliothèque.
-Oh, mais c’est que le petit Sammy est timide.
-Démarre. »
Le plus âgé fit un sourire malicieux avant de quitter le stationnement.
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Cela faisait à présent près de trois heures qu’ils se trouvaient dans cette fameuse bibliothèque. Dean avait réussi à s’octroyer quelques pauses afin de tenter de draguer la bibliothécaire et obtenir ainsi quelques informations. Il revenait souvent avec des articles qu’elle lui cédait ou lui trouvait, et tout cela sous l’œil exaspéré de Sam. Celui-ci avait passé son précieux temps à naviguer sur le net dans l’espoir de trouver des affaires non-résolues, mystérieuses et toujours en cours. Il commençait à en arriver à la limite de ce qu’il pouvait endurer notamment vis-à-vis de Dean qui ne faisait rien pour l’aider dans les recherches.
Ce n’est pas parce qu’il n’aime pas ça qu’il ne doit rien faire pour autant.
Il le vit revenir, du coin de l’œil, sourire aux lèvres et un dossier dans la main. Il prit un siège et s’installa près de lui.
« Hormis le fait que je suis enfin parvenu à soutirer le numéro de cette charmante bibliothécaire…
-J’en suis ravi pour toi, le coupa Sam, tout en continuant de faire défiler le texte à l’écran.
-Elle m’a donné un journal qui peut nous intéresser, poursuivit l’autre sans se préoccuper des paroles de son partenaire. »
Il le fit passer devant l’écran afin d’en boucher la vue à Sam qui finit par l’attraper et y jeter un coup d’œil. Il feuilleta quelques feuilles avant de s’arrêter sur l’une d’entre elles.
« Toutes les victimes ont eu le cœur arrachée ?
-Oui. Cet article dit que c’est la septième victime et que cela dure depuis plus de cinq mois. À chaque fois, le corps est vidé de son cœur et le plus étonnant est qu’ils aient tous été retrouvés à une date bien précise.
-Laquelle ?
-Le lendemain de la pleine lune. »
À ces mots, Sam écarquilla les yeux.
« Un loup-garou ?
-Il semblerait. Du moins, je ne suis pas un expert en chasse de créatures surnaturelles mais, je connais quelques histoires pour enfants sur les pleines lunes.
-J’avais lu un bouquin sur ça dans la bibliothèque de Bobby. Je me souviens qu’ils sont également appelés lycanthrope. Leur transformation est due normalement à une morsure d’un loup. Ce changement se réalise lors des pleines lunes. Les lycanthropes sont décrits le plus souvent comme étant des hommes-loups maléfiques possédant les capacités du loup et de l’homme à la fois. Par conséquent, ils ont une force colossale et une férocité si grande qu’ils sont capables de tuer plusieurs personnes en une seule nuit. Et généralement, ils ne se souviennent pas de leurs méfaits nocturnes après qu’ils aient repris leur véritable apparence. Il semblerait qu’ils soient également vulnérables à l’argent. Mais, je ne sais pas si c’est le cas pour les créatures surnaturelles que Bobby chassent. »
Quand il eut fini sa tirade, Sam décrocha son regard de l’écran pour fixer son interlocuteur. Ce dernier avait la bouche ouverte et ses sourcils froncés.
« Quoi ? s’enquit le plus jeune.
-Je me demande juste si tu n’as pas un ordinateur à la place du cerveau.
-Ah ah, j’en ris.
-Je vois ça, lui répondit Dean, son sourire revenu. Alors, comme ça, il y a un bouquin comme ça chez Bobby. On peut aller lui emprunter.
-Je ne crois pas qu’il sera heureux d’apprendre qu’on est en train d’enquêter sur une possible chasse alors qu’il nous a interdit de le faire.
-Mais, il n’en saura rien.
-Et comment comptes-tu entrer chez lui dans ce cas ? »
Un sourire malicieux s’étendit doucement sur les lèvres de Dean, faisant comprendre à Sam qu’il ne serait sans doute pas très ravi d’apprendre son idée.
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« Je maintiens que c’est une mauvaise idée.
-On a besoin du bouquin et Bobby n’est pas là, donc on n’a pas d’autres choix.
-Il va l’apprendre quand même…
-Et comment ?
-Peut-être parce qu’il y a un immense trou à la place de la vitre de sa cave ?
-Quel rabat-joie, tu fais. Tu ne peux pas te réjouir de mon plan astucieux plutôt ?
-Je me tâte plutôt de laisser un mot à Bobby pour qu’il ne s’embête pas à chercher celui qui a fait ça, rétorqua Sam. »
Dean roula des yeux et avança dans la maison du vieux chasseur absent. Sam le suivit, malgré tout. Ils se rendirent dans la bibliothèque et immédiatement, le plus jeune des deux rechercha le fameux livre pour lequel ils étaient venus. Après trois bonnes minutes, il le retira d’une des étagères bien remplies et le tendit à son partenaire. Celui-ci le prit et l’observa quelques secondes.
La couverture était ancienne, surement du XVIIème siècle. Les pages avaient jauni avec le temps et quelques pages avaient été au gout des souris, à la vue des quelques trous qu’il y avait.
« Bobby aime bien s’approvisionner en livre. Je sais que celui-là a été dur à acquérir puisqu’il avait été assez content quand il l’avait eu. Je me rappelle également qu’il avait râlé quant à son état mais, les écritures ayant été épargnées pour la majorité, cela ne l’avait pas plus que ça dérangé.
-J’ai toujours du mal à réaliser qu’on ne se soit jamais croisés alors que tu as l’air de t’y être trouvé autant que moi, voire plus, puisque tu es son neveu.
-Bah, on se serait taper dessus, sans aucun doute, pour s’être trouvés reporter dans un journal rival l’un et l’autre, plaisanta doucement Sam.
-Et, j’aurai surement gagné.
-C’est ça, Monsieur-je-réfléchis-pas-avant-de-chasser-un-mouton.
-Evidemment, Monsieur-je-m’assome-avec -une-bibliothèque.
-C’était pas ma faute. Je voudrais t’y voir, toi, avec un Pishtaco qui te balance contre un mur et on en rediscute après.
-Mais oui, Bitch.
-Jerk, répondit automatiquement Sam.
-Pardon ? Tu peux répéter ? Je crois avoir mal entendu. Jerk ?
-Tu m’as insulté de bitch, s’indigna le plus jeune, il est donc normal que j’en fasse de même.
-T’as de la chance qu’on travaille ensemble. Sinon, je me serai pas gêné pour te mettre une cuisante raclée. »
Sam rigola avant de repartir en direction de la cave, Dean sur ses talons. Ce dernier ne put s’empêcher de penser qu’il commençait à apprécier son partenaire. D’habitude, il était quelqu’un de solitaire, aimant batifoler avec les femmes mais, réputé pour ne pas avoir d’associé. Il aimait travailler seul. Seulement, le jeune homme avec lequel il se trouvait sur cette affaire ne cessait de le surprendre et il appréciait ça.
Je me demande ce que ça donnerait si on travaillait tous les deux sur un même article pour le même journal.
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Après qu’ils aient pris le livre de chez leur ami, ils avaient pris l’Impala et avaient fait route pour Mobridge, située alors à 368 kilomètres de Sioux Falls. Sam lisait le fameux bouquin pendant que Dean s’évertuait à chanter par-dessus Hell Bells d’AC/DC. Exaspéré et après une énième fausse note, le plus jeune lui demanda, d’un ton blasé :
« Peux-tu éteindre la musique ou bien arrête de chanter, s’il-te-plait.
-Je conduis et t’es pas bavard.
-T’as qu’à me laisser conduire et lire à ma place.
-Hors de question que tu touches à ma voiture. Tant que je serai vivant, personne d’autre que moi ne posera un seul doigt sur ce volant.
-C’est ça. Le jour où tu seras à moitié-mort, il faudra bien que quelqu’un y touche à ta voiture, marmonna Sam.
-Je t’ai entendu, répliqua son vis-à-vis en baissant le volume du poste radio.
-Merci.
-Bon, que dit ce merveilleux ouvrage que tu lis depuis notre départ ?
-Que j’avais raison. Les loups-garous doivent être tués par balle d’argent. On ne peut pas les distinguer avant la pleine lune, lui répondit-il en continuant de feuilleter l’œuvre.
-Et ?
-Et quoi ?
-Ils ressemblent aux méchantes bébêtes que l’on voit dans les films ? Grosses, poilues, des griffes…
-Non. Ils ne semblent pas être des loups à proprement dit. Ils sont humains avec quelques caractéristiques empruntées au loup comme les griffes, les dents pointues et les yeux en fente.
-Ça doit donner un mauvais mélange.
-Tu sembles te réjouir de cette affaire, remarqua le plus jeune.
-Pas toi ?
-Je ne sais pas…
-Imagine un peu l’article que tu pourras écrire avec une histoire pareille.
-Peut-être… mais, celui qui fait ça est un humain avant tout.
-Non. Il tue des personnes. Il ne fait plus partie de ce monde-là.
-Il peut ne pas en avoir conscience.
-Et alors ? Tu veux le laisser tranquille. Qu’il continue de tuer toute personne qui croise sa route jusqu’à la fin de sa vie.
-Bien sûr que non mais…il doit avoir une famille et…
-Ceux qui meurent aussi en ont une. »
Sam ne put que remarquer combien les arguments de Dean étaient vrais. Il ne pouvait plus rien avancer pour prendre la défense du pauvre malheureux qui était devenu un monstre sans pour autant le savoir réellement. Il soupira et tourna la tête sur le côté. La lune pratiquement pleine semblait le narguer du haut du ciel étoilé, et cela l’agaça.
« Ecoute, reprit Dean, je propose qu’on le trouve et qu’on l’observe dans un premier temps. En fonction de comment il agit, on décide de ce que l’on fait. Ok ?
-Ok. »
Un silence suivit durant quelques instants, seulement perturbé par les sons crachés par la radio.
« On en a pour longtemps encore ?
-Encore quelques heures.
-Combien de kilomètres restent-il encore ?
-Je dirai une bonne centaine. Pourquoi ?
-Pour rien, répondit le plus jeune en gigotant un peu sur son siège. »
Le conducteur roula des yeux avant de se concentrer de nouveau sur la route. Quand la Chevy dépassa le panneau indiquant qu’ils entraient à Redfield, Dean stoppa la voiture devant une station.
« Voilà. Va te dégourdir un peu les jambes pendant que je fais le plein. »
Sam lui sourit en réponse et quitta l’habitacle. Il se rendit dans le magasin tandis que son partenaire "nourrissait" l’Impala. Il s’appuya contre le coffre pendant qu’il observait le ciel. Il avait bien vu que son ami n’arrivait pas à rester en place dans la voiture depuis quelques kilomètres déjà. Quoi de plus normal avec un géant pareil qui ne pouvait pas étendre ses longues jambes.
Il le vit revenir du coin de l’œil alors qu’il reposait la pompe à essence.
« Tiens, lui fit le plus jeune en lui tendant un gobelet. »
Dean fut quelque peu surpris mais, accepta avec reconnaissance le verre. Il but quelques gorgées du fameux breuvage.
« Alors, t’as pu te dégourdir un peu les jambes ?
-Ouais, lui répondit son vis-à-vis, ça fait du bien.
-T’es pas un habitué des longs trajets, n’est-ce pas ?
-J’ai pratiquement jamais quitté Sioux Falls.
-Pardon ? demanda Dean, abasourdi.
-J’ai jamais quitté Sioux Falls, si ce n’est que pour la ville voisine. Mes parents sont morts dans un accident de voiture lorsque je n’avais que six ans. C’est Donna, une amie à Bobby, qui m’a adopté. Elle est un peu âgée et je me voyais mal la quitter. Et puis, Bobby aussi m’a bien aidé après ce drame donc, je ne peux pas dire que j’ai été malheureux, au contraire. Donc, oui, je suis un ignorant du monde extérieur. Tu peux le dire.
-Je n’allais pas dire ça, réfuta le plus vieux en terminant son café, je comprend même. »
Sam releva la tête vers lui en attendant la suite de l’histoire mais, elle ne vint pas de suite. Il le vit aller jeter son verre avant de revenir vers lui et de s’appuyer sur la Chevy, à ses côtés.
« Je suis arrivé à Sioux Falls quand j’avais seize ans environ. Mon père me battait souvent, presque tous les jours. Du coup, un jour ma mère a décidé de m’envoyer chez ma grand-mère. Je me rappelle qu’au début j’étais infect. Je l’insultais dès qu’elle m’approchait, je frappais tout ceux qui m’énervaient au bahut. Et, un jour, en me baladant, je suis arrivé à la casse de Bobby. Là, il m’a expliqué deux-trois trucs sur les voitures et j’ai aimé ça. Après, je venais pratiquement tous les jours le voir. J’ai fait quelques voyages pour écrire mes articles et en apprendre un peu plus sur notre société mais…
-Tu n’as pas réussi, non plus, à partir de Sioux Falls. »
Dean lui sourit un peu, en simple réponse, avant de regarder sa montre.
« On ferait mieux de reprendre la route si on veut être au plus tôt à Mobridge. »
Le plus vieux jeta son gobelet avant de partir payer l’essence tandis que Sam prenait place au siège passager. Il attendit quelques minutes avant que le conducteur revienne dans l’habitacle.
« Tiens.
-J’ai pas besoin de sucreries, lui répondit Sam.
-C’est pour que t’arrêtes de t’agiter sur ton siège pour les prochains kilomètres, ça me dérange.
-Et tu crois qu’en m’offrant des bonbons, ça va m’en empêcher ? Je suis pas un gosse. »
Son ami lui fit un énorme sourire en guise de réponse et le plus jeune se fit un immense plaisir de lui donner un taquet à l’arrière de la tête. Tout en rigolant, Dean mit le contact et l’Impala reprit son chemin.
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Le jeune Smith fut heureux lorsque la Chevy passa le panneau de Mobridge. Il regarda sa montre qui indiquait six heures du matin et soupira un peu en sachant pertinemment qu’il fallait qu’ils commencent dès maintenant pour leur affaire. Seulement, la première partie consistait à effectuer des recherches et il pouvait très bien laisser ce boulot à Sam, tandis qu’il se reposait un peu. D’ailleurs, il jeta un coup d’œil à son voisin, quelque peu recroquevillé, la tête appuyée contre la vitre. Il sourit légèrement avant de reporter son attention sur la route. Il stationna son précieux véhicule devant le premier motel qu’il avait trouvé, East Side Motel & Cabins.
Il sortit de l’Impala et se dirigea vers l’accueil de l’établissement, après avoir veillé à ce que Sam ne risquait rien. Il revint une bonne dizaine de minutes plus tard et ouvrit la porte du côté passager, espérant ainsi réveiller son coéquipier, en vain. Celui-ci avait bougé pendant son absence et sa tête ne reposait plus sur la vitre mais sur le dossier de son siège. Dépité, Dean lui secoua l’épaule doucement.
« Mmmh ?
-On est arrivés. Et, je me sentirai coupable si pendant que je te laissais dans la voiture, il t’arrivait quelque chose.
-Dis plutôt que t’as peur de ce que pourrait faire Bobby s’il apprenait ce qu’on fait et que par conséquent, il te faut quelqu’un pour t’aider à ne pas te tuer.
-C’est ça.»
Sam sortit de l’Impala, en se frottant les yeux. Il attrapa son sac et suivit Dean jusqu’à leur chambre. Lorsque la porte fut ouverte, il entra sans faire réellement attention. Ce ne fut que lorsqu’il se trouva assis sur l’un des deux lits de la pièce qu’il demanda :
« Tu as pris qu’une seule chambre ?
-Oui. Je pense que ce sera mieux pour discuter de l’affaire et peut-être aussi par précaution, vu qu’on sait pas trop à quoi s’attendre. »
Le jeune Johnson le regarda, surpris.
« Quoi ? s’exaspéra Dean.
-Non, rien.
-Qu’est-ce qu’il y a ? répéta le plus âgé.
-Je suis juste étonné que tu ais pris une telle initiative. Ayant vu comment tu agissais avec la gente féminine, je me suis dit que même pendant l’affaire, tu n’hésiterais pas à ramener dans ta chambre quelques demoiselles.
-Je ne suis pas comme ça, s’indigna son interlocuteur. »
Un regard bien appuyé de son vis-à-vis le fit vite changer d’avis.
« Ok. Je suis comme ça. Mais, je sais établir une frontière entre le boulot et les plaisirs quand il le faut. Donc, t’en fais pas. Je ne ramènerai pas de personne de bonne compagnie dans cette chambre. »
Sam acquiesça doucement avant de tirer son sac à lui et de sortir son ordinateur. Dean déposa ses affaires et s’allongea sur le lit le plus proche de la porte. Il ne savait pas pour quelle raison il agissait ainsi : prendre la même chambre, se placer près de la porte, veiller à ce que son coéquipier n’ait pas de souci… Du moins, il pensait que cela avait un rapport avec le fait qu’il avait toujours souhaité avoir un petit-frère, quelqu’un à protéger et, en quelque sorte, Sam représentait un peu ce rêve-là. Ce dernier, malgré qu’il soit un adulte, semblait avoir de temps à autre un comportement enfantin, qui amusait grandement le plus âgé. Et puis, il devait l’avouer, Dean aimait lorsqu’ils discutaient et plaisantaient ensemble. Cela faisait tellement longtemps qu’il ne s’était pas autant plu lors d’un reportage.
Il dut s’endormir quelques instants car une main ferme le secoua doucement. Il ouvrit les yeux et découvrit le visage de Sam, penché au-dessus de lui.
« Mmm…quoi ?
-Je voulais te dire que je me rendais à la bibliothèque et que j’allais en profiter aussi pour faire le tour des familles des victimes, dans l’espoir d’en apprendre un peu plus sur l’affaire.
-Ok. Laisse-moi me préparer et…
-Non. Je pense qu’il vaudrait mieux que tu te reposes pendant que je commence les recherches. Tu as conduit toute la nuit.
-Mais…
-T’en fais pas, je touche pas à ta chérie. Je te préviens si je trouve quelque chose. À tout à l’heure. »
Et, sans lui laisser le temps de lui répondre, Sam quitta la chambre, laissant un Dean médusé. Ce dernier soupira et se laissa tomber sur l’oreiller.
Décidément, ce gars m’étonnera toujours. Il lit dans les pensées ou quoi ?
Il rigola un peu avant de se rendormir, épuisé.
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Lorsque Dean se réveilla de nouveau, il mit quelques secondes à se souvenir où il se trouvait. Puis, quand il aperçut le lit vide à ses côtés, il se releva brusquement et fit un rapide tour de la chambre. Il jeta un coup d’œil au réveil posé sur la table de nuit qui indiquait qu’il était midi et demie largement dépassée.
J’ai dormi tant que ça ? Et où est Sam ?
Il attrapa son portable afin de le joindre mais, à ce moment-là, la porte d’entrée s’ouvrit, laissant apparaitre le jeune Johnson, les bras chargés de vivres.
« Bien dormi ? s’enquit le nouveau venu. »
Dean vint à sa rencontre et lui retira quelques sacs des bras qu’il déposa sur la table de la petite cuisine qu’ils avaient à leur disposition. Sam en fit de même avant de s’asseoir sur l’une des chaises et de sortir ses recherches effectuées dans la matinée. Il attrapa l’un des sachets et en sortit un hamburger et frites pour son ami tandis que lui s’était pris une salade.
« Ah, merci. Il n’y a rien de meilleur qu’un tel repas pour bien se remplir la panse. »
Alors qu’il mordait dans son sandwich, le plus jeune fit une grimace.
« Malors ? Qu’ech t’as chtrouvé ?
-…
-Sam ? l’appela Dean après avoir avalé sa bouchée.
-Pardon ?
-Alors, qu’as-tu trouvé ?
-Ah oui, excuse-moi. J’ai répertorié toutes les victimes qui sont décédées dans les mêmes circonstances, c’est-à-dire avec le cœur arraché.
-Et ?
-Cela dure depuis un an et demi. Chaque mois, une nouvelle victime est annoncée. Personne n’a encore fait le rapprochement. La dernière personne découverte est Abby Morin. Elle était âgée de dix-sept ans et habitait avec ses parents.
-C’est vraiment répugnant. Comment peut-on s’en prendre à une gamine ? »
Sam acquiesça doucement. Cela l’avait rendu malade de voir l’âge de la plupart des cibles.
« Tu as son adresse ? reprit son interlocuteur.
-Oui.
-Très bien. On va interroger ses parents.»
Seulement, en se levant, il remarqua que le jeune homme n’avait pas touché son repas. Il se rassit sous le regard surpris de l’autre.
« On ne devait pas y aller ?
-Après que tu ais mangé.
-Je n’ai pas très faim. Les recherches de ce matin m’ont coupé l’appétit.
-Mange.
-Je suis pas un gamin. »
Un regard noir de son ami le fit changer d’idées. Il prit sa fourchette en main et commença à déguster sa salade.
« Du coup… qu’est-ce qu’on va faire une fois arrivés là-bas ?
-Utiliser nos identités de reporters, les mettre en confiance et avoir quelques informations sur ceux qui auraient pu lui en vouloir.
-Ce n’est pas certain qu’ils acceptent de nous parler. Ils viennent de perdre leur fille.
-On tente. Mange maintenant. »
Sam fit une moue mais termina finalement son repas. Une heure plus tard, ils partaient. Dix minutes de plus et il sonnaient à la porte des Morin.
« Je ne sais pas si ça va vraiment marcher si on agit ainsi.
-On est reporters, Sam.
-Ils viennent de perdre leur fille. Ils sont surement encore sous le choc.
-Je sais que ce n’est pas vraiment des circonstances mais, c’est sans aucun doute dans un tel moment qu’on a plus de chance de les faire parler. »
Le plus jeune voulut lui répondre mais la porte s’ouvrit en même temps, laissant apparaître une jeune femme, âgée d’une vingtaine d’années. Elle avait des cheveux blonds bouclés qui lui tombaient sur les épaules et dont la couleur faisait ressortir ses yeux bleus. De taille fine avec de bonnes proportions, Sam tiqua un peu, sachant pertinemment que son coéquipier allait sortir le grand jeu. Un coup d’œil sur sa gauche et il vit son sourire charmeur.
« Bonjour, mademoiselle. Je suis désolé de vous déranger mais nous sommes reporters et pour une interview, nous avons …
-Excusez-moi mais, mes parents ont déjà tout dit à la presse.
-S’il-vous-plait. Nous ne serons pas long.
-Je viens de vous dire que…
-Alissa ? Qui est-ce ? demanda une voix plus grave.
-Ce n’est rien, Papa.
-Bonjour, fit le nouvel arrivant en poussant un peu plus la porte. »
Celui-ci était un peu plus petit que Dean. Il avait le crâne dégarni, les yeux marrons et les épaules carrées.
« Bonjour, mon…, commença le plus âgé des deux reporters.
-Bonjour, monsieur Morin, le coupa Sam, Nous sommes vraiment désolés de vous déranger dans de telles circonstances mais comprenez-nous. Si vous répondez à nos questions, nous ne pourrons que plus vous aider à coincer ce monstre qui a fait une telle horreur à votre fille. »
Dean jeta un coup d’œil à son collègue avant de reporter son attention sur la famille. Le père fit un signe à sa fille qui soupira avant de partir. La porte s’ouvrit entièrement et le patriarche se tourna vers les deux hommes.
« Entrez, je vous en prie.
-Merci beaucoup. »
Sam fit un sourire à son compagnon et, entra dans la demeure, Dean à sa suite. Cinq minutes plus tard, ils étaient installés dans le divan, les parents en face d’eux, dans un autre divan tandis que leur fille se trouvait sur un fauteuil.
« Que voulez-vous donc savoir ? s’enquit cette dernière, sur un ton agacé.
-Nous allons droit au but afin de ne pas vous déranger plus qu’il ne le faut, dit Sam en commençant à écrire sur un calepin, Savez-vous ce que votre fille faisait le soir de sa mort ?
-Elle travaillait, comme elle le faisait à chaque fois qu’elle avait fini les cours. Elle avait un petit boulot et ce soir-là… »
Le père s’arrêta tandis que les larmes lui montaient aux yeux. Ce fut Alissa qui reprit la parole.
« Elle était en retard quand Papa a décidé d’aller la chercher. Il l’a trouvé à deux rues d’ici. »
Les deux reporters grimacèrent. Un père ne devrait pas découvrir son enfant décédé de telle façon. C’était tout simplement cruel. Seulement, ainsi était la vie.
« Je suis désolé, fit Sam, C’est une chose que les parents ne devraient pas avoir à supporter.
-Dans ce cas-là, que faites-vous ici ? s’énerva Alissa, Vous pensez qu’ils n’ont pas eu assez de questions ? Vous croyez que ça les amuse de devoir se souvenir d’Abby et…
-Alissa, calme-toi, s’il-te-plait, lui intima sa mère en pleurant, ces messieurs ne font que leur travail.
-Mais…
-Alissa, hurla le père, cela suffit. Messieurs, continuez, je vous en prie. »
Le plus jeune hésita quelques instant avant de reprendre.
« Avait-elle un petit-ami ? Avait-elle de mauvaises fréquentations ?
-Qu’insinuez-vous ?
-Rien du tout, dit Dean, Je sais combien cela est dur pour vous. Seulement, nous sommes obligés de vous poser ce genre de questions.
-Elle n’avait pas de petit-ami, répondit Alissa.
-Et, c’était une gentille personne. Tout le monde l’appréciait. Elle aidait ceux qui en avaient besoin, travaillait en-dehors de ses cours et avait de bons résultats scolaires. Ses amis ne lui auraient jamais fait de mal.
-Vous ne voyez donc personne dans votre entourage qui aurait pu lui en vouloir ?
-Non.
-Même de votre côté à vous ? Je veux dire, vos collègues, vos patrons ou même vos amis ?
-Non. Comme l’a dit ma femme, Abby était appréciée de tout le monde. Elle n’a jamais eu aucun problème.
-Très bien. Dernière question et nous ne vous embêterons plus par la suite. L’avez-vous vu agir de manière étrange ces derniers temps ?
-Pas que je sache, répondit Monsieur Morin.
-Elle était plus craintive, fit en même temps sa fille, Elle m’a avoué craindre d’être suivie. Seulement, à chaque fois qu’elle regardait en arrière, il n’y avait personne.
-Vous ne l’avez pas crû ? s’enquit Dean.
-Une fois, je me trouvais avec elle lorsqu’elle a eu cette impression. Nous nous sommes retournées et il n’y avait personne. Pour m’en assurer, j’ai fait deux fois le tour du quartier. Il n’y avait rien. Après cet incident, elle ne m’en pas plus parlé.
-Vous croyez que cela a un lien ? s’inquiéta la mère.
-Je suis navré mais nous ne pouvons pas vous le confirmer avant de l’avoir vérifier. »
La famille acquiesça. La discussion dura encore quelques minutes avant que les jeunes reporters ne quittent la demeure. Juste avant de monter dans l’Impala, monsieur Morin les rejoignit.
« Oui ?
-Puis-je vous demander de me tenir informer de l’enquête, s’il-vous-plait ?
-Monsieur…
-Ma fille est morte. Je sais que vous êtes reporters mais… vous me semblez quelque peu différent de ceux qui sont venus jusqu’à présent. Pouvez-vous me tenir au courant, s’il-vous-plait ?
-Nous le ferons, si cela ne vous mets pas en danger, vous et votre famille. Mais, vous devez également promettre de ne rien faire d’insensé. »
Dean et son interlocuteur restèrent quelques secondes à se regarder dans les yeux avant que le dernier n’acquiesce doucement. Il lui tendit sa main.
« Merci beaucoup pour ce que vous faites. »
Le plus âgé des journalistes la lui serra et monta dans sa voiture. Sam reproduit les mêmes gestes et deux minutes plus tard, la Chevy partait.
------------La Suite dans le prochain post--------------
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Sam ne se réveilla qu’aux alentours de dix-neuf heures. Il ouvrit légèrement les paupières avant de les fermer de nouveau. Il n’avait qu’une seule envie : retourner dormir. Seulement, en remarquant qu’il était couché sur le canapé dans le salon de son oncle, il se décida à se redresser. Là, il mit un certain temps à se rappeler pourquoi il avait mal à l’arrière de sa tête avant de se souvenir du Pishtaco et de sa rencontre avec la bibliothèque. Alors qu’il allait amorcer un geste pour se lever, Bobby entra dans la salle, suivi de Dean.
« Enfin réveillé ? lui demanda son oncle, je me demandais s’il ne valait mieux pas préparer la chambre d’amis.
-Désolé. J’ai dormi combien de temps ?
-Environ quatre heures.
-Tant que ça ?
-Ouais. Et avant que tu te lèves, je vais vérifier ta blessure. »
Sam se laissa faire. Bobby resta plusieurs minutes à regarder sa bosse sous toutes les coutures avant de finalement se tourner vers Dean qui s’était installé dans un autre fauteuil.
« Tu peux le ramener chez lui ?
-Bien sûr.
-Mais, c’est pas la peine, protesta le blessé.
-C’est ça, ironisa Bobby sous l’œil amusé de l’autre jeune homme, Tu as déjà du mal à garder tes paupières ouvertes. Oui, j’ai remarqué, continua-t-il sous le grognement de son neveu, Et comme je sais pertinemment que Donna t’attends pour diner, je ne peux pas te garder. De plus, je dois me rendre dans l’Etat voisin pour une affaire.
-Quoi ? Tu vas chasser ? Mais, tu viens à peine…
-C’est le boulot. Maintenant, je ne veux plus vous en entendre parler, tous les deux. Oubliez ce que vous avez vu à propos du surnaturel. Cela vaudra mieux pour vous. »
Il ne reçut pour toute réponse qu’un simple silence. Tout en poussant un soupir d’exaspération, il réitéra sa demande :
« Compris ?
-Oui, répondirent les deux reporters dans un même ensemble.
-Bien. Bon, pas que je n’aime pas votre compagnie mais, va falloir que vous partiez. Dean, en ce qui concerne Sam, tu le ramènes… »
À partir de là, Sam posa sa tête sur le dossier du canapé et ferma ses yeux. Il ne les rouvrit que lorsque Bobby le remua pour qu’il se lève. Il se rendit dans l’Impala, il ne sut pas comment. Dès que la porte du siège passager fut fermée, il colla son front à la vitre froide par la fraîcheur de la nuit. Il entendit vaguement son oncle les saluer et la Chevy démarrer.
Près de dix minutes plus tard, une main le secoua. Ne pouvait-il donc pas dormir comme il le souhaitait ?
« Quoi ? marmonna-t-il, en se frottant le visage.
-Tu es arrivé. »
Il observa la maison devant laquelle le véhicule de Dean était stationné. Il y avait de la lumière dans la cuisine. Sans aucun doute que Donna était en train de préparer le souper. Sam se tourna vers le conducteur qui lui sourit.
« Merci de m’avoir ramené.
-De rien. De toute façon, si je ne l’avais pas fait, Bobby m’en aurait fait voir de toutes les couleurs. Et puis… tu ne sembles pas être comme je me l’imaginais.
-C’est-à-dire ? demanda le jeune homme, curieux.
-Je dois t’avouer qu’avec tout ce que j’avais entendu sur toi, par mes collègues, et tes articles que je lisais, je t’avais imaginé comme quelqu’un d’arrogant, méprisant et j’en passe. Mais, il est vrai que tu as un certain talent. Néanmoins…
-Néanmoins, on ne peut pas s’empêcher de penser qu’il est impossible que quelqu’un d’autre que moi puisse écrire ainsi et encore moins du camp adverse, compléta Sam.
-Comment sais-tu ça ?
-Parce que je pensais la même chose de toi. Tu crois quoi ? Je t’avais jamais vu et on n’arrêtait pas de me dire combien tu étais un emmerdeur de première qui prend un air hautain et…
-Je suis pas comme ça, s’indigna Dean.
-Moi non plus. »
Ils se regardèrent avant de rigoler. Puis, Dean tendit sa main et dit :
« Je suis Dean Smith. Ravi de faire enfin ta connaissance.
-Sam Johnson. Egalement ravi de te rencontrer. »
Il se serrèrent les mains. Puis, le plus jeune s’apprêtait à ouvrir sa portière pour sortir de la voiture quand il stoppa son geste. Dean le regarda, surpris.
« Désolé, mais, je ne pense pas pouvoir te ramener chez moi. C’est un véritable bordel et…
-Tu dois faire un article qui sort de l’ordinaire, toi aussi ? le coupa Sam.
-Pardon ?
-Tout à l’heure, tu as bien dit que tu cherchais un sujet qui sortait de l’ordinaire pour un article.
-Ah oui. Mon patron m’a demandé d’en écrire un. Mais, il ne souhaite pas un sujet banal. Il veut quelque chose…
-D’exceptionnel.
-Oui, c’est ça. Pourquoi cette question ?
-Parce que mon patron m’en a également commandé un. »
Dean sourit légèrement.
« Il faut croire que les nouvelles entre les bureaux vont plutôt vite.
-Je le pense aussi.
-Bah, de toute façon, on ne peut rien faire. Bobby ne souhaite pas nous voir traquer des bestioles.
-Mais, il est parti.
-Oui, c’est vrai. Il est parti. N’empêche qu’il ne veut pas nous voir faire ça. »
Le plus âgé fixa quelques secondes son vis-à-vis avant de sourire plus grandement.
« Seulement, comme il est parti…
-Il ne pourra pas savoir ce que nous avons fait.
-Et, on pourra lui dire qu’on a inventé ces histoires.
-Sans pour autant révéler que c’est la réalité.
-Quand est-ce qu’on commence ?
-Demain ?
-Ok. Je viens te chercher ici à dix heures pétantes.
-Très bien. Par contre, vu qu’on est deux et qu’on doit pas écrire la même chose…
-On cherchera deux affaires qu’on résoudra ensemble. Pas de soucis. »
Sam le remercia et quitta la douce chaleur de la Chevy pour se rendre chez lui. Dean s’assura qu’il soit bien rentré avant de démarrer son véhicule et de partir à son tour.
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Le lendemain, lorsque l’Impala arriva devant la maison de Donna, Sam attendait déjà debout sur le trottoir. Il monta directement dans le véhicule, une fois celui-ci arrêté.
« Bonjour.
-Salut. Bien dormi ? s’enquit Dean, Ta blessure ne t’a pas dérangé ?
-Non, ça va.
-Bien. Où devons-nous aller ?
-Vu qu’on cherche une affaire qui sort de l’ordinaire, il me semble que la meilleure façon d’en trouver une est de nous rendre à la bibliothèque.
-C’est obligé ?
-Si nous voulons trouver des informations dans les journaux ou bien sur internet, et ce, sans être vu par des collègues, vu que nous travaillons sur des quotidiens rivaux, il me semble que c’est la seule façon, en effet. »
Dean soupira, ce qui lui valut un regard étonné de la part de son coéquipier.
« Quoi ? s’agaça-t-il.
-J’ai l’impression que tu n’es pas un friand de lieux emplis de livres, je me trompe ?
-Ce n’est absolument pas ça. J’aime lire et écrire grâce à Bobby. Cependant, je hais les recherches.
-Pourtant, c’est l’une des tâches du reporter.
-Peut-être, mais jusqu’à maintenant, je m’en suis toujours passé tant que je le pouvais. Et puis, il y a tellement de meilleurs moyens pour exécuter ce genre d’activités, sans pour autant avoir le besoin de chercher dans de nombreux livres, inutilement.
-Lesquels ? s’enquit Sam, curieux.
-Les bars et les femmes.
-Je vais faire comme si je n’avais rien entendu et on va se rendre dans cette bibliothèque.
-Oh, mais c’est que le petit Sammy est timide.
-Démarre. »
Le plus âgé fit un sourire malicieux avant de quitter le stationnement.
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Cela faisait à présent près de trois heures qu’ils se trouvaient dans cette fameuse bibliothèque. Dean avait réussi à s’octroyer quelques pauses afin de tenter de draguer la bibliothécaire et obtenir ainsi quelques informations. Il revenait souvent avec des articles qu’elle lui cédait ou lui trouvait, et tout cela sous l’œil exaspéré de Sam. Celui-ci avait passé son précieux temps à naviguer sur le net dans l’espoir de trouver des affaires non-résolues, mystérieuses et toujours en cours. Il commençait à en arriver à la limite de ce qu’il pouvait endurer notamment vis-à-vis de Dean qui ne faisait rien pour l’aider dans les recherches.
Ce n’est pas parce qu’il n’aime pas ça qu’il ne doit rien faire pour autant.
Il le vit revenir, du coin de l’œil, sourire aux lèvres et un dossier dans la main. Il prit un siège et s’installa près de lui.
« Hormis le fait que je suis enfin parvenu à soutirer le numéro de cette charmante bibliothécaire…
-J’en suis ravi pour toi, le coupa Sam, tout en continuant de faire défiler le texte à l’écran.
-Elle m’a donné un journal qui peut nous intéresser, poursuivit l’autre sans se préoccuper des paroles de son partenaire. »
Il le fit passer devant l’écran afin d’en boucher la vue à Sam qui finit par l’attraper et y jeter un coup d’œil. Il feuilleta quelques feuilles avant de s’arrêter sur l’une d’entre elles.
« Toutes les victimes ont eu le cœur arrachée ?
-Oui. Cet article dit que c’est la septième victime et que cela dure depuis plus de cinq mois. À chaque fois, le corps est vidé de son cœur et le plus étonnant est qu’ils aient tous été retrouvés à une date bien précise.
-Laquelle ?
-Le lendemain de la pleine lune. »
À ces mots, Sam écarquilla les yeux.
« Un loup-garou ?
-Il semblerait. Du moins, je ne suis pas un expert en chasse de créatures surnaturelles mais, je connais quelques histoires pour enfants sur les pleines lunes.
-J’avais lu un bouquin sur ça dans la bibliothèque de Bobby. Je me souviens qu’ils sont également appelés lycanthrope. Leur transformation est due normalement à une morsure d’un loup. Ce changement se réalise lors des pleines lunes. Les lycanthropes sont décrits le plus souvent comme étant des hommes-loups maléfiques possédant les capacités du loup et de l’homme à la fois. Par conséquent, ils ont une force colossale et une férocité si grande qu’ils sont capables de tuer plusieurs personnes en une seule nuit. Et généralement, ils ne se souviennent pas de leurs méfaits nocturnes après qu’ils aient repris leur véritable apparence. Il semblerait qu’ils soient également vulnérables à l’argent. Mais, je ne sais pas si c’est le cas pour les créatures surnaturelles que Bobby chassent. »
Quand il eut fini sa tirade, Sam décrocha son regard de l’écran pour fixer son interlocuteur. Ce dernier avait la bouche ouverte et ses sourcils froncés.
« Quoi ? s’enquit le plus jeune.
-Je me demande juste si tu n’as pas un ordinateur à la place du cerveau.
-Ah ah, j’en ris.
-Je vois ça, lui répondit Dean, son sourire revenu. Alors, comme ça, il y a un bouquin comme ça chez Bobby. On peut aller lui emprunter.
-Je ne crois pas qu’il sera heureux d’apprendre qu’on est en train d’enquêter sur une possible chasse alors qu’il nous a interdit de le faire.
-Mais, il n’en saura rien.
-Et comment comptes-tu entrer chez lui dans ce cas ? »
Un sourire malicieux s’étendit doucement sur les lèvres de Dean, faisant comprendre à Sam qu’il ne serait sans doute pas très ravi d’apprendre son idée.
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« Je maintiens que c’est une mauvaise idée.
-On a besoin du bouquin et Bobby n’est pas là, donc on n’a pas d’autres choix.
-Il va l’apprendre quand même…
-Et comment ?
-Peut-être parce qu’il y a un immense trou à la place de la vitre de sa cave ?
-Quel rabat-joie, tu fais. Tu ne peux pas te réjouir de mon plan astucieux plutôt ?
-Je me tâte plutôt de laisser un mot à Bobby pour qu’il ne s’embête pas à chercher celui qui a fait ça, rétorqua Sam. »
Dean roula des yeux et avança dans la maison du vieux chasseur absent. Sam le suivit, malgré tout. Ils se rendirent dans la bibliothèque et immédiatement, le plus jeune des deux rechercha le fameux livre pour lequel ils étaient venus. Après trois bonnes minutes, il le retira d’une des étagères bien remplies et le tendit à son partenaire. Celui-ci le prit et l’observa quelques secondes.
La couverture était ancienne, surement du XVIIème siècle. Les pages avaient jauni avec le temps et quelques pages avaient été au gout des souris, à la vue des quelques trous qu’il y avait.
« Bobby aime bien s’approvisionner en livre. Je sais que celui-là a été dur à acquérir puisqu’il avait été assez content quand il l’avait eu. Je me rappelle également qu’il avait râlé quant à son état mais, les écritures ayant été épargnées pour la majorité, cela ne l’avait pas plus que ça dérangé.
-J’ai toujours du mal à réaliser qu’on ne se soit jamais croisés alors que tu as l’air de t’y être trouvé autant que moi, voire plus, puisque tu es son neveu.
-Bah, on se serait taper dessus, sans aucun doute, pour s’être trouvés reporter dans un journal rival l’un et l’autre, plaisanta doucement Sam.
-Et, j’aurai surement gagné.
-C’est ça, Monsieur-je-réfléchis-pas-avant-de-chasser-un-mouton.
-Evidemment, Monsieur-je-m’assome-avec -une-bibliothèque.
-C’était pas ma faute. Je voudrais t’y voir, toi, avec un Pishtaco qui te balance contre un mur et on en rediscute après.
-Mais oui, Bitch.
-Jerk, répondit automatiquement Sam.
-Pardon ? Tu peux répéter ? Je crois avoir mal entendu. Jerk ?
-Tu m’as insulté de bitch, s’indigna le plus jeune, il est donc normal que j’en fasse de même.
-T’as de la chance qu’on travaille ensemble. Sinon, je me serai pas gêné pour te mettre une cuisante raclée. »
Sam rigola avant de repartir en direction de la cave, Dean sur ses talons. Ce dernier ne put s’empêcher de penser qu’il commençait à apprécier son partenaire. D’habitude, il était quelqu’un de solitaire, aimant batifoler avec les femmes mais, réputé pour ne pas avoir d’associé. Il aimait travailler seul. Seulement, le jeune homme avec lequel il se trouvait sur cette affaire ne cessait de le surprendre et il appréciait ça.
Je me demande ce que ça donnerait si on travaillait tous les deux sur un même article pour le même journal.
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Après qu’ils aient pris le livre de chez leur ami, ils avaient pris l’Impala et avaient fait route pour Mobridge, située alors à 368 kilomètres de Sioux Falls. Sam lisait le fameux bouquin pendant que Dean s’évertuait à chanter par-dessus Hell Bells d’AC/DC. Exaspéré et après une énième fausse note, le plus jeune lui demanda, d’un ton blasé :
« Peux-tu éteindre la musique ou bien arrête de chanter, s’il-te-plait.
-Je conduis et t’es pas bavard.
-T’as qu’à me laisser conduire et lire à ma place.
-Hors de question que tu touches à ma voiture. Tant que je serai vivant, personne d’autre que moi ne posera un seul doigt sur ce volant.
-C’est ça. Le jour où tu seras à moitié-mort, il faudra bien que quelqu’un y touche à ta voiture, marmonna Sam.
-Je t’ai entendu, répliqua son vis-à-vis en baissant le volume du poste radio.
-Merci.
-Bon, que dit ce merveilleux ouvrage que tu lis depuis notre départ ?
-Que j’avais raison. Les loups-garous doivent être tués par balle d’argent. On ne peut pas les distinguer avant la pleine lune, lui répondit-il en continuant de feuilleter l’œuvre.
-Et ?
-Et quoi ?
-Ils ressemblent aux méchantes bébêtes que l’on voit dans les films ? Grosses, poilues, des griffes…
-Non. Ils ne semblent pas être des loups à proprement dit. Ils sont humains avec quelques caractéristiques empruntées au loup comme les griffes, les dents pointues et les yeux en fente.
-Ça doit donner un mauvais mélange.
-Tu sembles te réjouir de cette affaire, remarqua le plus jeune.
-Pas toi ?
-Je ne sais pas…
-Imagine un peu l’article que tu pourras écrire avec une histoire pareille.
-Peut-être… mais, celui qui fait ça est un humain avant tout.
-Non. Il tue des personnes. Il ne fait plus partie de ce monde-là.
-Il peut ne pas en avoir conscience.
-Et alors ? Tu veux le laisser tranquille. Qu’il continue de tuer toute personne qui croise sa route jusqu’à la fin de sa vie.
-Bien sûr que non mais…il doit avoir une famille et…
-Ceux qui meurent aussi en ont une. »
Sam ne put que remarquer combien les arguments de Dean étaient vrais. Il ne pouvait plus rien avancer pour prendre la défense du pauvre malheureux qui était devenu un monstre sans pour autant le savoir réellement. Il soupira et tourna la tête sur le côté. La lune pratiquement pleine semblait le narguer du haut du ciel étoilé, et cela l’agaça.
« Ecoute, reprit Dean, je propose qu’on le trouve et qu’on l’observe dans un premier temps. En fonction de comment il agit, on décide de ce que l’on fait. Ok ?
-Ok. »
Un silence suivit durant quelques instants, seulement perturbé par les sons crachés par la radio.
« On en a pour longtemps encore ?
-Encore quelques heures.
-Combien de kilomètres restent-il encore ?
-Je dirai une bonne centaine. Pourquoi ?
-Pour rien, répondit le plus jeune en gigotant un peu sur son siège. »
Le conducteur roula des yeux avant de se concentrer de nouveau sur la route. Quand la Chevy dépassa le panneau indiquant qu’ils entraient à Redfield, Dean stoppa la voiture devant une station.
« Voilà. Va te dégourdir un peu les jambes pendant que je fais le plein. »
Sam lui sourit en réponse et quitta l’habitacle. Il se rendit dans le magasin tandis que son partenaire "nourrissait" l’Impala. Il s’appuya contre le coffre pendant qu’il observait le ciel. Il avait bien vu que son ami n’arrivait pas à rester en place dans la voiture depuis quelques kilomètres déjà. Quoi de plus normal avec un géant pareil qui ne pouvait pas étendre ses longues jambes.
Il le vit revenir du coin de l’œil alors qu’il reposait la pompe à essence.
« Tiens, lui fit le plus jeune en lui tendant un gobelet. »
Dean fut quelque peu surpris mais, accepta avec reconnaissance le verre. Il but quelques gorgées du fameux breuvage.
« Alors, t’as pu te dégourdir un peu les jambes ?
-Ouais, lui répondit son vis-à-vis, ça fait du bien.
-T’es pas un habitué des longs trajets, n’est-ce pas ?
-J’ai pratiquement jamais quitté Sioux Falls.
-Pardon ? demanda Dean, abasourdi.
-J’ai jamais quitté Sioux Falls, si ce n’est que pour la ville voisine. Mes parents sont morts dans un accident de voiture lorsque je n’avais que six ans. C’est Donna, une amie à Bobby, qui m’a adopté. Elle est un peu âgée et je me voyais mal la quitter. Et puis, Bobby aussi m’a bien aidé après ce drame donc, je ne peux pas dire que j’ai été malheureux, au contraire. Donc, oui, je suis un ignorant du monde extérieur. Tu peux le dire.
-Je n’allais pas dire ça, réfuta le plus vieux en terminant son café, je comprend même. »
Sam releva la tête vers lui en attendant la suite de l’histoire mais, elle ne vint pas de suite. Il le vit aller jeter son verre avant de revenir vers lui et de s’appuyer sur la Chevy, à ses côtés.
« Je suis arrivé à Sioux Falls quand j’avais seize ans environ. Mon père me battait souvent, presque tous les jours. Du coup, un jour ma mère a décidé de m’envoyer chez ma grand-mère. Je me rappelle qu’au début j’étais infect. Je l’insultais dès qu’elle m’approchait, je frappais tout ceux qui m’énervaient au bahut. Et, un jour, en me baladant, je suis arrivé à la casse de Bobby. Là, il m’a expliqué deux-trois trucs sur les voitures et j’ai aimé ça. Après, je venais pratiquement tous les jours le voir. J’ai fait quelques voyages pour écrire mes articles et en apprendre un peu plus sur notre société mais…
-Tu n’as pas réussi, non plus, à partir de Sioux Falls. »
Dean lui sourit un peu, en simple réponse, avant de regarder sa montre.
« On ferait mieux de reprendre la route si on veut être au plus tôt à Mobridge. »
Le plus vieux jeta son gobelet avant de partir payer l’essence tandis que Sam prenait place au siège passager. Il attendit quelques minutes avant que le conducteur revienne dans l’habitacle.
« Tiens.
-J’ai pas besoin de sucreries, lui répondit Sam.
-C’est pour que t’arrêtes de t’agiter sur ton siège pour les prochains kilomètres, ça me dérange.
-Et tu crois qu’en m’offrant des bonbons, ça va m’en empêcher ? Je suis pas un gosse. »
Son ami lui fit un énorme sourire en guise de réponse et le plus jeune se fit un immense plaisir de lui donner un taquet à l’arrière de la tête. Tout en rigolant, Dean mit le contact et l’Impala reprit son chemin.
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Le jeune Smith fut heureux lorsque la Chevy passa le panneau de Mobridge. Il regarda sa montre qui indiquait six heures du matin et soupira un peu en sachant pertinemment qu’il fallait qu’ils commencent dès maintenant pour leur affaire. Seulement, la première partie consistait à effectuer des recherches et il pouvait très bien laisser ce boulot à Sam, tandis qu’il se reposait un peu. D’ailleurs, il jeta un coup d’œil à son voisin, quelque peu recroquevillé, la tête appuyée contre la vitre. Il sourit légèrement avant de reporter son attention sur la route. Il stationna son précieux véhicule devant le premier motel qu’il avait trouvé, East Side Motel & Cabins.
Il sortit de l’Impala et se dirigea vers l’accueil de l’établissement, après avoir veillé à ce que Sam ne risquait rien. Il revint une bonne dizaine de minutes plus tard et ouvrit la porte du côté passager, espérant ainsi réveiller son coéquipier, en vain. Celui-ci avait bougé pendant son absence et sa tête ne reposait plus sur la vitre mais sur le dossier de son siège. Dépité, Dean lui secoua l’épaule doucement.
« Mmmh ?
-On est arrivés. Et, je me sentirai coupable si pendant que je te laissais dans la voiture, il t’arrivait quelque chose.
-Dis plutôt que t’as peur de ce que pourrait faire Bobby s’il apprenait ce qu’on fait et que par conséquent, il te faut quelqu’un pour t’aider à ne pas te tuer.
-C’est ça.»
Sam sortit de l’Impala, en se frottant les yeux. Il attrapa son sac et suivit Dean jusqu’à leur chambre. Lorsque la porte fut ouverte, il entra sans faire réellement attention. Ce ne fut que lorsqu’il se trouva assis sur l’un des deux lits de la pièce qu’il demanda :
« Tu as pris qu’une seule chambre ?
-Oui. Je pense que ce sera mieux pour discuter de l’affaire et peut-être aussi par précaution, vu qu’on sait pas trop à quoi s’attendre. »
Le jeune Johnson le regarda, surpris.
« Quoi ? s’exaspéra Dean.
-Non, rien.
-Qu’est-ce qu’il y a ? répéta le plus âgé.
-Je suis juste étonné que tu ais pris une telle initiative. Ayant vu comment tu agissais avec la gente féminine, je me suis dit que même pendant l’affaire, tu n’hésiterais pas à ramener dans ta chambre quelques demoiselles.
-Je ne suis pas comme ça, s’indigna son interlocuteur. »
Un regard bien appuyé de son vis-à-vis le fit vite changer d’avis.
« Ok. Je suis comme ça. Mais, je sais établir une frontière entre le boulot et les plaisirs quand il le faut. Donc, t’en fais pas. Je ne ramènerai pas de personne de bonne compagnie dans cette chambre. »
Sam acquiesça doucement avant de tirer son sac à lui et de sortir son ordinateur. Dean déposa ses affaires et s’allongea sur le lit le plus proche de la porte. Il ne savait pas pour quelle raison il agissait ainsi : prendre la même chambre, se placer près de la porte, veiller à ce que son coéquipier n’ait pas de souci… Du moins, il pensait que cela avait un rapport avec le fait qu’il avait toujours souhaité avoir un petit-frère, quelqu’un à protéger et, en quelque sorte, Sam représentait un peu ce rêve-là. Ce dernier, malgré qu’il soit un adulte, semblait avoir de temps à autre un comportement enfantin, qui amusait grandement le plus âgé. Et puis, il devait l’avouer, Dean aimait lorsqu’ils discutaient et plaisantaient ensemble. Cela faisait tellement longtemps qu’il ne s’était pas autant plu lors d’un reportage.
Il dut s’endormir quelques instants car une main ferme le secoua doucement. Il ouvrit les yeux et découvrit le visage de Sam, penché au-dessus de lui.
« Mmm…quoi ?
-Je voulais te dire que je me rendais à la bibliothèque et que j’allais en profiter aussi pour faire le tour des familles des victimes, dans l’espoir d’en apprendre un peu plus sur l’affaire.
-Ok. Laisse-moi me préparer et…
-Non. Je pense qu’il vaudrait mieux que tu te reposes pendant que je commence les recherches. Tu as conduit toute la nuit.
-Mais…
-T’en fais pas, je touche pas à ta chérie. Je te préviens si je trouve quelque chose. À tout à l’heure. »
Et, sans lui laisser le temps de lui répondre, Sam quitta la chambre, laissant un Dean médusé. Ce dernier soupira et se laissa tomber sur l’oreiller.
Décidément, ce gars m’étonnera toujours. Il lit dans les pensées ou quoi ?
Il rigola un peu avant de se rendormir, épuisé.
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Lorsque Dean se réveilla de nouveau, il mit quelques secondes à se souvenir où il se trouvait. Puis, quand il aperçut le lit vide à ses côtés, il se releva brusquement et fit un rapide tour de la chambre. Il jeta un coup d’œil au réveil posé sur la table de nuit qui indiquait qu’il était midi et demie largement dépassée.
J’ai dormi tant que ça ? Et où est Sam ?
Il attrapa son portable afin de le joindre mais, à ce moment-là, la porte d’entrée s’ouvrit, laissant apparaitre le jeune Johnson, les bras chargés de vivres.
« Bien dormi ? s’enquit le nouveau venu. »
Dean vint à sa rencontre et lui retira quelques sacs des bras qu’il déposa sur la table de la petite cuisine qu’ils avaient à leur disposition. Sam en fit de même avant de s’asseoir sur l’une des chaises et de sortir ses recherches effectuées dans la matinée. Il attrapa l’un des sachets et en sortit un hamburger et frites pour son ami tandis que lui s’était pris une salade.
« Ah, merci. Il n’y a rien de meilleur qu’un tel repas pour bien se remplir la panse. »
Alors qu’il mordait dans son sandwich, le plus jeune fit une grimace.
« Malors ? Qu’ech t’as chtrouvé ?
-…
-Sam ? l’appela Dean après avoir avalé sa bouchée.
-Pardon ?
-Alors, qu’as-tu trouvé ?
-Ah oui, excuse-moi. J’ai répertorié toutes les victimes qui sont décédées dans les mêmes circonstances, c’est-à-dire avec le cœur arraché.
-Et ?
-Cela dure depuis un an et demi. Chaque mois, une nouvelle victime est annoncée. Personne n’a encore fait le rapprochement. La dernière personne découverte est Abby Morin. Elle était âgée de dix-sept ans et habitait avec ses parents.
-C’est vraiment répugnant. Comment peut-on s’en prendre à une gamine ? »
Sam acquiesça doucement. Cela l’avait rendu malade de voir l’âge de la plupart des cibles.
« Tu as son adresse ? reprit son interlocuteur.
-Oui.
-Très bien. On va interroger ses parents.»
Seulement, en se levant, il remarqua que le jeune homme n’avait pas touché son repas. Il se rassit sous le regard surpris de l’autre.
« On ne devait pas y aller ?
-Après que tu ais mangé.
-Je n’ai pas très faim. Les recherches de ce matin m’ont coupé l’appétit.
-Mange.
-Je suis pas un gamin. »
Un regard noir de son ami le fit changer d’idées. Il prit sa fourchette en main et commença à déguster sa salade.
« Du coup… qu’est-ce qu’on va faire une fois arrivés là-bas ?
-Utiliser nos identités de reporters, les mettre en confiance et avoir quelques informations sur ceux qui auraient pu lui en vouloir.
-Ce n’est pas certain qu’ils acceptent de nous parler. Ils viennent de perdre leur fille.
-On tente. Mange maintenant. »
Sam fit une moue mais termina finalement son repas. Une heure plus tard, ils partaient. Dix minutes de plus et il sonnaient à la porte des Morin.
« Je ne sais pas si ça va vraiment marcher si on agit ainsi.
-On est reporters, Sam.
-Ils viennent de perdre leur fille. Ils sont surement encore sous le choc.
-Je sais que ce n’est pas vraiment des circonstances mais, c’est sans aucun doute dans un tel moment qu’on a plus de chance de les faire parler. »
Le plus jeune voulut lui répondre mais la porte s’ouvrit en même temps, laissant apparaître une jeune femme, âgée d’une vingtaine d’années. Elle avait des cheveux blonds bouclés qui lui tombaient sur les épaules et dont la couleur faisait ressortir ses yeux bleus. De taille fine avec de bonnes proportions, Sam tiqua un peu, sachant pertinemment que son coéquipier allait sortir le grand jeu. Un coup d’œil sur sa gauche et il vit son sourire charmeur.
« Bonjour, mademoiselle. Je suis désolé de vous déranger mais nous sommes reporters et pour une interview, nous avons …
-Excusez-moi mais, mes parents ont déjà tout dit à la presse.
-S’il-vous-plait. Nous ne serons pas long.
-Je viens de vous dire que…
-Alissa ? Qui est-ce ? demanda une voix plus grave.
-Ce n’est rien, Papa.
-Bonjour, fit le nouvel arrivant en poussant un peu plus la porte. »
Celui-ci était un peu plus petit que Dean. Il avait le crâne dégarni, les yeux marrons et les épaules carrées.
« Bonjour, mon…, commença le plus âgé des deux reporters.
-Bonjour, monsieur Morin, le coupa Sam, Nous sommes vraiment désolés de vous déranger dans de telles circonstances mais comprenez-nous. Si vous répondez à nos questions, nous ne pourrons que plus vous aider à coincer ce monstre qui a fait une telle horreur à votre fille. »
Dean jeta un coup d’œil à son collègue avant de reporter son attention sur la famille. Le père fit un signe à sa fille qui soupira avant de partir. La porte s’ouvrit entièrement et le patriarche se tourna vers les deux hommes.
« Entrez, je vous en prie.
-Merci beaucoup. »
Sam fit un sourire à son compagnon et, entra dans la demeure, Dean à sa suite. Cinq minutes plus tard, ils étaient installés dans le divan, les parents en face d’eux, dans un autre divan tandis que leur fille se trouvait sur un fauteuil.
« Que voulez-vous donc savoir ? s’enquit cette dernière, sur un ton agacé.
-Nous allons droit au but afin de ne pas vous déranger plus qu’il ne le faut, dit Sam en commençant à écrire sur un calepin, Savez-vous ce que votre fille faisait le soir de sa mort ?
-Elle travaillait, comme elle le faisait à chaque fois qu’elle avait fini les cours. Elle avait un petit boulot et ce soir-là… »
Le père s’arrêta tandis que les larmes lui montaient aux yeux. Ce fut Alissa qui reprit la parole.
« Elle était en retard quand Papa a décidé d’aller la chercher. Il l’a trouvé à deux rues d’ici. »
Les deux reporters grimacèrent. Un père ne devrait pas découvrir son enfant décédé de telle façon. C’était tout simplement cruel. Seulement, ainsi était la vie.
« Je suis désolé, fit Sam, C’est une chose que les parents ne devraient pas avoir à supporter.
-Dans ce cas-là, que faites-vous ici ? s’énerva Alissa, Vous pensez qu’ils n’ont pas eu assez de questions ? Vous croyez que ça les amuse de devoir se souvenir d’Abby et…
-Alissa, calme-toi, s’il-te-plait, lui intima sa mère en pleurant, ces messieurs ne font que leur travail.
-Mais…
-Alissa, hurla le père, cela suffit. Messieurs, continuez, je vous en prie. »
Le plus jeune hésita quelques instant avant de reprendre.
« Avait-elle un petit-ami ? Avait-elle de mauvaises fréquentations ?
-Qu’insinuez-vous ?
-Rien du tout, dit Dean, Je sais combien cela est dur pour vous. Seulement, nous sommes obligés de vous poser ce genre de questions.
-Elle n’avait pas de petit-ami, répondit Alissa.
-Et, c’était une gentille personne. Tout le monde l’appréciait. Elle aidait ceux qui en avaient besoin, travaillait en-dehors de ses cours et avait de bons résultats scolaires. Ses amis ne lui auraient jamais fait de mal.
-Vous ne voyez donc personne dans votre entourage qui aurait pu lui en vouloir ?
-Non.
-Même de votre côté à vous ? Je veux dire, vos collègues, vos patrons ou même vos amis ?
-Non. Comme l’a dit ma femme, Abby était appréciée de tout le monde. Elle n’a jamais eu aucun problème.
-Très bien. Dernière question et nous ne vous embêterons plus par la suite. L’avez-vous vu agir de manière étrange ces derniers temps ?
-Pas que je sache, répondit Monsieur Morin.
-Elle était plus craintive, fit en même temps sa fille, Elle m’a avoué craindre d’être suivie. Seulement, à chaque fois qu’elle regardait en arrière, il n’y avait personne.
-Vous ne l’avez pas crû ? s’enquit Dean.
-Une fois, je me trouvais avec elle lorsqu’elle a eu cette impression. Nous nous sommes retournées et il n’y avait personne. Pour m’en assurer, j’ai fait deux fois le tour du quartier. Il n’y avait rien. Après cet incident, elle ne m’en pas plus parlé.
-Vous croyez que cela a un lien ? s’inquiéta la mère.
-Je suis navré mais nous ne pouvons pas vous le confirmer avant de l’avoir vérifier. »
La famille acquiesça. La discussion dura encore quelques minutes avant que les jeunes reporters ne quittent la demeure. Juste avant de monter dans l’Impala, monsieur Morin les rejoignit.
« Oui ?
-Puis-je vous demander de me tenir informer de l’enquête, s’il-vous-plait ?
-Monsieur…
-Ma fille est morte. Je sais que vous êtes reporters mais… vous me semblez quelque peu différent de ceux qui sont venus jusqu’à présent. Pouvez-vous me tenir au courant, s’il-vous-plait ?
-Nous le ferons, si cela ne vous mets pas en danger, vous et votre famille. Mais, vous devez également promettre de ne rien faire d’insensé. »
Dean et son interlocuteur restèrent quelques secondes à se regarder dans les yeux avant que le dernier n’acquiesce doucement. Il lui tendit sa main.
« Merci beaucoup pour ce que vous faites. »
Le plus âgé des journalistes la lui serra et monta dans sa voiture. Sam reproduit les mêmes gestes et deux minutes plus tard, la Chevy partait.
------------La Suite dans le prochain post--------------
Re: Concours #19 : Les Votes
Suite et fin Fic 4 :
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Sachant qu’il ne restait plus que cette nuit-là était la dernière pleine lune avant le mois prochain, Sam décida d’entrainer son ami à l’arme à feu. Il dut admettre qu’il était plutôt doué. Dean, dès qu’il avait eu le Beretta en main, s’y était vite habitué et au bout du troisième essai, avait atteint sa cible.
« Eh ben, tu es doué, avoua le plus jeune.
-Je savais que tu l’avouerais au bout d’un moment. Tout le monde me le dit. »
Sam roula des yeux tandis que son ami riait. Il le laissa s’entrainer une heure de plus avant de repartir au motel car la nuit n’allait pas tarder à tomber.
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Dean terminait de préparer son arme, chargée en balles d’argent, quand il jeta un coup d’œil à l’horloge murale. 19 heures 24. Il fronça les sourcils : leur première chasse n’allait pas tarder à commencer. Il remit le chargeur en place avant de rejoindre son ami, assis dans la cuisine devant un tas de paperasse.
« On va pas tarder à y aller. Mais, question bête, peut-être, comment savoir où le loup-garou attaquera cette nuit ?
-J’y travaille.
-Pardon. »
Il le vit entourer un point sur la carte recouvrant plus de la moitié de la table puis, retourner à ses notes. Il refit la même opération près de sept fois avant de finalement regrouper tous ses papiers.
« Tu m’expliques ?
-Oui. Alors, voici, sur la carte, les lieux où ont été retrouvés les corps de chaque victime. Comme tu peux le voir, ils sont tous répertoriés autour du Legion Memorial Park et plus particulièrement dans la seconde avenue Est.
-Incroyable. Je pensais pas que tu avais été jusque là. Moi, je viens juste d’y penser, avoua Dean.
-J’ai vu ça. C’est bien pour ça qu’on est deux sur l’affaire. »
Le plus âgé lui sourit pour toute réponse. Une demi-heure plus tard, ils se trouvaient dans l’Impala, en direction de leur première affaire.
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Cela faisait près de deux heures qu’ils marchaient dans le parc. Le temps n’était pas clément : la nuit avait emmené avec elle son ami le froid. Et même si Dean était bien couvert avec sa veste de cuir, il aurait préféré se trouver dans son lit. Un regard vers son coéquipier le fit lever les yeux aux ciel.
« Je suis sûr que demain t’es malade.
-Pardon ?
-Tu as vu ce que tu portes ? Une veste marron qui ne te protège pas du froid. Tu veux mourir ?
-J’avais que ça et tu m’excuseras si je n’ai pas eu le temps de faire du shopping depuis que nous sommes arrivés dans cette ville.
-Mais, tu aurais dû me demander. Je t’aurai prêter un pull ou je ne sais quoi. Cela aurait toujours été plus chaud que ce que tu portes.
-C’est bon. Bobby ne te tuera pas si j’attrape la crève.
-C’était pas pour ça. Il faut être un vrai imbécile pour sortir si peu couvert. Et… »
Un bruit résonna, stoppant les deux jeunes dans leur discussion. Le parc était désert et ils pouvaient assurer qu’il en était de même pour l’avenue qui se trouvait à une dizaine de mètres d’eux. Ils resserrèrent leur prise sur leurs armes, prêt à tirer si la situation l’exigeait. Un autre son leur parvint et Dean murmura :
« Un grognement ? »
Sam acquiesça, ne pouvant parler. Il commençait à avoir peur. Car oui, vouloir chasser ce genre de monstres était une chose, mais l’avoir en face de soi en était une autre. De plus, contrairement au Pishtaco, cette fois-ci, aucun professionnel n’était là pour les aider s’ils étaient en difficulté. Un coup d’œil sur sa gauche et il vit son ami, les yeux froncés. Il était certain qu’il en était arrivé à la même réflexion. Un bruit de feuillage le fit sortir de ses songes. Mais, ce qui le gêna fut que le son en question provenait de derrière lui. Il se tendit brusquement lorsqu’un souffle lui chatouilla la nuque.
C’est pas vrai…
Dean semblait l’avoir senti également puisqu’il était aussi tendu que lui. Il lui fit un regard en coin qu’il remarqua et dans un même ensemble tirèrent derrière eux. Un cri de la bête résonna avant qu’elle ne s’éloigne d’eux. Le plus jeune des reporters se laissa tomber au sol, ses jambes ne supportant plus son poids.
« Sam, ça va ? Sam ?
-O-o…oui, je crois.
-Il ne t’a rien fait ?
-Non. »
Le plus âgé l’aida à se relever et ensemble, ils s’enfoncèrent dans le parc. Ils savaient que la bestiole s’y trouvait encore.
« Comment veux-tu qu’on s’occupe de ce loup-garou s’il n’arrête pas de nous fuir ?
-Je ne sais pas ce qui est le mieux, à vrai dire, fit Sam, Savoir qu’il nous fuit et qu’ainsi nous sommes tranquille ou savoir que si nous le laissons faire, il continuera son œuvre.
-Nous devons y mettre fin, trancha Dean. »
Il raffermit sa prise sur son arme et s’avança vers le fond du parc, son ami à sa suite. Lorsqu’ils eurent fini d’en faire le tour, ils s’arrêtèrent près de la fontaine.
« C’est pas vrai… Où il est ?
-Peut-être qu’il est parti de là pour trouver une autre victime…
-Cela n’aide pas, Sam. »
Le concerné baissa la tête comme honteux. L’autre, s’en apercevant, ouvrit la bouche pour s’excuser mais, alors qu’il se tournait vers lui, il vit leur proie courir vers eux. D’un mouvement rapide, il attrapa le bras de son coéquipier et le poussa sur le côté tandis qu’il tirait sur la créature.
Sam s’étala au sol, alors que Dean tombait de son côté avec le loup sur lui. Le plus jeune attrapa son Beretta et cria :
« Viens par là plutôt. »
Il tira sur la bestiole qui hurla au contact de l’argent. Elle se tourna furieuse vers le jeune reporter, en montrant ses canines pointues. Le loup abandonna celui sur lequel elle se trouvait pour se diriger d’un pas lent vers l’autre, tout en grognant. Sam vit du coin de l’œil que Dean semblait sonné par le choc et remarqua du sang. Inquiet qu’il soit blessé, il ne fit pas attention à son adversaire qui en profita pour le balancer plus loin, d’un coup de patte. Son épaule se déboita sous la puissance de la collision et il en ferma les yeux, tout en retenant difficilement son cri de douleur.
Soudain, une voix retentit à ses oreilles :
« Hey, le monstre, regarde ce que j’ai pour toi. »
Il entendit vaguement deux tirs, le bruit d’un corps s’effondrant puis, le silence. Quelques secondes s’écoulèrent avant qu’une main ne se pose sur son épaule intacte. Il ouvrit doucement les yeux pour découvrir le visage de Dean, penché sur lui, inquiet.
« Tu es blessé ? lui demanda-t-il.
-Mon épaule droite… je crois qu’elle est déboitée.
-Merde. Va falloir qu’on aille à l’hôpital. »
Tout en lui parlant, il l’aida à se redresser en position assise. Sam le dévisagea avant de tendre sa main pour saisir les vêtements de son ami. Il les tritura dans tous les sens afin de s’assurer que le sang qui s’y trouvait n’était pas le sien.
« Ce n’est pas mon sang, lui assura Dean, ayant compris son intention.
-Et ta blessure à la tempe, elle ne saigne pas, peut-être ? s’énerva son camarade. »
Le plus vieux soupira mais le laissa terminer son inspection. Finalement, au bout de deux minutes, Sam lui donna un coup de poing dans l’une de ses épaules.
« Non, mais ça va pas.
-Et ça c’est quoi ? lui dit-il en désignant sa cuisse gauche.
-Ok. Une micro blessure.
-Où as-tu vu que c’était une micro-blessure ? Tu as autant besoin de l’hôpital que moi.
-C’est ça. Allez, lève-toi au lieu de raconter n’importe quoi. »
Ce ne fut que lorsqu’il fut debout que Sam se rappela du loup-garou. Il écarquilla les yeux quand il vit à deux mètres de lui un corps humain, étendu face contre le sol.
« C’est…
-Le loup-garou.
-Tu as regardé qui…
-Non. J’étais plutôt préoccupé par toi. »
Le jeune homme acquiesça et il suivit son ami qui s’accroupit près du mort. Il le retourna doucement et les deux reporters découvrirent un homme d’une trentaine d’années, les cheveux courts, les yeux marrons grands ouverts, du sang s’écoulant depuis sa bouche. Une balle se trouvait fichait dans son cœur, la cause de sa mort.
« On a fini ?
-Il semblerait que oui, fit Dean en se relevant.
-On ne peut pas le laisser là. Quelqu’un peut retrouver nos empreintes.
-Tu as raison. On a qu’à faire comme pour le Pishtaco.
-Comment ça ?
-Bobby et moi l’avons salé et brûlé après qu’on l’ait tué.
-Pourquoi le saler ?
-D’après ce que j’ai compris, c’est pas précaution. Un truc d’esprit… Bobby a dit qu’il ne pensait pas qu’une bestiole revienne se venger sur Terre mais, il ne voulait pas tenter le diable.
-Et une fois que nous avons fait ça, nous avons fini le boulot ?
-Oui. J’avais prévu le coup. J’ai tout le matériel dans la voiture. Je reviens. »
Sam acquiesça et s’installa à même le sol tandis que son ami partait chercher les outils nécessaires pour terminer l’affaire. Le jeune homme ne parvenait pas à détacher ses yeux du corps sans vie, étendu à quelques mètres de lui. Cet inconnu avait sans doute une famille. Si c’était le cas, comment avait-il pu faire subir de telles choses à d’autres personnes ? Comment avait-il pu ôter la vie à la petite Abby ?
Des pas provenant de l’allée le firent sortir de ses pensées. Il se tourna vers Dean qui revenait les mains chargées d’un bidon, d’un briquet et de ce que Sam devinait comme étant du sel. Il le regarda déposer le tout à ses côtés et se redressa.
Dean prit le bidon et versa de l’essence sur le corps. Son coéquipier ne fit que l’observer, sachant que le plus âgé savait très bien ce qu’il faisait. Quelques minutes plus tard, le sel recouvrait le mort. Il attrapa le briquet, l’alluma et le lâcha. Les flammes léchèrent le cadavre tandis que les reporters contemplaient le spectacle.
Une vingtaine de minutes s’écoulèrent avant que les deux jeunes hommes ne repartent en direction de la Chevy. Une fois installés à leur place, Dean se tourna vers son camarade.
« On va aller à l’hôpital pour examiner ton épaule.
-Non, c’est bon. On verra ça plus tard.
-C’est ça.
-Dean…
-Sammy.
-C’est Sam. »
L’autre rigola en tournant le volume de la radio.
« Pardon, j’entend pas. »
Sam roula des yeux mais ne put empêcher un sourire de s’étendre sur ses lèvres. Il avait compris que son compère ne le laisserait pas faire ce qu’il souhaitait. Rassuré, en quelque sorte, il laissa sa tête se reposer sur la vitre et ferma les yeux.
**************************************
La famille Morin était en train de déjeuner, tôt le matin. La télévision crachait les informations les unes après les autres.
« …meurtre de Théodore Roy. Son corps a été découvert dans la matinée par une jeune femme qui se promenait près du parc de Mobridge. Il s’agit de la huitième victime retrouvée dans les mêmes environs. La crainte qu’il s’agisse d’un tueur en série … »
Le père Morin éteignit le poste. Le sourire de la journaliste l’avait irrité. Ne pouvait-elle pas éprouver ne serait-ce qu’une once de compassion pour ces victimes ? En temps normal, cela ne l’aurait pas dérangé, mais, cette fois-ci, sa jeune fille faisait partie des proies de ce sans-cœur. Des coups frappés contre la porte d’entrée le firent sortir de ses sombres pensées. Alissa se leva pour ouvrir. Elle revint quelques minutes plus tard, une enveloppe à la main.
« Cela t’ait adressé, fit-elle en la lui tendant. »
Il la prit et en sortit un coupon de journal. Sur celui-ci se trouvait la photo de Théodore Roy, entouré de rouge. Dans la marge, il put y lire les annotations suivantes : « Votre fille est vengée. Vous pouvez en faire le deuil. Amicalement. ». Sa femme se mit à sangloter avant de pleurer en plongeant sa tête sur son torse. Il passa un bras autour de ses épaules tremblantes et releva son visage baigné de larmes vers celui de sa fille aînée. Celle-ci l’encercla de ses bras et pleura contre lui également.
Au loin, une Impala s’éloignait de la demeure.
******************************************
Trois jours s’étaient écoulés depuis la fin de l’affaire. Il en avait fallu d’un pour que Sam puisse quitter l’hôpital. Un autre pour que Dean estime qu’il était apte à supporter le retour jusqu’à Sioux Falls et que son ami comprenne qu’il n’avait pas été affecté par les blessures occasionnées par le loup-garou. Et, le dernier était nécessaire pour le voyage. Ils avaient pris leur temps profitant du paysage et prévoyant tous les scénarios possibles lorsqu’ils ramèneraient le livre "emprunté" à Bobby. Ils venaient de passer enfin le panneau indiquant leur arrivée en ville.
« Et si nous lui disions que nous en avions besoin pour inventer un article ? »
Un regard appuyé du plus vieux fit comprendre à Sam que ça n’était pas une bonne solution.
« Autant lui dire qu’un voleur lui a pris ce livre-là et que nous l’avons poursuivi en gentils amis que nous sommes, répondit Dean en plaisantant.
-J’ai plus d’idée.
-S’il faut, il n’est pas revenu de son affaire.
-Tu crois ? »
Dean détourna quelques instants son regard de la route pour fixer son ami. Un sourire étira ses lèvres lorsqu’il découvrit son air de chien battu. Il lui ébouriffa les cheveux tout en rigolant, sous les cris d’indignation de Sam.
« Je peux savoir ce qui te fait rire ?
-Toi. Si tu voyais ta tête. Un vrai gamin.
-Je ne te permets pas, répliqua-t-il en le tapant dans l’épaule.
-Ne joue pas à ça, tu risques de vite perdre.
-Jerk.
-Bitch. »
Un sourire sur leurs lèvres et ils détournaient chacun la tête. L’Impala entra dans le garage de leur vieil ami à casquette. Aussitôt, les deux jeunes hommes cherchèrent du regard la camionnette de Bobby mais, elle ne se trouvait pas à sa place habituelle.
« Tu vois. Je t’avais bien dit qu’il n’était pas revenu de son affaire. Allez, viens. On doit remettre ce livre à sa place. »
Sam acquiesça et descendit à la suite de son ami. Quelques minutes plus tard, après avoir effectué la même manœuvre que la première fois, ils se trouvaient devant la bibliothèque toujours aussi pleine du vieux chasseur. Alors que le plus jeune des reporters tendait la main pour ranger le précieux bouquin, une voix bourrue retentit, les surprenant :
« Vous me prenez pour un imbécile ?
-Bobby ? s’exclama Dean, Quelle bonne surprise. Tu ne devineras jamais ce …
-Si. Je crois avoir une bonne idée de ce que vous avez fait. Je viens de recevoir un appel d’un ami chasseur qui s’est rendu à Mobridge pour résoudre une enquête. Quelle surprise il a eu lorsqu’il a trouvé deux inconnus du monde de la chasse en train de brûler un loup-garou. J’ai été tout aussi stupéfait que lui car je ne connaissais personne qui travaillait sur ce problème. Et, lorsqu’il m’en a fait une description, je crois que je ne me suis jamais autant énervé au téléphone. Je peux savoir ce que vous n’aviez pas compris dans "le monde de la chasse n’est pas fait pour vous. Je ne veux pas vous voir là-dedans." ?
-Bobby…, commença le plus âgé des journalistes.
-Est-ce que j’ai l’air d’avoir terminé ? L’engueula le vieil homme. »
Sam grimaça. Cela faisait tellement longtemps qu’il ne l’avait vu agir ainsi envers lui. Et, en voyant le visage étonné de son ami, il comprit qu’il en était de même.
« Qu’est-ce que vous faisiez là-bas ?
-…
-Et ne me faites pas poireauter car je suis pas d’humeur pour ça. »
Les deux fautifs se regardèrent quelques instants puis, le plus jeune finit par avouer :
« Nous voulions écrire un article sensationnel pour satisfaire nos patrons. Nous devions faire deux affaires et chacun ainsi pouvait rédiger son papier.
-Je vous avais dit quoi ?
-Que tu voulais pas nous voir dans ce monde-là. Que personne ne devait connaitre ces monstres. Mais, nous sommes reporters, Bobby. Et comme tout journaliste, il est normal qu’on ait trouvé tentant de faire le contraire de ce que tu nous avais demandé, rétorqua son neveu.
-Pour quelle raison, à ton avis, je ne t’ai pas adopté ? Pourquoi crois-tu que je n’ai pas signé les papiers pour te garder avec moi, comme tes parents me l’avaient demandé et comme toi, tu m’as supplié de le faire ? Parce que je souhaitais te préserver de ça, Sam. Et, même si vous êtes deux crétins de chroniqueurs, cela ne m’empêche pas de vous tenir éloigner de ces bestioles. Je ne veux plus que vous ayez affaire avec le surnaturel. Compris ?
-Non. »
Le vieux chasseur dévisagea chacun de ses interlocuteurs qui venaient de lui répondre dans un même ensemble.
« Pardon ?
-Nous n’avons nullement l’intention de couper nos liens avec le surnaturel, fit Dean, Désolé, Bobby.
-Comment ça ?
-Nous en avons discuté durant le trajet du retour et nous avons l’intime conviction que nous devons nous aussi faire partie de ce monde-là.
-Ce que Dean veut dire, c’est que nous allons démissionner pour devenir chasseurs.
-Hors de question.
-Bobby…
-Non. Je refuse de vous savoir risquer votre vie en combattant des créatures que vous ne vous êtes jamais imaginés. Je ne vous ai pas sauvegardé loin de ça pour vous voir y entrer maintenant. Si je me bats contre les démons, les loups-garous ou tout autre monstre, ce n’est que pour que vous puissiez vivre tranquillement sans avoir à vous soucier de ces affaires-là. Alors, je vous en prie, oubliez cette histoire. »
Le vieil homme partit dans la cuisine se chercher une bière avant de s’asseoir lourdement sur une chaise. Sam le rejoignit et après s’être installé en face de lui, déclara :
« Excuse-nous, Bobby, mais nous sommes décidés à arrêter le journalisme et nous lancer dans la chasse. Quand j’ai vu ce que ce loup-garou avait fait à une enfant de dix-sept ans qui n’avait pas encore découvert ce qu’était la vie, je me suis dit que je n’avais rien à faire dans le journalisme.
-Sam…
-Oui, j’aime ce métier. Mais, il ne vaut rien par rapport à celui que tu fais. Je veux faire partie des gens qui, dans l’ombre, sauvent les autres, les protègent contre toute bête malfaisante. Je veux en être moi aussi.
-Et moi également, rajouta Dean, en prenant place à leurs côtés. »
Bobby les examina quelques secondes avant de secouer la tête négativement.
« Je ne peux pas.
-Très bien, répondit Sam en se redressant. »
Les deux autres le regardèrent faire, en fronçant les sourcils.
« Sammy, que fais-tu ? s’enquit son coéquipier.
-Je t’ai déjà dit que c’était Sam, s’énerva le concerné, et puisqu’il ne veut pas nous aider, ni nous approuver, je vais m’en aller chercher de l’aide ailleurs. Nous connaissons Rufus et je suis sûr que nous en rencontrerons d’autres.
-Sam…
-Désolé, Bobby. Mais, tu sais autant que moi que je ne lâcherai pas le morceau. J’enverrai ma lettre de démission aujourd’hui et j’entrerai parmi les chasseurs avec ou sans ton aide. Seulement, j’aurai préféré que ce soit avec. »
Le plus vieux ne fut pas surpris le moins du monde de ce regain de colère. Il le savait, son neveu tenait de son père.
John, si tu savais combien je te déteste en cet instant. Ton fils a le même fichu caractère que toi. Je te hais.
Il se passa une main sous sa casquette et soupira. Sam eut un sourire.
« Je suppose que c’est un oui.
-Te réjouis pas trop vite, gamin. Avant d’entrer parmi les chasseurs, il va vous falloir un entrainement digne de ce nom. J’ai pas envie de savoir que vous avez eu de nouveau une épaule déboitée ou des blessures assez importantes. Si j’estime que vous êtes au point pour une chasse, nous en ferons une ensemble. Et, j’aviserai ensuite. On commence dès demain.
-Tu es au courant pour nos blessures ? s’étonna Dean, Comment ?
-Si tu crois que je vais tout te révéler.
-C’est évident. C’est grâce à son ami chasseur.
-Mais oui, que suis-je bête ? Pourquoi n’y avais-je pas pensé, hein ? Heureusement que t’es là, Sammy, ironisa Dean, C’est évident que ce n’est pas lui qui l’a prévenu.
-C’est Sam. Et pourquoi cela ?
-Tout simplement parce que je l’aurai aperçu si ça avait été le cas.
-J’avais oublié que tu étais un excellent observateur… »
La dispute continua sous les yeux amusés du vieux chasseur. Il le savait qu’ils étaient semblables l’un et l’autre. Même caractère, même comportement, mêmes idées farfelues… Les mêmes.
Et dire qu’il va falloir que je les supporte plus que la normale à partir de maintenant.
« Fillette.
-Connard.
-Les garçons.
-Bitch.
-Jerk. »
Sans qu’il ne comprenne pourquoi, ils se sourirent et Dean ébouriffa les cheveux de son vis-à-vis. Celui-ci rechigna tout en lui retirant sa main de sa tête. Bobby ne put s’empêcher de sourire un peu plus face à leurs comportements. Cela faisait si longtemps qu’il n’avait vu le plus âgé des deux plaisanter ainsi.
Peut-être que la chasse n’a pas que des mauvais côtés. Elle aura au moins permis de faire rencontrer ces deux là.
Il se redressa et leur dit :
« Je vais préparer vos chambres. Il vaut mieux que vous dormiez ici pour qu’on ne perde pas de temps.
-Ok. Je préviendrais Grand-mère après, déclara Dean, Je vais t’aider, Bobby.
-Je viens aussi.
-J’y comptais bien. »
Alors qu’ils montaient les escaliers pour se rendre à l’étage, son neveu prit la parole. Aussitôt, le vieux chasseur laissa un soupir s’échapper de ses lèvres tandis que Dean rigolait.
« Ah, Bobby, la dernière fois, je suis tombé sur un livre qui traitait des vampires. Comment cela se fait-il que… »
Le second reporter rigola de plus bel lorsque le principal concerné par la question tenta du mieux qu’il put de faire taire Sam qui réclamait une réponse.
Finalement, je crois que je vais regretter ma décision. Ils sont infects ensemble.
THE END.
***********************************
Sachant qu’il ne restait plus que cette nuit-là était la dernière pleine lune avant le mois prochain, Sam décida d’entrainer son ami à l’arme à feu. Il dut admettre qu’il était plutôt doué. Dean, dès qu’il avait eu le Beretta en main, s’y était vite habitué et au bout du troisième essai, avait atteint sa cible.
« Eh ben, tu es doué, avoua le plus jeune.
-Je savais que tu l’avouerais au bout d’un moment. Tout le monde me le dit. »
Sam roula des yeux tandis que son ami riait. Il le laissa s’entrainer une heure de plus avant de repartir au motel car la nuit n’allait pas tarder à tomber.
************************************
Dean terminait de préparer son arme, chargée en balles d’argent, quand il jeta un coup d’œil à l’horloge murale. 19 heures 24. Il fronça les sourcils : leur première chasse n’allait pas tarder à commencer. Il remit le chargeur en place avant de rejoindre son ami, assis dans la cuisine devant un tas de paperasse.
« On va pas tarder à y aller. Mais, question bête, peut-être, comment savoir où le loup-garou attaquera cette nuit ?
-J’y travaille.
-Pardon. »
Il le vit entourer un point sur la carte recouvrant plus de la moitié de la table puis, retourner à ses notes. Il refit la même opération près de sept fois avant de finalement regrouper tous ses papiers.
« Tu m’expliques ?
-Oui. Alors, voici, sur la carte, les lieux où ont été retrouvés les corps de chaque victime. Comme tu peux le voir, ils sont tous répertoriés autour du Legion Memorial Park et plus particulièrement dans la seconde avenue Est.
-Incroyable. Je pensais pas que tu avais été jusque là. Moi, je viens juste d’y penser, avoua Dean.
-J’ai vu ça. C’est bien pour ça qu’on est deux sur l’affaire. »
Le plus âgé lui sourit pour toute réponse. Une demi-heure plus tard, ils se trouvaient dans l’Impala, en direction de leur première affaire.
**************************************
Cela faisait près de deux heures qu’ils marchaient dans le parc. Le temps n’était pas clément : la nuit avait emmené avec elle son ami le froid. Et même si Dean était bien couvert avec sa veste de cuir, il aurait préféré se trouver dans son lit. Un regard vers son coéquipier le fit lever les yeux aux ciel.
« Je suis sûr que demain t’es malade.
-Pardon ?
-Tu as vu ce que tu portes ? Une veste marron qui ne te protège pas du froid. Tu veux mourir ?
-J’avais que ça et tu m’excuseras si je n’ai pas eu le temps de faire du shopping depuis que nous sommes arrivés dans cette ville.
-Mais, tu aurais dû me demander. Je t’aurai prêter un pull ou je ne sais quoi. Cela aurait toujours été plus chaud que ce que tu portes.
-C’est bon. Bobby ne te tuera pas si j’attrape la crève.
-C’était pas pour ça. Il faut être un vrai imbécile pour sortir si peu couvert. Et… »
Un bruit résonna, stoppant les deux jeunes dans leur discussion. Le parc était désert et ils pouvaient assurer qu’il en était de même pour l’avenue qui se trouvait à une dizaine de mètres d’eux. Ils resserrèrent leur prise sur leurs armes, prêt à tirer si la situation l’exigeait. Un autre son leur parvint et Dean murmura :
« Un grognement ? »
Sam acquiesça, ne pouvant parler. Il commençait à avoir peur. Car oui, vouloir chasser ce genre de monstres était une chose, mais l’avoir en face de soi en était une autre. De plus, contrairement au Pishtaco, cette fois-ci, aucun professionnel n’était là pour les aider s’ils étaient en difficulté. Un coup d’œil sur sa gauche et il vit son ami, les yeux froncés. Il était certain qu’il en était arrivé à la même réflexion. Un bruit de feuillage le fit sortir de ses songes. Mais, ce qui le gêna fut que le son en question provenait de derrière lui. Il se tendit brusquement lorsqu’un souffle lui chatouilla la nuque.
C’est pas vrai…
Dean semblait l’avoir senti également puisqu’il était aussi tendu que lui. Il lui fit un regard en coin qu’il remarqua et dans un même ensemble tirèrent derrière eux. Un cri de la bête résonna avant qu’elle ne s’éloigne d’eux. Le plus jeune des reporters se laissa tomber au sol, ses jambes ne supportant plus son poids.
« Sam, ça va ? Sam ?
-O-o…oui, je crois.
-Il ne t’a rien fait ?
-Non. »
Le plus âgé l’aida à se relever et ensemble, ils s’enfoncèrent dans le parc. Ils savaient que la bestiole s’y trouvait encore.
« Comment veux-tu qu’on s’occupe de ce loup-garou s’il n’arrête pas de nous fuir ?
-Je ne sais pas ce qui est le mieux, à vrai dire, fit Sam, Savoir qu’il nous fuit et qu’ainsi nous sommes tranquille ou savoir que si nous le laissons faire, il continuera son œuvre.
-Nous devons y mettre fin, trancha Dean. »
Il raffermit sa prise sur son arme et s’avança vers le fond du parc, son ami à sa suite. Lorsqu’ils eurent fini d’en faire le tour, ils s’arrêtèrent près de la fontaine.
« C’est pas vrai… Où il est ?
-Peut-être qu’il est parti de là pour trouver une autre victime…
-Cela n’aide pas, Sam. »
Le concerné baissa la tête comme honteux. L’autre, s’en apercevant, ouvrit la bouche pour s’excuser mais, alors qu’il se tournait vers lui, il vit leur proie courir vers eux. D’un mouvement rapide, il attrapa le bras de son coéquipier et le poussa sur le côté tandis qu’il tirait sur la créature.
Sam s’étala au sol, alors que Dean tombait de son côté avec le loup sur lui. Le plus jeune attrapa son Beretta et cria :
« Viens par là plutôt. »
Il tira sur la bestiole qui hurla au contact de l’argent. Elle se tourna furieuse vers le jeune reporter, en montrant ses canines pointues. Le loup abandonna celui sur lequel elle se trouvait pour se diriger d’un pas lent vers l’autre, tout en grognant. Sam vit du coin de l’œil que Dean semblait sonné par le choc et remarqua du sang. Inquiet qu’il soit blessé, il ne fit pas attention à son adversaire qui en profita pour le balancer plus loin, d’un coup de patte. Son épaule se déboita sous la puissance de la collision et il en ferma les yeux, tout en retenant difficilement son cri de douleur.
Soudain, une voix retentit à ses oreilles :
« Hey, le monstre, regarde ce que j’ai pour toi. »
Il entendit vaguement deux tirs, le bruit d’un corps s’effondrant puis, le silence. Quelques secondes s’écoulèrent avant qu’une main ne se pose sur son épaule intacte. Il ouvrit doucement les yeux pour découvrir le visage de Dean, penché sur lui, inquiet.
« Tu es blessé ? lui demanda-t-il.
-Mon épaule droite… je crois qu’elle est déboitée.
-Merde. Va falloir qu’on aille à l’hôpital. »
Tout en lui parlant, il l’aida à se redresser en position assise. Sam le dévisagea avant de tendre sa main pour saisir les vêtements de son ami. Il les tritura dans tous les sens afin de s’assurer que le sang qui s’y trouvait n’était pas le sien.
« Ce n’est pas mon sang, lui assura Dean, ayant compris son intention.
-Et ta blessure à la tempe, elle ne saigne pas, peut-être ? s’énerva son camarade. »
Le plus vieux soupira mais le laissa terminer son inspection. Finalement, au bout de deux minutes, Sam lui donna un coup de poing dans l’une de ses épaules.
« Non, mais ça va pas.
-Et ça c’est quoi ? lui dit-il en désignant sa cuisse gauche.
-Ok. Une micro blessure.
-Où as-tu vu que c’était une micro-blessure ? Tu as autant besoin de l’hôpital que moi.
-C’est ça. Allez, lève-toi au lieu de raconter n’importe quoi. »
Ce ne fut que lorsqu’il fut debout que Sam se rappela du loup-garou. Il écarquilla les yeux quand il vit à deux mètres de lui un corps humain, étendu face contre le sol.
« C’est…
-Le loup-garou.
-Tu as regardé qui…
-Non. J’étais plutôt préoccupé par toi. »
Le jeune homme acquiesça et il suivit son ami qui s’accroupit près du mort. Il le retourna doucement et les deux reporters découvrirent un homme d’une trentaine d’années, les cheveux courts, les yeux marrons grands ouverts, du sang s’écoulant depuis sa bouche. Une balle se trouvait fichait dans son cœur, la cause de sa mort.
« On a fini ?
-Il semblerait que oui, fit Dean en se relevant.
-On ne peut pas le laisser là. Quelqu’un peut retrouver nos empreintes.
-Tu as raison. On a qu’à faire comme pour le Pishtaco.
-Comment ça ?
-Bobby et moi l’avons salé et brûlé après qu’on l’ait tué.
-Pourquoi le saler ?
-D’après ce que j’ai compris, c’est pas précaution. Un truc d’esprit… Bobby a dit qu’il ne pensait pas qu’une bestiole revienne se venger sur Terre mais, il ne voulait pas tenter le diable.
-Et une fois que nous avons fait ça, nous avons fini le boulot ?
-Oui. J’avais prévu le coup. J’ai tout le matériel dans la voiture. Je reviens. »
Sam acquiesça et s’installa à même le sol tandis que son ami partait chercher les outils nécessaires pour terminer l’affaire. Le jeune homme ne parvenait pas à détacher ses yeux du corps sans vie, étendu à quelques mètres de lui. Cet inconnu avait sans doute une famille. Si c’était le cas, comment avait-il pu faire subir de telles choses à d’autres personnes ? Comment avait-il pu ôter la vie à la petite Abby ?
Des pas provenant de l’allée le firent sortir de ses pensées. Il se tourna vers Dean qui revenait les mains chargées d’un bidon, d’un briquet et de ce que Sam devinait comme étant du sel. Il le regarda déposer le tout à ses côtés et se redressa.
Dean prit le bidon et versa de l’essence sur le corps. Son coéquipier ne fit que l’observer, sachant que le plus âgé savait très bien ce qu’il faisait. Quelques minutes plus tard, le sel recouvrait le mort. Il attrapa le briquet, l’alluma et le lâcha. Les flammes léchèrent le cadavre tandis que les reporters contemplaient le spectacle.
Une vingtaine de minutes s’écoulèrent avant que les deux jeunes hommes ne repartent en direction de la Chevy. Une fois installés à leur place, Dean se tourna vers son camarade.
« On va aller à l’hôpital pour examiner ton épaule.
-Non, c’est bon. On verra ça plus tard.
-C’est ça.
-Dean…
-Sammy.
-C’est Sam. »
L’autre rigola en tournant le volume de la radio.
« Pardon, j’entend pas. »
Sam roula des yeux mais ne put empêcher un sourire de s’étendre sur ses lèvres. Il avait compris que son compère ne le laisserait pas faire ce qu’il souhaitait. Rassuré, en quelque sorte, il laissa sa tête se reposer sur la vitre et ferma les yeux.
**************************************
La famille Morin était en train de déjeuner, tôt le matin. La télévision crachait les informations les unes après les autres.
« …meurtre de Théodore Roy. Son corps a été découvert dans la matinée par une jeune femme qui se promenait près du parc de Mobridge. Il s’agit de la huitième victime retrouvée dans les mêmes environs. La crainte qu’il s’agisse d’un tueur en série … »
Le père Morin éteignit le poste. Le sourire de la journaliste l’avait irrité. Ne pouvait-elle pas éprouver ne serait-ce qu’une once de compassion pour ces victimes ? En temps normal, cela ne l’aurait pas dérangé, mais, cette fois-ci, sa jeune fille faisait partie des proies de ce sans-cœur. Des coups frappés contre la porte d’entrée le firent sortir de ses sombres pensées. Alissa se leva pour ouvrir. Elle revint quelques minutes plus tard, une enveloppe à la main.
« Cela t’ait adressé, fit-elle en la lui tendant. »
Il la prit et en sortit un coupon de journal. Sur celui-ci se trouvait la photo de Théodore Roy, entouré de rouge. Dans la marge, il put y lire les annotations suivantes : « Votre fille est vengée. Vous pouvez en faire le deuil. Amicalement. ». Sa femme se mit à sangloter avant de pleurer en plongeant sa tête sur son torse. Il passa un bras autour de ses épaules tremblantes et releva son visage baigné de larmes vers celui de sa fille aînée. Celle-ci l’encercla de ses bras et pleura contre lui également.
Au loin, une Impala s’éloignait de la demeure.
******************************************
Trois jours s’étaient écoulés depuis la fin de l’affaire. Il en avait fallu d’un pour que Sam puisse quitter l’hôpital. Un autre pour que Dean estime qu’il était apte à supporter le retour jusqu’à Sioux Falls et que son ami comprenne qu’il n’avait pas été affecté par les blessures occasionnées par le loup-garou. Et, le dernier était nécessaire pour le voyage. Ils avaient pris leur temps profitant du paysage et prévoyant tous les scénarios possibles lorsqu’ils ramèneraient le livre "emprunté" à Bobby. Ils venaient de passer enfin le panneau indiquant leur arrivée en ville.
« Et si nous lui disions que nous en avions besoin pour inventer un article ? »
Un regard appuyé du plus vieux fit comprendre à Sam que ça n’était pas une bonne solution.
« Autant lui dire qu’un voleur lui a pris ce livre-là et que nous l’avons poursuivi en gentils amis que nous sommes, répondit Dean en plaisantant.
-J’ai plus d’idée.
-S’il faut, il n’est pas revenu de son affaire.
-Tu crois ? »
Dean détourna quelques instants son regard de la route pour fixer son ami. Un sourire étira ses lèvres lorsqu’il découvrit son air de chien battu. Il lui ébouriffa les cheveux tout en rigolant, sous les cris d’indignation de Sam.
« Je peux savoir ce qui te fait rire ?
-Toi. Si tu voyais ta tête. Un vrai gamin.
-Je ne te permets pas, répliqua-t-il en le tapant dans l’épaule.
-Ne joue pas à ça, tu risques de vite perdre.
-Jerk.
-Bitch. »
Un sourire sur leurs lèvres et ils détournaient chacun la tête. L’Impala entra dans le garage de leur vieil ami à casquette. Aussitôt, les deux jeunes hommes cherchèrent du regard la camionnette de Bobby mais, elle ne se trouvait pas à sa place habituelle.
« Tu vois. Je t’avais bien dit qu’il n’était pas revenu de son affaire. Allez, viens. On doit remettre ce livre à sa place. »
Sam acquiesça et descendit à la suite de son ami. Quelques minutes plus tard, après avoir effectué la même manœuvre que la première fois, ils se trouvaient devant la bibliothèque toujours aussi pleine du vieux chasseur. Alors que le plus jeune des reporters tendait la main pour ranger le précieux bouquin, une voix bourrue retentit, les surprenant :
« Vous me prenez pour un imbécile ?
-Bobby ? s’exclama Dean, Quelle bonne surprise. Tu ne devineras jamais ce …
-Si. Je crois avoir une bonne idée de ce que vous avez fait. Je viens de recevoir un appel d’un ami chasseur qui s’est rendu à Mobridge pour résoudre une enquête. Quelle surprise il a eu lorsqu’il a trouvé deux inconnus du monde de la chasse en train de brûler un loup-garou. J’ai été tout aussi stupéfait que lui car je ne connaissais personne qui travaillait sur ce problème. Et, lorsqu’il m’en a fait une description, je crois que je ne me suis jamais autant énervé au téléphone. Je peux savoir ce que vous n’aviez pas compris dans "le monde de la chasse n’est pas fait pour vous. Je ne veux pas vous voir là-dedans." ?
-Bobby…, commença le plus âgé des journalistes.
-Est-ce que j’ai l’air d’avoir terminé ? L’engueula le vieil homme. »
Sam grimaça. Cela faisait tellement longtemps qu’il ne l’avait vu agir ainsi envers lui. Et, en voyant le visage étonné de son ami, il comprit qu’il en était de même.
« Qu’est-ce que vous faisiez là-bas ?
-…
-Et ne me faites pas poireauter car je suis pas d’humeur pour ça. »
Les deux fautifs se regardèrent quelques instants puis, le plus jeune finit par avouer :
« Nous voulions écrire un article sensationnel pour satisfaire nos patrons. Nous devions faire deux affaires et chacun ainsi pouvait rédiger son papier.
-Je vous avais dit quoi ?
-Que tu voulais pas nous voir dans ce monde-là. Que personne ne devait connaitre ces monstres. Mais, nous sommes reporters, Bobby. Et comme tout journaliste, il est normal qu’on ait trouvé tentant de faire le contraire de ce que tu nous avais demandé, rétorqua son neveu.
-Pour quelle raison, à ton avis, je ne t’ai pas adopté ? Pourquoi crois-tu que je n’ai pas signé les papiers pour te garder avec moi, comme tes parents me l’avaient demandé et comme toi, tu m’as supplié de le faire ? Parce que je souhaitais te préserver de ça, Sam. Et, même si vous êtes deux crétins de chroniqueurs, cela ne m’empêche pas de vous tenir éloigner de ces bestioles. Je ne veux plus que vous ayez affaire avec le surnaturel. Compris ?
-Non. »
Le vieux chasseur dévisagea chacun de ses interlocuteurs qui venaient de lui répondre dans un même ensemble.
« Pardon ?
-Nous n’avons nullement l’intention de couper nos liens avec le surnaturel, fit Dean, Désolé, Bobby.
-Comment ça ?
-Nous en avons discuté durant le trajet du retour et nous avons l’intime conviction que nous devons nous aussi faire partie de ce monde-là.
-Ce que Dean veut dire, c’est que nous allons démissionner pour devenir chasseurs.
-Hors de question.
-Bobby…
-Non. Je refuse de vous savoir risquer votre vie en combattant des créatures que vous ne vous êtes jamais imaginés. Je ne vous ai pas sauvegardé loin de ça pour vous voir y entrer maintenant. Si je me bats contre les démons, les loups-garous ou tout autre monstre, ce n’est que pour que vous puissiez vivre tranquillement sans avoir à vous soucier de ces affaires-là. Alors, je vous en prie, oubliez cette histoire. »
Le vieil homme partit dans la cuisine se chercher une bière avant de s’asseoir lourdement sur une chaise. Sam le rejoignit et après s’être installé en face de lui, déclara :
« Excuse-nous, Bobby, mais nous sommes décidés à arrêter le journalisme et nous lancer dans la chasse. Quand j’ai vu ce que ce loup-garou avait fait à une enfant de dix-sept ans qui n’avait pas encore découvert ce qu’était la vie, je me suis dit que je n’avais rien à faire dans le journalisme.
-Sam…
-Oui, j’aime ce métier. Mais, il ne vaut rien par rapport à celui que tu fais. Je veux faire partie des gens qui, dans l’ombre, sauvent les autres, les protègent contre toute bête malfaisante. Je veux en être moi aussi.
-Et moi également, rajouta Dean, en prenant place à leurs côtés. »
Bobby les examina quelques secondes avant de secouer la tête négativement.
« Je ne peux pas.
-Très bien, répondit Sam en se redressant. »
Les deux autres le regardèrent faire, en fronçant les sourcils.
« Sammy, que fais-tu ? s’enquit son coéquipier.
-Je t’ai déjà dit que c’était Sam, s’énerva le concerné, et puisqu’il ne veut pas nous aider, ni nous approuver, je vais m’en aller chercher de l’aide ailleurs. Nous connaissons Rufus et je suis sûr que nous en rencontrerons d’autres.
-Sam…
-Désolé, Bobby. Mais, tu sais autant que moi que je ne lâcherai pas le morceau. J’enverrai ma lettre de démission aujourd’hui et j’entrerai parmi les chasseurs avec ou sans ton aide. Seulement, j’aurai préféré que ce soit avec. »
Le plus vieux ne fut pas surpris le moins du monde de ce regain de colère. Il le savait, son neveu tenait de son père.
John, si tu savais combien je te déteste en cet instant. Ton fils a le même fichu caractère que toi. Je te hais.
Il se passa une main sous sa casquette et soupira. Sam eut un sourire.
« Je suppose que c’est un oui.
-Te réjouis pas trop vite, gamin. Avant d’entrer parmi les chasseurs, il va vous falloir un entrainement digne de ce nom. J’ai pas envie de savoir que vous avez eu de nouveau une épaule déboitée ou des blessures assez importantes. Si j’estime que vous êtes au point pour une chasse, nous en ferons une ensemble. Et, j’aviserai ensuite. On commence dès demain.
-Tu es au courant pour nos blessures ? s’étonna Dean, Comment ?
-Si tu crois que je vais tout te révéler.
-C’est évident. C’est grâce à son ami chasseur.
-Mais oui, que suis-je bête ? Pourquoi n’y avais-je pas pensé, hein ? Heureusement que t’es là, Sammy, ironisa Dean, C’est évident que ce n’est pas lui qui l’a prévenu.
-C’est Sam. Et pourquoi cela ?
-Tout simplement parce que je l’aurai aperçu si ça avait été le cas.
-J’avais oublié que tu étais un excellent observateur… »
La dispute continua sous les yeux amusés du vieux chasseur. Il le savait qu’ils étaient semblables l’un et l’autre. Même caractère, même comportement, mêmes idées farfelues… Les mêmes.
Et dire qu’il va falloir que je les supporte plus que la normale à partir de maintenant.
« Fillette.
-Connard.
-Les garçons.
-Bitch.
-Jerk. »
Sans qu’il ne comprenne pourquoi, ils se sourirent et Dean ébouriffa les cheveux de son vis-à-vis. Celui-ci rechigna tout en lui retirant sa main de sa tête. Bobby ne put s’empêcher de sourire un peu plus face à leurs comportements. Cela faisait si longtemps qu’il n’avait vu le plus âgé des deux plaisanter ainsi.
Peut-être que la chasse n’a pas que des mauvais côtés. Elle aura au moins permis de faire rencontrer ces deux là.
Il se redressa et leur dit :
« Je vais préparer vos chambres. Il vaut mieux que vous dormiez ici pour qu’on ne perde pas de temps.
-Ok. Je préviendrais Grand-mère après, déclara Dean, Je vais t’aider, Bobby.
-Je viens aussi.
-J’y comptais bien. »
Alors qu’ils montaient les escaliers pour se rendre à l’étage, son neveu prit la parole. Aussitôt, le vieux chasseur laissa un soupir s’échapper de ses lèvres tandis que Dean rigolait.
« Ah, Bobby, la dernière fois, je suis tombé sur un livre qui traitait des vampires. Comment cela se fait-il que… »
Le second reporter rigola de plus bel lorsque le principal concerné par la question tenta du mieux qu’il put de faire taire Sam qui réclamait une réponse.
Finalement, je crois que je vais regretter ma décision. Ils sont infects ensemble.
THE END.
Re: Concours #19 : Les Votes
Ces fics étaient juste
J'ai adoré.
Pour le vote, ça c'est révélé assez dur mais... j'ai une préférence pour la fic n°3.
J'ai aimé l'idée de remodeler l'épisode du Pilot avec l'idée de départ. Sam a du mal à se faire accepter et Dean a vraiment un caractère de cochon
Par contre, du coup, j'ai quelques questions pour l'auteur une fois que le concours sera terminé : Pourquoi les parents de Dean sont également morts dans un incendie ? Est-ce que Sam et lui vont réussir à retrouver John ? (du coup, tu peux faire une suite
Oui, je peux rêver mais, je l'ai trouvé tellement bien que je ne pouvais pas ne pas poser la question)
En tout cas, Bravo pour ces merveilleuses fics
J'ai adoré. Pour le vote, ça c'est révélé assez dur mais... j'ai une préférence pour la fic n°3.
J'ai aimé l'idée de remodeler l'épisode du Pilot avec l'idée de départ. Sam a du mal à se faire accepter et Dean a vraiment un caractère de cochon
Par contre, du coup, j'ai quelques questions pour l'auteur une fois que le concours sera terminé : Pourquoi les parents de Dean sont également morts dans un incendie ? Est-ce que Sam et lui vont réussir à retrouver John ? (du coup, tu peux faire une suite
Oui, je peux rêver mais, je l'ai trouvé tellement bien que je ne pouvais pas ne pas poser la question)
En tout cas, Bravo pour ces merveilleuses fics

Jubei/Kazuki- Trenchcoat de Castiel

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Nombre de messages: 1663
Age: 22
Prénom: Natacha
Frère Préféré: Sammy et Dean XD
Date d'inscription: 12/07/2010
Re: Concours #19 : Les Votes
Le vote a été difficile . J'ai beaucoup hésité
Mais j'ai eu une petite préférence pour la fic 3 , parce que c'est fidèle à la série, qu'on retrouve notre cher Dean "mal dans sa peau" et Sam, unique survivant d'un incendie qui a eu lieu quand il avais six mois. Sa donne presque envie de le voir en pilot . Sinon, j'ai aussi aimée l'idée de Bobby en patron , sa m'a fais pensée à X-files, d'où la référence à Mulder et Scully je suppose
Par contre, comme l'a dis Jubei, sa donne presque envie d'avoir une suite. La dernière phrase m'a mis l'eau à la bouche
En tout cas , bravo à tous . Vos fics étaient superbes , et il y'a eu de très bonnes idées !
Mais j'ai eu une petite préférence pour la fic 3 , parce que c'est fidèle à la série, qu'on retrouve notre cher Dean "mal dans sa peau" et Sam, unique survivant d'un incendie qui a eu lieu quand il avais six mois. Sa donne presque envie de le voir en pilot . Sinon, j'ai aussi aimée l'idée de Bobby en patron , sa m'a fais pensée à X-files, d'où la référence à Mulder et Scully je suppose
Par contre, comme l'a dis Jubei, sa donne presque envie d'avoir une suite. La dernière phrase m'a mis l'eau à la bouche
En tout cas , bravo à tous . Vos fics étaient superbes , et il y'a eu de très bonnes idées !

Sam-Soul- Sam's Lost Soul

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Nombre de messages: 6654
Age: 20
Prénom: Daphnée
Frère Préféré: The boy with demon blood
Date d'inscription: 31/10/2010
Re: Concours #19 : Les Votes
Ça a été dure de choisir, toute les fics sont geniales . J'ai voté pour la fic 1 parce que j'ai aimé les persos de dean et Sam. Mais ce qui m'a le plus plu c'est le fait qu'il ne soit aidé par personne. C'est vraiment l'histoire de deux gars qui sont confronté au surnaturel et qui doivent ce débrouiller tout seul.
En tout cas felicitation aux écrivains vos fics sont vraiment super
!!!
En tout cas felicitation aux écrivains vos fics sont vraiment super
!!!

Lorna- Cuillère de Dean

-

Nombre de messages: 54
Age: 30
Frère Préféré: Sammyyyy
Date d'inscription: 01/12/2010
Re: Concours #19 : Les Votes
Bon alors voilà, je me suis délectée de ces fics le soir même où elles ont été postées et comme il le fallait bien, j'ai dû faire un choix et voter !!!! Mon problème, outre le fait que ce choix fut difficile était que je connais la plupart des auteurs et qu'en votant pour quelqu'un, je prends le risque de décevoir quelqu'un d'autre et ce n'est vraiment pas ce que je veux.
Alors jusque là je m'étais abstenue de laisser un commentaire MAIS ma super marraine m'a rappelée à l'ordre ! Merci Marraine.
Alors voilà j'ai voté pour la fic n°1.
Comme Lorna, j'aime bien que les deux gars se soient débrouillés seuls (même si perso j'aime bien aussi quand Bobby leur donne un tit coup de main parce que, à la base, ils ne sont pas censés être super balèzes dès leur première rencontre avec le surnaturel), qu'ils se soient dépatouillés comme ils ont pu avec les moyens du bord, qu'ils soient complices assez rapidement alors qu'ils sont très différents (comme dans la série), que Dean soit aussi protecteur vis à vis de Sam quand il le voit blessé, que Sam soit aussi "travailleur" ...
Ce que j'apprécie dans Supernatural, c'est le fait que Sam et Dean sont très complémentaires. Ils apportent chacun leurs talents et domaines de prédilection et lorsqu'ils sont l'un sans l'autre, ça foire ! Ce n'est jamais l'un des deux qui fait tout le boulot pendant que l'autre se tourne les pouces. Bref, je m'égare là !
En fait, je me demande si ce qui m'a fait choisir cet OS, ce ne serait pas ... le sang !!!! lol !
Non mais sans plaisanter, ça a été hyper dur et bravo à vous !!!!
Alors jusque là je m'étais abstenue de laisser un commentaire MAIS ma super marraine m'a rappelée à l'ordre ! Merci Marraine.
Alors voilà j'ai voté pour la fic n°1.
Comme Lorna, j'aime bien que les deux gars se soient débrouillés seuls (même si perso j'aime bien aussi quand Bobby leur donne un tit coup de main parce que, à la base, ils ne sont pas censés être super balèzes dès leur première rencontre avec le surnaturel), qu'ils se soient dépatouillés comme ils ont pu avec les moyens du bord, qu'ils soient complices assez rapidement alors qu'ils sont très différents (comme dans la série), que Dean soit aussi protecteur vis à vis de Sam quand il le voit blessé, que Sam soit aussi "travailleur" ...
Ce que j'apprécie dans Supernatural, c'est le fait que Sam et Dean sont très complémentaires. Ils apportent chacun leurs talents et domaines de prédilection et lorsqu'ils sont l'un sans l'autre, ça foire ! Ce n'est jamais l'un des deux qui fait tout le boulot pendant que l'autre se tourne les pouces. Bref, je m'égare là !
En fait, je me demande si ce qui m'a fait choisir cet OS, ce ne serait pas ... le sang !!!! lol !
Non mais sans plaisanter, ça a été hyper dur et bravo à vous !!!!

Lydean- Tube de colle de Sam

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Nombre de messages: 138
Age: 37
Prénom: Lydie
Frère Préféré: Dean ... et Sam aussi !
Date d'inscription: 31/07/2010
Re: Concours #19 : Les Votes
Oups ! J'allais oublier : Dis Maraine, il est où ton vote à toi ?????

Lydean- Tube de colle de Sam

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Nombre de messages: 138
Age: 37
Prénom: Lydie
Frère Préféré: Dean ... et Sam aussi !
Date d'inscription: 31/07/2010
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